CHAP. XXIV. CAMPAGNE DE LILE-DE-FRANCE
saint royaume; et de la part du g-entil Roy de France, il est prêt de faire paix à vous, sauf son honneur, s'il ne tieut en vous.
« El vous fait à savoir, de par le Roy du ciel, mon droictiirier et souverain Seigneur, pour vostre bien et pour vosire iionneur et sur voz [votre) vie, que vous n'y g"ag-nerez point [de) bataille à l'encontre des loyaux Français, et que tous ceux qui guerroient oudit {contre ledit) saint royaume de France, guerroient contre le roy Jliésus, roy du ciel et de tout le monde, mon droicturier et souverain Seigneur. Et vous prie et requiers à jointes mains que ne faictes {fassiez) nulle bataille ne [ni) guerroiez contre nous, vous, vos gens ou subgiez [sujets). El croicz seurement {sûrement) que, ({uelque nombre de gens que vous amenez contre nous, qu'ils n'y gaigneront mie {pas), et sera grant pitié de la grant bataille et du sang- qui y sera respendu de ceux qui y viendront contre nous.
« Et a (// u a) trois semaines, je vous avois esciipt et envoie bonnes lettres par un liérault {pour ro/is prier de vous trouver) que feussiez au sacre du Roy qui, aujourd'hui dimanche, xvii*' jour de ce présent mois de juillet, se fait en la cité de Reims : dont je n'ay eu point de response, ni n'ouïs oncques plus nouvelles dudit hérault.
« A Dieu vous commens {vous recommande) et qu'il soit {ait) garde de vous, s'il lui plaist ; et prie Dieu (pi'il y mecle {mette) bonne pais [paix).
« Escripl audit lieu de Reim.^, ledit xvu'' jour de juillet. »
Sur F adresse : « Au duc de Bourgogne'. »
I. /^/•orès, t. V, pj). i2('»-i27. — L'original de celte lettre est conservé à Initie, aux aichivi's du déparleincnl du Nord. Nous en avons
334 JR.VNNE KT SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUEHRIÈKR.
Pourquoi Jeanne avait-elle écrit cette lettre? Que se {)roposait-eIle, qu'en attendait-elle? Ce qui venait de se passera Paris le i5 juillet, l'avant-vcille du sacre, entre le duc de Boiii'^ogue et le duc de Bedford, va nous l'appiendre. tout en nous donnant lieu de saisir sur le fait, une fois de plus, le remarqual)le sens politique et le patriotisme ardent de la jeune -guerrière.
A[uès Patay, nous l'avons déjà dit, le Réy;"ent anglais avait adressé au cardinal de Winchester une demande pressante de secours en hommes et en arg^ent. Il avait même insisté en avril précédent auprès du Grand Conseil de Londres afin qu'on envovàt le jeune roy en France ()mir y être sacré. En apprenant la marche de la Pucelle et de l'armée royale sur lleims, il sentit que la Champag-ne était perdue et il se [tréoccupa des moyens de sauver au moins l'Ile-de-France et la Normandie. L'appui du duc lie Bourg-Qg-ne lui devenait indispensable. Bedford alors regretta le mauvais accueil qu'il avait fait à sa reipiète en faveur des Orléanais. Pour atténuer l'effet de cette faute politique, il députa à Philippe le Bon, en son nom et au nom des Parisiens, l'évèque de Noyon, deux docteurs en théologie et quelques notables bourgeois, avec mission de réclamer instamment la présence du duc à Paris et son assistance.
Philippe, flatté de cet appel, partit de Hesdin, en Artois, et arriva dans la capitale avec sept ou huit cents
légèrement rajeuni l'orlhographe. Peul-èlre la croix (]ui précède les noms de Jhesus Maria a-t-elle été tracée de la main de l'héroïne. L'original est d'un demi-pied de haut sur un pied de large. Il est écrit sur parchemin. On y aperçoit les fentes à travers lesquelles passaient les bandes de parchemin qui fermaient la lettre et les traces de l'empreinte du cachet de cire rouge qui les retenait. (Le FiRi n DE Charmettes, op. Cit., t. II, p. 3o8.)
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clievaiix, le lo juillet'. Le veiuiredi [5 juillet, il y eut « procession g-énérale » à Saint-Magloiie. On prêcha à Notre-Dame, en faveur de la cause anglo-bourguignonne, un sermon enthousiaste devant les principaux de la ville, les membres de rUnivei'silé et les corps constitués. Au palais, où l'on se rendit ensuite, on rappela les circonstances de l'assassinat de Montereau. Le duc de Bourg'o- '^ne demanda que la mort de son père fût vengée, et Ions les assistants renouvelèrent par acclamation leur serment de fidélité au traité de Trojes. Le lendemain, Philipjte repartait pour la Flandre avec la duchesse de Bedford, sa sœur, qui devait l'entretenir en ses bonnes dispositions, et il laissait dans Paris sept cents hommes d'armes sous les ordres du sire de l'Isle-Adam^.
Le Régent estimait à un haut prix cette démonstration du prince son beau-frère, car il écrivait au Grand Conseil de Londres, à la date du i(3 juillet, comment le duc de Bourgogne « faisait très grandement et honorablement son devoir d'aider et servir le Roi, et comment en ce besoin il s'était montré en plusieurs manières vrai parent, ami et loyal vassal du Roi, auquel il devait être très honorablement recommandé; car n'eut été sa faveur, Paris et tout le reste étaient perdus de ce coup^ ».
Le duc de Bedford reconnut le service que lui rendait le duc Philip[)e, en faisant porter à Arras, le 22 juillet suivant, vingt mille livres tournois qui furent versées entre les mains du trésorier du duc, pour le « paiement des gens d'armes et de traict. « Des jojaux lui furent