FRANÇAIS ET ANGLAIS, LES SIIÎGES DU MONT-SAINT-MIGHEL
Tandis que I elat des finances et des affaires prenait une tournure chaque jour plus lamentable, les hostilités entre Ang-lais et Français suivaient leur cours. A travers quelques insuccès, les ennemis avançaient lentement, mais sûrement. Néanmoin's, jusqu'au siège d'Orléans, la confiance ne fut pas entamée chez les défenseurs de l'indépendance nationale. Au cœur des Français brûlait cette flamme du patriotisme qui , au plus beau moment du vainqueur d'Azincourt, avait inspiré à un Normand, Jean Bigot, cet acte d'audace et d'insolence héroïque.
A la tète de quelques hommes déterminés, Jean Big-ot avait tué quatre cents Anglais et emporté leurs étendards. Ces étendards, le vainqueur ne voulut pas les g-arder; il les envoya dans la capitale, à Notre-Dame, afin que ce fût le premier objet que les Anglais vissent en y entrant '.
A Paris, de nombreux habitants étaient impatients du joug- anglais et épiaient l'occasion de le jeter bas. « En ce temps (i^aS), environ le Noël, raconte Monstrelet, y eut plusieurs bouigeois de Paris qui firent conspiration de livrer ladite Aille en la main du roy Charles de France. Desquels bourgeois y eut une partie prins,
I. Mkjhellt, Ilisloirc de France, Viv. X, cliap. i, note i; t. V, [)./)i. Iu-8iJ, Paris, i84i.
dont les aucuns furent décapitez, et une femme à ce consentant fut arse (brûlée vive) et les autres se rendirent fugitifs '. »
Le duc de Bedford était en Normandie lorsqu'il apprit la nouvelle de cette conspiration. Il se hâta de rentrer dans la capitale et, à son arrivée, fil opérer de nouvelles et nombreuses arreslalions ".
Sur la frontière flamande, au nord, les habitants de la ville de Tournay se donnaient à la France, disant « qu'ils ne voulaient eslre à nul, sinon au roy (Charles, fds du roy Charles VI, leur souverain seig-neur^ ».
Thomas liasin raconte que des capitaines anglais, discMlanl à table sur les moyens d'en finir avec le brigandage, pressaient un prêtre de dire son avis. — Il n'y a (]u'nn moven, ré[K)ndit le prèlre : que tous les Anglais sorlent de France, et les brigands disparaîtront aussitôt ^
A Reims, un supérieur d'un couvent de Carmes, (jluillaume Frieuse, accusé de senlimenls français et traduit devant le ca{»itaine qui commandait la |)lace, répondait courageusement :
« Jamais Anglais ne fut roi de France, et jamais Anglais ne le sera '. »
Ce mélange de religion et de patriotisme ne se rencontrait pas seulement chez des moines et des prêtres,
1. MoNSTRELET, C/iro/i it/ Ile , liv. II, É^iap. m; t. IV, p. i35.