SIGISMOND-AUGUSTE (I
§ I. — Barbe Radzivilh
Sigismond II, dit Sigismond-Aiiguste, déjà proclamé par la diète de Piotrkov, fut couronné le 20 juillet 15i8. 11 avait reçu de Bone, sa mère, une détectable éducation ; mais séparé d'elle à sa majorité, formé au milieu des citoyens polonais et attentif à leurs conseils, il se montra bientôt juste appréciateur des hommes eslimables. Après avoir perdu sa première femme, archiduchesse T. u. i
d'Autriche, il s'était remarié en secret avec Barbe Radzivill, veuve de Stanislav Gastold, palatin de Troki. A son avènement ^au trône, il déclara ce mariage avant d'en donner connaissance aux États, et le fit célébrer publiquement à Vilna. Bone et les seigneurs accueillirent fort mal cette nouvelle et excitèrent l'animosité des nobles. Nicolas Dierzgovski, archevêqde de Gnèzne, et le puissant palatin de Krakovie, Kmita, se mirent à la tête de la partie du sénat et des nçfices qui demandaient la rupture de cette union. On repyocJiait en outre au roi d'avoir violé les lois de l'Église.
En 1549, à la diète de P'iotrkov, le palatin de Lènczica attaqua violemment ce mariage, disant que jamais roi de Pologne ne s'était allié qii',à, une maison royale, que l'État avait besoin d'alliances utiles et devait régler celles des souverains, qui, en Pologne, étaient élus pour régir et non pour commander, rerj^^s in Polonia adregendum^ non ad imperandum elegi, et l^ue la nation ne pouvait accorder sa confiance à un prince qui signalait le début de son règne en sacrifiant les intérêts de la république à ses passions. Une députation fut envoyée à Sigismond- Auguste, qui résista, supplia, et répondit à Pierre Boratynski qui lui demandait, au nom de la diète, de se séparer de sa femme : « Gomment pourri ez-vous compter sur la bonne foi de votre roi, s'il manque de fidélité envers sa femme ? » Le primat Nicolas Dierzgovski lui fit, de son côté, des représentations dans le même sens, mais sans plus de succès.
Dans une des séances les plus orageuses, Sigismond
LA POLOGXE FLORISSANTE.
avait été attaqué en face en des termes non-seulement violents et injustes, mais blessants. Alors Pierre Kmita voulant prendre encore la parole, après un assez grand nombre d'orateurs, le roi, poussé à bout, s'écria: « C'est assez, j'exige soumission et obéissance. » Ces paroles, qu'on était si peu habitué à entendre, produisirent sur l'assemblée une stupéfaction. difTicile à décrire ; elle se 'leva tout entière avec un :jentiment profond d'indignation, et un jeune nonce, Rap}iaël Leszczynski, se dressa sur son banc, et prononça .ces mots avec calme et au milieu d'un profond silence: ^ Sire, oubliez-vous à quels » hommes vous prétendez commander? Nous sommes Po- » louais, et les Polonais, si yqus ne les connaissez, se font «autant de gloire d'honojjer. les rois qui respectent les » lois, que d'abaisser la hauteur de ceux qui les méprisent. » Prenez garde, Sire, qu'en trahissant vos serments vous » ne nous rendiez les nôtres, -, le roi votre père écoutait nos » avis; et c'est à nous à faire en sorte que, désormais, » vous vous prêtiez à ceux d'une république dont vous pa- » raissez ignorer que vous n êtes que le premier citoyen! > Toute l'assemblée applaudit à cette menace, et le roi fut obligé de se justifier, en exposant les raisons qui l'avaient porté à cet acte. On le voit, la Pologne n'était plus une monarchie, mais une république.
Sur l'avis de Jean Tarnovski, grand général de la couronne, et de Miciéiovski, évêque de Krakovie, une nouvelle diète futconvoquée dans cette ville l'année suivante (1550). L'affaire de Barbey fut agitée de nouveau, €t on prononça les discours les plus violents contre le
roi. Mais celui-ci y mit plus de douceur et d'habileté. Il .^^ gagna d'abord du temps, et détourna Tattention, en an- ^'^^ nonçant qu'ayant juré d'exécuter toutes les lois, les anciennes comme les nouvelles, il allait procéder avant toute chose à leur stricte application, en vérifiant les titres et les droits des seigneurs, faisant remarquer que plusieurs d'entre eux possédaijent des starosties et cumulaient des emplois sans titre légitime, et causaient ainsi aux nobles de modique forlune un grave préjudice en les éloignant du service àe^ la patrie. Ce sujet dès lors préoccupa exclusivement là diète, y suscita de grands débals, et on se sépara divisé, intimidé, sans prendre aucun parti, les magnats voulant maintenir leurs nouvelles prérogatives, et les, autres désirant le rétablissement de Tancienne égalité. Bref, la noblesse conclut qu'il ne fallait plus ^é' préoccuper que de l'union, de la législation , de la* réorganisation de la république, et reconnut le mariage du roi, qui fit couronner Bavbe Ridzivill à Krakovie, en entourant cette cérémonie de toute la magnificence imaginable.
