‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 235 sur 381 · I. De Beaucolht, cité plus haut · texte numérisé non relu

I. De Beaucolht, cité plus haut

3l2 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUEURlÈUE.

Et voilà pounjiioi, convaincue fjue la seule j)aix j)ossible avec eux était qu'ils « s'en allassent en leur pays, en Ang^lelerre », la jeune ^y^uerrière n'a pu se résigner à l'oisiveté et au repos. Comme les vaillants, Jeanne est tombée au champ d'honneur, les armes à la main et face à l'ennemi. C'est un cas de fortune dont l'envoyée de Dieu n'a point à rou^^ir. Sa renommée g'uerrière n'y perdra rien et ses vertus de sainte n'en auront que plus d'éclat.

LA MISSION DE JEANNE D ARC, MISSION DE RELEVEMENT MORAL ET PATRIOTIQUE.

« Fille de Dieu » et voyante inspirée, « Fille au j^rand cœur » et guerrière libératrice, csl-il nécessaire d'ajouter (jue la Pucelle, en sa mission, accomplit une cruvre de « relèvement patriotique et moral »? Relèvement indispensable pour que l'envoyée de Dieu fût de son vivant secondée comme il le fallait dans l'œuvre qu'elle avait charge d'accomplir; relèveuuMit non moins nécessaire pour que, après sa mort, le but qu'elle avait marqué fiU atteint.

De son vivant, ce relèvement des âmes, ce redressement des caractères, ce renouveau d'attachement au pays devait lui donner les auxiliaires dont elle avait besoin. Après sa mort, ces auxiliaires se trouvaient montés au ton voulu de confiance et de courage pour soutenir vingt ans encore la lutte qui devait délivrer la France de ses envahisseurs.

A cette tâche de relèvement patriotique des âmes et de

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redressement des caractères, Jeanne, « la Fille de Dieu, la Française au grand cœur », ne faillira pas. Elle opérera ce double relèvement par ses vaticinations et par ses actions d'éclat. A mesure (pie la parole de la Voyante inspirée remplissait d'espoir les loyaux Français, à mesure que les victoires de Jeanne « chef de guerre » changeaient la face des choses, le sentiment de l'honneur, l'amour du sol grandissaient dans les âmes, pré])arant la transformation morale sans laquelle vains eussent été les efforts de l'envoyée du ciel.

Sous cette double action, l'on sent qu'il y a du nouveau dans le pays jusipie-làsi malheureux, que l'ère des défaites est fermée, que celle des succès est ouverte et (pi'elle n'est pas près de prendre fin.

D'un côté, la décision succède à l'abattement, au désarroi la confiance : la confiance en Dieu et en soi, au présent et à l'avenir.

D'un autre côté, c'est l'inquiétude qui se révèle chez nos ennemis, on ne les reconnaît plus. Ils assiègent la cité orléanaise et on dirait des assiégés, (les vaincpieurs d'Azincourt et de Verneuil, (pii semblaient avoir fait un pacte avec la victoire, restent comme des femmes enfermés dans leurs bastilles. Du continent, la panique passe jusque dans la ( Jrande-Brelagne, et ses hommes d'armes n'osent venir combattre en France, terrifiés qu'ils sont par une jeune fille.

Aussi Jeanne guerrière peut livrer à Compiègne son dernier combat; sa mission, telle que la Providence l'a ordonnée, s'accomplira tout de même. Par ses prédictions dont on a déjà vu les [)lus étonnantes réalisées, par ses exploits, par son dévouement à la cause nationale, par le relèvement patriotique qui en a été la conséquence,

3l4 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUERRIÈRE.

elle a posé en somme la cause de la délivrance promise. Pour nous servir de l'expression énergique d'un chroniqueur de l'époque, « le nellojag-e du sol fran(;ais » ne sera plus qu'une affaire de temps. La cause posée, aucune puissance luimaine n'empêchera l'effet de se produire.

Ainsi entendue, la mission de la Pucelle sort du cadre étroit d'une mission unicpiement militaire, elle apparaît comme une mission d'un ordre supérieur. Elle ne vise pas seulement un certain nombre de faits d'armes, de succès plus ou moins hrillants : elle agit sur le fond, sur l'âme même de la nation, elle y opère une transformation si prodi;gieuse que cette nation, naguère désemparée, devient capable d'en finir avec ses envahisseurs. En outre, à cette reprise d'elle-même, la Fiance gagnera la conservation de sa foi religieuse. Elle n'aura rien à redouter, dans un avenir prochain, des caprices sanglants d'un Henri VIII, et si elle ne devient [>as une Irlande continentale, après Dieu elle en devra remerciei" la « h'ille tle Dieu »,. Jeanne d'Arc.

C'est là un bienfait e.\cepti(jmiel dont les contemporains reconnurent le prix. « Le restaurement de France et recouvrement, écrit Mathieu Thomassin, a été moult merveilleux. Et sache uti chacun que Dieu a montré et montre chaque jour qu'il a aimé et aime le royaume de France, et l'a spécialement élu pour son propre héritage et j»oui', par le moyen de lui, entretenir la sainte foy catholique, et pour ce Dieu ne veut pas le laisser perdre. Mais sur tous les signes d'amour que Dieu a envoyés au royaume de France, il ny en a point de si grand ni de si merveilleux comme de cette Pucelle'. »

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