ORLÉANS, VILLE DUCALE ET VILLE DU ROYAUME
Orléans n'était pas une ville comme les autres; elle com{)lait tout ensemble à titre de ville ducale et de ville du royaume. Ville ducale, elle dépendait de Charles, duc d'Orléans, cousin germain de Charles Vil ^ ; ville du royaume, elle avait pour suzerain le roi de France. Au point de vue communal, elle avait, en outre, une org'anisation (jui mérite d'être sig-nalée.
1. Abbé Dubois, Histoire du siège d'Orléans, pp. 1 98-199. — BoucHEn DE MoLANDON, Varmée anglaise vaincue sous les murs d'Orléans, pp. 71-73. In-80, Orléans-l'aris, 1892. — F. Mantellikr, Histoire du siège d'Orléans, pp. 17-24-
2. Quand les ducs d'Orléans visitaient leur bonne ville, ils logeaient au Cbàtelel, ancien château des rois de F"rance, où résidyieut les gouverneurs de la cité. Cet édifice était baigné par la Loire et flanqué de deux grosses .tours. (Abbé Dubois, Histoire du siège d'Orléans, p. i63.)
Le représentant du Roi tie France était, en 1428, Jean, bâtard d'OiIéans, le futur comte de Dunois. Son titre officiel élail celui de lieutenant général du Roi pour le fait de la guerre dans les pays de robéissance du duc d'Orléans.
Les représentants du duc Charles étaient, en premier lieu, le bailli ou gouverneur d'Orléans, qui concentrait en sa personne les pouvoirs civils et militaires ; en second lieu, le chancelier et le trésorier du duché.
Le bailli gouverneur d'Orléans, en cette même année, était Raoul de Gaucourt ; le chancelier du duché était Guillaume Cousinot, l'auteur de la Geste des nobles, et le père de l'auteur de la Chronique de la Pucelle ; le trésorier était Jac({ues Bouchier ou Boucher.
Les Orléanais avaient alors pour évêque Jean, surnommé de Saint-Michel [Kirliniic/iael), qui avait remplacé Guy de Prunela}', moit en i425. Jean de Saint- Michel était Ecossais d'orig'ine. Son élévation au sièg-e épiscopal d'Oi'léans ne doit pas étonner en un temps où les Ecossais étaient les fidèles amis de la France contre l'Angleterre; combattant dans les rangs mêmes des Français, on avait intérêt à les ménag'er, et l'un d'entre eux, — nous l'avons déjà remarqué — le comte de Buchan, fut élevé à la dignité de cou'iétable.
L'iiislorien d'Orléans, Symphorien Guyon , affîrme que Jean de Saint-Michel « tenait ferme pour le Roi », et ne cessa d'exhorter ses diocésains à la résistance '. Le prélat n'eut pas le mérite de le faire jusqu'au bout, ayant quitté sa ville épiscopale au lendemain de la Journée des Harengs, et n'y étant revenu (ju'après la levée
I. Sympiuihikn Guvon, Histoire de l'E(jlise et diocèse d'Orléans, t. Il, j)j). 181 , 275-2'7(j.
du siège. C'est |)our cela (jii'il n'est question d'aucun rapport entre cet évèque et Jeanne d'Arc'.
De Guillaume Cousinot, le chancelier du duc Charles, de Jacques Boucher, son trésorier, nous ne dirons rien présentement; nous aurons bientôt l'occasion de rappeler les rapports qu'ils eurent avec Jeanne d'Arc. Nous ne ferons pas ainsi pour le Bâtard d'Orléans et Raoul de Gaucourt : la part qu'ils prirent aux opérations du siège demande que nous entrions en quelques détails.
Tout en remplissant, au nom du duc d'Orléans, les fonctions de bailli dans la cité orléanaise, Raoul de Gaucourt occupait un rang- élevé à la cour de Charles VII : il était un des conseillers du jeune Roi. Sa carrière militaire avait été des plus honorables. En 1696, il combattait les Turcs à Nicopolis et était armé chevalier. A[)rès son retour en France, il s'illustra en maintes affaires, mais surtout à Harfleur^ cpi'il défendit admirablement, en 141"), contre les Anglais. Devenu leur prisonnier, il demeura treize ans entre leurs mains et paya une rançon de « six vingt quatorze mille livres ». En 1429, Char, les VII ajoutait à ses titres celui de capitaine de Chinon, et, en i43o, celui de gouverneur du Dauphiné^.
1. A la mort de Jean de Saint-Michel, arrivée en 1/187, lieg-nault de Chartres Fut administrateur jus(|u'à sa mort (i/|4f*) *'c l'éi^lise d'Orléans. (Symphorien Guvon, op. cit., pp. 275-279.)