ÉVÈQUES DIOCÉSAINS DU MAINE
Au point de vue religieux, les nouvelles modifications furent bien plus consolantes et plus fécondes. Nous avons déjà vu, dans le premier siècle de l'ère chrétienne, la chaîne des pré-
lats de notre province commencer par les évoques traditionnels : saint Julien, saint Thuribe, saint Pavace; éprouver, sous le coup des persécutions, une rupture violente, et se renouer, en 337, au premier évoque historique, saint Liboire.
Vers 361, le Maine, qui jusqu'alors avait fait partie de la seconde Lyonnaise , relevant de la ville de Rouen, fut compris clans la troisième, ayant pour cité principale Tours, qui devint ainsi, comme on le voit encore aujourd'hui, notre archevêché métropolitain.
Cette heureuse disposition favorisa beaucoup le retour et les progrès du christianisme chez les Génomans, après les zélés et courageux travaux de saint Liboire, et surtout, comme nous l'avons déjà fait observer, après ceux de saint Martin , son digne maître et son fidèle ami, le plus redoutable adversaire du druidisme et de l'idolâtrie.
Saint Principe, vne évêque du Mans. - Né dans une famille gauloise, riche et puissante; parent, ami intime de saint Rémi, avec lequel il fut élevé, saint Principe, de mœurs austères, mais d'une angélique douceur, d'une foi vive, d'un zèle infatigable pour la propagation du christianisme, fut appelé à la succession de saint Victeur par la voix unanime des fidèles et du clergé. Sacré, par saint Rémi, évoque de Reims, en 474, il vint s'asseoir sur le siège épiscopal du Mans, au milieu des troubles et des bouleversements continuels que ne pouvait alors manquer d'exciter la violente invasion des Francs. Aussi, malgré sa prudence ferme et dévouée, rencontra-t-il, pour l'exercice de son pieux ministère, des embarras nombreux, des tribulations de toute nature, qui cependant ne l'empêchèrent pas de montrer, chaque jour, les admirables effets de son courageux zèle et de son abnégation chrétienne.
Rignomer, sous le titre de roi des Génomans, gouvernait alors, avec prudence et bonté, la province du Maine. Il était l'ami de saint Principe; et leur mutuelle affection exerçait une influence bien favorable à toute l'administration civile et religieuse de ce pays. Mais Glovis, dont les premiers succès
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avaient endurci le cœur, égaré l'esprit par les funestes enivrements de l'ambition et de l'orgueil, vers 510, comme nous l'avons rapporté, brisa des liens aussi précieux. Le saint évêque, profondément afflgé du meurtre de son ami, ne lui survécut pas longtemps. Il avait acquis l'affection et mérité la reconnaissance des Génomans en sauvant leur ville de la destruction dont la menaçait le terrible Sicambre , vers 508. Après avoir assisté au premier concile d'Orléans, en 511, le digne prélat mourut au Mans, le 16 septembre de la même année. Ses restes furent déposés dans le cimetière des chrétiens.
Déjà, sous l'épiscopat de saint Principe, le nombre des tidèles était devenu si considérable , que l'évèque diocésain ne pouvait plus suffire à l'accomplissement de toutes les fonctions sacrées que les règlements liturgiques réservaient au prélat. En conséquence, on créa des coadjuteurs, qui, sous le titre de chorévêques, sous la direction de l'évèque diocésain, le remplaçaient dans toutes les circonstances déterminées, où son action personnelle devenait impossible. Cette institution persista jusqu'à la promulgation des capitulaires carlovingiens, qui l'abolirent. Pour un assez grand nombre d'Eglises des Gaules, on en trouve encore des traces au xne siècle ; mais, dans le diocèse du Mans, on n'en voit aucun vestige au ixe. La création des chorévêques servit, en quelque sorte, de passage entre le monopole des premiers prélats et la concession si largement faite ultérieurement aux curés, aux vicaires des paroisses , pour cet accomplissement des fonctions sacrées de la religion chrétienne.
Saint Innocent, vme évêque du Mans. — Gaulois d'origine, saint Innocent occupa le siège épiscopal du Mans de 513 à 559. Il donna les plus grands soins à l'embellissement de sa cathédrale, créa de nombreux établissements religieux , les dota généreusement pour les secours à donner aux indigents, aux malades, aux pèlerins, etc. C'est, d'une manière spéciale, sous l'administration zélée, bienveillante et capable de saint Innocent, avec le concours de plusieurs prêtres dévoués, particu-
lièremont de saint Mesmin, abbé de Mici, que s'établirent, dans notre province, dans le Bas-Maine surtout, ces pieux solitaires, qui, sous les noms d'anachorètes, d'ermites, se livrèrent, avec le courage et l'abnégation des véritables chrétiens, à l'éducation religieuse des populations, au défrichement des terrains incultes, h la pratique des bonnes œuvres, et parmi lesquels nous citerons surtout les saints :Avit, Ulphace, Calais, Almire, Front, Céneric, etc. Saint Innocent mourut le 19 juin 559, et fut inhumé au cimetière des chrétiens, dans la basilique nouvelle que lui-même venait d'y faire construire.
