‹ Histoire complète de la grande éruption du Vésuve de 1631Chapitre 2 sur 3 · partie de Bosco tre Case et Torrc Annunziata presque entière · texte numérisé non relu

partie de Bosco tre Case et Torrc Annunziata presque entière

(1) Ici nous sommes forcé de nous séparer des liisloricns qui ont écrit surl'éruption de 1631. Cela pourra paraître téméraire, maison comprendra |K)urlant que nous ne puissions récuser le témoignage de nos sens et admettre que des laves auraient coulé li où il n’en existe pas un atome. Les auteurs du temps, entre autres Reeupito et Carafa, parlent de sept grands torrents de laves (ou d'une matière analogue), dont l'un aurait ravagé Massa , Pollena et une partie de Saint-Sébastien. Nous avons constaté, sur les flancs du Vésuve, l'existence de huit vastes torrents de laves, plus deux de 60 mètres de largeur. D'un autre côte , nous nions d'une manière absolue que la lave ait coulé en 1631 vers .Massa et Pollena, pas plus qu'à Pielra Bianca, ni à S. M. del Soccorso. Voilé donc trois torrents de laves à déduire, selon nous, des sept des auteurs, ce qui réduirait ceux-ci à quatre principaux pour répondre aux huit que nous représentons sur notre carte. On voit qu'il s’agit ici d'une erreur si considérable qu’elle demande à être élucidée et prouvée.

D’almrd, il faut partir de ce fait, <]ue les historiens de 1631 n'avaient aucune connaissance, même historique, de laves incandescentes et Oueutes. Pas un seul historien, depuis l'antiquité jusqu'é leur époque, n'a sulUsamment décrit cette matière volcanique. Ils ont donc pu facilement confondre les torrents Itoueux avec les coulées laviques, surtout si certains de ces torrents aqueux étaient chauds, comme on le rapporte, et exhalaient dans leur course de la vapeur d’eau, très-visible en hiver. Nous avons dit que les laves coulèrent entre dix heures et midi, et, bien que le jour fût très-obscurci , on pouvait distinguer les arbres et débris qu’elles incendiaient sur leur passage, mais fort peu leur clarté propre, comme elle apparaît la nuit. D’un autre côté, les terribles ravages exercés sur le pays, l'obstruction de tous les chemins, la consternation générale, en un mot, empêchèrent les auteurs d'aller étudier, sur les lieux, ces dangereux phénomènes. Nous ne voyons que Braccini, faisant, seulement le 13 février, le tour du Vésuve, par le grand chemin déblayé ou restauré , et ne s’en écartant guère. Il semble dire , par exemple , que Résina a peu souffert, parce que, suivant la grande chaussée, il y a vu debout les maisons qui la bordaient. S'il eût pu monter vers Pugliano, il eût vu les deux tiers de Rc.sina détruits de fond en comble. Les laves qu’il a traversées sur la roule étaient déjà en partie brisées par les ouvriers et aplanies un moyen de remblais , tandis que sur le pays, les pluies de cendres avaient recouvert les torrents laviques d'un manteau gris uni-

Et qu’on se garde de croire que celte incroyable masse

forme , qui empêchait de les reconnaître des alluvions. c La campagne, écrit-il , depuis Torre Annunziata jusqu'à Résina était toute rasée el recouverte de ceudres, qui, dans certains endroits, s'étaient élevées à plus de douze palmes. ° L'auteur a pourtant traversé, pendant le trajet qu'il indique, près de deux kilomètres de laves, sans qu'il en dise un mot et sans même paraître s'en douter. Les a-t-il confondues avec les pierres et débris roulés par les torrents boueux, c'est ce que nous n'oserions affirmer; quoi qu'il en soit, on comprendra combien de sujets d'erreur ont dé naître, au milieu d'une telle catastrophe , de l'état peu avancé de la science el de la difficulté d'étudier de près les phénomènes de l'éruption.

