CHAP. XX. CAMPAGNE DE LA LOIRE. — PATAY
Beaugeiicy Irailail avec le duc d'Alençon des conditions de la ca[)ilulalion, Talbot, loule la nuit, faisait canonner le pont de Meung- [)Our en chasser les Français et passer sur la rive gauche de la Loire. Mais le samedi i8 juin, vers huit heures du matin, au moment où il allait donner l'assaut, un messag"er lui apprenait que le bailli d'Evreux avait rendu le château de Beaugency aux troupes du Roi et cpie l'avant-garde de ces dernières se portait au secours de la petite garnison du pont de Meung'. A cette nouvelle, le capitaine ang-lais donna l'ordre à ses lieutenants de renoncer à toute attaque, de battre en retraite vers .lanville et de se mettre aux champs '.
Le duc d'Alençon et la Pucelle ne tardèrent pas à être informés de ce mouvement de l'armée anglaise. Un des hommes de la compagnie de La Hire, qui s"en est aperçu, survient en toute liàte, et, supposant que l'ennemi se prépare à attaquer : « Ils sont bien là-bas mille hommes d'armes », dit-il au duc d'Alençon. Jeanne, se tournant alors vers le connétable de Richemont :
«Ah! beau connétable, s'écria-t-elle, vous n'êtes pas venu de par moi; mais puisque vous êtes venu, vous serez le bienvenu. »
Quelques capitaines exprimant des appréhensions et disant qu'on ferait bien d'avoir des chevaux :
« En nom Dieu, proteste la jeune Lorraine, il faut combattre. Les Anglais fussent-ils pendus aux nues, nous les aurons. C'est pour les châtier que Dieu nous les envoie. »
I. Journal du siège, p. io3; — Jiîan de W.vvrin du Fouestel, loc. rit. — Aux troupes de l'^alstolf se joig-nirent celles de la g-arnison de Meuna: évacué.
On insisle, et elle répond :
i( Je snis snre de la victoire. Le i^entil Roi anra aujourd'hui la plus grande victoire qu'il eût jamais. Et m'a dit mon conseil qu'ils sont tous ncMres'. »
Un lang'age semblable ne pouvait qu'alTermir la confiance des chefs et de leurs hommes d'armes. Ils se préparaient à recevoir de leur mieux les ennemis lorsqu'on s'aperçut (juc le mouvement otï'onsif de ces derniers n'était (ju'une feinte : il n'avait eu pour but que de masquer leur retraite dans la direction de Janville et de Palav. Sans {)erdre un moment, l'armée royale se met à leur poursuite à travers la plaine de la Beauce.
En tète, formant l'avant-g-arde, s'élancent La Hire, Poton de Xaint railles, le maréchal de Boussac, le seigneur de Beaumanoir, Thibaut de Termes, suivis de quatorze à quatorze cents combattants. De ce nombre se détachent ;;oi.\aiite ou (juatre-vingts cavaliers, « montés sur Heur de coursiers », avec mission de découvrir au plus tôt l'ennemi et de ne pas lui laisser le temps de préparer ses défenses. Jeanne d'Arc eût bien voulu prendre le commandement de l'avant-çarde : c'était son poste préféré. Mais La Hire l'avait prévenue^.
Il fallut que la Pucelle restât avec les capitaines du corps de l)ataille, et ils n'étaient [)as des moindres, se nommant le duc d'Alen{;on, lieutenant général du roi, le bâtard d'Orléans, Arthur de Kichemont, connétable de France, le comte de Vendcune, Louis détaillant, ami-
1. Dépositions du duc d'AIençon et de Dunois (Procès, t. III, pp. lo, 98, 99; — Chronique de la Pucelle, pp. 3o0-3o7 ; — jMons- THELET, Chronique, t. II, chap. lxi; t. IV, pp. 320-332. En disant des Anglais « Dieu nous les envoie », la Pucelle pensait qu'ils étaient décidés à livrer bataille.