‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 237 sur 381 · Procès, t. 1\', |)[t. 3(i{j-,'îio · texte numérisé non relu

Procès, t. 1\', |)[t. 3(i{j-,'îio

320 JKANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUERKlÈllE.

tout entier, événements qui tous ne se produiront qu'après sa mort?

Et n'est-ce pas surtout celte mission de survie que, les l)ras charj^és de chaîne, Jeanne caplive ne cesse d'aflîrmer à ses juges? Elle lient à leur dire qu'ils auront beau la Faire mourir, elle ne mourra pas tout entière, elle verra et ils verront comme elle se réaliser les surprises (|u'elle leur- annonce : la paix d'Arras, la soumission de la capitale, les vicloires des Français et enfin la délivrance du pavs.

Le fait de ces deux missions de vie et de survie une lois établi, loule difficnllé sérieuse s'évanouit. L'on voit clair dans la mission de l'envovée de Dieu, dans son accomplissement.

L'on conçoit que, mali^^ré la brièveté de sa carrière, elle ait été changée d'une mission aussi considérable, et que celle mission ait été tout entière accom[)lie. Dieu, (pii lui a fourni le moyen d'exéu-uter en sa courte vie ce <pii la concernait personnellemeni, m^ lui a j)as fait défaut pour remplir à l'ég^ard de la France la partie que, vu sa morl prématurée, elle n'a pu j)eisonnellement exécuter.

La part (|u'elle a prise aux événements survenus alors se détermine de deux façons. C'est d'abord le souvenir persistant que les capitaines, ses compagnons d'armes et les défenseurs du royaume ont conservé de ses paroles de (( Voyante inspirée », paroles qui déchiraient à leurs yeux le voile de l'avenir, leur en marquaient les phases successives et lenr en fixaient le but. C'est ensuite le souvenir de ses exemples, de ses exploits, de sa vaillance, de sa confiance en Dieu, de ses grandes vertus et, avec ce souvenir, la persuasion qu'une œuvre aussi admi-

cil. X.XIII. LA MISSION HISTORIQUE DE JEANNE d'aRC. 32 1

rablement commencée ne pouvait pas ne pas se terminer de même.

Ainsi la double action de Jeanne envoyée de Dieu, en tant que « Voyante inspirée » et de « Libératrice guerrière », après s'être exercée durant sa vie se poursuit au-delà du tombeau.

Les capitaines qui ont commencé avec elle l'œuvre de la délivrance auront l'heur de la continuer.

Parce que la Libératrice d'Orléans ne sera plus à leur tête lorsfpie les Anglais perdront leur dernière bataille, gardons-nous de donner raison aux historiens myopes qui lui dénient l'honneur d'en avoir posé la cause première.

Les missions historiques des grands hommes ne finissent pas d'ordinaire à leur mort : elles se prolong'ent au delà. C'est à ces grands hommes que, sans compter, l'histoire en rapporte l'honneur. Que dans nos annales on réserve aux anciens compagnons d'ai'ines de l'héroïne qui vainquirent les Anglais en i449-i4'^3 une j)lace glorieuse, rien de plus juste. Mais qu'au milieu d'eux et un peu au-dessus, on en réserve une tout aussi glorieuse à Jeanne la Pucelle. La victoire de Castillon est la sœur puînée de la victoire de Patay.

Et si l'on demandait pourquoi, nous répondrions :

Mais simplement |)ar(-e que c'est le changement (pie l'envoyée de Dieu a o[)éré chez les défenseurs du pays, l'élan qu'elle leur a imprimé, la confiance dont elle les a pénétrés; c'est le souvenir vivant de ses faits d'armes, celui de ses prédictions dont ils avaient vu les plus étonnantes s'accomplir, qui ont amené la victoire finale, résultante logique de sa double mission.

L'on dirait que du jour où la grande Française subit

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son martyre, son ame soit devenue l'àme même de la France. Dans sa mission de vie, elle avait montré que les vainqueurs d'Azinconrl n'étaient pas invincibles. Dans sa mission de survie, ils ne le furent pas davanta^^e. Les troupes du roi marchèrent de succès en succès, les troupes aui^Iaises de défaite en défaite. En viny;^t années, les provinces (pi'elles avaient mis près de cent ans à conquérir rentraient en la possession de leur souverain léj^itime. La mission totale de l'envoyée de Dieu était bien accom[)lie. « Il a plu à Dieu, disait-elle, de faire toutes ces clioses par une faible femme, par une sim[)le pucelle'. »

On peut le dire encore aujourd'hui : l'on ne sortira pas de la vérité historique.

RÉPONSE A QUELQUES OUIECTIONS,

Avant de présenter la conclusion qui se dé^-aj^e des considérations précédentes, nous devons au lecteur l'exposé des faits et raisons qu'on allèj^ue pour limiter la mission de la Pucelle au sacre de Reims, c'est-à-dire à une durée de moins de trois mois, n'y comprenant que les résultats obtenus en cet espace de temps.

Nous ne nous arrêterons pas aux arguments présentés par J. Quicherat pour établir que la mission delà Pucelle telle qu'il l'entend a été « manquée ». J. Quicherat est persuadé que Jeanne s'était eng'açée à s'emparer en [)er-

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