La lave était si peu connue, que nous voyons, dans les auteurs contemporains, une incroyable confusion dans les termes par lesquels ils spécifient les divers torrents , à tel point qu'il est impossible de s'y reconnaitre. Ce sont les dénominations , comme mises au hasard , de cenere infuocata , désignation la plus fré<iuenle et qui n'exprime rien de réel; torrenx igneus; torrens cineris; lorrens biluininis; eluvione. Le P. délia Torre, en 1735, imprime encore ceci à propos des quatre seules gravures, à vol d'oiseau et copiées les unes des antres, qui existent de l'éruption de 1631 :

• Outre le torrent sorti de la nouvelle bouche , ou en voit encore ( dans les quatre gravures) un autre qui sort de la cime du Vésuve. Ce dernier, probablement, ne fut pas de la matière bitumineuse et dure {délia materia biluminosa e dura), mais de cette cendre enflammée {cenere infuocata) que l'on trouve, dans les relations de celle éruption, avoir couru comme des fleuves à travers la campagne. »

Que signifie ce passage? si l'on veut désigner de la lave, comment la reconnaître dans le mot cendre? si l'on veut parler de torrents boueux, que signifie le mot enflammée?

Bracciui va même jusqu'à chercher une assimilation de la lave avec la foudre {folgore), « si ce n'est pas tout un et d'une même matière • ajoutet-il. Il raconte que dans la maison du conseiller Flamminio, à Sanlo Jorio, a Cremano, oit il y avait de, la paille dans la première chambre, ces cendres enflammées {cenere infuocata) et langues de feu {lingue di fuoco) la laissèrent intacte, mais entrant dans la seconde chambre, elles consumèrent tout ce qui s'y trouvait {Dell' incendia fattosi nel 1631.)

Au milieu d'une pareille confusion, il ne nous restait qu'une chose à

de matière volcanique s’est répartie surtout en superficie ;

faire; aller sur les lieux, rechercher péniblement et longuement dans les caves, les puits, les trous de vignes et les ravinemenis, s'il y avait trace de laves ou seulement alluvions. Voici le résultat, de nos recherches sur les points coiUeslés :

A Pictra Bianca, il ne vint pas de lave, mais bien un torrent d'eau chargé de cendres, de pierres et de débris. Il suffit d'aller au bord de la mer pour y constater les lits de cendres anciennes et l'absence totale de lave.

A S. M. del Soccorso, bien qu'il y soit aussi question de feu, dans certains auteurs, il n'y eut pas de lave. Nous avons exploré avec soin le rivage, les caves et les puits du voisinage ; il ne vint là que des torrents d’eau boueuse qui ont tellement obstrué le terrain , que l’église est restée à un niveau inférieur à celui de la chaussée actuelle de Naples. Voici, du reste, une inscription du temps, que nous avons copiée dans le cloître attenant à cette église, et qui conlinne notre assertion.

Viator seste , lege , obstupesce.

Ora Veseva flagral flamma dum Ma Ve.sei'a Flammalesq. furit mon.i inimicus, aquis aedem Hanc immuntm sermvil, prodigiosa ante fores '

Acta virgo beata trabe immunes o mirum istas Servavit, et aedes ignem, atque eluviem pellere Vlsn manu est die XV// mensis decemhris.

MDCXXX/.

Il n'y eut donc là ([uc des alluvious provenant du Vésuve, et s’il est (|ueslion de feu dans l'inscription, c’est qu’on voyait du feu partout, et ((u’on ne semblait pas comprendre qu’il pût y avoir ravages volcaniques sans la participation du feu.

A S‘-Sébastieii , Massa , Poliena et la Madone de l'Arc , notre tâche était |)lus ardue. Nous avions à faire là des recherches sur de plus grands espaces.

D’abord, au point de vue géologique, l’aspect du pays indiquait l’absence des laves; mais cette indication pouvait induire en erreur, et nous en tînmes peu compte.

En second lieu, il n’y avait pas une seule scorie sur les murs des jardins et vignobles, tandis que nous en avions vu partout sur les murs, là oit des laves existent.

Dans les puits que nous examinâmes, il tic paraissait |>ointde lave.s. Elles

l’épaisseur de ces laves était proportionnée à leur pérr

y sont toujours apparentes, parce que leurs cassures irrégulières s'opposent à une maçonnerie et qu'elles en tiennent lieu.

