‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 236 sur 381 · LA MISSION DE LA PUCELLE, MISSION SANCTIFICATRICE ET RÉDEMPTRICE · texte numérisé non relu

LA MISSION DE LA PUCELLE, MISSION SANCTIFICATRICE ET RÉDEMPTRICE

En parlaul tlii relèvement moral que l'Envoyée de Dieu devait opérer chez tous les bonsF'rançais, nous omettrions une considéralion essentielle si nous ne rappelions pas de quelle manière l'Iiéroïne chrétienne, la martyre, la sainte qu'était Jeanne devait contribuer à ce relèvement. En l'envoyant au descendant de saint Louis, Dieu se proposait le relèvement du royaume; mais il se proposait aussi la sanctification et la glorification de la jeune fille qui devait l'opérer.

De ces desseins de Dieu sur la vierg^e de Domiemy, un chrétien aujourd'hui ne peut pas douter. En lui confiant la charg-e de combattre et de vaincre les Anglais, la Providence voulait tout aussi fermement sa sainteté par la pratique des plus héroïques vertus que la défaite des ennemis de la France, que la délivrance d'Orléans et le sacre de Reims. C'est pourquoi nous devons ajouter que la mission de l'envoyée de Dieu a été morale dans le sens le plus haut, ayant été une mission sanctificatrice et rédemptrice : sanctificatrice pour elle d'abord, pour beaucoup d'âmes ensuite dont ses vertus et son zèle s'ert'orçaient de procurer le salut, ainsi qu'on a pu le voir au cours de son histoire; de plus, rédemptrice au profit de la France dont l'indépendance et la prospérité étaient l'objet de son vœu le plus cher. Qui se refuserait à voir dans les épreuves de la Pucelle, en particulier dans son abandon après la tentative sur Paris, dans sa capti-

SlO JEANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHASE (iUERUI EUE.

vite à Rouen, son piocès et son supplice, le prix de la ranron du pays? Comme tous les êtres supérieurs, riiumble fille des champs avait ses ennemis et ses jaloux. C'(''taienl naturellement les Anglais à qui elle avait fait coiiiiaîlie la « fuite honteuse » ; mais c'étaient aussi des courlisans et des capitaines français; sans compter ce roi (pii, lorsqu'elle est tombée à Compièg"ne entre les niiins des Anglo-Bourguit^nons, paraît ne pas plus songer aux moyens de la délivrer que si elle n'eiU jamais existé. On admire Jeanne guerrière, et l'on a raison, lorsque sur les champs de bataille, son étendard à la main, elle couil ail plus épais des ennemis, et donne à ses compal^nons l'exemple du courage et du mépris de la mort. Admirons aussi Jeanne réd(;mplrice, — elle le mérite tout autant, — lorsque prisonnière au château de Rouen, enchaînée dans une cage de fer construite exprès, elle est en btilte nuit et jour aux violences et aux propos infâmes de ses gardiens. C'est là, c'est à la barre du tribunal qui la juge, en présence des maîtres et docteurs qui ne cherchent (ju'à la perdre, enfin sur le bûcher dont les llamiiies \(»iil la dévorer, en face de la plus luHTible des iiiorls, cesl là, disons-nous, cpie se révèle la chrétienne, l'héroïne, la sainte que Jeanne était. Ses souffrances inexprimables, son honneur de vierge à cha(pie instant menacé, le délaissement dont elle est l'objet, ses larmes rendues pins amères, sa condamnation ignominieuse, sa mort cruelle, voilà de quel prix l'envoyée de Dieu a payé sa gloire céleste et la rédemption de la patrie. De tels sacrifices, de tels exemples ne sont-ils point partie intégrante et partie admirable d'une mission libératrice?

en. XXIII. LA MISSION HISTORig^UE UE JEANNE d'aRC. Siy

LES DEUX PARTIES DE LA MISSION DE JEANNE D ARC : SA MISSION « DE VIE » ET SA MISSION « DE SURVIE )) .

En définissanl, d'après l'héroïne elle-même, l'objet de sa mission, nons en avons indiqué retendue et inféré des textes cités (ju'eiie allait jus(|u'à la recouvrance du royaume du vivant de Charles V II et jusqu'à l'expulsion des Anglais. Si l'on se demande maintenant : celle mission, l'envoyée de Dieu l'a-t-elle remplie tout entière? il semble qu'on soit obligé de répondre négativement, [)uisque c'est seidemenl vingt-deux ans après sa mort que les Anglais ont perdu leur dernière bataille et, en France, leui' dernière pi'ovince.

