INTRODUCTION. XVII
tien successive de toutes les sectes hérétiques et schismatiques, et leur retour au s^'in de rÉglise ; elle sera l'aurore d'une ère nouvelle pour le monde, en ouvrant à la civilisation catholique la route qui doit mener à la conversion de tout lOrient, de toute l'Asie.
Cette œuvre fut glorieusement poursuivie jusqu'au xvi^ siècle. La Pologne, transportant le catholicisme des bouches de l'Elbe et de l'Oder à celles du Don et du Volga, l'a fait avancer de tout l'espace qui sépare Prague de Moscou, Belgrade de Saint Pélersbourg, la moitié de l'Europe prise dans toute sa largeur, du golfe de Finlande à la Crimée.
Mais, vers le xvie siècle, apparaissent simultanément en Pologne trois faits qui se compliquent et s'expliquent l'un par l'autre: l'hérésie, le servage et les institutions païennes. L"hérésie détruit la nationalité dans sa source. Le servage rend le peuple, paysans et bourgeois, indifférent au sort de la patrie, sinon même hostile et disposé à accepter la puissance nouvelle, fût-elle étrangère, qui viendrait améliorer son sort. Les institutions païennes, brisant toutes les traditions historiques et nationales, consacrant le servage et l'absolutisme nobiliaires, ne laissent plus à la nationalité de souvenirs, à la liberté de refuge, et faisant rétrograder la Pologne de vingt siècles, y déracine, dans sa constitution sociale et politique, l'esprit chrétien, âme et vie des peuples modernes. De ce jour, la Pologne était détruite, le corps de saint Stanislas lacéré en lambeaux et dispersé; et le démembrement matériel, conséquence forcée de ce démembrement moral, ne demandait pour s'accomplir que le temps nécessaire pour que cette triple cause de dissolution eût successivement développé jusqu'au bout tous
ses germes de ruine et de mort. Deux siècles y suffirent. Toute l'histoire de la Pologne est là.
Importation de l'hérésie.
Au fond et en réalité, toute nationalité ne se fonde, ne se maintient et ne se perpétue que par l'unité d'une croyance commune, qui seule constitue l'unité même de ce peuple. Il n'est pas absolument indispensable sans doute que tous y professent le même symbole religieux, mais il faut au moins que l'action populaire, sociale et gouvernementale soit dans la direction de cette croyance ; que les lois, les institutions et les mœurs générales de la nation soient empreintes de son esprit. Cette unité, non de la lettre et du symbole, mais de l'esprit et de la tendance des idées, peut subsister encore même au milieu de la diversité des formulaires et des communions, surtout si ces communions ne sont toutes que les branches d'un même tronc commun, le christianisme. C'est ce qui a lieu en France, par exemple, où, malgré tant de divergences, le fond reste chrétien et la direction sociale et nationale profondément imbue de l'esprit catholique: bien que d'ailleurs l'affaiblissement de cet esprit ait affaibli dans la même proportion la nationalité, et lui ait porté de telles atteintes, que deux fois, en 1814 et 1815, l'étranger a pu venir, jusqu'au sein de sa capitale, lui dicter ses lois.
Outre la France, l'Espagne, l'Italie et l'Autriche sont restées catholiques ; et cette dernière, si souvent près de sa ruine, n'a dû son salut qu'à la persistance de sa direc-