INTRODUCTION. XY
privilèges, garantissant en même temps la liberté des ouvriers et du peuple des villes par les confréries, associations, corporations de métier et parla loi allemande. Gardienne jalouse des franchises et des libertés nationales, elle forma un clergé dont le patriotisme civique est devenu proverbial; dans toutes ses grandes luttes, l'épiscopat fut à la tète du peuple, et même à ses derniers jours, lorsque quatre évoques venaient de payer de l'exil leur noble patriotisme, ce fut un évoque encore qui fonda la célèbre confédération de Bar. Elle étendait à tous son action bienfaisante et populaire, suppléait aux lois et les améliorait par l'influence des mœurs, suppléait aux institutions et les perfectioimait par l'initiative des individus ou l'autorité des coutumes et des immunités locales. Embrassant toutes les phases de la vie humaine comme tous les points du royaume, ramenant tout à l'unité, agissant partout du fond du sanctuaire au foyer de la famille, au berceau, à l'hymen, à la tombe, aux fêtes populaires, aux solennités nationales, gouvernant longtemps l'État avec l'Église par ses conciles et ses synodes, première forme et moule originel des diètes et diélines, elle constituait nécessairement, par l'unité de croyance commune, une unité de pensée et d'action nationales d'une puissance gigantesque, incalculable, et que rien ne saurait remplacer.
La Pologne puisait sa force, sa prospérité, sa grandeur, dans ce rôle profondément catholique. Pour le remplir, elle convertissait les Lithuaniens, les Samogitiens, les Prussiens et mille autres peuples qu'elle s'assimilaîtainsi, en les incorporant à la chrétienté; elle combattait durant six siècles consécutifs les Talars qui l'envahirent quatre-vingt-onze fois; pendant près de
trois siècles, les Turcs et constamment lesRussiens, ne craignant pas de verser, mille ans durant, des torrents de sang pour repousser et dompter à la fois l'idolâtrie, l'islamisme et le schisme grec, et sauver en même temps l'Europe, l'Église et la chrétienté tout entière. Apôtre et guerrier, triomphateur et martyr, placée, comme un soldat à son poste, à l'avant-garde du catholicisme, ayant en face, à l'orient, la Russie schismatique, au nord et à l'occident, la Suède, la Norvège, le Danemarck, la Prusse et l'Allemagne hérétiques et protestants, touchant, au sud, à la Turquie mahométane, la Pologne était naturellement, et est encore à cette heure, la sentinelle avancée de l'Église et de la civilisation européenne, le peuple prêtre de l'Évangile, le centre glorieux d'irradiation d'où le catholicisme doit s'étendre des conûns de l'Europe à tout l'Orient, le point de jonction où toutes les parties brisées de la grande unité catholique doivent sa rejoindre et s'unir, pour retrouver une vie nouvelle, en se fondant dans le sein de l'Église. Là est le rôle, la mission, le sacerdoce de la Pologne ; \k est la raison de son existence, l'âme de sa nationalité, le génie de sa race, le sceau de son éternelle durée.
Rome l'a parfaitement compris, et lorsque la Pologne, ramenant les Ruthènes au giron de l'Église, ouvrait au catholicisme celte voie vers la reconstitution de l'unité religieuse en Europe, et sa complète expansion en Orient, le pape Clément YII, apprenant que l'acte d'union avec l'Église catholique avait été signé à Brzesc, en 1595, par les évèques ruthènes, s'écria : « 0 mes chers Ruthènes, j'espère par vous convertir tout l'Oriciit. » Oui, la Pologne reconstituée sera le point de départ du rétablissement de l'unité catholique de l'Europe par l'cxtinc-