Nous possédons actuellement les documents généraux indispensables à l'intelligence des faits historiques dont nous allons exposer l'enchaînement, trop souvent pénible, dans cette première phase du moyen-âge, où les peuples, par la force même des choses, vont revenir à l'ignorance, à la barbarie, pour tout ce qui rentre, d'une manière absolue, dans le sentiment humain; où nous allons voir le sentiment religieux luttant contre cette invasion des ténèbres, en attendant qu'il produise d'abord un temps d'arrêt dans la marche de cette véritable décadence ; qu'ensuite il prépare, qu'il ramène enfin le retour de la lumière et de la civilisation.
Nous venons de montrer la province du Maine, après son affranchissement de la domination des empereurs, envahie par le despotisme conquérant et militaire de Clovis, soumise au gouvernement de ses héritiers et successeurs, quelquefois par le moyen d'usurpation criminelle : Cloclomir, Childebert, Clotaire Ier, Caribert, Chilpéric Ier, qui, vers 576, y délègue l'un de ses généraux, nommé Rocolène, dont la prise de possession ne laisse, pour tout souvenir, que le passage du prétendu comte, dans cette province, pour y réunir les troupes nécessaires à l'expédition commandée, par le roi de Soissons, contre Gontran-Boson, dont il voulait se venger, et pendant laquelle Rocolène mourut sans même revenir au Mans.
Déjà la reine Ingoberge, première femme de Caribert, et qu'il avait répudiée, habitait cette ville, choisie par elle, comme une retraite, où sa bienveillance paraît s'être montrée dans les
œuvres d'affranchissement et de charité qu'elle ne cessa d'exercer jusqu'à sa mort, en 589, à l'âge de 70 ans : assistée, dans ses derniers moments, par Grégoire de Tours, qui fait un grand éloge des vertus de cette reine.
Une autre princesse malheureuse, Andovère, première femme de Ckilpéric, également répudiée, s'était aussi retirée dans la ville du Mans, où Frédégonde, qui avait été sa suivante, après avoir épousé le roi, la fit étrangler en 580.
Au milieu de ces actes barbares qui nous montrent, dans leur affreuse vérité, le caractère, à la fois cruel et corrompu des premiers souverains du Maine, se dégagent trois objets capitaux, sur desquels, pour la complète intelligence de tout ce qui va suivre, il est indispensable de fixer, dès à présent l'attention : i° r administration de la justice; 2° l'état des lettres, des sciences et des arts ; 3° les superstitions et les grossières pratiques de la religion mal comprise. Nous donnerons une idée générale de ces objets importants, et dont ensuite il sera facile d'apprécier les modifications par les progrès du temps et des lumières.
§ IV. Administration de la justice au moyen âge.
Pendant la domination romaine, les délégués du pouvoir métropolitain rendaient la justice , en suivant surtout les Institutes deJustinien et les édits des empereurs. Avec la suprématie militaire des Francs , les lois saliques, véritable collection de coutumes judiciaires suivies chez les Francs Saliens, sans détrôner entièrement les Institutes, partagèrent avec elles cette administration législative, jusqu'au moment où le Code français, projeté par Charles VII, Louis XI, Henri III ; exécuté partiellement sous Louis XIV, de 16G7 à 1685; sous Louis XV, de 1731 à 1877 ; sous la République, de 1791 à 1799, fut enfin complété sous l'Empire, avec le titre de Code Napoléon, de 1804 à 1810; en donnant aux différentes juridictions cet eusemble et cette unité si désirables , et qu'elles n'avaient jamais présentée.
Par rétablissement de la féodalité, se constituèrent , en nombre exorbitant , des justices locales relevant du marquis, du comte et du baron, comme d'une suprême omnipotence; dont les décisions, ordinairement absolues, n'étaient pas toujours en harmonie parfaite avec la raison, avec l'équité.
Sous Clotaire II, en 614, les barons, comtes, marquis, etc., armés de pied en cap, formaient, sous le titre de juridiction seigneuriale, des tribunaux ambulants, qui parcouraient les provinces , avec l'apparence de commissions militaires , de conseils de guerre, plutôt que de justices civiles, et rendaient ordinairement leurs sentences avec une telle rapidité, que souvent l'instruction et le jugement faisaient confusion.