Les nombreux paysans, vignerons, etc., que nous consultâmes nous dcclarèrent tous qu'ils ne connaissaient pas de lare sous leurs jardins et qu'il n'y avait d'autre torrent de lave à S'-Sébastien , Massa ou Pollena que le torrent de la Cercola, de t8i>5.

Malgré tous ces faits probants, nous ne voulûmes pas terminer nos recherches avant d'avoir interrogé les moines du couvent de la Madone de l’Arc. 11 y a des laves dans leur puits, mais â une si grande profondeur (tu’il est impossible de les apercevoir , et qu’ils ne purent me donner le chilfrc de cette profondeur, même approximativement. Cette lave est, •selon eux, beaucoup plus ancienne {antica ) que 1031 , et, du reste, les bistoriens de la grande éruption disent positivement que les matières fluentes, provenant du Vésuve, s'arrêtèrent contre un monticule voisin, sans atteindre le monastère.

Il ne peut donc nous rester de doute à ce sujet, et ou pensera , comme nous, qu’il faut aussi définitivement biffer, de l’éruption de 1631, les laves de Massa, Pollena et San Sebastiano.

Au reste, sommes-nous bien en droit de dire que nous nous mettons ici en désaccord avec tous les auteurs du temps? Par le vague et la confusion qui régnent dans leurs récits, on a pu leur attribuer des idées qu'ils n’ont pas eues, et entrer dans des interprétations forcées. Si Mascoli parle d’alluvion à Pollena {Pollena cluvione prope tota demersa algue obruta), il semble bien indiquer des laves à Massa Uorrens bilumiiiis). Draccini, cependant, ne parait pas en avoir vu dans cette localité, ni aux environs, pendant son voyage d’exploration ;

« A San Sebastiano, Massa, Pollena et Trocchia, écrit-il, les maisons étaient plutôt recouvertes de cendres et défoncéi's que déiruites... • Avant d’arriver â la Madone de l’Arc, il trouva un vallon très-profond formé par un courant d'eau , et sur le bord , de grosses pierres. « L'église de la Madone et les fermes environnantes étaient seulement recouvertes . de cendres sans autres dommages. »

Il n'est lâ nullement quc.stion de laves, et Braccini écrit cela de visu. lUen n’indique que Mascoli ait été y voir.

Voici enfin un autre témoin oculaire, Ascanio Rocco, qui s'était réfugié dans i’église de la Madone de l'Arc, et qui vit le torrent descendre par le Kosso délia Vetrana et le Fosso Faraone. « 11 venait d'en haut , dit-il , avec

mètre, et encore aujourd’hui, sur beaucoup de points où on peut les voir à nu , elles présentent 20 et 30 pieds de puissance (1)!

Il faut s’arrêter devant l’indescriptible tableau des désastres produits par de tels torrents, parcourant, en moins de deux heures, l’espace qui sépare les cratères de la mer (2).

dps cclairscl la foudre {saette o bateni) el il s’arrêta près d’une ferme de la Madone de l’Arc dite: li Galilli, oii il forma une petite montagne de [lierres et d’arbres qu’il avail trans|iortcs d’en haut. »

Nous ne voyons rien là non plus qui indique des laves, mais bien plutôt un torrent boueux charriant des débris et des pierres. Les éclairs et la foudre se manifestaient partout, et jusque dans l’église même, comme ♦ nous l’avons vu. L’électricité joua un rôle considérable dans l'éruption de 1631 , et il serait même dithcile d’expliquer la chute de grosses pierres a de grandes distances sans .son intervention.

La petite carte d’Auldjo, indiquant sur San Sebastiano, Massa et Pollena , un grand torrent de laves , fait donc une grave erreur sur ce point, comme sur tant d’autres, et il en sera toujours ainsi de tous les travaux topographiques exécutés d’après des textes et dans le cabinet.

(1) Il est resté des malheurs de cette époque, une magnifique el inépuisable pierre à bâtir pour la postérité. Naples est dallé avec la lave de 1631. On l’emploie aux chambranles et aux frontons des [wrtes et des croisées; on en taille des tables , des bancs , etc. Elle est propre à tous les usages du marbre dont elle est susceptible de recevoir le poli.

