‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 248 sur 381 · I. JoLii-iKil (l'un Iioiii-(jeois de Paris, p · texte numérisé non relu

I. JoLii-iKil (l'un Iioiii-(jeois de Paris, p

■?.. [hid., pp. 2/10-2/41.

i. l^v.Miiu, t. I\', pars iv, p. ifx». lùlilion de \'][\i

33(3 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHaSE GUEUIUÈKE.

égaleineul remis, afin qu'il pût emprunler une pareille somme'. »

C'était pour neutraliser les résultais d'un tel rapprocliemenl entre le Ré^;ent et le duc Philippe, préparer la conclusion d'une p.iix sérieuse enlie ce prince de la maison de France et Charles VII, et affaiblir d'autant la cause ang;laise, que Jeanne écrivit, le jour même du sacre, la lettre qu'on a lue tout à l'heure.

Le jeune Roi ne [)artit pas, le lendemain du sacre, pour se rendre, selon la coutume de ses prédécesseiiis, au prieuré de Corbegny, à huit lieues de Reims, y vénérer" les reliques de saint Marconi, abbé du sang- loyal de l*rance, et guérir, en les touchant, les écrouelles des malades qui se présentaient". Il demeura trois jours dans la ca[)ilale de la Champagne pour y recevoir les ambassadeurs de Philij)[)e le Bon, cjui « venaient le saluer" air nom de leur souverain et faire des ouvertures

1 . l\(\v. Stevenson, L<-llcrs timl jtiipcrs ofthc iiuirs nfthe lÙK/lish in France, t. II, p. km .

Une pièce pultlice par M. Aii^uslc Loiigiioii dans sou ouvray^e, Paris pendant la domination anf/laise, n" cxliv, pp. 3oo-3oi, montre le prix ((ue le néncnl attachait à l'alliance de Philippe Le Bon. Un maçon parisien, nommé Pierre Thouroudc, ayant demandé par mo(pieric ce (pii amenait , le lo juillet, le duc de Bourçoinne à Paris et si ce prince avait l'intention de s'opposer au sacre du Dauphin, fut condamné au pilori et à la prison d jusques au hon plaisir de Nous (roi d'Ang-leterre). ou du prévost de Paris ».

2. Le privilège de guérir les écrouelles avait été conféré par saint Rémi à Clovis après son baptême. Il fut confirmé à Childebert et aux rois, ses successeurs, par saint iMarcoul ou .Marculf, abbé de .\anteuil, en reconnaissance du bien que le monar([ue avait fait à l'Eglise. Les pauvres scrofuleux se rangeaient en cercle autour du Roi qui les touchait en prononçant ces paroles : « Le roi te touche. Dieu te guérisse ! » '

Le prieuré de Saint-Marcoul de Corbegny dépendait de l'abbaye Saint-Remv de Reims. Il était à huit lieues nord de la ville du sacre.

CIIAP. XXIV. -r- CAMPAGNE UE l'iLE- DE-FRANGE. SSy

de paix' ». Faut-il croire que la lellre écrite [)ar la Pucelle, dans les premiers jours de juillet, au fils de Jean sans Peur, ne fut pas étrangère à cet acte de déférerïce de la part de ce prince; ou ne faut-il y voir que l'effet d'un calcul politirpie a)ant pour but de montrer aux Anglais que, en dépit de leurs avances et de la réponse qu'il y avait faiie, Philippe ne renonçait pas à se rapprocher du chef de la maison de France?

Les trois gentilshommes angevins, dans la lettre citée précédemment, mentionnent celte arrivée des ambassadeurs du duc de Bourg^og^ne et les espérances de paix qu'elle faisait concevoir.

« Le duc Philippe, écrivaient-ils, a envoyé ici devers le Hoy, si tost qu'il arriva en cette ville. A celle heure, nous espérons que bon traité y trouvera avant qu'ils paitenl. »

La paix, c'était le désir encoi'e plus que l'espoir des fidèles sujets de Charles VIL Mais il y avait lieu de craindre que les faits ne justifiassent |)as ces espérances, et que la conclusion d'une paix sérieuse fût le moiiuire souci de.^ personnag"es qui tenaient en main les fils des négfociations. Pour faire honneur aux ambassadeurs du duc de Bouigogne, le monarque relarda son départ et charg'ea ses conseillers, Regnault de Chartres et La Trémoille spécialement, d'entendre leurs propositions. Nous verrons tout à l'heuie à (juels résultats ces négociations aboutirent.

Le 20 juillet, Charles se rendait au tombeau de saint Marconi, y faisait ses dévotions et y louchait les écrouel-

I. Mé/noires de Pie II, PnocÈs, t. IV, pp. 5i4-5i5 : « Bur^undoruni Icgati salutatum veneraut et aliquod ad concordiam afterebaul. » — Greffier de la Rochelle, lievue historique, l. W , p. 344-

II 2i

les. Il n'avait pas encore quille celle abhave lorsqu'une députalion des liabilanis de Laon vint lui remettre les clefs de la ville'.

Le sacre accompli, le Conseil du Roi avait examiné, de concert avec les chefs de guerre, quel parti il convenait de preiulre. On avait à choisir entre le retour à Gien et la marche en avant, dans la direclion de rilcde-France. Il n'y a aucune invraisemblance à S(q)|)()ser que le premier projet paraissait préférable aux minislies du jeune prince et à leurs créatures. Les chefs de guerre et les capitaines étaient, eux, pour la marche en avant. Dès ce moment s'accusèrent oiiveilemenl les deux j)()litiques opposées qui s'étaient manifestées devant Trojes, et que nous verrons à l'œuvie jusqu'à la fin de la cam- {)agne : celle qui comptait sur la force des armes pour achever l'œuvre commencée, et celle qui entendait ne recourii- cpi'à la diplomatie. Nous n'avons pas besoin de dire à la(pielle de ces politiques la Pucelle était gagnée. Elle qui voulait « remettre le roy en sa seigneurie, et son lovaulme en son obéissance' » ; elle qui avait toujours présent à la pensée l'article capital de 'kou prog^ramme, « bouter les Anglais hors de toute France » ; elle qui comptait n'avoir la paix que « par le bout de la lance^ w, ne pouvait goûter la voie cauteleuse et inleiminable des négociations. Elle n'eut pas de peine à faire entendre raison au jeune Roi et à le décider à entreprendre « le voyaye devant Paris ^ ». Il fallait, observaitelle, continuer à mt*ttre à profit l'émotion favorable que

Page 1