Tontes choses dûment examinées, il y a lieu de repousser cette réponse négative, car la Providence a pris soin de réserver à l'héroïne une [)art, im{)ortante dans la [)aitie de sa mission qui ne devait se produire (pi'a[)i-ès sa mort. C'est que la mission totale de Jeanne comprenait deux parties dislincles et que, en ces deux parties, il lui revient un rdle considérable. L'une de ces deux parties est la « mission de vie », lacjuelle se termine au bûcher de Rouen; l'aulre est la « mission de sur-vie », laquelle dépasse le sup[)lice de la martyre et ne prend lin (pi'avec la guerre de Cent ans.

('elle division surprendra peut-être, mais elle est des plus naturelles. Ce qui ne l'est pas moins, c'est de montrer qu'après sa mort, la Pucelle a rempli une mission V('Mit;d)Ie, C(>rn[)I(Mnenl de son action libt'ratrice et morale

3f8 JEANNE ET S\ (( MISSION DE VIE )) . l'IIASE GUEUUIÈRE.

([lie le bùcliei' de Rouen n'avait [)u délniire, et qu'une part nîelle lui revient logiquement dans les événements <|ui, annoncés par elle, ahoulirenl à la délivrance du territoire et à l'expulsion de l'Anglais.

Nous n'avons pour cela qu'à nous souvenir de la manière dont le relèvement du pays devait s'accomplir el de la [)art essentielle que l'héroïne a prise à ce relèvemenl.

•Nous disons « part essentielle » ; ce qui revient à dire (jue, apiès Dieu, Jeanne d'Arc a été la cause première de et; relèvement et de ses conséquences, y compris la plus inq^irtanlc de loiiles, la défaite et l'expulsion des envaliisseuis.

Comme ce relèvement lui-même, la j)arl qui en revient essentiellement à l'envoyée de Dieu est militaire et morale.

Militaire : Si Jeanne n'eût pas fait lever le siège d'Or- U'ans, Tallxtt n'aurait j)as [)erdu la balaille de Castillon el les Anglais n'eussent pas, à la suite de cette balaille, évacué le sol fran(;ais.

Morale : Si Jeanne, « Voyante inspirée », n'eût pas à plusieurs reprises fait savoir à tous, amis et ennemis, l'issue inévitable de la lutte (ju'elle allait engager et la série des événements inattendus qui devaient y conduire, l'àme française n'eût pas tressailli d'espoir à sa parole et le |)atiiolisme de ses défenseurs n'eût pas eu le dernier mot.

Et Jeanne n'ignorait pas qu'il en serait ainsi : je veux dire que sa mission « de survie » couronnerait et achèverait sa mission « de vie ».

Désirerait-on quelques textes à l'appui?

Il V a, d'abord la {)arole si touchante de la jeune tille

en. XXIII. LA MISSION HISTOKIQUE DE JEANNR d'aRC. 3i9

au Dauphin el au duc d'AIençon : « Gentil sire, je durerai un an, guère plus : il faut donc me hien employer. » Parole qui définit avec trop de clarté le fait et la brièveté de sa mission de vie.

Et il y a, si l'on veut, comme alleslalion [taralièle de sa mission de survie, le mot de Mathieu Thomassin :

« Jeanne, écrit-il, fut par aucuns interrogée de sa puissance, si les Anglois pourraient la faire mourir. Elle répondit que tout était au plaisir de Dieu, et si cerliha (jue s'il lui convenait qu'elle mourût avant que ce pour quoy Dieu l'avoit envoyée fût accompli, après sa mort elle nuiroil plus auxdits Ang-lois qu'elle n'iiuroit failo e-n sa vie, el fjue non ohsiant sa mort, tout ce pour quoy elle éloit venue s'accom[)liroit. »

El Mathieu Thomassin, témoin oculaire tout comme Seguin de Seg^uin de ce qu'il affirme, ajoute en manière de confirmation :

(( I']t il a élé ainsi fait par la grâce de Dieu, comme clairement et évidemment il appert et est chose notoire de notre temps'. » A ce moment, la mission de suivie de la Puceile avait produit son suprême effet.

C'est parce que cette doul)le mission était comprise dans sa mission totale que Jeanne entrelient Robert de Baudricourt et ses deux officiers non seulement du siège d'Orléans et tlu voyage à Chinon, mais (( du recouvrement du royaume ». A quel autre litre (pu; celui de celle mission de survie parle-t-elle au duc d'Alencon, au jeune roi, à la Commission de Poitiers de la soumission de la capitale, du retour du duc d'Orléans de sa ca[)livilé d'Angleterre, de la recouvrance du royaume

Page 1