(2) Nous n’avons pu trouver dans les historiens anciens de renseignements précis sur le temps que mirent les laves à [larcourir l’espace situé entre le Vé.suvc et la mer. Oarafa seul dit que le mercredi , h la 17' heure, les torrents de cendre jaillirent du cratère ‘.cineris torrenles ex voragine eruperunl. Or, la 17' heure corre.spond à 10 heures du matin, et les torrents d’eau se répandaient déjà dès 9 heures. (Braccini). Il ne peut donc être question ici que des laves, que l’auteur ne désigne pas, du reste, autrement que par liquali cineris lorrenti ; incensi cineris lorrenti; igniti fluvii. La gravure de Mascoli porte inscrit près du torrent sortant du cratère supérieur : Torrenli di cenere infuocala. C’est là la désignation la plus habituelle des auteurs de cette époque, pour les laves, dont ils n’avaient aucune connaissance , et ce n’est cjue soixante ans plus

Les maisons ilélruiles; les terres dévastées pour plus d’un siècle; les angoisses suprêmes des nombreux habitants surpris par ces fleuves de fen; les cris des innombrables animaux atteints par les laves, tout cela devait former un spectacle horrible; mais il n’y eut guère que les victimes qui le virent. Ceux qui survécurent s’étaient réfugiés loin du théâtre des ravages, à Naples, Castellamare, etc.

Les auteurs du temps nous racontent pourtant quelques épisodes : un père vit la lave lui enlever ses deux enfants qu’il tenait dans ses bras, et lui restant vivant! Un homme qui fuyait dépassa deux carrosses remplis de monde et entourés d’un groupe de personnes se dirigeant vers Naples.

« Cet homme s’étant retourné, à quelque distance, ne vit plus ni gens ni carrosses, mais seulement la route inondée de laves... Une femme, en état de grossesse, surprise par un des torrents, donna le jour , dans ce moment suprême, à un pauvre petit être qui n’entra dans la vie que pour subir aussitôt la mort. A Torre del Grcco , un certain nombre de personnes furent trouvées comme endormies dans les maisons avec leurs vêtements intacts et tous les organes internes brûlés; mais que d’affreux drames nous connaitrions si les morts pouvaient parler!

Les historiens citent d’autres faits étranges.

lard que Bulifon les décrit le premier, avec plus de clarté et de précision.

D’un autre côté, on sait que les torrents de laves du mercredi parvinrent à la mer vers raidi ... e seguilerono a scorrere infino aile 19 orc .., écrit Rraccini. La 19* heure correspond h midi, cela donne deux heures pour le trajet parcouru.

Cette vitesse peut être considérée comme extraordinaire. On cite, comme une des plus rapides, la lave de 1794, qui ruina une seconde fois Torre del Greco. Elle parcourut l’espace de trois milles d’Italie en deux heures- Or,nous voyons que les laves de 1631 francliirenl une distance moyenne de quatre milles dans le même espace de temps.

Non-seulement autour du Vésuve, mais encore dans les provinces jusqu’à Molise et la Capitanatc, de nombreux oiseaux, couverts d’eau et de cendres, tombèrent morts ou mourants sur le sol. Les bestiaux épouvantés fuyaient de tous côtés, et leurs mugissements se mêlaient aux aboiements des chiens et aux hurlements des loups. Pour les habitants de ces provinces, ces phénomènes effrayants de l’obscurité au milieu du jour, de la pluie de cendres, des bruits lointains et des clartés qu’ils apercevaient dans le ciel, tous faits dont la cause leur était inconnue, portaient dans leur âme une terreur telle qu’ils croyaient aussi que la lin des temps était arrivée.

A Naples, vers l’heure où les laves atteignaient le rivage, c’est-à-dire au milieu du jour, l’obscurité était, suivant Celano, semblable à celle de la nuit. On voyait de cette ville brûler en mer les arbres et débris que la tête des torrents laviques y avait charriés, et on crut un moment que c’étaient de nouvelles bouches volcaniques qui s’étaient ouvertes sons les eaux.

