LE MYSTERE U ORLEANS
Les bourgeois d'Orléans ne se bornèrent pas à célébrer par une procession annuelle l'anniversaire de leur délivrance; ils appelèrent la poésie à leur aide, et le Mystère du siège d'Orléans fut écrit et représenté.
Il n'existe qu'un manuscrit de cet ouvrage. La bibliotluMpie du Vatican le possède sous le n'^ 1022 du fonds dit de la reine de Suède. (Ce manuscritavait appartenu autrefois à l'Orléanais Pelau.) MM. F. Guessard et E. de Certain l'ont pui)liéen 1862. (In-4'\ Paris, Imprimerie impériale.) Ce mystère compte 20.269 vers de mesures différentes, à l'exception du vers de douze pieds. Le vers communément employé est le vers octosyliabique. L'auteur on les auteurs sont manifestement des Orléanais, au moins d'adoption. Les comptes de i435 et de 1439, à l'occasion du 8 mai. parlent d'un mystère, dans lequel étaient représentés les principaux incidents du siège. Ce mystère était-il pris, au moins en partie, de celui qui nous a été transmis? C'est assez vraisemblable. Dans les premiers tiers du Mystère que nous possédons, le Bâtard d'Orléans est appelé Diinois; dans les deux autres tiers, il n'est qualifié que
48o JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE (JUEKRlÈRE.
(le Bâtard d'Orléans. Gela prouverait (jue le premier tiers n'aurait été composé qu'après i^Sg, année où le duc Charles f^ratifia son frère du comté de Dunois (lettres en date du i/j juillet). Tel qu'il est présentement, le Mystère d'Oi'léaits embrasse tous les événements relatifs au sièjJi'e, depuis le départ d'Ang-leterre du comte de Salishurv jusqu'à la bataille de Patay.
C'est entre 1/429 et 1/170 (juc ce mystère, tel que nous l'avons, a été composé. L'écriture du manuscrit ne permet pas de dépasser 1470. L'auteur, en le composant, songeait à le représenter; car il règle, dans le cours du poème, tous les détails de la mise en scène. Les personnag-es qui prennent part au dialogue sont au nombre de plus de cent, sans compter les Kgurants et les comparses. D'après certains érudils, on auiait joué ce mystère en i4ô0. pour célébrer la réhabilitation.
L'auteur n'use du merveilleux que dans (|uelques endroits; il y fait intervenir Dieu, la Vierg-e et les saints. Le mystère est lui-même la mise en scène des événements qui ont amené et signalé l'intervention de la Pucelle. C'est une sorte de Joiirfta' du siôyc dramatique. La difficulté est de contrôler l'exactitude des détails ou faits qui ne sont pas attestés par les Chroniques authentiques. Comme souffle poétique et versification, le mérite en est médiocre. Les beaux vers y sont rarissimes, et le ton est généralement celui de la prose. Une des scènes les plus originales est celle où le comte de Salisbury et Glasdale, déguisés, vont consulter maître Jean desBoillons, célèbre astrologue, et où celui-ci, dans une réponse ambiguë, leur prédit le sort qui les attend. {Op. cil., pp. oS-fia.) Mais une des scènes les mieux traitées est celle de la prière du Dauphin au Tout-Puissant, lorsqu'il se voit menacé de peidre son dernier espoir, Orléans. Notre-Dame intercède en sa faveur auprès de .son Fils en des vers comme ceux-ci :
Ces Anglois, veniiz d'Angleterre,
N'oQl nul droit eu icelle (erre
De France, n'a [ni à) eulx n'appartient.
{Op. cil., p. 200.)
Dieu, touché de sa prière, ainsi que des supplications de saint Euverteet de saint Aignaii, protecteurs d'Orléans, envoie
APPENDICE I. SIÈGE d'oRLÉANS, LES SOURCES. /\Sl
saint Michel à Domremy signifier sa volonté à la jeune fille qu'il a choisie. Il lui dit :
Là, trouveras, sans plus enquerre.
Une pucelle par honneur.
En elle est toute douceur.
Bonne, juste et innocente, Qui m'aime du parfont du cœur, Honneste, sage et bien prudente.
Tu lui diras que je lui mande Ou'en elle sera ma vertu, etc.
{Op. cit., pp. 2G4-278.)
Saint Michel remplit son messag-e et, on ppcnnnt (•on;4(' de Jeanne, il lui dit pai' trois fois :
A Dieu, Jehanne la Pucelle, Qui est d'iceiluy bien aymée !
La première et la troisième fois, il ajoute :
Ayez toujours ferme pensée De Dieu estre sa pastorelle.
{Ibid., pp. 27G, 277.)
F^e vers que nous avons cité du présent volume :
N'est si noble joyau que la terre de France,
se lit. page 47*^ ^li' Mystère, ainsi :
Aullre que luy {le Roy Charles) n'est soubz le firmament,
Ne (///) à qui Dieu a donné gouvernement,
Ne {ni) se {si) noble joyeu (joyau) que la terre de France.
Rapprochez ce vers du passage dans lequel Shakespeare {Henri V, acte cinquième, scène dernière) appelle la France « le jardin de l'univers. » C'est pour cela, sans doute, que les Ang-lais tenaient tant à en devenir les maîtres.
On trouvera dans la puMicalion de MM. Guessard et Certain (pp. Liii-Lxvi) une analyse très détaillée du Mystère d'Orléans' .
I. M. I>inil(^ Hude, architecte du monument de N'aucouleurs, a publié sous ce litre : ]^e noi/iwan Mijstère d'Orléans, un drame en vers édité par M. M. Ilerluison, Orb'ans, in-iG, 189/i.