INTRODUCTION. XXXIII
comme autrefois, ils furent de plus en plus assujettis et dépendants. En 1496, une loi défendit aux non-nobles, paysans et bourgeois, de posséder des biens terrestres; c'est-à-dire enleva aux kmétons toute propriété foncière et aux bourgeois toute possession immobilière hors des villes : elle interdit en même temps àct^s deux classes les prélatures et les prébendes. De ce moment s'introduit sourdement le servage, qui va se formant et s'aggravant de jour en jour, pendant le xvi'' siècle et à mesure que se propagent en Pologne, les luthériens, les sacramentaires, les calvinistes, les anabaptistes, les unitaires, tous les hérétiques enfin. On commence à distinguer, par la naissance, le blason, la hiérarchie et les majorats, les classes en nobles et plébéiens, et les nobles môme entre eux. On décrète que « tout nuble qui s'adonne à de vils métiers, mesure avec l'aune et pèse avec la livre, perd sa noblesse. » En 1520 et depuis, on augmente les charges, redevances, journées de travail et de corvée des kmétons. En 1537 et 1548, on chasse de la Chambre des Nonces, et plus tard des diètes provinciales, les représentants de la bourgeoisie et des villes. Enfin, avec l'expansion complète de l'hérésie et du socinianisme , éclatent les doctrines les plus atroces : non contente d'attacher le peuple à la glèbe, la noblesse proclame hautement et publiquement qu'elle a droit de vie et de mort sur ses sujets, s'empare de leurs biens, les expulse de leurs foyers, et, selon sa propre expression, les tue comme des chiens. Ce n'est pas là une exagération, mais le témoignage unanime des contemporains. Bornons-nous à ciler l'un des plus éminents. Dans son ouvrage De republicn emendanda, publié en 1554 et 1559, Fritz André Modrzevski, secrétaire du roi Sigismond-Auguste, et l'un des hommes les plus sa-
vantsdesoiî temps, s'écrie: «Et vos bouches sont pleines de liberté, lorsqu'il n'y a chez vous qu'un servage barbare qui délaisse la vie de l'homme à la merci de son maître. Et quelle liberté accorde-t-on au paysan? Il donne la dîme, il paye le cens et les impôts : il laboure, privé de tous les honneurs civiques ; il devrait au moins attendre quelque équité de la justice, mais il est décidément empêché d'en trouver. La noblesse tient les colons et tous les plébéiens pour des chiens. C'est le mot de ces hommes abominables qui, s'ils tuent un paysan, qu'ils nomment un rebut de la terre {chlop), disent qu'ils ont tué un chien. »
Nous décrirons plus loin toutes les horreurs de celte oppression et de la misère des paysans qui en fut la suite. Il nous faudrait trop de pages pour retracer ici cette longue énumération de douleurs et de crimes, de servi-^ tude et d'iniquité.
Importatiox les ixstitutioxs païexxes.
Les terribles ravages de l'hérésie qui brisa l'antique nationalité catholique de la Pologne, la constitution dela noblesse en caste, asservissant le reste de la nation, séparant désormais la cause des paysans et des plébéiens de celle des nobles, et tous les excès, tous les crimes qui résultèrent de cette importation du servage occidental, ce double fléau, cette double catastrophe n'aurait peut-être pas encore sufti pour consommer la dissolution et la ruine de la Pologne et pour amener son^ démembrement, tant est grande sa vitalité, tant est puissant son inaltérable patriotisme. Mais avec ces deux