CHAP. XIII. LE ROI ET LE ROYAUME
n'avait pas le cœur à la guerre, s'il s'en eût pu passer '. » En parlant de la sorte, « Charles n'était pas homme belliqueux; — il ne s'armait mie volontiers », les deux chroniqueurs n'ont dit assurément que la vérité. Non, le fils de Charles VI n'élait point belliqueux; non, il n'avait pas le cœur à la guerre. Si, du vivant de son père, il prit part à des sièg-es et à des opérations militaires, devenu roi, il paiera rarement de sa personne et il restera d'ordinaire à l'écarl. On ne le verra pas encourag-er par sa présence les troupes en campagne, ni se porter au secours des villes assiégées, même quand ces villes se nomment Orléans. C'est là, vraisemblablement, ce qui a valu à ce prince la qualification d'indolent, de faible, d'ami du repos, que lui donnent la plupart des historiens.
Nous disons, ami du repos, et non ami du plaisir; car l'accusation qu'impliquerait ce qualificatif ne paraît pas suffisamment établie", du moins pour les premières années de son règne. L'anecdote qu'on met sur le compte de La Hire et la boutade qu'on attribue au capitaine gascon ne sont pas de nature à la justifier. Qu'un roi de viugt-cinq ans donne des fêtes aux dames de sa cour, à ses chevaliers et seigneurs, quoi de plus naturel et de plus légitime? N'était-ce pas, après tout, de la part du jeune roi, une manière de proclamer sa confiance en la bonté de sa cause et au succès final? Charles VII se conduisait noblement en ne souffrant autour de lui rien qui pût trahir le découragement et la crainte. Disons,
1. Mémoires de Pierre de Fenin, p. iqS. Edition de la Société de l'Histoire de France; in-80, Paris, 1887.
2. Voir DE Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. Il, eh. iv : Accusations contre la jeunesse de Charles VII, pp. 117-202.
d'autre part, que La Hire était, lui aussi, dans son rôle de batailleur grognon et de mauvais courtisan, lorsqu'il répliquait à son souverain, si le mot est authentique : « On ne peut pas perdre plus gaiement un royaume'. »
Quoi qu'il en soit, à son avènement le fils de Charles VI protesta qu'il ne faillirait pas à sa tache, qu'il travaillerait énergi([uernent à repousser les ennemis du royaume et à rétablir l'ordre dans les provinces. Le jeune prince demeura-t-il Fidèle à ce programme? D'une volonté intentionnelle, assurément; d'une volonté soutenue et efficace, c'est douteux. La faiblesse accompagne ordinairement l'indolence : l'histoire de Charles VII ne fournit {)as la [ircuve du contraire. Faible, le jeune Roi le fut jusqu'à subir avec un nonchaloir déplorable l'influence pernicieuse des gens qui l'approchaient; il le fut jusqu'à s'abandonner à la direction de i)ersonnages indignes de sa confiance, dont il faisait ses favoris. Cette faiblesse, jointe à la versatilité et à l'esprit de jalousie signalés par Georges Chastellain, aide à comprendre les procédés si étranges, si variables de Charles VII envers Jeanne d'Arc durant la mission de la vierge Lorraine, de même qu'elle expliquera, sans les justifier, durant la captivité de Rouen, l'inaction du monarque et son ingratitude.
Dans les premières années du nouveau règne, ce sont le président Louvet, le grand écuyer Frotier et Tanneguy-Duchàtel, maréchal des guerres et grand maître d'hôtel du roi, qui tiennent en main les rênes du gouvernement. Il ne faut pas trop s'en étonner. Les princes
I. Vallet de Viriville, Ifisfoire de Charles VII, t. Il, p. 89, dit avoir recherctié l'origine de cette anecdote : il n'a rien trouvé d'antérieur au âeizième siècle.