Le cardinal-archevêque, à la vue de tant de malheurs croissants, ordonna une seconde procession solennelle pour une heure après midi. Elle ne put sortir qu’à trois heures à cause de la grande pluie qui ne cessait de tomber depuis dix heures du matin. Le cardinal, revêtu de tous ses insignes épiscopaux, voulut y assister malgré l’inclémence de la température. Outre les autorités, une grande partie de la noblesse et les congrégations lirent partie du cortège, qui se rendit d’abord à la cathédrale, d’où le sang de saint Janvier fut extrait et porté religieusement jusqu'à l’église de S. M. de Constantinople, désignée dans l’itinéraire de la procession. Arrivé près de la porte de Capoue, on remarqua une nuée de cendres qui cachait le Vésuve et

s'acheminait vers Naples. Le cardinal bénit trois fois le volcan avec le sang de saint Janvier, et on vit, racontent plusieurs historiens du temps , la nuée se diriger du côté de la mer.

Pendant cette journée du 17, comme on le sut plus tard, les matières arénacées connues sous le nom de cendres (1), et qui furent vomies par le Vésuve, couvrirent d’immenses régions et y portèrent l’étonnement et l’effroi. Le nuage traversa l’Adriatique et passa sur la Dalmatie, continuant sa marche vers l’orient. 11 tomba des cendres à Cattaro, dans les villes de Gradichi et d’Acrio, où elles formèrent une couche de quatre doigts d’épaisseur : dans nie de Négrepont, dans les golfes de Zeitiino et de Volo, et en mer, à 100 lieues au sud de ce dernier; enfin, à Constantinople, où la terreur fut grande à la vue de ce prodige.

Le jeudi 18, dès le point du jour, il tomba une pluie fangeuse, l’atmosphère étant encombrée de poussière. Le Vésuve ne cessa pas de lancer des flammes, de la fumée.

(I) Pour être mieux compris de tous, nous avous employé le mol cen- (ires , généralemenl usité par les liistoriens, bieu qu'en réalité, il n'ail pas plus de raison d’étre que celui de saltles, graviers ou poussières. Ces sultstances incohérentes, plus ou moins fines el de couleurs variées, qui pleuvent sur le .sol dans les grandes éruptions, sont d’une composition minéralogique très-complexe. Les princii)ales substances qu'on y rencontre ordinairement , sont ;

le peroxyde de fer , le pyroxène, l'amphigène, le mica.

Quand ces matières arénacées sont plus grossières, les petits fragments de laves et de scories y dominent d’une manière visible.

des matières arénacées et des pierres incandescentes. La fumée dut s’élever à de grandes hauteurs, car Braccini en évalue l’altitude au chiffre fabuleux de 35 milles italiens. Il faut ici tenir compte de l’état de la science à cette époque. %

On ressentit, dans la journée, trois secousses de tremblement de terre, qui s’étendirent à de grandes distances, et la montagne fit entendre des bruits étranges comme des mugissements. Au milieu d’un voile presque constant de fumée, de poussière et de pluie, on crut néanmoins voir couler un liquide du sommet du volcan.

A Naples, on continua, le 18 et les jours suivants, les prières publiques et les processions. Les églises étaient encombrées de malheureux réfugiés qui y avaient cherché un asile contre le froid et la pluie, ou qui voulaient mourir en lieu saint; mais la foule y était telle que ceux qui se trouvaient au fond des nefs étaient dans l’impossibilité de sortir, surtout la nuit. La plume se refuse à d’immondes détails... Des miasmes infects remplissaient ces temples, au point que le sacrifice divin y devint impossible.

On vit, ce jour, dans Naples, un singulier spectacle. Un cortège nombreux de filles publiques, les pieds nus, les cheveux coupés, une corde ou une chaîne de fer au cou , parcourut les rues de la ville, précédé d’un christ, auquel ces filles avaient suspendu leurs chevelures, comme un témoignage de la victoire qu’elles avaient remportée contre les œuvres du démon. Ces malheureuses s’étaient vêtues de guenilles et se meurtrissaient le visage, implorant à haute voix, au milieu de leurs sanglots, la miséricorde divine. Ce spectacle lamentable, écrit un contemporain, fit rentrer en eux-mêmes beaucoup de pécheurs endurcis qui revinrent à résipiscence.