Six mois après, Barbe mourut, les uns disent d'un cancer, les autres, du poison que lui fit donner Bono. Sigismond en fut profondément affligé, accompagna le convoi funèbre jusqu'à Yilna, prit ses vêtements de deuil qu'il ne quitta plus, et fit tendre de noir ses appartements de Kniszin où il se plaisait à passer son temps, nourrissant sa douleur par ce triste appareil. 11 ne trouvait de consolation que dans le travail et Taccomplissement des devoirs de sa haute position. Assidu, infati-
gable, indulgent, ami de la paix, il fut appelé roi du lendemain parce qu'il formait ses projets avec lenteur et les ajournait, mais les exécutait ensuite avec vivacité et sans reculer devant les obstacles.
Malgré l'opposition de Sigismond-Auguste, et de la diète, la reine Bone se retira en Italie, emportant d'immenses trésors arrachés au pays par les moyens les plus odieux. Vingt-quatre chariots à six chevaux chacun, chargés d'or, d'argent et de choses précieuses, la précédèrent à Bari, dans la Fouille, où elle s'établit, et d'où elle prêta à Philippe II, roi d'Espagne, -433,000 ducats de Hollande, somme énorme pour le temps, et qui devait retourner à Sigismond, à la mort de Bone. Mais l'Espagne ne la lui restituajamais, et le reste de l'héritage fut aussi perdu pour lui. Ces trésors, nommés sommes napolitaines, furent souvent réclamés parla Pologne, mais toujours en vain. L'ItaUen Jean Papagoda, favori de Bone, se délivra, en 1557, de sa maîtresse, après lui avoir fait signer un testament qu'il avait fabriqué. Le départ de sa mère avait délivré Sigismond de beaucoup d'embarras.
§ II. — Hérésie. Troisième mariage de Sigismond-Auguste. Les tournois et la cJievalerie en Pologne.
L'hérésie, qui avait pénétré en Pologne dès le commencement du xvc siècle avec les premières sectes hussites, y faisait alors d'immenses progrès et multipliait chaque jour, jusque dans la diète, le sénat et les plus hauts dignitaires, les innombrables sectateurs de Luther,
Mélanchton, Calvin, Zvingle, Socin, JeanHus, Jérôme de Prague et mille autres. En même temps, les Tatars ravageaient la Podolie ; le vaivode de Valachie, ayant embrassé le mahométisme , envahissait le palatinat de Braclav; et de toutes les frontières dégarnies de troupes arrivaient de tristes nouvelles.
Une diète fut convoquée à Piotrkov : le chancelier y exposa la déplorable situation du royaume, et demanda des subsides pour repousser l'ennemi. Alors, au lieu de chercher la cause des désordres et de l'affaiblissement de la puissance nationale là où elle était, c'est-à-dire dans l'action destructive des prétendus réformateurs, on entendit Raphaël Leszczinski, le même que nous citions plus haut, les attribuer au contraire aux évêques catholiques, qu'il ne craignit pas de dénoncer comme les agitateurs du pays, les tyrans de la noblesse, les fléaux de la nation. La diète applaudit, le roi laissa faire, et la juridiction épiscopale fut restreinte, bien qu'on reconnût encore que l'hérésie était du ressort des tribunaux ecclésiastiques.
A la diète suivante, réunie àLublinen 1553, on sollicita vivement Sigismond de renouer son alliance avec la maison d'Autriche par un troisième mariage. Il céda aux vœux du sénat et épousa la sœur de sa première femme, Catherine, veuve du duc de Mantoue. A cette occasion, eurent lieu à Krakovie de somptueux tournois que Gornicki décrit ainsi : « Le porte-glaive Wolski combattit Kiezgal, noble lithuanien. La rencontre se lit à l'armée blanche, et les deux champions s'en tirèrent avec hon-
LA rOLOGNE FLORISSANTE.
