LE SACRE. JEANNE AUX GENOUX DE CHARLES VIT
Le jour du sacre, 17 juillet, dès le matin ^, les quatre gentilshommes députés par le l\oi, le maréchal de Hous-
taire de la couronne, du sceptre, de la main de justice, ainsi que des vêlemcnls et ornements royaux en usage aux sacres et couronnements, tiln temps ordinaire, l'abbé et ses religieux portaient ces insignes à Reims pour la cérémonie du sacre. Pour le sacre de Charles VII, ils durent y renoncer. (Voir Jacques Doublet, Histoire de l'ahhai/p df Saint-Denis en France. In-80, Paris, i63.5.)
1. Mémoires de PieJI, Puocf;s, t. IV', p. r»i3; — Dom Marlut, Histoire de la ville de Reims, t. IV, p. jy/j- 4 volumes in-/|0, Reims, i8/|0.
2. C. Lebeu, [)es cérémonies du sacre, p. i48; 1 vol. in-80. Paris, 1825.
s;ic, les sires de Cîraville et de Rais, Louis de Ciilan, amiral de France, armés de toiiles pièces, tenant chacun leui- hannière en la main, alh'Ment à cheval à l'abbaye de Saiul-llemy où la Sainte-Ampoule était gardée. Ils fureul rerus par l'abbé Jean (-anarl, et, à sa requête, ils juièrent sur rËvany^ile « de ne pas soullVir qu'il fut fait aucun tori à la précieuse relique et d'exposer, s'il le fallait, leur vie pour sa conservation ». Ils se constituaient (Ml outi-e (jtayes de la Sainte-Ampoule, dt'clarant qu'ils tiemcnreraient à l'abbaye juscpi'à son retour. Sur la réponse de l'abbé «pii ne leur demandait (pTinie chose, ra(((>m|»ai;nei' et la ramener sûrement, le ct»rtèye se mil en maiclic. lui lèlc s'avançaient les religieux de l'abbaye (Ml aube; puis venait le Grand-Prieur revêtu d'une chape d'or, montant une haquenée blanche envoyée par ordre du I\oi, la Sainte-Ampoule suspendue à son cou par une chaîne d'argent, sous un dais de moire d'argent. A ses côtés chevauchaient les quatre seii^iieuis chargés de veiller sui' la sainte reTupie'. Arrivé devant l'église Saint-
I. (]. I-KBKK, op. cit., pp. 1^8, i/|(). 181 ; — Mari.ot, Ilisloil'P di' lit'iiiis, pp. 42-58. — Le vase dans lequel était contenue l'huile sainte était une petite fiole de verre blanc, laquelle aurait appartenu, croit-on, à saint Remy. Cette petite fiole était placée dans l'intérieur d'une colondte d'or, au bec et pattes de corail, fi.xée sur un plat de vermeil ciselé et orné de pierreries (D. Marlot, op. et lor. cit.). Ouant à l'ori- Sfii'.e de l'huile de la Sainte-Ampoule, les anciens auteurs la placent au baptême de Clovis et l'expliquent miraculeusement. Selon les uns, c'est une colombe, selon les autres, c'est un an<>-e qui l'aurait apportée du ciel. Ce qui paraît le plus vraisemblable au P. Lonsçueval {//isfoirc (le V Eglise gcillicnne, livre V), c'est que saint l^enii, voulant baptiser Clovis et n'ayant pas de chrême, mit deux fioles sur l'autel, lesipieiles se trouvèrent remplies, sans (pi 'ou sût comment.
Le reliciuaire et le vase (pi 'il contenait furent brisés |)ubliquement par le conventionnel Rûhl sur la place royale de Reims en I7»j3. L'orfèvrerie fut envoyée à la Monuriie. On ne sauva que deux frag'meiils du verre et (juehjues parcelles du chrême.
Denis, l'abbé de Sainl-Remy fut reçu par l'archevêque Reynault de Chartres, enfouré des membres du chapitre et d'un nombreux clergé. Après avoir promis, foi de prélat, de rendre fidèlement la Sainte-Ampoule au Grand- Prieur, Regnault de Chartres la prit entre ses mains, entra solennellement dans la cathédrale, et, traversant la nef avec son cortège, vint la déposer au milieu du maître-autel. Les quatre seigneurs qui avaient escorté l'abbé de Saint-Remy escortèrent aussi l'archevêque. Ils entrèrent à cheval dans l'église et ne mirent pied à terre qu'à la porte du chœur.
Au moment fixé par le cérémonial, Charles VII, précédé de ses grands officiers, avait franchi le seuil de l'église et était venu s'agenouiller au milieu du chœur sur le prie-Dieu qui lui avait été préparé. Conformément à Tusage, le héraut d'armes Berri fit l'appel des pairs, soit ecclésiastiques, soit laïques, qui devaient se ranger autour du Roi. Les pairs laïques étaient les ducs de Bourg^ogne, de Normandie, de Guyenne, et les comtes de Flandre, de Toulouse et de Champagne; les pairs ecclésiastiques étaient l'archevêque-duc de Reims, les évêques-ducs de Laon et de Lançres, et les évêquescomles de Chàlons, Beauvais et Noyon'.
Chacun de ces personnages avait à remplir un office déterminé. A l'archevêque de Reims appartenait le piivilèg-e d'oindre, de sacrer et de couronner le nouveau Roi ; à l'évêque de Laon, celui de tenir la Sainte-Ampoule ; à l'évêque de Langres, celui de tenir le sceptre; à l'évêque de Beauvais, de tenir le manteau roval; à l'évêque
I. lin t'ait (le préséance, les pairs ecclésiastiques avaient le pas sur les pairs laï(|ucs; ils ne le cédaient (pi 'aux princes du san^t^.
