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mêmes du christianisme qui avaient été déracinés par cette secte, dont la Pologne était devenue le centre et le siège. Il semble que la patrie de saint Stanislas l'ait compris et qu'elle ait voulu se laver de ce crime, lorsque plus tard les cendres de Socin furent déterrées, portées sur les frontières de la petite Tartarie et mises dans un canon qui les envoya dans le pays des infidèles. Symbole, barbare peut-être, mais énergique, de l'avenir de la Pologne, qui devait se réhabiliter si hautement de cette négation du christianisme, mais après Favoir durement expiée.
C'est ainsi que fut brisée l'unité nationale. L'hérésie fut plus fatale à la Pologne qu'à aucun autre peuple, d'abord parce qu'elle y fut non une reformations mais une négation de tout le christianisme, ensuite par mille autres causes qu'il serait trop long d'énumérer ici. La distance des lieux, le manque de relations assez intimes et assez suivies avec le Saint-Siège avaient depuis longtemps relâché les liens du clergé polonais avec le centre de la catholicité. Son patriotisme même l'entraîna souvent à céder trop facilement les droits et les libertés de l'Église à l'omnipotence de l'État. Au concile de Bâle, les évêques polonais placèrent l'autorité des conciles audessus de celle des papes ; ils évitèrent longtemps le concile de Trente , et prenaient peu de part aux luttes de l'Église dans tout ce qui ne semblait pas les concerner directement. En 1539, ils supprimaient les Annates et l'ancienne capitation pour la lampe de saint Pierre. En 1452, ils repoussaient la juridiction inquisitoriale introduite par le pape. En 1460, ils laissaient tranquillement restreindre l'autorité de la cour de Rome et transférer au roi la nomination des abbés en même temps que
celle aux évêchés. Plus tard, il est vrai, en voyant les ravages effroyables de Tincrédulité, ils se resserrèrent tous enfin autour de la chaire de saint Pierre et de ses défenseurs les plus ardents.
Il était plus que temps, car les progrès de l'hérésie en Pologne et en Lithuanie furent aussi immenses que rapides. Sigismond T"" la favorisait au fond plus encore qu'il ne la combattait. Sigismond-Auguste lui donnait publiquement sa sanction, en acceptant la dédicace d"uiie traduction de la Bible de Luther. En 1556 il envoyait des ambassadeurs solliciter le Saint-Siège en faveur des protestants, et demander à Paul TV de permettre la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, la célébration de la messe en langue du pays et la convocation d'un concile national en Pologne pour réformer les abus et concilier la diversité des opinions. Dans la diète tenue à Piolrkov l'année précédente, 4555 , les nonces avaient proposé la convocation de ce concile, qui devait être présidé par le roi; outre les évêques, on devait y entendre les théologiens protestants les plus célèbres, tels que Calvin, Mélanchthon, Théodore de Bèze. Ce n'était rien de moins qu'un compromis entre le catholicisme et l'hérésie. Voilà où en était alors la nation.
Vers la fin du règne de Sigismond-Auguste on ne comptait plus que deux sénateurs laïques qui professassent la religion catholique. Dès 1522, Constantin Ostrogski était hautement schismatique lorsqu'il occupait toutes les grandes dignités comme hetman et sénateur palatin de Troki. Plus tard, Pac, évèque de Kiiov, devenu luthérien , resta , comme castellan de Mscislav, au sénat, où Sigismond III lui-même admit le podkomorzy de Krakovie, Cikovski, qui était sociiiien. Nous citons
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ces exemples entre mille. En 1573, lorsque rhérésic, extérieurement contenue sous les deux Sigismond, éclata à l'élection do Henri de Valois, le grand maréchal de la couronne, une foule de hauts dignitaires, de sénateurs, dénonces, presque la majorité de la noblesse, une bonne partie de la bourgeoisie, et môme des paysans, étaient protestantsou sociniens. Ces dissidents, qui ne voulaient pas d'un catholique pour roi, balancèrent longtemps les suffrages,firent retarder l'élection, imposèren t en pleine diète silence au légat du pape par l'organe d'un des leurs, palatin , opposèrent diètes à diète , formèrent une confédération dans laquelle entrèrent des sénateurs, des nonces et môme des évoques, et faillirent allumer la guerre civile. Telle était dès lors la puissance de l'hérésie. En outre plusieurs évoques et même rarchevèqueprimat Uchanski, étaient sur le point de rompre avec le Saint-Siège, qui pouvait craindre de voir toute la Pologne échapper au catholicisme.
Aussi le pape s'empressa-t-il d'envoyer ta Varsovie, un nonce, le premier qui y ait paru, Louis Lippomani; dont la mission échoua complètement. Plus tard, il lui donna pour successeur Jean-François Commendoni qui , soutenu parle cardinal Hosius, fut plus heureux. Les évoques polonais adhérèrent eu 1570 aux décrets du concile de Trente, et ils combattirent les dissidents avec un zèle qui n'était cependant pas toujours éclairé. Tous les collèges et écoles furent placés sous la direction des, ordres religieux. Peu à peu le catholicisme se raffermit; et d'innombrables conversions, surtout des grandes maisons et des familles nobiliaires , diminuèrent les forces des dissidents, dont les excès d'ailleurs amenèrent
partout de sévères répressions.
