‹ Histoire complète de la Pologne (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · INTRODUCTION. LVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LVII

xvii% élevaient la voix en faveur des paysans. Christophe Opalinski, dans ses sanglantes satires, publiées en 1612, stigmatisait l'arbitraire des nobles et la condition qu'ils faisaient à la classe laborieuse. Un professeur de l'université des jésuites de Vilna surtout, Olizavorius, réfutait en 1651 d'une manière péremptoire tous les arguments empruntés au droit romain pour justifier le servage. On peut en juger par ce passage que nous reproduisons malgré sa longueur, afin de montrer comment les catholiques combattaient de tout temps les abominables doctrines introduites par le paganisme et l'hérésie :

<t Si nous voulons, dit-il, considérer le droit de justice, il est certain que les paysans ne sont point serfs, mais libres et francs citoyens , puisque ni le droit des gens, ni la loi civile ne peuvent prouver leur servitude. Dès l'origine, tous les hommes , et par conséquent les Polonais, étaient égaux entre eux, et n'avaient pas de chefs par la naissance, mais par leur mérite. Ceux qui accordent aux princes le droit d'élever et de dégrader la position sociale des hommes, et soutiennent que les princes ont ôté la liberté aux paysans , doivent réfléchir que la Pologne ne se trouva jamais sous une semblable tyrannie, et que si elle l'était, une. telle violence serait de la même nature que la capture des prisonniers par des brigands et des pirates. Ceux qui pensent que les princes ont réduit leurs sujets à la servitude par les voies de la législation, doivent savoir que les lois divines de la nature et des nations s'y opposent; car aucune loi ne peut légitimement faire injure , et rien de semblable ne devient légitime, ni par la pratique, ni par l'ancienneté. Il faut absolument repousser les argumentations de ceux qui disent que les paysans, en Pologne,

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ne subissent aucune injure, car ils supportent avec patience le joug imposé malgré eux. Oui, ils le supportent patiemment, car ils y sont forcés, et la gravité de la servitude y est telle, qu'à ces hommes malheureux , aucune plainte, aucun gémissement, ne sont permis; or, c'est une fatalité contre laquelle aucun d'eux n'ose combattre. Il faut d'autant plus réprouver le raisonnement de ceux qui disent que les paysans se sont soumis de bon gré à leurs seigneurs , qu'il est trop notoire qu'ils ne se sont jamais livrés à leurs maîtres pour la glèbe qu'ils possèdent, mais qu'ils ont fait avec eux des conventions emphytéotiques ou à condition. Or, la comparaison qu'on fait ordinairement avec les serfs ascriptices des Romains est fausse ; car ceux-ci, sortis de l'esclavage et attaché? à la glèbe, avaient par ce moyen leur servitude adoucie. Et s'il faut comparer les paysans polonais à quelque classe de l'ancienne Rome , ils ressemblent plutôt aux payant un cens, aux colons établis à condition, censiti, condilionales coloni. Aussi, les paysans polonais sont libres, et les conventions qui existent entre eux et leurs seigneurs, en sont une preuve évidente. Les seigneurs leur donnent des portions de terre avec obligation de remplir certaines redevances et de labourer les champs. Ni ces obhgations , ni ces conventions n'enchaînent les paysans à perpétuité , puisqu'on voit dans les domaines royaux qu'ils s'y engagent autant qu'il leur plaît. Or, ce n'est que la violence la plus inique qui priva de cette liberté les paysans dans les domaines de la noblesse ; comme le droit de vie et de mort effrontément proclamé par des seigneurs est le plus faux, et le plus mensonger (1).

(1) Olizarovius, chap. ii, § 17, p. 218-219.

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