INTRODUCTION. XXI
était le refuge de tous les prétendus novateurs qui y accouraient d'Allemagne, de Suisse, d'Italie, de France et d'autres lieux. Luthéranisme, calvinisme, zvinglianisme se répandirent d'un bout à l'autre de la république, et envahirent toutesles classes, nobles, bourgeois et paysans. Mais le protestantisme ne fut encore que la seconde couche sur laquelle vint s'épanouir l'hérésie pure, absolue, c'est-à-dire le socinianisme.
Telle l'ut en effet la forme propre de l'hérésie en Pologne. Lelie Socin, George Blandrat, Alciat, Okin, Gentilis, Gribaud, Stator et une foule d'autres l'y répandirent dès le milieu du xvi" siècle. Réfugiés dans la patrie de saint Stanislas et d'Hedvige, ils y trouvèrent nonseulement un asile, mais de puissants protecteurs parmi les seigneurs polonais, et firent d'innombrables prosélytes. Mêlés d'abord extérieurement aux luthériens et aux calvinistes, ils s'en séparèrent en 1552, fondèrent dès 1555 des églises dans une multitude de villes et de provinces, firent de Krakovie leur capitale, tinrent à Pinczov et ailleurs des synodes en si grand nombre, qu'en sept ans seulement, de 1555 à 1562, on en compte vingt-cinq ; eurent des collèges, des imprimeries, en un mot, dominèrent partout en Pologne. Lelie Socin y vint dès 1551 , et y eut dès l'abord d'innombrables sectateurs, jusqu'à séduire, dit-on, même le confesseur de la reine. Son neveu, Fauste Socin, qui donna son nom à la secte, et ne fit d'ailleurs que propager les doctrines de son oncle, était en Pologne vers 1579, devint le chef des sociniens , et demeura jusqu'à sa mort dans un village près de Krakovie.
De la Pologne , leur centre et leur métropole , les sociniens rayonnèrent en Allemagne, en Hollande, en
Angleterre , envoyant partout des émissaires propager leurs doctrines. Dès loGl, ils les avaient introduites en Transylvanie, où, en 1779, ils comptaient encore 32,000 adhérents. Pendant plus d'un siècle , cette secte produisit une multitude incroyable d'écrivains et une foule d'ouvrages telle, que Sandius, un des leurs, qui a essayé d'en dresser la liste, sous le nom de Bibliothèque des Anti-Triniloires, n'a pu réussir à y tout comprendre. Un seul de leurs recueils, la Bibliothèque des Frères polonais, forme dix volumes in-folio. On peut juger quelle fut l'action d'une semblable propagande.
Les sociniens reçurent en chaque pays des noms divers. En Pologne seulement on les nomma Pinczoviens, Racoviens , Sandomiriens , Kuïaviens, Frères polonais, ensuite nouveaux Ariens, Unitaires, Anti-Trinitaires, Monarchiques, etc. En 1574, ils avaient publié à Krakovie une espèce de formulaire de croyance rédigé par Schoman et intitulé Confession des C'nitaires, dont ils tirent disparaître plus tard tous les exemplaires, lorsque Fauste Socin en composa un plus étendu sous le titre de Confession de Bakou. Mais au fond, le socinianisme se résume en une seule chose , la négation de la divinité de Jésus-Christ ou de la révélation chrétienne.
Aussi Leibnitz nous apprend qu'un ministre du Palatinat établissait l'analogie du socinianisme et du mahométisme, et qu'un Turc ayant entendu ce que disait un socinien polonais , s'étonna de ce qu'il ne se faisait pas circoncire. Lorsque Fauste Socin mourut, en 1604, on mit sur son tombeau une épithaphe dont voici le sens : a Luther a détruit le toit de Babylone ; Calvin en a renversé les murailles; et Socin en a arraché les fondements. » Oui, c'étaient bien en effet les fondements