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'Iléaiix en apparat un troisième qui résume et condense en lui les précédents, les élève à la hauteur d'un dogme social et politique , transforme la pratique en théorie, le fait en droit, et achève ainsi complètement Taction destructive qui devait anéantir la patrie polonaise. Ce fléau, c'est l'introduction en Pologne des institutions de Rom>e païenne. Après la négation radicale du christianisme par le socinianisme, il fallait asseoir l'État et la société sur une autre croyance qui impliquât l'esclavage : cette croyance ne pouvait être que le paganisme, seule forme positive et traditionnelle du déisme purement rationaliste. Jean- Jacques Rousseau, qui félicitait tant la Pologne d'être de tous les peuples existants celui qui se rapprochait le plus des institutions desGrecs et desRomains, ne se doutait guère que c'était là précisément l'une des principales causes de sa chute, dont il fut témoin. Rien n'est plus facile cependant à comprendre, comme on le verra.
Dans les premiers temps de la Pologne, les souverains, qui tendaient au despotisme, invoquaient déjà le droit romain, et Mieczislav III se fondait sur ce droit pour soutenir son omnipotence et prétendre que, comme chef de famille, il pouvait disposer du royaume, sa propriété, et choisir son successeur par testament ou par adoption. C'est assez constater que ce droit païen n'est au fond que la théorie même de Tabsolutisme. Les nobles alors repoussèrent de toutes leurs forces ce prétendu droit et , triomphèrent, en lui substituant la loi évangélique et le droit canonique, d'où ils conclurent, comme conséquence, à la liberté et à l'égalité de tous et à l'élection de leurs souverains.
Mais vers le seizième siècle ils changèrent complète-
ment de doctrine et de langage. L'étude de la languelatine jusqu'alors employée dans tous les actes publics et dans la littérature, les conduisit peu à peu à imiter en tout l'antiquité idolâtre. Ils commencèrent à revendiquer pour eux, et pour eux seuls, ce même droit païen qu'autrefois ils combattaient à outrance lorsque les rois l'invoquaient en leur faveur. Ils se firent complètement païens dans leurs opinions politiques et comme citoyens, même quand ils croyaient rester fermement catholiques dans leur foi religieuse et comme simples individus.
Cette innovation, d'abord sourde et latente, se glissant dans les faits plus que s'érigeant eh théorie, devint enfin une bannière publique, une enseigne civique, un drapeau politique, un dogme populaire. Elle se personnifia surtout dans Jean Zamoïski, qui fut le premier chef d'un parti et du peuple noble [Rei vodzi), et qui, pendant trente ans moteur, agitateur, arbitre de toutes les affaires publiques, jouit toute sa vie d'une influence immense et d'une popularité colossale. Philologue romaniste, à peine sorti des bancs de l'université de Padoue, il publia en 1563 un ouvrage sur le sénat romain, mit la Pologne dans le moule des institutions païennes, et ressuscita sur les bords de la Yistule la république de Rome et presque jusqu'à ses augures.
On ne nous croirait pas si nous disions jusqu'à quel point fut poussée cette désastreuse et servile imitation de Rome idolâtre. Pour qu'on en ait une idée précise, nous en empruntons l'analyse à un admirateur môme de ce beau régime, à Lelevel qui, malgré tout son engouement, ne peut cependant s'empêcher de signaler quelques-unes de ses plus horribles conséquences. Que nos lecteurs nous pardonnent cette citation un peu Ion-
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gue et toule hérissée du latin r^rf /<oc; mais elle est nécessaire pour ceux qui veulent approfondir cette parodie malheureusement trop sérieuse de Rome idolâtre, avec ses citoyens, maîtres de vendre et de tuer leurs fils et leurs esclaves.
« La diète représentait les comices romains, et on distinguait par la dénomination romaine les diètes ordinaires pacifiques, cornitia togata^ des diètes à cheval qui S'assemblaient quelquefois en pleine campagne, cornitia paludota; le sénat représentait un cov^?, àe patriciens, une curie, curia, composée de pères, patres. Au sénat appartient l'autorité, pênes potrum anctoritas; par conséquent il confirme les lois, et ses àdzvQi^^senotvs- consultay expliquent la loi et ont force de loi ad intérim. Les sénateurs s'appellent patres conscripti ; ceux du second ordre minorum gentium. Le primat y est le premier des sénateurs, y^rmce/^ssewa^Ms; or, il y avait custodia, la garde de la répubhque, et il prétendait remplir Foffice d'mterrex dans les interrègnes, ce qui lui fut accordé en 1572. Le roi, rex, fut nommé comme celui de Rome. Les chambres du sénat et des nonces avaient la prérogative d'avoir sur le champ de Félection une place, ovile, sepfum, entourée d'une fosse, et une haie pour les sénateurs. Les nonces terrestres représentaient le peuple,/>o/j/</«s, et leurs statuts manifestaient la volonté du peuple, y2<ssMs/)o/Jw/«. Ces statuts portent aussi le nom de leges curiatœ, car les attributions données à la chambre des nonce&^de populus^plebs, ne dérogeaient en rien à son caractère patricien. Par rapport aux pères du sénat, la chambre des nonces est composée de la plèbe, plebs, et elle décrète les plébiscites. Et comme le peuple noble, populus, figure en ce cas sous le nom de plebs
