LA PROCESSION DU 8 MAI A ORLEANS
Après avoir rappelé la campagne de la Loire et la bataille (le Patay, l'auteur de la (J/ironiqiie anonyme dit : « Ce voyant, Monseig-neur l'evosque d'Orléans avec tout le clerg-é, et aussi par le moyen et ordonnance de monseigneur de Dunois, Irère de monseigneur le duc dOrléans, avec le conseil d'iceluy, et aussi les bourgeois, manants et hai)itans diidit Orléans, l'ut ordonné estre faicte une procession le huiliesme dudit may, et que chacun v portast lumière, et que on iroit jusques aux Aug'ustins, et partout où avoit esté le estour (combat). » {Op. cit., p. 39.)
En quelle année l'ut laite cette ordonnance? L'auteur de la Chronique a oublié de le dire. Le litre de Monseigneur de Dunois donné au Bâtard d'Orléans induirait à penser que ce ne fut pas avant l'année i^^f), en laquelle le duc Charles nomma son frère comte de Dunois.
11 est vrai que le Chroniqueur a pu donner ce litre au Bâtard rétrospectivement; par exemple s'il n'a écrit, ou achevé, ou revu sa Chronique qu'après 1439.
Le président Mantellier {Histoire du siège..., p. 109) pense que l'ordonnance en question serait de t43o.
De fait, la procession du 8 mai a été célébrée régulièrement au moins à partir de i435. Elle eut lieu certainement en i43o, les quittances de la commune en font foi. {Chronique anonf/nie, pp. 91-92.)
L'historien de la ville d'Orléans, Symphorien Guyon, dit à l'année i43o : « La ville d'Orléans célébra aussi cette année l'anniversaire de sa délivrance par une procession g-énérale et solennelle qui fut faite le huitième jour de may, à laquelle assista Jean de Saincl-Michel, évesc[ue d'Orléans, qui vint exprès de Jargeau pour confirmer par sa présence et son autorité épiscopale cette dévote procession, qui s'est toujours continuée depuis ce tenjps-là à pareil jour par chacun an. » {Histoire de la ville et diocèse d'Orléans.. .. t. Il, p. 239.)
A s'en rapporter à cette dernière phrase, la procession aurait
eu lieu même de i4'^o à i435 : si les comptes de la ville ne mentionnent pour ces années-là aucune dépense relative à la fête, c'est qu'ils ont disparu. Ces dépenses fig-urent aux comptes des années i435 et suivantes. (Procès, t. V, pp. 3o8- 3i3.)
On pourra lire dans la Chronique anonyme (pp. ^i, h'^), dans Symphorien Guyon (t. Il, pp. 23() et seq.), dans V Histoire du siège d'Orléans de l'ahhé Dubois (pp. 371-372), et surtout dans l'Histoire du même sièg"e par le président P. Mantellier (pp. i58-i88 et 210-218), avec quelle solennité les Orléanais ont célél)ré et célèbrent encore aujourd'hui cette fête. Jusqu'en 1791, elle fut tout ensemble fête relijjÇ-ieuse et municipale. En 1791-92, elle ne fut que fête militaire. De 1793 à i8o3, elle demeura supprimée. En i8o3, le Premier Consul en permit le rétablissement. Depuis cette époque, la fête a été maintenue, mais la solcrinité extérieure a été modiliée et même supprimée suivant les temps. A partir de 1862, elle a été célébrée réja;"ulièremenl^.
Divers noms ont été donnés à cette fête. On l'a ap[)elée Fête de Jeanne d'Arc, des Tourelles, de la Ville. Le nom de Fêle de la \'ille est celui que lui donnent les reg'istres communaux et qui lui est resté.
En 1/483, Eloy d'Amerval, maître de chapelle de l'église Sainte-Croix, mit en musique, à l'occasion de la fête du 8 mai, « un motet en latin et en français ». Il reçut pour cela une gratification de quatre écus d'or, et il fut décidé que ce motet serait chanté à toutes les processions du 8 mai. (Procès, t. IV, pp. 3i2-3i3.)
Particularité qui montre de quelle solennité la procession du 8 mai était entourée aux quinzième et seizième siècles : la ville paya jusqu'à cent quatre hommes pour porter les châsses (pii devaient y figurer. Pendant plusieurs années, un des descendants des frères de Jeanne assistait à la procession. Devant lui marchait un appariteur tenant un cierge allumé, sur lequel était une effigie peinte de la Pucelle. Ce personnage venait immédiatement après le clergé.
I. Pour le cérémonial de la fête actuelle, voir P. Mantellier, Histoire du siège d'Orléans, pp. 210-218.
APPENDICE ri. SIÈGE d'oRLÉANS, SOUVENIRS. 4^7
Du temps de Sympliorien Giiyon, un divertissement tout profane avait pris place à côté des cérémonies de l'Eglise.
« Après la procession des reliques, les militaires de la g-arnison promenaient par la ville un puceau habillé à la Henri IV, qui était censé représenter Jeanne d'Arc. A partir de 1726, le puceau fut un personnajai^e officiel que la ville habilla à ses frais, que le clerg'é admit dans ses rang-s à la procession. En 1786, la duchesse d'Orléans, mère de Louis-Philippe, institua une rosière qui partagea avec le représentant de Jeanne d'Arc les honneurs de la journée. » [Procès, t. V, p. 817.)
En 181 6, le maire d'Orléans, M. de Rocheplatte, ressuscita le puceau habillé à la Henri IV et le fit paraître à la procession du 8 mai. Depuis i83o, il n'en a plus été question.