Cependant, le long du littoral , des milliers de malheureux, échappés ù la mort et réfugiés en grande partie dans les églises, se voyaient privés de toute ressource. Leurs maisons et leurs terres étaient ruinées, et, dans leur désespoir, privés de paiir et de travail , ils regrettaient presque de vivre. Le vice-roi comprit la grandeur de tant d’infortunes et envoya , sans retard, dès le vendredi matin 19, deux galères et un grand nombre de bateaux, pour recueillir ceux qui se trouvaient dénués de toute ressource et les amener à Naples. Le marquis de Carapi et don Francesco Salzado furent chargés de cette expédition. Ils laissèrent à Torre del Greco une galère et les bateaux , et avec la seconde galère se rendirent à Torre Annunziata. Ils ne trouvèrent dans cette bourgade, presque détruite, que trois hommes : deux frères capucins, et un domestique du prince de Botera occupé à embarquer les effets les plus précieux de son maître. Les deux capucins furent reçus sur la galère, qui retourna à Torre del Greco. Là, se présentait le spectacle le plus lamentable. On transportait sur les bateaux, au milieu de gémissements et de cris de douleur > une foule de malheureux , ayant, les uns les pieds brûlés, d’autres les mains, etc. Plusieurs agonisaient, le corps couvert d’affreuses plaies. Outre ces douleurs physiques, ceux qui n’avaient pas été atteints par les laves, pleuraient, celui-ci un père ou une mère, celui-là un fils, une fille ou une sœur... On évaluait à 2,000 le nombre des victimes ensevelies sous la lave, la cendre, les maisons et les églises !...

On recueillit ce jour, le long de la côte, et on emmena à Naples 4,000 de ces malheureux sans asile, ou ayant fui leur demeure. La charité privée ne faillit pas à cette grande misère, et nombre de personnes généreuses prirent chez

elles de pauvres réfugies. Après quelques jours, les esprits s’élaut un peu rassurés, le plus grand nombre des personnes qui s’étaient sauvées à Naples quittèrent successivement la ville, où il n’en resta plus que 2,200 privées de toute ressource. Une partie fut logée au vieux lazaret de Saint-Janvier, une autre partie à l’hèpital des Pèlerins et dans les écoles publiques, qu’on destina spécialement aux femmes. Tous ces infortunés furent alimentés par la sollicitude des autorités et par la charil# privée. Les PP. chartreux leur envoyèrent, jusqu’à la lin de janvier de l’année suivante, époqueoù ils furent congédiés, cent pains et trois barils de viu chaque jour (1).

Pendant que le marquis de Campi et don Salzado partaient par mer, l’élu du peuple de Angelis et plusieurs membres délia sainte partaient par terre pour aller ensevelir les cadavres dont on craignait l’infection , et pour travailler au déblaiement de la route. Us s’étaient fait accompagner par lüO sapeurs terrassiers et par 600 hommes de la tannerie, connus pour leur vigueur et leur hardiesse dans le péril.

A l’église Notre-Dame del Soccorso, commençait l'encombrement produit par les torrents d’eau boueuse. On travailla avec une telle ardeur, à la pelle et à la pioche, qu’avant la nuit les voitures pouvaient arriver jusqu’à Résina. Les laves du Granatello étaient encore brûlantes à l’intérieur, mais leur superficie était refroidie. On brisa leurs aspérités et on les recouvrit de terre et de matières

(I) Outre ces malheureux, la ville de Naples fournissail aussi les vivres à six cents personnes sans asile et qui s'étaient réfugiées dans l'église de Notre-Dame del Arco.

alluviales, établissant par des remblais deux pentes praticables aux voitures.

Pendant que ces travaux s’exécutaient, on donna la sépulture à 13 cadavres gisants aux environs de S. M. dcl Soccorso et à 100 autres victimes trouvées dans douze maisons plus ou moins ruinées par les eaux. On enterra aussi, après les avoir recouverts de chaux, les cadavres de nombreux animaux, parmi lesquels Giuliani cite des cerfs, des sangliers e^des loups.

Ce jour du 19, le Vésuve parut se calmer un peu, et les vapeurs ayant dégagé son sommet, on vit avec étonnement que le grand cône était considérablement diminué de hauteur, en même temps que le cratère supérieur avait acquis une dimension énorme.