Plus tard, ces tribunaux devinrent sédentaires; chaque seigneur eut le sien avec un ordre hiérarchique plus ou moins régulièrement observé dans l'initiative des attributions depuis le souverain jusqu'au dernier des vassaux. Enfin, comme nous le verrons en suivant l'ordre des temps, les sénéchaussées, les bailliages, les cours spéciales, criminelles, prévôtales, etc., présentèrent leur empire etleur suppression : nos fameuses CoutumesduMainerégirentlesintérètsde la province avec des avantages bornés et de nombreux inconvénients. Les moyens d'instruction : tels que les tortures, la question par l'eau, par le feu, etc.; les épreuves judiciaires , telles que le combat, V immersion , etc., les supplices, tels que le bûcher, les oubliettes, Y estrapade, la roue, Yécartèlement, etc., viendront témoigner, pendant un nombre trop considérable de siècles, des instincts barbares propres à l'époque dont nous devons retracer jusqu'aux plus tristes souvenirs.
Avec l'institution des évôchés et des chapitres, les prélats eurent aussi leurs tribunaux ecclésiastiques^ sous le nom de juridiction épiscopale, où ressortirent d'abord exclusivement, comme cela devrait être à jamais, les infractions à la discipline religieuse, les attentats à ses obligations, à ses lois, à ses prescriptions; où se jugeaient alors toutes les affaires des clercs dans la circonscription particulière à chacun d'eux; mais comme, en général, ces tribunaux savaient inspirer plus de sécurité,
de respect, en raison de leur caractère; ces juges, plus de confiance, plus de vénération par leur incontestable supériorité scientifique , par leur affectueuse bienveillance ; les uns et les autres attirèrent sous leur puissance un nombre croissant de clients et d'affaires : les contestations civiles changèrent ainsi de juridiction ; de là cette cause principale des incessantes rivalités, des conflits trop souvent scandaleux entre les juridictions épiscopales et seigneuriales ; de là, ces envahissements de la première sur les droits naturels de la seconde; et ces jugements nombreux qui, même en les supposant plus équitables, manquaient au moins d'un caractère indispensable et suffisant de légalité.
Gontran, roi d'Orléans, second fils de Glotaire Ier, dans un édit de 575, dont l'exposé des motifs offre un tableau navrant, des crimes qui désolaient alors toute la France, devint l'un des premiers auteurs de ces abus du pouvoir judiciaire dont nous verrons les tristes résultats : « Les évoques, dit-il, doivent se réunir aux juges, parcourir les cités, afin d'instruire les peuples des règles de la morale, des préceptes de l'Evangile, et de rendre des jugements sévères contre ceux qui les violeraient. » Instruire les populations au nom, dans le véritable esprit du christianisme, telle est, en effet, la mission d'un saint évèque; mais porter des jugements à la manière, avec le pouvoir d'une juridiction civile, est, à notre sens, fausser le caractère de cette divine religion, ouvrir la porte à tous les genres d'anomalies et de scandales politiques. Or, c'est précisément ce que nous trouverons dans ces temps d'ignorance et de barbarie, comme une regrettable conséquence des empiétements coupables et dangereux de la juridiction ecclésiastique sur la juridiction civile.
A cette époque, les évoques furent en effet investis d'une grande puissance judiciaire, et, pour soutenir leurs droits, obtinrent des officiers, appelés vidâmes, ayant pour auxiliaires des laïques nommés advocati, avocats, avoués. Nous en trouvons, dans le Maine, des exemples pour saint Domnole, Herlemont, etc., évêques du Mans. Toutefois il est important et
juste de faire observer, qu'en raison, sans doute, d'un pouvoir aussi considérable des prélats diocésains, les conciles tenaient positivement à ce qu'ils fussent nommés par le suffrage libre des populations. Ainsi : Concile d'Orléans, 549 : — « Nul ne sera donné pour évêque à ceux qui ne voudraient pas l'accepter. Au contraire, tout évoque doit être élu par le clergé, par le peuple. » Concile de Paris, 557 : « L'évéque doit être élu par la pleine et entière volonté du peuple et des clercs, non par l'influence du prince ou de quelque brigue puissante. » Concile de Reims, 625 : — « Il est défendu de regarder comme évêque celui qui ne sera point élu par le vœu de tout le peuple, avec le consentement des évoques provinciaux. »
De plus, ces mêmes conciles avaient soin de limiter la puissance des juridictions épiscopales au moyen de sages prescriptions : Concile de Clermont, 535 : — « Les évoques s'occuperont, avant tout, des mœurs et de la religion. » Concile de Clichi, 628 : « Dans la juridiction ecclésiastique, on substituera aux mesures violentes une doctrine de paix et d'amour. » Concile de Mâcon, 585 : — « La vie des plus grands coupables doit être sauve. » L'excommunication était le plus terrible châtiment : le condamné se trouvait alors isolé au milieu des populations; méconnu de ses parents, de ses amis, marqué du signe des réprouvés, comme l'avait été Gain. Les décrets de Childebert déclaraient sa succession ouverte ; il était repoussé de tous, vivait sous le coup incessant de la terreur et de la souffrance. Un pareil supplice était si douloureux, qu'on fut obligé d'en régler prudemment les applications.