(le Cliàlons, de présenîer l'anneau; à l'évêfjue de Xoyon, de ceindre au prince le baudrier.
Parmi les pairs laïques, le duc de Bourgogne tenait ré[)ée et la ceiynail au Hoi; le duc de Guyenne portait la première bannière carrée; le duc de Normandie, la seconde; le comte de Toulouse, les éperons; le comte de (lliampagne, la hanuière royale; le comte de Flandre, une des épées du roi. Lorsque le prince se présentait à l'autel, tous les pairs soutenaient la couronne royale.
Le costume de cérémonie des pairs laïques était des plus riches : ils portaient des vêtements faits d'élorte d'or, une ceinture d'or également, un manteau de drap violet doublé et bordé d'hermine, et une couronne ducale sur un bonnet de satin violet.
Les pairs ecclésiastiques, en chape de drap d'or et en mitre, se tenaient près de l'autel, du côté de l'Epîtie.
L'appel que fit entendre le héraut Berri permit de constater l'absence de dix pairs sur douze : deux pairs ecclésiasli(pies seuls étaient j)iéscnts, l'archevêque de Reims Re^iiault de Chartres, et Jean de Saarbruck, évè- (pie de Chàlons. Le duc d'Alençon prit alors la place du duc (le Homgogne; le comte de Clermont, le sire de La Trémoille, le comte de N'endôme, les seigneurs Aiulré et (lui (le Laval, <( tous en habits royaux' », celle des autres [tairs laùjues; et les évé(iues d'Orléans (Jean de Saint- Michel), de Séez (Robert de Rouvres), et deux autres prélats dont on n'a pas gardé les noms, celle des [tairs ecclésiastiques absents^.
1. MoNsriiKi.KT, (J/ironiffiic, livre If, rliap. lxiv. — Ce cliroiii(|ueiir met ;'t l;i place d'Anflrc et tie Gui de I-aval, pour rcpr{îsenter deux des pairs laïques absents, le seiijfneur de lieaumauoir, Breton, et le seig^neur de .Mailly, a,entilhonime de Touraine.
2. Les villes épiscopales des quatre pairs ecclésiastiijucs absents,
GIIAP. X\ir. — L\ CAMPAGNE DE REIMS. LE SACRE. 28.')
Devant le Roi, le siie d'Albrel, aux lieu et place de Ricliemonl, tenait haut l'épée de connétahle.
— « El fut moult belle chose à voir ce beau mystère' », écrivaient des témoins de cette imposante scène.
Avant de [Mocéder au sacre, rarclievèque oriicianl, Re^naull de (-hailres, requit du Roi la promesse d'usaye, à savoir « de conserver aux évè(pies et aux églises à eux commises* le piivilège canonitpu», loi et justice due ».
(-halles, la tète couverte, la main sur l'Evangile, répondit en latin :
(( Moi, par la grâce de Dieu, au moment d'être sacré roi de France, promets devant Dieu et à ses saints que je conserverai le privilège canonique, loi et justice à chacun de vous, pii'lals, et vous défendrai, Dieu aidani, tant que je pourrai.
« Je promets, au nom de Jésus-Christ, au peu[)le chrétien à moi soumis, ces choses : premièrement, (|ue je garderai à l'Eglise ce peuple chrétien; puis, (pie je le défendrai de toutes rapines et de toutes ini(|uil('s; puis, (jue sur tous jugements, je comiiianderai équité el miséricorde; puis, que je travaillerai de tout mon pouvoir à meltr j hors de ma terre tous les hérétiques déclarés par l'Eglise.
(( Toutes choses dessus dites, je les coidîrme par serment. »
Le serment royal prononcé, les pairs se tournèrent
Laon, lîeaiivais, Noyon el fvmorcs, étaient alors au pouvoir des An-, içlo-Bouri>uii>nons. — L'évèque de Séez avait été promu à ce siège par Martin V en 1422. Il fut conseiller de C-harles \'II el employé par lui à de nond)reuses missions. Transféré en i433 par Eusfène IV au sièi^e (le Maj^^uelonne, il y résida peu : il mourut en i453. [Gallia rlirislian I. I. f. col. (h^S ; t. VI, col. 801-802.)
I. L".ilr<' (If trois fjcnli/sJrt/n/nrs angeiuns, t. IV, p. Siitj.
vers les assistants, coiniiie pour les prendre à témoins.
En ce rnonnent le Koi revêtit les ornements royaux que l'on avait disposés sur l'autel. Le duc d'Alençon lui chaussa les éperons d'or et l'arma chevalier; rarchexè- (pie IxMiit l'épée royale et Charles la remit au sire fl'Alhret ; puis Heynault de Chartres, assisié du Grand-l^rieur de Saint-Remy, procéda aux cérémonies du sacre. Le (irand-Prieur ouvrit la Sainte-Ampoule et l'archevêque Ml les onctions en disant :
« Je le sacre avec celle huile sanctifiée, au nom du Père, et du l'ils, et du Saint-Esprit. »
Quand la couronne royale eul été placée sur sa lèle, Charles W\, revêtu du grand manteau de velours bleu, semé de fleurs de lis d'or et doublé d'hermine, fut solennellcuicul conduit au tr<')ne par rofliciant. i^ir trois fois Rci^nault de Chartres acclame le monarque et s'écrie : ViiHif rc.i- in œterniiin ! '
Les [)airs font entendre à leur tour la même acclamatitMi. Les portes de la cathédrale s'ouvrent toutes jjrandes, la l'oule s'y j)récij)ite aux cris de : « Noël! Xoël ! » El les trompetles sonnèrent si fort « que les voûtes de ré'tl'lise semblaient de\()ir se fendre ».