Le lendemain samedi, 20 décembre, les commissaires délia sainte et les hommes de la tannerie retournèrent à leurs pénibles travaux. Ils se divisèrent en deux bandes, dont l’une se dirigea vers Torre del Greco, et l’autre vers Notre-Dame del Arco, située au delà des villages de S.-Sebastiano et Massa. Les premiers eurent à rétablir, au delà de Résina, le passage sur quatre torrents de laves, qui avaient traversé la grand’route , et pendant ce court trajet d’une demi-lieue, ils durent inhumer au delà de cent cadavres. A Torre del Greco, ils n’eurent pas beaucoup de morts à ensevelir parce qu’ils étaient presque tous sous la lave, la cendre ou les ruines des maisons, où on trouva prudent de les laisser, de crainte d’infection; mais ceux qui n’étaient pas enfouis inspiraient la pitié et une profonde tristesse. Les uns avaient les jambes prises dans la lave, le cerps convulsivement renversé en arrière. D’autres étaient plongés presque entièrement dans la matière volcanique ; on voyait des corps tordus et des visages con-

tractés par la souffrance. II y en avait qui se tenaient encore, après la mort, étroitement embrassés, et qu’on inhuma ainsi. Mais ce qui était affreux, c’était l’enlèvement de ces corps en partie brûlés , et qui se détachaient par lambeaux de la lave durcie

La seconde bande d’ouvriers prit le chemin de N.-D. del Arco, qu’encombraient d’énormes amas de matières alluviales, cendres, pierres, arbres et débris de toutes sortes. Malgré la tempête qui sévit une partie du jour, ils travaillèrent avec tant d’ardeur, qu’ils parvinrent jusqu’au village dévasté de S.-Sebastiano, et enterrèrent dans seize fosses profondes une quantité considérable de moutons, noyés par les torrents d’eau du mercredi précédent.

Pendant la nuit du samedi au dimanche, cinq forts tremblements de terre vinrent encore successivement semer l’épouvante et causer aux édifices de nouveaux dommages.

Le dimanche 21 , la tempête commencée la veille ne fit que s’accroître. Malgré l’extrême violence des coups ■de vent et quelques légères commotions souterraines, les commissaires délia sainte et les braves ouvriers tanneurs voulurent continuer leur tâche inachevée. Ils travaillèrent tout le jour et parvinrent, avant la nuit, à déblayer la route de S.-Sebastiano jusqu’à l’église de N.-D. del Arco, de manière à permettre le passage aux chariots. Kn même temps on continuait à ensevelir les morts ; on en enterra 44 près du village du petit Portici dont il ne restait pas dix maisons debout, les torrents d’eau boueuse ayant détruit toutes les autres ainsi que l’église.

Le lundi 22, les travaux et les recherches continuèrent; on ensevelit encore 93 victimes, et une quantité

considérable d’animaux sauvages et domestiques, qui furent trouvés vers Portici et Résina. D’autres cadavres humains furent aussi trouvés vers N.-D. del Arco, Somma , etc.

Le mardi 23 marqua la première semaine écoulée depuis le commencement de l’éruption. Le Vésuve ne discontinuait pas, avec des phases diverses, de vomir des flammes, de la fumée, des cendres, et, par intervalles, des pierres brûlantes. Les matières arénacées, lancées par le volcan, contenant des substances caustiques, recouvraient et brûlaient à la fois les feuilles on bourgeons des végétaux épargnés par les torrents d’eau et de lave : l’année suivante fut frappée partout de stérilité.

Le 24, une grande tempête , accompagnée de pluies intenses, sévit surtout dans la partie septentrionale de la Campanie. De nombreux torrents d’eau descendirent des montagnes de Lauro, de Visciano, d’Avella, d’Arienzo, d’Arpaya , du Monte Virgine, torrents qui entraînèrent les cendres dont le Vésuve avait recouvert ces montagnes, et causèrent les plus grands ravages. Ceux des monts de Visciano et de Lauro vinrent achever de combler la plaine de Palma, qui présenta des accumnlations de matériaux de plus de quatre mètres d’élévation.