neur. Kosmowski croisa le fer avec l'écuyer d'honneur du duc de Prusse. Dans un tournoi à cheval, les combattants se trouvèrent vingt-quatre contre vingt-quatre, avec des boucliers et des lances. Après ces luttes du château, d'autres eurent lieu en ville, sur le marché public, en armure clouée; luttes dans lesquelles chacun pouvait, en se conformant aux règles affichées sur la porte du château, se; mesurer avec quiconque se présentait sur la place ; de sorte qu'il se trouvait obligé d'affronter deux ou troi& champions avant de toucher la barrière. Et comme ils combattaient visière basse, chacun d'eux avait une marque sur son casque. Le roi et la reine, entourés de toute la cour, étaient placés sur une estrade construite à cet effet, et où se trouvaient déposés de riches prix pour les vainqueurs. Parmi les combattants, celui qui se distingua le plus, ce fut l'écuyer du duc de Prusse, déjà, cité plus haut, et qui portait sur son casque une chaussure de femme. Le second prix fut adjugé au gentilhomme Kosmowski, brave champion, vainqueur de l'écuyer, à l'arme blanche, dans les courses du château. D'autres chevaliers polonais, allemands et prussiens, eurent aussi des prix, consistant en couronnes et bagues, que distribuait le roi, principal juge de la lutte. »
De semblables tournois eurent lieu à l'entrée de Henri de Valois, au mariage de Jean Zamoïski avec Griselda, nièce d'Etienne Balori, et à celui de Sigismond III avec Constance d'Autriche. Celui qui, dans ces joutes, acquit le plus grand renom, fut Zawisza, dit aie Noir, » à cause de la couleur de ses armes. La confiance universelle qu'il
inspirait fit naître ce dicton : « Fiez-vous à lui comme à Zawisza. » A la bataille de Golub, voyant les autres fuir, il se jeta au milieu des escadrons ottomans, suivi de deux cavaliers seulement, et y trouva la mort.
L'ancienne chevalerie, qui joua un si grand rôle en Europe, avait pénétré de bonne heure en Pologne. Dès l'an 1013, l'empereur d'Allemagne, Henri, armait chevalier à Magdebourg, Mieczislav, fils de Boleslav I". Plus tard, Boleslav III fut fait chevalier par Herman, son père.
Les fêtes qui avaient signalé l'union de Catherine d'Autriche ne la rendirent pas plus heureuse. Bientôt Sigismond sollicita son divorce auprès de la cour de Rome, et n'ayant pu l'obtenir, quitta sa femme stérile et épileptique qui mourut peu après, revint aux dérèglements de sa jeunesse, et se laissa dominer par des courtisans et des femmes , parmi lesquelles Gizanta surtout gagna sa faveur et dilapida ses trésors.
§ III. — La Livonie et la Cowiande réunies à la Pologne,
La paix extérieure dont la Pologne jouissait depuis le commencement du règne de Sigismond-Auguste , fut tout à coup troublée par une guerre avec les Chevaliers porte-glaive, qui en détermina une autre avec les Moscovites, et produisit trois résultats de la plus haute importance : 1° l'incorporation à la république polonaise de la Livonie et de la Courlande ; S** l'union complète et définilive entre la Lithuanie et la Pologne; 3° la réforme
des abus et l'organisation longtemps différée de l'État. Après l'apostasie d'Albert le Teutonique, le grand maître des Chevaliers porte-glaive fat reconnu par Charles-Quint prince de l'Empire, et devint possesseur absolu de toute la Livonie. Mais Guillaume, archevêque de Riga, de la famille des margraves de Brandebourg et cousin germain de Sigismond-Auguste, ayant nommé Christophe, duc de Mecklembourg, coadjuteur de son évêché, le grand maître des Porte-glaives, Walten Furstemberg, vit dans cette nomination une atteinte à ses prérogatives. En 1557, il assiège l'archevêque et son coadjuteur, à Kokenhausen, et les fait prisonniers. Sigismond-Auguste lui envoie Gaspard Loncki réclamer la délivrance de l'archevêque, son parent; mais on brave ses remontrances et on assassine son ambassadeur. Le roi de Pologne, indigné, s'avance sur la Livonie à la tête de ses troupes soldées, car il avait en vain convoqué la pospolite de la noblesse , qui n'avait pas répondu à son appel. Alors le grand maître, Furstemberg, effrayé, recourt à l'entremise de l'empereur Ferdinand I^etdes autres princes allemands pour obtenir la paix, puisse rend au camp de Sigismondavec l'archevêque de Riga, qu'il avait mis en liberté, et, se jetant aux pieds du roi, se justifie du massacre de son ambassadeur, et déclare qu'il accepte toutes les conditions qui lui seront imposées. Sigismond ne lui demanda que de conclure, entre la Livonie et la Lilhuanie, un traité d'alliance offensive et défensive contre les Moskovites. Le grand maître s'engagea en outre à payer G0,000 thalers
pour les frais de la guerre, et l'archevêque rentra dans la possession de tous ses biens.
