INTRODUCTION. XIX
lion gouvernementale et nationale dans le sens catholique. La Russie s'est constituée sur l'unité du rit grec; l'Angleterre sur l'anglicanisme ; la Prusse, la Suède, le Danemarck et la Suisse sur le protestantisme, luthéranisme, calvinisme, etc. La nationalité de chacun de ces peuples a puisé dans sa croyance commune assez d'éléments de force pour y trouver sa direction et sa sève. Néanmoins les progrès de l'incrédulité, en y déracinant le fond chrétien, qui est le lien commun de toutes les communions diverses, ont ébranlé toutes ces nationalités, à tel point qu'elles ne se soutiennent matériellement que par un développement inouï de force armée et permanente, de centralisation, qui deviendraitlui-même insuffisant le jour où elles perdraient ce qu'il leur reste encore de croyance commune.
Constituée par le catholicisme et pour le catholicisme, n'ayant point et ne pouvant avoir d'autre mission providentielle, d'autre rôle national, la Pologne était profondément enracinée sur cette croyance commune par toutes ses traditions, son histoire et ses mœurs. L'importation du protestantisme, en y généralisant la diversité des sectes, eût sans doute fortement ébranlé sa nationalité, mais ne l'eût pas rompue, si le fond de toutes ces communions était resté chrétien. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi ; l'hérésie revêtit chez elle un caractère tout particulier, et fut, non pas une simple réformation, mais une négation complète du christianisme.
D'abord elle fut triple au lieu d'être une, successivement et simultanément hussite, protestante et socinienne. Ensuite elle précéda de plus d'un. siècle celle qui atteignit les nations occidentales. Ce fut par la Bohême qu'elle lui fut primitivement importée, comme
l'avait été six siècles auparavant le catholicisme. Dès 1411, les doctrines hérésiarques de Jean Hus et de Jérôme de Prague pénètrent en Pologne. En 1415, les hussites sont commandés par le célèbre Jean Zisca, qui s'était distingué au service de Vladislav-Jagello, et à la bataille que ce prince gagna, en lilO, sur les Chevaliers teutoniques En 1422, ces mêmes hussites offrent le ti'ône de Bohême au roi de Pologne, qui le refuse, puis s'adressent à Vitovd, son cousin germain, grand-duc de Lithuanie, qui leur envoie des troupes sous la conduite de son neveu, Sigismond,Koribut. C'est ainsi que, dès le début du XV'' siècle, Thérésie hussite s'introduisait en Pologne, l'agitait et la ralliait à sa cause, égorgeant les prêtres, les religieux, les catholiques, les faisant mourir dans d'atroces tortures et les brûlant à petit feu. Elle s'y étendit sourdement pendant un siècle.
Aussi le protestantisme trouva t-il le sol dès longtemps préparé lorsqu'il y éclata dans les premières années du xvi^ siècle. Il envahit d'abord la Prusse polonaise, favorisé par Fabien de Lusignan, évêque deVarmie (1312-1523) ; et le premier qui l'enseigna publiquement fut un moine apostat de Dantzik, nommé Jacques Knade. Le protestantisme souleva le peuple dantzikois en 1525, envoya dès cette époque ses prédicateurs dans le reste de la Pologne, pénétra, en 1539, en Lithuanie, où il se propagea par le zèle du chancelier Nicolas Radzivill, et fit partout d'effrayants progrès, malgré les mesures prises successivement , à la diète de Thorn en 1520, au synode de Lènczica en 1527, et à celui de Piotrkov en 1530.
La Pologne, qui n'a jamais produit d'elle-même aucune hérésie, les accueillit toutes sans exception. Elle