CHAP. XXVII. LA SORTIR DE COMPIÈGNE
atteindre ce but de deux manières : l'une consistait à gêner le ravitaillement des troupes assiég^eantes, en coupant leurs communications avec Noyon; l'autre consistait à remonter au-dessus de Choisy jusqu'à l'Aisne, à traverser celle rivière, à redescendre sur Choisy et à prendre le duc de Bourg'og'ne à revers. Jeanne essaya de ces deux manières l'une après l'autre. Malheureusement, aucune des deux ne lui réussit.
Pour assurer le ravitaillement des troupes assiégeantes et les communications avec Noyon, un corps anglais sous les ordres du seigneur de Montgomery s'était log-é à Pont-l'Evèque', à trois kilomètres de Noyon. Jeanne n'hésita pas à tenter de le délog^er, secondée par Jacques de Ghabanne, Poton tie Xaintrailles et autres vaillants capitaines.
Au point du jour elle attaque, avec deux mille combattants, les lignes ennemies et les force. Heureusement pour les Anglais, les seigneurs Jean de Saveuse et Jean de Brimeu viennent de Noyon à leur secours. Les F'rançais, devant un ennemi bien supérieur en nombre, sont obligés de reg'agner Compiègne'. Quelques jours après, Xaintrailles prenait sa revanche sur le sire de Brimeu. Il le rencontrait avec une compagnie de cent hommes d'armes et les faisait tous prisonniers-^.
1. Leficvric de Saint-Remy, Procès, t. IV^, pp. 170, l\'i'6; t. V, p. 175.
2. MoNSTREEET, ChroTiique, livre II, chap. lxxxiii; t. IV, p. 383.
3. Id., ihid. — Berri, Procès, t. IV, p. 49. — Berri place l'affaire de Xaintrailles, et conséquemnient celle de Pont-l'Evèque, avant la pointe sur Soissons {Procès, t. IV, p. 49). M. Alexandre Sorel {La prise de Jeanne (l'Arc..., pp. i5i-i55) met au contraire en première ligne la tentative sur Soissons. Monstrelet parle de l'affaire de Pontl'Évèque, mais il ne dit rien de celle de Soissons. Lei'èvre de Saint-
44^ JEANiVE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUEKRIÈUE.
Reslail à tenter de passer l'Aisne et de prendre les Bourguignons à revers. Mais comment passer la rivière? Les assiégés avaient eux-mêmes détruit le pont de Clioisy. Il fallait donc lemonlcr jiis'|n'à Soissons, le seul point où le passage pût s'opérer. C'est le parti auquel la Pucelle s'arrêta de concert avec rarclievèque Regnault de Chartres et le comte de Clermont, qu'elle axait retrouvés à Gompiègne. Le i8 mai, on se mettait en marche avec les troupes dont on disposait. A Soissons commandait un écuyer de Picardie nommé Guichard jîournel. Le comte de Vendôme, sachant (pie lîournel lenail son commandement du comte de Clermont. comj)tait sur la fidélité du capitaine. En réalité, Bournel s'était vendu au duc Philippe'. Il ne laissa p,»s la petite armée entrer et se loger dans la ville : elle dut passer la nuit dans les champs. Bournel ne peimil l'accès de Soissons (pi'à l'archevêque de Reims, « à la Pucelle, au comte de Vendôme et à petite compagnie ». Ne pouvant traverser l'Aisne et prendre la route de Choisy, les P^rançais se dispersèrent : les uns passèrent la Seine et la Marne, afin de trouver de quoi vivre; d'autres, les grands seigneuis principalement, retounu'rent vers Senlis; quant
Kcmi -n'ea parle pas davaiitaoe. (Procès, t. IV, pp. 897-399 et 437, 438.) Berri donne beaucoup plus de détails sur l'afFaire de Soissons que nous n'en avons sur celle de I^ont-l'Evêque. II mentionne surtout la dispersion des troupes et des capitaines après leur insuccès : preuve nianiFesle, à notre avis, de l'antériorité de l'affaire de Ponl-l'Evêque.
Voir, sur cette att'aire de Soissons, l'opuscule de M. Félix Brun : Jeanne d'Arc et le capitaine île Soissons en i43o, brochure de 44 pages in-80. Soissons, 1904.
I. M. Pierre Champion a retrouvé aux archives du Nord la pièce comptable établissant la somme touchée par Bournel pour prix de sa trahison. V. GuiUaunie de l'iavi/, p. 28O.