A la nouvelle de ces arrangements, le grand-duc de Moskovie, Ivan IV, surnommé le Terrible, accoutut en Livonie (1558). Il avait autrefois projeté de parvenir au trône des Jagellons, après la mort de Sigismond- AugListe, en épousant Catherine, sœur du roi ; mais celle-ci s'étant mariée à Jean de Suède, duc de Finlande, il nourrissait contre la Pologne une haine profonde. Il commença donc en Livonie ses cruelles invasions, ses dévastations atroces, s'empara de plusieurs villes, et fît prisonnier le vaillant Furstemberg, qui périt misérablement dans les cachots de Moscou. Le successeur de celui-ci, Gothard Kettler, ayant conclu des pacta avec la Lithuanie, qui lui prêta 600,000 florins pour continuer la guerre, défendit le terrain pied à pied comme Furstemberg. Mais Ivan, violant les trêves accordées, et ravageant sans cesse le pays (1559, 1560), et d'un autre côté, Eric XIV, roi de Suède, s'étant emparé de plusieurs provinces, dans ces extrémités, le grand maître, d'accord avec l'Ordre et la noblesse, résolut de se placer sous la domination de Sigismond. Par un traité conclu à Vilna, le 28 novembre 1561, la Livonie fut réunie à la couronne de Pologne et au duché de Lithuanie ; le grand maître reçut, à titre de duché héréditaire, jusqu'à l'extinction de ses héritiers mâles, mais comme vassal de la Pologne et sous sa suzeraineté, les duchés de Gourlande et de Semigal, situés sur la rive gauche de la Dzvina. Le reste de la Livonie, placé sur la riva
droite, fut incorporé à la république polonaise, à laquelle devaient également appartenir, après leur reprise, les terres encore occupées par l'ennemi, telles que révêchédeDorpat et l'Estonie. L'Ordre deLivonie ou des Porteglaives cessa d'exister.
Cependant Ivan [V continua à saccager la Livonie de la manière la plus horrible, poussa ses dévastations jusqu'àlaLithuanie, et vers la fin de 1562 s'empara dePolock, après deux mois de siège. Le palatin de Yilna, Nicolas Radzivill, accourut alors défendre les frontières menacées et battit les Moskovites à Czasniki ; le palatin de Vitepsk détruisit une autre armée moskovite devant Ozieryszcze, et un troisième triomphe fut remporté à Orsza. Cependant on ne put reprendre Polock, et cette guerre ne fut terminée qu'en 1565 par une trêve.
Pour combattre les Moskovites , Sigismond avait d'abord fait appel aux Lithuaniens dont les forces, toujours paralysées par la prépondérance de l'aristocratie, furent insuffisantes. Il s'était ensuite adressé à la noblesse polonaise qui avait accueilli sa demande avec froideur. Revenant alors vers les Lithuaniens, pour exciter leur ardeur, il augmenta les franchises des nobles, leur accorda en 1560 la juridiction terrestre et de grod comme celle des Polonais, et le privilège d'envoyer à la diète, ainsi que ces derniers, des nonces choisis dans Tordre équestre, ce qui combla de joie la noblesse lithuanienne et russienne. A la vue de ces concessions, les Polonais sortirent de leur indifférence et se déclarèrent piêts à défendre la Livonie et la Lithuanie, exigeant cependant
avant tout l'union complète de cette dernière province avec la Pologne et la réîorme de l'État. Ce fut alors que Sigismond-Auguste, accédant à ces demandes, conduisit les Polonais et les Lithuaniens contre les Moskovites et conquit la Livonie et la Courlande. Mais en même temps il s'occupa avec une grande activité du redressement des abus et de la réorganisation de la république.
§ lY. — Réformes. Population, commerce, industrie, détails de mœurs.
Dès 1562, Sigismond-Auguste commença, à la diète de Piotrkov, une enquête rigoureuse pour la réforme de tous les abus, usurpations de biens, de titres et d'offices. Chacun eut à rendre un compte sévère. Quelques-uns se démirent loyalement et spontanément de ce qui ne leur appartenait pas. D'autres, forcés de restituer, jetaient avec colère les papiers jusque sur les marches du trône ou les foulaient aux pieds. Impassible, le roi supportait ces emportements, sans témoigner ni impatience ni fatigue. Mais, comme il fallait entrer dans d'innombrables détails, une seule diète ne pouvait y suffire, et ce fut chaque année l'objet de toutes les diètes suivantes jusqu'à la mort de Sigismond-Auguste.
La noblesse et les villes avaient une foule de privilèges particuliers, de monopoles locaux, en vertu desquels elles percevaient des contributions, douanes, octrois, péages pour le passage des ponts et des digues. Il fallut scruter l'origine de tous ces droits, l'authenticité de
tous les titres. Sigismond les examina sans se lasser, supprimant tout ce qui était illégitime, arbitraire, nuisible au commerce, à la liberté des communications et de la navigation. Les sénateurs et les nonces l'aidaient dans ce travail pénible, mais d'une grande importance. Une multitude d'abus furent réformés. On rencontra, dans les villes de Prusse surtout, une résistance obstinée; mais elles durent enfin se soumettre au règlement général. On réorganisa les starosties dont le quart des revenus fut destiné, comme impôt fixe, à l'entretien des troupes. On régla les biens royaux, en y faisant rentrer les possessions dont plusieurs s'étaient illégalement emparés. Enfin on institua un tribunal extraordinaire qui, pour ces deux ordres, devait prononcer en dernier ressort les décrets, au nom du roi.
