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ques s'étaient séparées de Rome qui n'en comptait plus que 2,1G9 qui lui fussent unies.
D'incessantes et innombrables conversions ramenaient en foule au sein de l'Eglise presque toutes les grandes familles, la noblesse, la bourgeoisie, le peuple, en un mot la masse de la nation. Les hérétiques, d'autant plus turbulents qu'ils perdaient toutes leurs forces, suscitaient par leurs violences et leurs émeutes de sévères répressions. Par le décret réitéré des diètes de 1658, 1659,1001, les sociniens, les anabaptistes et quelques autres sectaires durent évacuer la Pologne. La loi de 1661 statua que nul ne pouvait être élu roi, et aucun noble étranger naturalisé Polonais, s'il n'était catholique. En 1669, tout individu non catholique ne put plus siéger dans les chambres, et en 1718 le nonce de Vielun, Piotrovski fut renvoyé de la diète parce qu'il ne professait pas la religion catholique. Nous sommes, on le voit, loin du temps où il n'y avait plus que deux catholiques laïques dans le sénat. Enfin, les diètes de 1717,1733, 1736 interdirent aux dissidents, les hautes dignités, les charges élevées, nommément la couronne, les nonciatures, députations, commissions et «tarosties avec juridiction. Nous if avons pas à juger ici ces mesures au point de vuepohtique, il nous suffit de constater le réveil profond et universel de la foi religieuse qui les dictait et les rendait possibles.
Sûus celte puissante impulsion réapparurent toutes les pratiques de la plusardente piété, que les historiens signalent surtout dès le milieu du xvii" siècle. Vers cette époque, des pèlerinages pieux s'établirent sur tous les points delà Pologne ; ils se répandirent et se propagèrent depuis de plus en plus. Des milliers de pèlerins accouraient de
toutes parts rendre hommage à la Reine descieux et assister aux fêtes de son couronnement célébrées à Czènstochova, ou lasna-Gora (Clair-Mont), à Heiligelinde, Vilna, Zurovicé, Bialynicze, Berdiczev, Poczaïov, Podkamien, Sokal, Léopol,Lezaïsk, Przemisl, Krakovie elen une foule d'autres lieux. L'affluence populaire était telle, qu'au couronnement delà sainteimage de Czènstochova parle nonce du pape en 1717, on ne comptait pas moins de 200,000 pèlerins, venus de tous les points de la Pologne pour assister à cette auguste solennité. A la suite de la victoire de Noire-Dame de Czènstochova, remportée en 1655 par les moines de Saint-Paul, et que nous raconterons ailleurs, la diète reconnaissante avait proclamé solennellement la sainte Vierge, reine de la Pologne.
Voilà où en était dès lors revenue la patrie de Stanislas. Encore ne faisons-nous qu'indiquer entre mille quelquesuns des faits qui signalent la foi ardente, universelle, enthousiaste, qui non-seulement eftaça en Pologne jusqu'aux derniers vestiges de l'hérésie et du paganisme politique, mais la rendirent encore plus éminemment, plus profondément catholique qu'elle ne Tavail jamais été. Après son démembrement, les eflVoyables et incessantes persécutions, les atroces tortures dont la religion et les fidèles furent l'objet, accrurent et exaltèrent jusqu'au comble de l'héroïsme cette foi religieuse si cruellement poursuivie, et qui se confondant désormais avec la foi nationale et patriotique, et n'étant plus qu'une avec elle, a fait de la nationalité polonaise la cause même du catholicisme. Les événements de Varsovie en 1861, en montrant à l'Europe muette d'étonnement ef d'admiration le spectacle d'un peuple tout entier marchant avec ivresse à la mort sans armes et la poitrine nue, a révélé
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la grandeur de cette foi luttant de sublimité avec les actes des martyrs de la primitive Eglise. A l'heure même où nous traçons ces lignes, la glorieuse insurrection qui couvre la Pologne a pour cri de ralliement Jésus ■et Marie, pour drapeau l'image de la sainte Vierge, pour -ëcusson un crucifix, pour talisman la prière, el pour secrets complices tous ces vieillards désarmés, nobles prêtres du Seigneur qui bénissent de leurs deux mains •ces enfants qui vont mourir et ces femmes qui étouffent leurs sanglots pour vouer au salut de la patrie tout oe qui fait l'objet de leur plus tendre amour; tous les insurgés ^e confessent, reçoivent l'Eucharistie et les derniers ' •sacrements des mourants, avant daller, calmes et joyeux, offrir leurs poitrines aux balles russes ; la Pologne tout «ntière est comme un sanctuaire et chacun de ses fils -comme un apôtre marchant au martyre. Qui ne comprend que c'est la lutte du catholicisme contre le schisme, de l'Eglise contre ses bourreaux?
Est-ce là un peuple catholique? Quelle nation peut se vanter d'avoir la sainteté, la vertu, l'héroïsme de sa foi? Eh bien! malgré la courte rupture du xv!*" siècle, ce fui là de tout temps le caractère distinctif de la Pologne." La iterre classique du malheur, disait un de leurs recueils, il y a trente ans déjà, a eu de longues, de douloureuses années d'épreuves ; elle a vu souvent son soleil s'obscurcir, son horizon se charger d'orages, et la foudre éclater en ravageant ses entrailles. Du milieu de ces tourmentes, de ces mugissements de la tempête qui annonçaient l'ange destructeur, un chant doux et mélancolique, un hymne d'amour, de foi et de regret, s'est ■élevé sans cesse vers le ciel. Triste et sainte, cette voix •était la voix des pères et des guerriers qui bénissaient
leurs enfants et leur adressaient l'adieu solennel au moment de remonter vers Dieu, d'aller se reposer dans son sein, après les fatigues d'une lutte longue et pénible, mais glorieuse, après avoir nourri le sol de leur sang, après l'avoir blanchi de leurs os sacrés. Vaste champ de mort, immense sépulcre, la Pologne a consacré son infortune par un sentiment religieux et profond : plus le danger devenait imminent, plus les désastres étaient affreux, et plus ce sentiment acquérait d'intensité et de force : sa piété et sa foi croissaient avec ses infortunes; la foi et la piété étaient le refuge du peuple et des grands opprimés, persécutés ; ils recouraient à Dieu, ils retrempaient leurs âmes aux sources éternelles, au foyer de la souffrance et de la prière ; prière sublime que celle qui s'élève du milieu des pleurs, souffrance céleste que celle qui est offerte à Dieu comme un holocauste! (1)»
Quant à la malheureuse condition des paysans , elle avait ses ramifications dans le passé, dans les mœurs politiques non moins que dans les institutions. Aussi résista-t-elie bien plus opiniâtrement que l'hérésie, et prolongea-t-elle sa dui-ée. Cette seconde transformation se fit malheureusement attendre : si elle se fût effectuée plus tôt, la Pologne n'eût pas succombé. Cependant dès le début la chaire catholique fulminait contre les oppresseurs (2). André Fritz Modrzevski que nous avons cité, Léonard Coxus , Jacques Prziluski, Pierre-Maur Ruiz, Petricy, Tarnovski, Simon Starovolski et une foule d'autres, dès le xvr siècle et les premières années du
(\) Le Polonais.
(2) Bialobrzeski, dans sa postillo dédiée au roi Etienne. T, p. 223; IL p. 93, 94.