I. Chronique de la Pucelle, pp
le feu. Malgré le courage de lenfs défenseurs, le boulevard el la barrière restent au pouvoir des Français après une mêlée dans laquelle la Pucelle enlève à un ennemi son épée '.
1! u'v avait plus qu'à donner l'assaut. Que, à l'inlélieur, le mouvement national sur lefjuel Jeanne et plusieurs capitaines paraissaient compter se produisît, el le succès élait assuré. Mais ce mouvement ne se produisit pas. Vainement essaya-l-on. Les Parisiens ne bougèrent pas, les uns des églises où la fête de la Nativité (ht la liienheureuse Vierg^e les avait attirés, les autres de leurs logis dans lesquels la frayeur les tenait enfermés.
Remplie de confiance, la Pucelle donne le sig-nal de l'assaut et se porte en avant. A son exemple, le maréchal de I\ais, les seigneurs et les g"ens à cheval mettent pied à terre et viennent aux fossés. Il y en avait deux, l'un à sec, l'aulre rempli d'eau, ce qu'ignorait la Pucelle, et de plus très profond^. A la tête des combattanls, .leannc traverse le premier fossé et vient sur les bords du second. Son premier soin est de sommer les assiégés de se rendre. « Rendez-vous, leur crie-t-elle, de par Jésus, à nous tôt; car si ne vous rendez avant la nuit, nous entrerons dans la ville par force, qiie vous le vouliez ou non 3. »
1. Jkan CnAUTiEn et Journal du sif'f/e, loc. cit.; — Procès, t. I,
2. En racontant l'assaut de I^aris, (^ousinot de Montreuil parle de « aucuns ({ui s(;avoienl bien audict lieu » la protondeur de l'eau des fossés que Jeanne ignorait; « et selon ce qu'on pouvoit considérer, eussent bien voulu par envie qu'il fut mescheu («ju'il arrivât malheur) à la dicte Jehanne ». {Chronique de la Pucelle, p. 333.)
3. Journal d'un Bourç/eois de Paris, p. 245. — I^c venimeux auteur met -dans la bouche de Jeanne ces autres paroles : a ... et
ciiAi». XXV. — l'écukc de paris. 38 [
On ne lui lépondil que par des injures et le combat continua. Cependant la jeune fille, impuissante à traverser le fossé et à se porter au pied des murailles, réclame fascines et fagots. Ceux qu'on avait apportés étaient de beaucoup insuffîsanis, à cause tie la profondeur à combler. Soit im[)révoyance, soit mauvaise volonté, à un moment donné fascines et fagots manquent totalemeni, et l'eau reste toujours profonde. Au premier rang, sur le bord du fossé, Jeanne ne cessait d'encourag-er les hommes d'armes, lorsqu'un archer anglais, l'apercevant du haut des remparts, se met à l'insulter et lui décoche un virelon (trait d'arbalète) qui lui traverse la cuisse. Au même instant, un second trait perçait le pied de l'homme d'armes tjui portait son étendard, et un troisième, peu après, le frappait à mort entre les deux yeux.
Malgré sa blessure et l'heure avancée, — le soleil était à son couchant, — la jeune guerrière refusa de quitter le terrain. Au contraire, elle insistait plus que jamais et pressait les assaillants de tenter un suprême elïbrl. « Qu'on s'approche des murs, disait-elle, et la ville est à nous. » La nuit survient et Jeanne s'obstine à ne pas vouloir se retirer. Les ducs d'Alençon et de Bourbon l'envoient quérir. Ce n'est point à cela que songe la vaillante jeune fille. « Que le roi se montre ! s'écriet-elle. Les bons Français qui sont dans Paris tenteront quelque chose C(»lle nuit. Que le lloi se montre seulement ! »
Le Roi ne se montra pas. Leduc d'Alençon, ne voyant pas revenir Jeanne, quoique l'heure fût avancée, alla de
tous serez mis ;'i mort sans merci. » l'arler ainsi n'était ni dans le caraclèi'e, ni dans les liai^iludes de la l'ucelle.
382 JEANNE ET SA (( MISSION DE VIE ». PHASE GUEUKiÈilE.
sa personne avec le sire de Gaucourt la cherclier afin de la ramener dans La Chapelle. Il eut toutes les peines du inonde à l'y décider : elle ne pouvait se résig-ner à s'é'oii^ner des reinp.uls et elle ne cessait de dii'e : « Par mon martin, la place eût été j)i"ise'. »
Pendant l'action, le duc d'Alen(;on et le corps de réserve s'étaient tenus derrière lii Bulle aux Moulins, à l'abri de rarlillerie de la place, j)rèls à culbuter les ennemis s'ils avaient tenté de [)rendre Jeanne et ses g^ens à revers; mais les ennemis ne quittèrent pas les remparts et ne lentèient aucune diversion.
Le Roi, de son côté, avec un corps de troupes et les î^ens de sa maison, était resté en bataille entre Paris et Mtmlmarlre, « ses princes avec lui ^. » iJuranl l'assaut, au lieu d'envoyer au secours de Jeanne, le sire de La Trémoille « avait fait retourner les g^ens d'armes à Saint-Denis^». Sous piélexte d'épargner l'elFusion du sang, a car il y avait trop grande occision », le favori demanda au Roi de faire cesser le cond)at; « et ainsi fit ledit Charles audit assaut sonner la retraite ^ » Le chr(»ni(pirui' ajoult; : a Et ci'ois (ju ils eussent gagné ladite ville de Paris si on les eût laissé faire. »
Cinq cents hommes de l'armée royale furent tués en celte journée, et un millier blessé ^. On ne manquera pas, à Rouen, de reprocher à Jeanne ce sang inulile-
1. Pkhceval de Cagny, op. cit., p. 27 ; — Jean Chartieh, p. 87.