Sigismond ne se préoccupait pas avec moins de zèle de la réforme de la législation. En 1564, il donna à la Lithuanie, en langue russienne, le statut dit de seconde rédaction qui corrigeait et complétait le premier. Il voulait satisfaire les désirs de la Pologne en la dotant d'un code unique et systématique, mais il rencontra d'insurmontables difficultés. Il améliora toutes les branches de l'organisation du pays jusqu'à ce que sa santé affaiblie le forçât de négliger les affaires.
En Pologne, sous les deux Sigismond, la population et les produits agricoles doublèrent. Les steppes du Dniester et du Dnieper se peuplèrent. En Lithuanie et en Pologne, on abattait les forêts pour étendre la culture du blé. La plupart des villes étaient encore mal construites. Ce-
pendant Krakovie, Vilna, Léopol, Posen, Lublin, Plock, Sandomir, Varsovie, Dantzik, Elbing-, Thorn et d'autres, avaient des rues entières formées de maisons à plusieurs étages et solidement bâties en briques. Les villes, bourgs, hameaux, étaient spacieux et bien peuplés, quoiqu'il y eût encore presque partout des cabanes en bois, et présentaient le spectacle animé d'un mouvement commercial et industriel occupant toutes les professions. Néanmoins les objets de luxe ne se voyaient que dans les grandes cités, les capitales, et Krakovie ne possédait qu'un seul magasin de soieries.
Le commerce extérieur se concentrait dans les villes prussiennes et surtout à Dantzik. C'est là où tous les peuples venaient acheter le blé de la Pologne nommée a le grenier de l'Europe ; » là où les vaisseaux de la Ligue hanséatiqueetceux des marchands delà Basse- Allemagne transportaient les épiceries et toutes les cargaisons apportées par les Espagnols, les Portugais et les Vénitiens. Aussi Dantzik, fière de son opulence, résistait avec audace aux réformes et ne voulait pas souffrir dans les eaux delà Baltique les navires de Sigismond- Auguste, qui parvint cependant à ramener les riches cités de la Prusse à de meilleures dispositions.
Les Polonais imitaient les modes italiennes, espagnoles, moskovites et même tartares, et leurs habillements offraient alors une grande variété ; on employait surtout le drap, le velours, les fourrures, les zibehnes et l'hermine de grande valeur. On attachait sur les chapeaux et les bonnets un plumet de héron qui coûtait
jusqu'à 500 ducats ou 6,000 francs. Les habitations étaient ornées de tentures et de tapis ; les maisons opulentes, peuplées d'une multitude de domestiques, se distinguaient par un faste extraordinaire et par de superbes équipages suivis de trains nombreux entourés de haïducs et de gens de service. On avait des chars magnifiques [ridvans] avec des franges, des pompons, des boules dorées et des clochettes, et des calèches suspendues sur des chaînes et surmontées de dais, de rideaux ou de tapis précieux.
Le luxe de la table n'était pas moindre que celui de la toilette, des habitations et des équipages. Sur les nappes richement brodées, comme les serviettes, on voyait, au milieu de l'argenterie et de la verrerie peinte, le vin muscat, tokaï, malvoisie, et les mets apprêtés avec une exquise recherche étaient bizarrement arrangés sur les plats où un mouton doré s'étalait à côté d'un aigle ou d'un coq. Chez les gens d'une fortune plus modique, on se contentait de l'hydromel, de la bière, de l'eau-devie et d'une nourriture plus simple préparée selon l'ancienne coutume. Les jardins, très-multipliés, étaient plantés et disposés à l'italienne, avec vergers, gazons et parterres, et fournissaient abondamment toutes sortes de légumes et de fruits. En un mot, on voyait partout le bien-être et l'aisance.
§ V. — Union de Luhlin. Invesiilure cV Albert-Frédéric de Prusse. Liberté religieuse.
Il existait encore des obstacles à une homogénéité parfaite entre la Pologne et laLithuanie. La première réclamait la restitution ou la cession de la Podlachie,dela Volynie et de l'Ukraine et un droit égalsurlaLivonie que la Lithuanie prétendait conserver seule. Les magnats lithuaniens ne voulaient point perdre leurs titres princiers, leurs droits seigneuriaux, ni leurs places au sénat que leur naissance leur conférait et qui devaient leur être enleyées, la Pologne ne reconnaissant pas l'hérédité de cette assemblée. Sigismond-Auguste s'efforça de les persuader en leur donnant lui-même l'exemple. En 1504, il abdiqua ses droits d'hérédité sur la Lithuanie, lui laissant la faculté de choisir le souverain, de même que la Pologne. En 1566, il renonça à tous les droits seigneuriaux sur les fiefs des nobles et des seigneurs, dont il était suzerain; et la noblesse lithuanienne et russienne, ainsi affranchie, posséda, comme celle de la Pologne, ses terres en toute propriété. Cependant les Lithuaniens hésitaient encore : ils ne voulaient pas se rendre en Pologne, ni les Polonais en Lithuanie afin de conclure l'acte important de leur fusion, et l'on choisissait en vain des villes frontières pour y convoquer les nonces et le sénat des deux pays.