En résumé, malgré le nombre immense des défections, la masse du peuple polonais resta fermement et ardemment catholique, et après un siècle des plus atroces persécutions religieuses et d'innombrables apostasies imposées par toutes les ressources de la ruse et de la force, on compta encore 13 millions de catholiques sur moins de 8 millions de dissidents (grecs-russes, protestants, juifs, vieux croyants moscovites et mahométans). Mais le coup mortel était porté par le socinianisme; la nationalité polonaise n'ayant plus de base, devait s'effacer pour reparaître un jour.
Importation bu servage.
Un second fait , aussi d'origine étrangère, et qui apparut simultanément, vint singulièrement aggraver le premier. L'Europe avait formé jusqu'alors deux mondes très-différents , pour ne pas dire entièrement opposés. A rOccident , là où la domination païenne de l'empire romain avait fait profondément pénétrer sa législation, son administration , ses formes gouvernementales, politiques et sociales, la société, coulée dans ce moule, s'était constituée sur ces premières assises , et en avait gardé jusqu'au cœur l'empreinte et les traditions. Le catholicisme, sans doute, avait renouvelé de fond en comble les mœurs, le caractère, le génie et les idées des individus, et même l'âme et la vie intime des peuples ; mais son action politique n'étant qu'indirecte et latente, et ne pouvant d'ailleurs transformer le vieux moule social que par une longue suite de siècles, l'avait forcément
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subi , en se bornant à en modifier successivement les formes les plus antipathiques à l'esprit chrétien. L'esclavage antique s'était transformé en servage; et le flot passager des invasions barbares, entrant lui-même dans ce moule tout formé, et n'y apportant que des changements de noms et de formes, avait constitué la féodalité. Tel était l'état de l'Europe occidentale et méridionale, comprenant la France, l'Angleterre , l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne.
Au nord et à l'orient , la Pologne s'était constituéesur des bases toutes différentes, et dans des conditions sociales bien autrement favorables au développement complet et immédiat de l'esprit chrétien dans sa nationalité. Placée en dehors du cercle de la domination romaine, et montrant avec orgueil, sur ses frontières, le fossé où expirait la puissance de cette prétendue maitresse du monde, n'ayant, dans l'origine et pendant un grand nombre de siècles, que des rapports momentanés, accidentels et sans importance avec les peuples occidentaux, longtemps elle ne connut pas même leur constitution politique et sociale, leurs lois, leurs gouvernements, leurs coutumes. Séparée d'eux par sa langue comme par ses origines, elle puisa tout dans son propre fonds d'abord. Or, les Slaves ayant les mœurs libres et indépendantes des forêts, l'égalité primitive des peuples enfants, et cette fratarnité de la vie rustique, qui ne s'use et ne se corrompt qu'au contact d'une civilisation raffinée , firent tout simplement passer ces mœurs dans leurs lois et dans leurs institutions, qui respirent partout celte simplicité, cette liberté, cette égalité et cette fraternité natives. Lorsqu'au viii*" siècle l'Évangile les toucha, et lorsqu'au x'^ ils l'embrassèrent
tous, cette loi sainte ne fut pour eux qu'une haute consécration divine des principes qui étaient déjà en germe dans leurs lois et leurs mœurs, une révélation qui les leur montrait seulement dans toute la grandeur et la sainteté de leur idéal religieux. Cette conversion au christianisme nefitdoncqu'afTermir, en les développant merveilleusement, ces principes qui constituèrent alors complètement leur ordre social et politique, leur nationalité. Ils ne connaissaient rien du servage de la féodalité, et de toutes ces institutions des peuples occidentaux, sortis du mélange des peuplades franques et germaines avec le vieux peuple du sol qui conservait, sous une forme modifiée, le moule traditionnel de la société païenne. Ils s'étaient formés tout d'abord, et huit siècles avant nous, sur ce droit évangélique que l'Europe pressent à peine encore aujourd'hui. La Pologne était dès lors une société fondée sur les principes et l'esprit du christianisme, où régnait la liberté au lieu du servage, l'égalité au lieu de la distinction des classes en suzerains et en vassaux et arrière-vassaux, la fraternité mutuelle au lieu du vasselage hiérarchique de la féodalité. Elle devançait de mille ans les prétendues découvertes de 1789.
On le voit, la Pologne n'avait, dans sa constitution sociale et politique, rien de commun avec les autres nations occidentales, œ Les Polonais, dit Mably aux Français, n'ont jamais connu nos lois ni nos coutumes féodales; leur république n'est qu'une association de possesseurs de terres; un intérêt commun a dû toujours les réunir.» Hallam, Rulhièros et.tousles publicistes éminents qui ont étudié à fond ce sujet, constatent que l'état de la Pologne était radicalement contraire au