aussi, les lois de la diète, les coutumes nobiliaires {consuetudines), les griefs ou décisions [sancita) des confédérations et de rokoz sont appelés />/eè<se?V«, parce que tout cela émanait du peuple, partait de la volonté de la plèbe. Les nonces terrestres, comme élus et représentants delà plèbe, devaient veiller à la liberté; ils sont investis de la tutelle de la plèbe avec l'autorité des tribuns, «rf/M(?«^/oMi plebem, tribunitiajure contenti. On en conclut que le& nonces terrestres ont le pouvoir d'intercession jusqu'à tel point que chacun d'eux est à même d'empêcher et d'occasionner une perturbation décisive par son veto. Or,, le consentement législatif s'effectuait déjà neminc opponente, »
Remarquons que la noblesse-, constituant seule le peuple polonais, la plèbe, tout ce qui était en dehors d'elle ne faisait plus politiquement partie de la nation; c'était une chose possédée et non un être libre, un serf et non un homme, un esclave et non un citoyen. Son servage n'était plus qu'une conséquence sociale de cettecondition politique, et réciproquement. En même temps^ dernière expression de l'égoïsme aristocratique ! le veto d'un seul de ces cent quatre-vingt-dix tribuns qui composaient la diète, pouvait arrêter et paralysera l'instant la puissance de la nation tout entière. Tels étaient les premiers résultats de cette résurrection des institutionspaïennes. Mais poursuivons :
Les fondions se modelèrent également sur celle de Rome païenne. « La fonction des starostes, capitaneormn répondait a.n\ préfets que Rome envoyait pour présider les magistratures mwmci^^Xes, ^:)rx f ectus juridicendo. On comparait les évêquesaux censeurs di^ Rome, censores moîï^m.Lestribunaux suprêmes établis sous Etienne Batori
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prirent bientôt Taspect de la juridiclion des préteurs; aussi bruyants que cette dernière au déclin de la république romaine, ils devenaient aussi importants dans la justice, par leurs sentences qui formaient les prsejncUccita comparés aux édits, edicto perpétua, des préteurs. Les charges militaires cherchaient aussi des titres dans les antiquités romaines; lesrnagistri, les tribimi militum étaient sous les ordres des hetmans qui, conmie les autres pro-préteurs , proconsuls, consuls, vainqueurs, jouissaient des hommes du triomphe. Déjà Tarnovski, en 1330, triompha après la glorieuse victoire d'Obertin. Zolkievski, en 1610, conduisit en triomphe le tzar de Moscou. Les hetmans s'arrogèrent le droit de proposer les articles de paix, le droit de la conclure, de veiller à la sûreté de la république. Le hetman Zamoïski fut le premier qui en donna l'exemple, et il montra que c'était aux hetmans comme aux consuls, videant consules ne quidrespublica detrirnenti capiat^ Aq pourvoir au salut de la répubUque.
» L'ordre civique se modela aussi sur la doctrine des antiquités romaines, ce qui influa beaucoup sur l'état social. La noblesse, portant le nom d'or^/re équestre, devait avoir des bagues, signet, comme en avaient les équités romains. Les armoiries et les noms multipliés, modelés à la manière allemande ou espagnole, semblaient répondre aux variétés des titres romains. La héraldique du pays réunissait une multitude de familles dans des groupes qui étaient distingués par des armoiries particulières à chaque groupe. C'étaient donc des tribus, gens, race dont la souche était divisée en plusieurs centaines de branches ou familles. On admettait l'identité de la race armoriale dont les ramifications demandaient des
distinctions spéciales par des prénoms, noms, surnoms * et maintes appellations, prxnomen, mmen, agnomm, par un nom de baptême, par le nomen gentis et nomen fanu'lix, ou par quelque distinction armoriale, quelque exploit qui avait illustré les aïeux. L'agriculture était la marque distinctive du civisme des deux républiques^ par conséquent Vhxreditas comme rcs mancipi se distinguait du dominium in bonis^ acquis par l'épargne ou le mérite, > ce que le statut lithuanien sépare avec beaucoup de soin. L'occupation et la mancipation sont les attributs de la noblesse , qui s'emparait jure caduco des choses nulli ou illégalement possédées. Le jus terrestre n'est que le jus quiritium, et la noblesse possède le dominium jure quiritium où chacun puise comme père de famille, y:»a;e;' familias, le droit de son autorité paternelle, patria potestas. On réfléchit sur les lois romaines rédigées par Papirius, et on vit que les sacra et la magistrature appartenaient aux pères, aux citoyens nobles, capables et élus que le peuple, c'est-à-dire la noblesse, ayanl^î/s suffraqiiet honorum, estseule en droitd'élire les magistrats, de créer les lois et de décider la guerre, ce qu'elle effectuait dans les diétines et les diètes. Les plébéiens non nobles sont destinés à la culture, à labourer la terre, pjlebeii agros colunto. Le père de famille, dans Tintérieur de sa maison et dans les limites de ses domaines, avait les sacra., le bonum et sequum, ïarbitrium. Il veillait, selon son bon plaisir, sur la pureté des mœurs, il punissait le parricide dont il était l'interprète, et déterminait son application aux délits, et à sa propre offense, comme père et maître. Sa femme, ses enfants, ses domestiques, tout son entourage, ses serfs et tous les gens de ses domaines étaient de sa justice. Le