INTRODUCTION. XI.IX
La période de décadence, qui commence avant la fin du XVI" siècle (1587), n'est qu un déchirement, une lutte intestine, longue et cruelle, de ces principes d'importation étrangère contre les traditions constantes de la Pologne et de sa nationalité. Ces principes, par cela même qu'ils sont étrangers, cherchent leur appui à l'étranger, qu'ils appellent au sein du pays, pour qu'il le démembre à son aise. Ce sont les Kosaks schismatiques surtout qui, formant une nation dans la nation, et se donnant au tzar de Moskoa, représentent cette apostasie de la nationalité par l'apostasie de la foi.
La Pologne nouvelle.
Nous venons de dire les causes mères et fondamentales qui ont amené la lacération et la dispersion du corps de saint Stanislas, c'est-à-dire le démembrement de la Pologne. Il nous reste à montrer celles qui doivent, non moins nécessairement, produire la réunion de ses membres encore épars, et accomplir leurjonction indissoluble, en un mot reconstituera jamais la Pologne. Nous nous proposons de le faire dans notre second volimie.
En attendant, remarquons d'abord qu'aucune de ces trois causes de la dissolution de la Pologne n'était issue de son sein, sortie de son initiative et venue de l'esprit de sa race, du caractère de son peuple, de la spontanéifé de la nation. Toutes trois étaient d'origine et d'importation étrangères. Factices, accidentelles, antipathiques aux masses, et nées de circonstances depuis disparues, elles devaient donc disparaître avec elles, par le réveil de la vieille Pologne et de son véritable génie.
HISTOIRE DE L.V rOLuGNE.
Ce réveil s'est accompli. Il y a dans la vie des nations comme dans celle des individus une loi de pondération et d'équilibre qui, après un mouvement extrême en un sens, surtout lorsqu'il est contre les tendances innées et le caractère propre de ce peuple, ramène inévitablement une réaction en sens inverse qui se développe en proportion même de la force et de l'étendue du mouvement précédent. Dans cette sorte d'oscillation vitale, l'aiguille qui le marque, en se déplaçant d'un pôle à l'autre, se fixe immuablement à ce dernier, s'il est véritablement le centre de gravité de sa nature réelle. Or, c'est là précisément ce qui arriva à la Pologne. Essentiellement et fondamentalement catholique, elle revint bientôt à son premier point de départ, et reprit une foi d'autant plus vive et plus ardente qu'elle s'était laissé entraîner plus avant dans l'hérésie. Enthousiaste de la liberté et de tous les droits originels de la nature et de la dignité humaines, non-seulement elle abolit le servage et tout ce qui pouvait le rappeler, mais elle réagit en faveur des paysans et des classes laborieuses avec d'autant plus de force et d'élan que leur asservissement avait été poussé plus loin. Enfin, douée d'un sens évangélique profond, elle ne se contenta pas de laisser tomber en poussière la factice imitation des institutions païennes, mais passant d'un bond à l'opposé, elle n'eut plus qu'une œuvre, un idéal, un but, celui de pénétrer jusqu'à leur source même et leur sève, toutes ses lois, ses institutions, ses mœurs publiques, sa littérature, et sa vie civique et nationale, de l'esprit chrétien le plus pur. Telle est l'immense et radicale transformation qui s'est accomplie avec une grandeur, un ensemble et une puissance inouïs depuis le -xvi^ siècle jusqu'à ce jour, dans les
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luttes comme dans la paix, dans le triomphe comme dans l'adversité, au sein de la patrie comme dans l'exil, à terre comme debout, en tout, partout et toujours.
C'est là une innénarrable histoire. Tandis que les écrivains suivent pas à pas, jour à jour, de 1587 à 1772, de 1793 à 1815, à 1831 et depuis, toutes les phases successives du déclin, de la décadence, de la ruine, des démembrements et de l'anéantissement de la Pologne, il y a quelque chose qu'ils ne voient point, c'est que, sous cette larve qui meurt, sous cette chrysalide qui se transforme, il y a une âme qui renaît, un corps nouveau qui s'engendre, un être immortel qui sort de cette dépouille en lambeaux. De sorte que l'histoire de la Pologne en décadence, démembrée, disparue du nombre des nations, est aussi et en même temps, si on la prend par le revers et dans le fond intime de sa vie, la Pologne qui se renouvelle, se reconstitue, s^êternise. Quelque étrange que puisse sembler au premier regard ce nouvel aperçu, il se démontre de lui-même par un fait palpitant, c'est qu'après 70 ans d'anéantissement, la Pologne, sans territoire, sans armée, sans rien de ce qui constitue un État, est aujourd'hui plus vivante que jamais. Puisqu'elle existe encore en 1863, <?lle n'était donc pas morte en 1795. Seulement elle devait momentanément n'avoir plus d'existence visible comme nation, parce que, trop tardive dans la réparation que nécessitaient le sort et Tasservisseraent des paysans, elle n'extirpa ce dernier germe de sa dissolution qu'au moment même où elle disparaissait.
Mais rappelons quelques faits qui suffiront pour indiquer la triple et radicale transformation que nous vcaïons de signaler.
La réaction en faveur du catholicisme fut la première. Elle était en germe dès le début. La diète de Thorn en 1520, le synode de Piotrkov la même année, celui de Lènczicaen 1527, et les assemblées du clergé tenues de 1527 à J530 s'étaient cfTorcés d'opposer une digue à l'invasion du protestantisme. Depuis lors le torrent l'emporta. Mais le retour à Torthodoxie se dessina nettement dans la seconde moitié du xvi*^ siècle. Les évêques montrèrent un dévouement sans bornes au Saint-Siège, proclamèrent, en 1576, les décrets du concile de Trente, rétablirent la discipline du clergé , améliorèrent leurs séminaires et ouvrirent partout des écoles et des collèges. Les ordres religieux, et spécialement les jésuites, furent appelés de tous cotés à diriger l'instruction, et toute la jeunesse polonaise accourut spontanément se placer sous leur enseignement : ils redonnèrent aux lettres, aux sciences et aux arts un grand éclat, les répandirent et surtout les renouvelèrent, en les pénétrant dunespritprofondément chrétien. Soutenus par Etienne Batori, et plus tard par Sigismond III, ils fondèrent des collèges et des écoles d'abord à Brunsbergen 1511, à Vilna en 1570 , à Posen en 1572, à Kalisz en 1595; Etienne Batori érigea leur collège de Vilna en université en 1578, puis établit de nouveaux collèges, en 1579 à Polock, en 1581 à Riga, en 1583 à Dorpat , à Grodno, etc. ,
Dans ce retour général de toutes les classes' au catholicisme, la Pologne entraînait jusqu'aux sectes schismatiques elles-mêmes. C'est ainsi qu'en 1595, à Brzesc, on renouvela l'union entre l'Église grecque russienne et l'Eglise romaine. Pour comprendre la portée de cet acte il suffit de savoir qu'en ce moment 1,089 églises grec-