Des personnes qui, ce jour, venant de la Pouille, arrivèrent à Marigliano, furent deux fois couvertes d’un sable mouillé qui paraissait du sable de mer. La pluie ne commença, à Naples, que le soir.

Les 23 et 26 décembre, l’éruption continua sans incidents nouveaux.

Le 27, un nouveau fléau, la disette, menaça la capitale. Le pain manquait; les ruisseaux qui faisaient mouvoir les nombreux moulins à farine, notamment près de Torre

Annunzia ta, étaient comblés, taris ou déviés de leurs cours. Ces faits étant venus à la connaissance du vice-roi, il envoya, malgré le mauvais état de la mer, quatre galères à Castellamare et à Gragnano, afin d’y faire moudre du blé, dont heureusement les magasins de la ville étaient suffisamment pourvus (1).

Le dimanche 28 , une partie du bord du grand cratère s’écroula et, ce même jour , un large torrent d’eau descendit du Vésuve avec impétuosité, bien qu’il ne fût pas tombé de pluie depuis quelque temps. Beaucoup de personnes crurent que cette eau provenait de la mer, par des crevasses souterraines, résultant des tremblements de terre. Il y avait même des gens qui affirmaient avoir vu sur le trajet du torrent des algues, des coquilles marines et des poissons cuits. Le P. délia Torre n’admet pas ce fait et pense que ces gens se sont trompés : « Erreur bien excusable, dit-il naïvement, puisque, outre les désastres qui les avaient frappés et abasourdis, ils étaient encore aveuglés par la cendre et la fumée qui obscurcissaient l’air. » Ce qui contribuait encore à entretenir cette croyance, c’était la continuelle agitation de la mer. (Voy. la note de la page 27.)

Le 29 , on pouvait distinguer le bruit du bouillonnement souterrain de la montagne , et la mer était très-mauvaise. Tout à coup, on entendit jusqu’à Naples un grand bruit, comme celui qu’eût produit l’écroulement du cône tout entier, et des marins, qui longeaient la côte, virent un corps, qu’ils comparèrent à une énorme poutre, lancé par le Vésuve, avec une telle puissance, qu’il alla tomber vers .Marano; puis un deuxième corps semblable , envoyé dans

(<^ Il restait encore dans les magasins de la ville, 30,000 tomolos de blé. Un bectolitre représente 1,80 tomolo.

une autre direction, alla se précipiter dans la mer. La montagne se couvrit d’épaisses vapeurs et de cendres, au travers desquelles on apercevait toujours le feu.

Le 30, on prétendait sentir à Torre dcl Greco l’odeur des cadavres. Vérification faite, il fut reconnu que l’odeur provenait du Vésuve. Ce jour le sol fut fortement agité.

Le 31, deux nouveaux torrents d’eau se précipitèrent de la montagne, l’un vers Résina et l’autre vers Ottajano. L’eau en était chaude et plus claire, peut-^tre parce que les torrents précédents avaient lavé le sol. Chose étrange, le temps était serein ; la nuit suivante, il survint un violent orage, et l’année 1631 finit au milieu des éclats de la foudre.

L’année 1632 s’ouvrit sans apporter même l’espérance d’une sécurité prochaine. Le Vésuve continuait son œuvre de dévastation.

Ce jour du 1" janvier, le volcan lança, avec des bruits souterrains , de grandes flammes et une fumée épaisse à une hauteur considérable. Vers les quatre heures du soir, un tremblement de terre, plus fort encore que ceux qui l’avaient précédé , se fit sentir, et fut suivi, peu après, d’une pluie de cendres abondante qui dura jùsqu’au lendemain à onze heures. On n’en avait pas vu de semblable depuis le 17 du mois précédent; cette cendre fine affectait surtout les yeux.

Le lendemain , 2 janvier , un nouveau tremblement de terre, plus violent que celui de la veille, vint épouvanter les Napolitains; il semblait que la ville entière allait s’écrouler....

Le 7 janvier, dix-huit personnes se trouvaient réunies à l’auberge du Chêne, entre S.-Sebastiano et N.-D. del Arco, lorsqu’un trait de feu fulminant vint les atteindre :

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