‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 52 sur 381 · Abbé Dubois, op. cit., p. 24O · texte numérisé non relu

Abbé Dubois, op. cit., p. 24O

8o JEANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUERRIÈRE.

Tarlillerie anglaise permetlaient dr lancer conirr Orléans cent vingt-qnalre houlels de |»ierre dont quelquesuns pesaient cent seize livres. Près de la levée de Sainl- Jean-le-Blanc, un gros canon que les ennemis nommaient Passe-volaiil jetait des pierres de qualre-vins-ls livres qui firent grand mal aux édifices, mais ne tuèrent qu'une pauvre femme (pii demeuiiiil près la poterne Cliesnean. Le tir des Anglais lut cependant assez hien dirigé pour mettre en pièces douze moulins enire la cité et la Tour- Neuve. Les assiégés en construisirent à l'intérieur onze que des chevaux faisaient marcher'.

l^our s'emparer [)lus facilement du boulevard des Tourelles, le général anglais eut recours à la mine. Les Orléanais s'en aperçurent et conlre-minèrenl. AloisSalishuiv tenta, le jeudi 21 octobre, « un liei* et merveilleux assaut )» qui dura rpiatre heures : de dix heures du malin à deux heures après-midi'. De part et d'aulie, il y eut bon n(>nd)r(' de tués et de blessés : les Anglais j)erdirent deux cent (]uaranle hommes. Les b'rançais restèrent mafires de leurs positions, l^endant l'assaut, Raoul de Ciaiicourt, en chevauchant à travers Orléans, fit une chute et eut un bras démis. Incontinent, il se rendit « aux éluves' » et il y reçut les soins nécessaires.

Malgré cet insuccès, les assiégeants continuèrent leurs travaux de mine, la nuit et le jour suivants^. Le

1. Journal du siè(jp, pp. 4-5. La Tour-Neuve ét;iit située sur la Loire, à i'extréniilé est de la ville.

2. Chronirine de la Piirclle, pp. 2G1-2O2 ; — Journal du sièf/e, pp. 5-8.

3. Aux bains pour les hommes qui se trouvaient rue du l'elit-Puils, derrière Saint-Donatien. Il y avait d'autres étuves ou bains pour les femmes dans 'le cul-de-sac- de Sainte-Barbe. {Journal, p. 8, note 8.)

4. Trcnle-huit mineurs anglais, sous les ordres de deux chefs,

CHAP. XVI. LE SIÈGE d'oRLÉANS. ROUVRAY. 8l

samedi 28 octobre, le boulevard n'était plus tenable. Les assiégés y mirent le feu et se retirèrent dans le fort. La veille, par précaution, ils avaient rompu une arche du pont en avant de la Belle-Croix, et construit à côté un boulevard pour se mettre à l'abri de toute surprise '.

Le dimanche 24 octobre, les Anglais, jugeant le moment favorable, assaillirent de nouveau les Tourelles. Les assiégés n'opposèrent pas de défense à cause du mauvais état de la place : ils se replièrent sur le boulevard de la Belle-Croix et s'y fortifièrent de leur mieux. Salisbury ayant pris possession des Tourelles en confia la garde à William Glasdale,. « moult renommé en fait d'armes, de haut courage, dit Montieuil, mais plein de tyrannie et orgueil^ ».

Le soir de ce même jour, le général anglais, accompagné de Glasdale et de quelques autres capitaines,

prenaient part aux opérations du siège. (L. Jarhy, Le Compte de ['(innée anglaise, p. 29.)

1. Journal du siège, p. 8; — Chronique de la Pucelle, p. 268. Le Journal... ne parle que d'une seule arche rompue par les Orléanais; la Chronique parle de plusieurs : « Ils rompirent aucunes arches du pont. » La version du Journal est manifestement préférable, l'auteur parlant de ce qu'il a vu.

2. La plupart des chroniqueurs du temps le nomment Glucidas (Perceval de Cagny, Procès, i. IV, p. 8; Journal du siège, p. 9; Chronique de la Pucelle, p. aOS). Jean Charlier dit Glassidal (Procès, t. IV, p. 61); Dunois, Classidas (ibid., t. III, p. 9); Monstrelet, Classedas (ibid., t. IV, p. 305); Clément de Fauijuendjerque, Guillaume Glasdal (ibid., t. 1\', p. 45 0- ^'^^ noiu était Gladesdale. Il était écuyer et bailli d'Alençon. (Voir de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, t. III, p. 299.) Avec J. Quicherat [Procès, t. V, p. 022)'", nous le nommerons habituellement Glasdale. Cet homme de guerre ne commandait le fort des Tourelles qu'en second. Le vrai gouverneur ou capitaine était le seigneur de Moulins, de Moleyns ou Molyns. (Jean Ch vhtieh, Chronique de Charles VU, t. I, pp. 64-05. Édit. Vallet de Viriville.)

vouliil visiter l'inlérieiir du fort et se rendre compte de l'assiette d'Orléans. II monta dans une des tours et se mit à une fenêtre. « Monseigneur, lui dit Giasdalc, reg"ardez votre ville : vous la voyez très bien d'ici. » Le comte regarde; au même instant, un éclat de pierre le frappe en plein visai^e, lui etdève un œil avec la moitié de la joue., et tue un des chevaliers qui était à côté de lui. La blessure était mortelle. Le mercredi suivant (27 octobre), Salisbury ex[iirait à Meung-sur-Loire où on l'avait secrètement transporté'. Né eu i388, il avait environ (juarante ans.

Cette mort si inattendue d'un capitaine « le plus craint et le plus renommé en armes de tous les Anglais ^ » fut considérée par les contemporains comme un châtiment du ciel. En septembre précédcnl, Salisbury n'avait pas hésité à faire marcher ses Anglais sur Gléry, ville ouverte, à 12 kilomètres d'Orléans, et à la laisser mettre au pillage, ainsi (jue son église, fort renommée et vénérée dans toute la contrée. Celte ég'lise, dédiée à Notre- Dame, était remplie de riches et nombreux ex-voto. Les Anglais y firent « des maux innumérables » : ils emportèrent tout, même une cloche rjiii fut [)lus tard retrouvée dans une bastille, et ils démolirent l'ég'lise^. De plus, Salisbury avait promis au duc d'Orléans, prisonnier, de respecter sa ville et sa terre. « Et de tout ce, ledit comte de Saleberry n'en tint rien; aussi lui en prit mal, car Dieu l'en punit. — Par juste jugement de Dieu

r . Journal du siège, pp. 9-1 2 ; — Chronique de la Pucelle, p. 2G4. — Le corps fut envoyé en Angleterre.

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