‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 287 sur 381 · L ECHEC DE PARIS ET LE PRESTIGE DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

L ECHEC DE PARIS ET LE PRESTIGE DE LA PUCELLE

PREMIER PAS DANS SA Voie (lonlourciise.

L'échec que la Pucelle venait d'essuyer sous les murs de Paris lui fut d'autant plus sensible qu'elle avait nourii l'espérance d'ouvrir elle-même au gentil roi Charles les portes de sa capitale et de l'y voir entrer solennellement, comme il était entré dans la ville du sacre. Son prestige allait en soulfrir, elle lui pouvait se le dissimuler; il subissait une atteinte difficile à réparei'. « A partir de ce moment, écrivait un contemporain, il commença à diminuer. Désormais le nom de la Pucelle inspira moins de frayeur aux Ang-lais, et moins de vénération aux Français'. »

Les ennemis de la libératrice d'Orléans s'autorisèrent de cet échec, non seulement pour montrer qu'elle n'était

I. u At(|ue hic favor Puellaî minui cœpit... Neque deinceps nomen ejns laiii foniiidabile Ançlicis, aut tara vcnerabile Francis fuit. » [Mémoires de Pie II, daus J. Quicherat, Procès, t, IV, p. 5i.5.)

cnAP. XXV. — l'kciiec de paris. 391

pas invincible, mais encore pour nier le caractère divin (le sa mission et la traiter elle-même d'aventurière. L'article 67 du Réquisitoire de Rouen l'accuse d'avoir provoqué l'attaque de Paris, « en promettant aux troupes dudit Charles qu'elles entreraient dans la ville ce jour-là, ([u'elle le savait par révélation. Et cependant, disait aux juyes le Promoteur, l'accusée n'a pas craint de nier ces choses, dans le cours du procès, devant vous. »

11 ajoutait cette accusation absurde : « A ce même assaut de Paris, Jeanne a dit être assistée de milliers d'anges tout prêts à la porter en Paradis, si elle avait été frappée de mort'. »

Que sied-il de penser de l'accusation formulée par d'Estivet?

La Pucelle était-elle assurée qu'un jour ou l'autre Paris rentrerait dans l'obéissance du roi de France?

Comptait-elle l'y faire rentrer elle-même?

Si elle y comptait, était-ce en vertu d'une révélation positive de ses Voix?

Questions graves dont la solution est indispensable, si Ton veut concevoir une juste idée de la mission de Jeanne, et que nous devons tacher de résoudre.

L En premier lieu, il est certain ([ue la mission de Jeanne d'Arc, considérée dans son intégrité, impliquait la reprise de Paris sur les Anglais, comme elle impliquait leur expulsion « hors de toute France ». Par consé(pient, Jeanne coiuplait sur la soumission de Paris au roi Charles VII, comme elle comptait sur l'expulsion totale des Anglais.

1. Procès, t. I, p. 298. — Henri Martin {Jeanne d'Arc, p. 142, t^aris, 185-7) aUriljue sans hési'or ce propos à Jeanne.

C'est un point (jne le clia[)itre sur la mission de la Pucelle a mis, ce nous semble, suffisamment en lumière. La lettre envoyée aux capitaines ang-lais, avant l'arrivée de Jeanne à Orléans, dit en propres termes : « Ne prenez mie votre opinion, (pie vous ne tiendrez mie France du Roy du ciel, du Fils de sainte Marie; mais la tiendra le roy Charles, vray héritier, à (pii Dieu l'a donnée, qui entrera à I^aris en belle compaignie\ »

Interrog-ée par ses juges sur la teneur de celte lettre, Jeanne, loin d'atténuer le sens des termes employés et de rétracter son afliiination. l'épondit que, « si les Aui^hiis eussent cru à sa lettre, ils eussent agi sagement; qu'avant sej)t ans ils s'apercevraient de la vérité de ce qu'elle leur écrivait. — liespondif Johannd qnod, si Angliri credidissent suis litteris, fecissent ut sapientes; et i/uod ante septennium ipsi bene hoc percipient de hoc fjuod eis scripsit^. » En effet, avant que sept ans se fussent écoulés, Paris redevenait Français (r436).

II. En second lieu, il est tout aussi incontestable que la jeune guerrière comptait ou s'emparer de Paris les armes à la main, ou amener ses habitants à ouvrir leurs portes à leur souverain légitime, couronnant de cette sorte r<envre d'Orléans et de Reims. « Encore fut-il dit pour le temps, rapporte le Doyen de Saint-Tliibaud de Metz, qu'elle (Jeanne) régnait avec le bon roy Charles, que tantôt après son sacre, elle conseillait bien d'aller devant Paris, et disait pour vray (pi'ils la prendraient^. »

Nous avons entendu le jeune Gui de Laval narrer à

Page 1