Enfin, après la mort du prince de Radzivill, Nicolas le Noir, et du palatin de Malborg, Achace Czema (de
Zelmen), les deux plus opiniâtres adversaires de l'Union, la diète de Lublin termina cette œuvre mémorable. Le roi, tous les sénateurs, les nonces, une multitude de citoyens des deux pays et les ambassadeurs de plusieurs cours étrangères, assistaient à cette solennelle assemblée. Au moment de la discussion, quelques Lithuaniens se retirèrent, mais la plupart, sacrifiant leur propre intérêt au bonheur de la patrie, suivirent l'exemple des palatins de Kiiov, Ostrogski, et de Volynie, Alexandre Czartoryski, et signèrent l'Union, dont voici les clauses principales :
1° Le royaume de Pologne et le grand-duché de Lithuanie formeront une seule république indivisible ; ils auront toujours un seul chef de l'État, choisi par leurs communs suffrages, et couronné à Krakovie, sans aucun signe distinctif pour le grand-duché; 2° les diètes, composées des représentants des deux provinces, dans les deux chambres, des sénateurs et des nonces, se réuniront à Varsovie (cette ville de Mazovie, déjà d'une assez grande étendue, n'étant ni polonaise, ni lithuanienne, convenait le mieux pour siège du gouvernement) ; 3** au sénat la priorité est réservée à la Pologne ; mais il sera toujours délibéré en commun dans les diètes et les conseils; 4* la Volynie et le duché de Kiiov, c'est-à-dire l'Ukraine, sont incorporés à la Pologne, et conserveront le statut lithuanien de seconde rédaction ; la Podlachie est également réunie à la couronne; 5" la Podolie est la propriété commune de la Pologne et de la Lithuanic; 6" les deux pays ne formant plus qu'une
iS HISTOIRE DE LA POLOGNE.
nation, n'auront plus que les mêmes intérêts, les mêmes prérogatives, qu'une monnaie, qu'une administration, qu'une législation, tout étant commun entre eux, sans toutefois porter atteinte aux formes judiciaires et aux coutumes locales ; 7** les palatinats de la Prusse auront aussi leurs représentants à la diète.
Cet acte d'Union fut dressé le 1" août 1569 et ajouta 89 nonces terrestres, sans compter ceux de la Prusse, aux 95 qui représentaient déjà la république. Il rendit célèbre, dans les annales polonaises, cette diète de Lublin qui ne dura pas moins d'une année, et où Sigismond- Auguste reçut en grande pompe l'hommage du prince Albert-Frédéric de Prusse, qui s'approcha lentement du trône, et embrassa les pieds de son suzerain. Celui-ci lui mit dans la main un drapeau blanc orné d'un aigle noir portant sûr sa poitrine son chiffre royal, et lui donna l'investiture. Albert-Frédéric prêta sur les Évangiles serment de vassalité ; et le roi, saisissant un glaive à deux tranchants, en frappa trois coups sur les épaules du prince, le releva et lui passa au cou une chaîne d'or. Les ambassadeurs de l'Électeur de Brandebourg et du margrave d'Anspach avaient porté la main au drapeau feudataire, en signe des droits éventuels de leurs souverains à l'héritage du fief. Toujours généreux, Sigismond, en cette occasion, non-seulement confirma les privilèges précédemment accordés à la Prusse, mais lui fit de nouveaux avantages.
Cette même diète de Lublia déclara les protestants et les grecs schismatiques aptes à parvenir à toutes les di-
gnités de la république ; et le 2 avril 1572, trois mois avant sa mort, Sigismond-Auguste signa un acte autorisant les protestants à bâtir un temple à Krakovie, et dans lequel il dit : « Considérant les calamnités et les maux que les royaumes les plus florissants et les plus puissants de la chrétienté ont éprouvés dans ces derniers temps, parce que leurs rois et princes se sont efforcés d'opprimer diverses opinions religieuses récemment nées, nous avons cru devoir, pour la tranquillité et la sûreté de notre royaume, prévenir ces dangers qui menacent toute la chrétienté, mais qui sont imminents pour notre royaume, à cause de la proximité des barbares et des ennemis des chrétiens, et empêcher que l'exaspération des esprits ne produise une guerre civile; ayant au surplus, par l'exemple d'autres pays où tant de sang chrétien a été versé sans produire le moindre effet salutaire, acquis la conviction qu'une telle sévérité non-seulement est parfaitement inutile, mais qu'elle est très-nuisible.... »
§ VI, — Mo)i et obsèques de Sigismond-Auguste.
