‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 238 sur 381 · I. Procès, t. I, p. i · texte numérisé non relu

I. Procès, t. I, p. i

cil. XXIII. LA MISSION HISTORIQUE DE JEANNE d'aRC. 32.3

sonne de Paris el à exlerininer les Anglais'. Celle opinion du critique ayant contre elle le sens obvie des textes, il n'y a pas lieu de s'y arrêter et nous n'en dirons pas autre chose.

Les historiens qui liniilent au sacre de Reims la mission de Jeanne d'Arc lui foui, on ne saurait en disconvenir, la mesure hien étroite. Quelles raisons apportentils à l'apjxii? Ils allèg-uent des paroles tombées de sa bouche. Ils prétendent que, « à partir du sacre, ses Voix ne l'assistent guère plus. Privée de leurs inspiral ions, la jeune g"uerrière laisse désormais les chefs de l'armée diriger les opérations à leur guise. On voit bien qu'elle n'a plus qu'à attendre l'issue incertaine de sa destinée. »

Commençons par les paroles tombées de la bouche de l'héroïne. Examinons-les de près, nous verrons qu'elles expriment le contraire de ce qu'on prétend y trouver.

C'était dans les premiers jours d'août 1429. Poursuivant sa marche à travers l'Ile-de-France, la petite armée royale était arrivée à La Ferté et à Crespy en Valois. Les habitants du pays accouraient en foule sur le passage de Charles VII qui venait d'être sacré el, tout joyeux, criaient : <( Noël! Noël! » Touchée jusqu'aux larmes, Jeanne, qui chevauchait entre Dunois et l'archevêque de lleims, ne put s'empêcher de dire :

— Voilà un bon peuple! Je n'en ai jamais vu qui se réjouît comme celui-ci de l'arrivée d'un si noble prince. Puissé-je être assez heureuse [)Our iinir mes jours en ce pays et inhumée en cette terre!

L'archevêrjue de Reims alors lui demanda :

2. Voir sur ce sujet la première série de nos éludes critiques, Les visions et les voijc, ch. xvii.

324 JEANNE ET SA (( MISSION DE VIE )) . PHASE GUEHRiÈnE.

— En (juel lieu, Jeanne, croyez-vous mourir?

— Où il plaira à Dieu, répondil-elle ; car je ne suis assurée ni du temps ni du lieu plus que vous-même. Que je voiidrdis (jii'il plut à Dieu mon créateur (jue je rnen retournasse maintenant, quittant les armes, et que je revinsse servir mon père et ma mère, et g'arder leurs troupeaux avec ma sœur et mes frères, qui seraient grandement joyeux de me voir' !

Voilà, d'après le comte de Dunois, témoin oculaire, le laiii^aj^e qu'aurait tenu la jeune Lorraine^. On remaiquera qu'il n'y est nullement fait mention de la levée du sièg-e d'Orléans et du sacre de Charles VII. Par conséquent, on ne saurait inférer des paroles citées que Jeanne, ayant obtenu ces deux résultats, estimait sa mission accomplie tout entière. Ce qui en ressort au (■ontraire, c'est la pensée (pie cette mission n'est pas arrivée ;\ son terme, puis(jue Jeanne voudiiiit (( (pi'il piflt à Dieu qu'elle s'en retournât » et qu'elle ig'nore si Dieu le veiit.

Ou plutôt, non, elle ne l'ignore pas. Elle sait que la volonté divine l'appelle ailleurs qu'en son village; elle

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