Procès, t. III, p. i
240 JEANNr: RT SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUERRIERE.
Il fut (loue décidé (|iie l'on marclierait sur Reims sans tarder davaiitag'e. C'était une cainpag^ne d'environ quatre-vingts lieues à fournir eu pays ennemi. Pour l'enl reprendre, il fallait de la confiance et, luiinainement parlant, de l'audace. « Depuis Orléans jusques audit Reims, tout était à la dévotion de l'Anglais. »
Aux conseillers royaux et autres gens qui lui en faisaient l'observation, la jeune guerrière répondait :
— Tout cela je le sais hien, mais je n'en tiens pas compte. Par mon inartin, je mènerai le gentil Roy Charles et sa compagnie sûrement, et il sera sacré audit lieu de Reims '.
La ville choisie pour le rendez-vous des troupes et gens ap[)elés à prendre part à la campagne était Giensur-Loiie. Charles, (pii de Chàteauneuf était retourné à Sully, se rendit à Gien le 20 juin, avec sa maison et son
I. Jean KooiEn, Procès, t. IV, p. aSH. — Pickceval de Cac.ny, ihid., p. 18. — lion nombre des délails (pji suivent sur la campagne de Reims sont tirés d'un auteur de la seconde moitié du seizième siècle qui mourut en 1G37. Mais vu la source à laquelle cet auteur, nommé Jean Hoifier, les a puisés, ils ont, reniarque J. Quicherat, l'autorité des dociimenis du (pn'nzième siècle. Jean Hoa;ier était hourtfeois de Iloims, dont il fui échevin et procureur. II était j^rand amateur d'histoire et correspontlait avec le savant André Duchesne. L'éUide de l'histoire de Reims l'amena à rédiger un « Recueil des chartes, litres et arrêts notables qui se trouvent en la maison et hostel de ville, comme aussy en la Chambre de l'eschevinage de la ville de Reims ». Ce recueil, dont Jean Rogier ne laissa que le manu.scrit, a été imprimé dans les Ai'cliioes léf/islatines de la ville de Ileiins. C'est là seulement que se trouve la lettre de Jeanne aux habitants de Troves et le résumé de bon nombre de lettres écrites depuis le sacre aux Rémois par Regnault de Chartres. Les pages que J. Quicherat a tirées de Jean Rogier ont été rédigées d'après les lettres mêmes de Charles VII, des autorités civiles et militaires des villes de Troyes, Chàlons et Reims, c'est-à-dire d'après des pièces d'un caractère officiel. (Voir J. OuicHERAT, Procès, t. IV, p. 284.)
Conseil'. La j(Mine reine Marie d'Anjou vint l'y rejoindre. Le Iloi songeail à remmener à Reims; mais sur l'avis de ses conseillers il y renonça, et la reine s'en retourna à Bourges^.
De Cliàteauneuf-sur-Loire, la Pucelle, toule joyeuse de la résolution du Daupliin, était venue à Orléans en aviser les capitaines et gens de guerre qui s'y trouvaient. Le vendredi (24 juin) « bien malin », vivres^ artillerie, munitions, tout étant prêt, Jeanne dit au duc d'Alencon :
« Faites sonner les trompilles (trompettes) et monter à cheval. Il est temps d'aller vers le gentil roy Chailes pour le mettre à son chemin de son sacre à Reims.
« Et tous montèrent à che\al, en la ville et cenx des champs-''. »
Les seigneurs qui essayaient de dissuader le jeune prince d'entreprendre cette expédition alléguaient, entre autres raisons, le petit nombre de troupes dont on disposait.
— .le ne redoute pas le manque de monde, répliquait la Pucelle; beaucoup de gens me suivront ^
En elt'et, à la nouvelle que, selon la parole de Jeanne, « c'était la volonté de Dieu que le roy Charles allât à Reims pour y cire sacré et couronné, il vint de toutes parts des hommes d'armes au sei'vice du Roy-"" ».
Ce qui surtout les attirait, c'était la pensée de faire campagne avec l'héroïne d'Orléans et de Patay. On ne voyait plus, on ne conruiissait plus (jue Jeanne. Pour
1. CJiruiiifm»' lie la Piiccllc, p. i)0(). — Gien est à 03 kilomètres d'UilcaiJs.
2. JoiiriKtl (lu sit't/c, j). iSo; — (UiroiiK/iie de hi Pucelle, p. 3io.