Sigismond-Auguste voulait rendre une visite à l'empereur Maximilien II, mais fut retenu dans ses États par d'autres soins, et bient(5t ne put plus s'en éloigner. Ce roi, qui fit sans doute beaucoup pour la Pologne, se ressentit toujours des vices de sa jeunesse. Sa cour de Kniszin où il passait ses jours, adonné à la sorcellerie et à la magie, devint un foyer de séduction et d'intrigues.
Affligé de la goutte et d'autres infirmités, conséquences de ses dérèglements, il se confia à des charlatans, à des femmes qui, comme Koricka, feignant de posséder des connaissances magiques, abusaient de sa crédulité. Un jour, elles le faisaient gravement promener trois fois autour de son cabinet, et un autre jour lui détachaient et arrachaient ses cordons et ses boutons, n'oubliant pas de se faire bien payer. Il n'en perdait pas moins le reste de sa santé, tout en prodiguant ses trésors auxMniszech et à d'autres. Ses courtisanes étalaient un luxe effréné, tandis que sa sœur, Anne, supportait de grandes privations. On lui enlevait tous les objets précieux, et on le dépouilla à tel point qu'à sa mort, arrivée le 7 juillet 1572, on ne trouva ni de quoi payer ses funérailles, ni chaîne, ni bague pour distinguer ses dépouilles mortelles.
Sigismond-Auguste ne laissa pas d'enfants et fut le dernier prince de la race des Jagellons, moins féconde en grands hommes que celle des Piast, mais sous laquelle cependant la Pologne fut si florissante. Lui-même avait réglé le cérémonial des funérailles royales. Son corps, lavé et embaumé, fut revêtu de tous les habits et ornements les plus précieux, la couronne placée sur la tête, le sceptre dans la main droite, le globe d'or dans la gauche, et à côté reposait le glaive. Après avoir été exposé en public dans ce costume, il fut mis dans un riche cercueil, gardé jour et nuit par les officiers de la cour, et auprès duquel des prêtres célébraient alternativement des messes. Des flambeaux et des lampes éclai-
raient la salle et le lit tout recouvert de velours noir. Lorsque le corps fut transporté à Krakovie, on alla le recevoir en grande pompe; il fut ensuite conduit au château et dans la cathédrale, illuminée extraordinairement; enfin la bière vide fut portée sur sa civière dans différentes égUses, toujours avec le même appareil. Les étudiants des diverses écoles ouvraient la marche du convoi. Venaient après, dans Tordre suivant : les religieux et le clergé séculier; les professeurs de Funiversité; les prélats, chanoines, abbés et cvêques, chacun dans leur costume de cérémonie; trente députés des provinces, porte-enseigne, tous à cheval, avec les drapeaux des palatinats, des terres de la couronne, des duchés tributaires, et ceux de la Pologne et de la Lithuanie; et les grands officiers. Puis on conduisait trente chevaux richement harnachés et couverts de velours noir; sur trente riches coussins reposaient les armoiries royales ; des hommes s'avançaient, revêtus d'habits royaux : et des sénateurs portaient les insignes de la royauté, la couronne, le sceptre, la sphère et le glaive. Ensuite venait le corps du roi, placé dans une bière couverte de velours noir, d'abord traîné par un char funèbre attelé de huit chevaux, puis portée sur une civière par les sénateurs castellans, accompagnés de leur entourage. Il était suivi de 32 brancards aux armes royales contenant les présents destinés aux églises. La princesse Anne, sœur de Sigismond-Auguste, paraissait après, ayant à sa di'oite le légat du pape et à sa gauche l'ambassadeur de Venise. Derrière elle se trouvaient le sénat, la noblesse et les mem-
bres de la municipalité. Le peuple de toutes les classes, au nombre d'environ 4,000 hommes, tous en habits de deuil et portant des cierges allumés, terminait le cortège. Pendant la marche du convoi et les cérémonies funèbres, toutes les cloches sonnaient sans interruption, on célébrait dans toutes les églises un grand nombre de messes, et les castellans y portaient l'argent pour distribuer aux pauvres.
Le premier jour, on fit descendre le corps dans le tombeau ; le second on porta la bière, et le troisième on célébra le service funèbre. A ce dernier moment, les enseignes à cheval se rangèrent devant la cathédrale, dans laquelle furent conduits trente chevaux couverts de draps mortuaires avec des boucliers de deuil. Le sarcophage, élevé en face du maître-autel, était recouvert de velours noir et surmonté des insignes royaux. On déposa la couronne, le sceptre, la sphère et le glaive sur l'autel, devant lequel on jeta le casque, le bouclier et le sabre. Alors Mniszek, revêtu d'une armure et monté sur un cheval noir caparaçonné de deuil, s'élança dans l'église, se laissa tomber tout près du catafalque et rompit sa lance. Après lui, les maréchaux brisèrent leurs bâtons et les chanceliers leurs sceaux, pour marquer que leurs fonctions cessaient avec l'existence du monarque. •— Le même cérémonial fut depuis observé à la mort de chaque roi.
LA POLOGxNE FLORISSANTE. 23
Lettres et sciences en Pologne, depuis son origine jusqu'au XVI® siècle.
Les deux règnes qui précèdent ont été nommés « Fâge d'or de la littérature polonaise, » non-seulement à cause des chefs-d'œuvre en tous genres qui s'y produisirent, mais d'après le témoignage unanime de tous les écrivains du XVI® siècle sur l'état des lumières en Pologne à celte époque. C'est donc ici le lieu de tracer le rapide tableau du développement de la civilisation des lettres, des sciences et des arts dans la patrie de Kopernik et d'Hosius, depuis son origine jusque vers ce moment.
La civilisation ne commence réellement en Pologne qu'avec l'introduction du catholicisme, qui y était connu au VIII® siècle. Les Slaves étaient limitrophes de l'Italie du Bas-Empire et de la Bavière, et le christianisme leur arrivait avec la littérature et les arts, de deux sources surtout, Rome et Gonstantinople.
La Pologne catholique et libre fut le foyer de la civilisation, des lettres, des sciences et des arts dans tout le centre et le nord de l'Europe. Ils y jetèrent le plus grand éclat, et il nous faudrait des volumes entiers pour redire seulement le nom des littérateurs et des savants illustres de la Pologne, pour faire la simple nomenclature de ces œuvres de talent et de génie, de celte litlérature si riche, si variée, si poétique, si puissante.
24 HISTOIRE Dî: LA POLOGNE.
Le mot slave j dans sa racine indo-germanique, commune au sanscrit, signifie à la fois gloire et parole^ et est ainsi comme une prophétie des gloires de la parole de cette race qui devait s'illustrer par les lettres non moins que par les armes. Aussi les Slaves appellent-ils nèmes ou muets les peuples qui ne parlent pas leur langue. Le slave se partage en trois grands idiomes, le polonais ou lékhnique, qui occupe le premier rang, le russe et le bohème. Nous ne mentionnons pas le lithuanien, cette langue si belle, la plus ancienne des indo-germaniques, et qui n'est plus parlée que par quelques vieillards.
La langue polonaise, dit un reinarquable travail de la Pologne illustrée, auquel nous empruntons, en les résumant et les complétant, les principaux traits du tableau qui suit, la langue polonaise est supérieure à tous les autres idiomes du nord : aussi la Pologne tint-elle la première place dans la civilisation des peuples slaves. Sous le rapport littéraire, elle n'a point d'égale, et sous le rapport des idées libérales, elle est toujours la plus avancée, la plus ardente et la plus amie du progrès. Dès son origine, le peuple polonais parle la langue qui, encore aujourd'hui, est répandue depuis les Karpates et TEuxin jusqu'à la Baltique, et les nombreuses traductions qu'ils firent des auteurs anciens, en perfectionnant le goût et en étendant le cercle des connaissances, eurent bientôt assuré à la Pologne cette suprématie qui la distingue et la distinguera toujours des autres races slaves. Car, le perfectionnement de la langue est l'indice certain du degré de civilisation auquel une nation est par-
venue. Si la langue est obscure, si ses règles sont vagues et indéterminées, si elle manque de termes pour exprimer les objets, les pensées, pour peindre les passions dans leur force et dans leurs nuances, si elle n'est pas arrivée à cette clarté qui rend tout saisissabîe, n'hésitez point à dire que cette nation est barbare. Et, ce qu'il y a de remarquable, c'est que la langue polonaise, plus puissante et plus riche que tous les idiomes modernes, a puisé toutes ses ressources dan-s son propre fonds; éminemment nationale, elle n'a rien emprunté aux autres langues.
Au x^ siècle, lorsque l'exemple de Mieczislav ^''dttermina la conversion générale de la nation, le cardi-nal Gilles, nonce de Jean XIII, vint présidera l'intronisaticn complète de l'Église catholique ; des théologiens habiles furent appelés d'Italie, de France et d'Allemagne pour remplir les fonctions sacerdotales, et apportèrent avec eux toutes les sciences de l'époque.
Au début du xi^ siècle, Boleslav le Grand appelle à son aide le clergé polonais et étranger pour répandre partout les sciences et les arts. En 1008 et 1009, il fonde à Sieciechov, à Tiniec et à Lysa-Gora les ordres de Bénédictins spécialement chargés de propager l'instruction.
Les travaux des moines, aux xi^ et xii'' siècles, et les rapports intellectuels avec les peuples de race latine, avaient mis les Polonais à même de j osséder tout ce que Ton connaissait alors de la vieille littérature romaine. Les livres n'étaient pas rares en i'ologne au