§ V. État des Lettres, des Sciences, des Arts au moyen âge.
Les Francs, d'une trempe rustique et plus solide que celle des Gallo-Romains, ne l'avaient que très-faiblement adoucie par cette fusion des deux peuples; tandis que, dans ce mélange, les Gallo-Romains, plus souples et plus malléables, avaient à peu près perdu, sous le rapport des lettres, des sciences et des arts, tout ce qu'ils devaient aux influences réellement civili-
satrices de la domination; de telle sorte que, du \" au vme siècle, un retour à peu près complet vers la barbarie signala cette phase nébuleuse de l'histoire des Gallo-Francs, malgré les généreux efforts des évoques pour s'opposer à la réalisation entière de ces fâcheux résultats.
Dans ces temps de luttes h main armée, de combats incessants pour défendre sa position, sa vie, la force brutale offrait seule un véritable prix, et toute l'éducation consistait à l'acquérir par des exercices militaires. Aussi les ténèbres de l'ignorance couvrirent-elles alors, comme d'un vaste crêpe funèbre, la province du Maine et toute la France.
Chez nous, cependant, le zèle des prélats vint jeter, peutêtre plus que partout ailleurs, un rayon de lumière au milieu de cette nuit profonde. Ainsi, dès le commencement du vie siècle, existait la plus ancienne des écoles épiscopales dans le monastère d'Anille, appelé depuis Saint-Calais, où Mérovée, fils de Ghilpéric Itr, fit ses études.
Saint Innocent, vme évêque du Mans, par son louable désir d'attirer dans le Maine tous les hommes capables d'y répandre les précieux enseignements de la religion et de la science, avait fait venir en France, du mont Gassin, vers 540, plusieurs savants Bénédictins de cet ordre , fondé par saint Benoît, en 529, sur une montagne du royaume de Naples , à vingt lieues de cette ville. Ge fut en conséquence de l'honorable initiative prise par notre saint prélat, et des réformes ultérieures de l'ordre, que se formèrent, en 1098, la congrégation de Cîteaux, près de Dijon; en 1627, celle de Saint-Maur, qui devint, dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, le centre de toutes celles du royaume, par la volonté de Bichelieu, qui cherchait, en toutes choses, l'application du principe de l'unité. Du reste, l'institut des Bénédictins éclipsa tous les autres par le nombre considérable d'hommes éminents qu'il fournit à toutes les carrières ; par les immenses travaux historiques, dont une réunion de savants animés d'un môme esprit, soumis à la même impulsion, est seule capable d'élever l'impérissable monument.
220 ÉTARUSSEMENT DES FRANCS,
Saint Domnole, ixe évêque du Mans. — D'origine franque, saint Domnole était abbé du monastère de Saint-Laurent, près Paris, lorsque le roi Glotairel", auquel il avait donné de grandes preuves d'attachement, le désigna positivement aux fidèles, au clergé du Maine, comme évoque de cette province. Une pareille initiative, déjà malheureusement prise par les souverains pour la nomination des prélats, était un ordre ; aussi le clergé, les fidèles s'empressèrent-ils, à l'unanimité, d'effectuer cette élection en 560. Unissant aux austérités d'un moine le dévouement et le zèle d'un grand évêque, il savait profondément électriser les masses par la puissance, le charme et l'entraînement de ses prédications. Il se distingua d'une manière bien remarquable au second concile de Tours, en 567 ; prit un intérêt particulier à la prospérité du monastère de Saint-Laurent et Saint-Vincent, qu'il désigna comme lieu de sa sépulture.
A celte époque, les écoles administratives, pour l'instruction de la jeunesse, étaient en décadence et déplorablement dirigées. Les écoles épiscopales, sous la pieuse impulsion de saint Innocent, commencèrent à les remplacer, avec les plus grands avantages, dans les monastères, dont ceux des Bénédictins offrirent ultérieurement les plus utiles aux progrès des lettres, des sciences et des arts. Saint Domnole institua, pour la ville du Mans, la seconde de ces écoles épiscopales, dans le monastère qu'il fit bâtir hors la ville, à l'ouest, sur la rive droite de la Sarthe. Il choisit pour abbé de cette communauté saint Pavin, qui, plus tard, donna son nom à la paroisse de Saint- Pavin-des-Champs , sur le territoire de laquelle ce monastère avait été construit. Le même évoque, en 572, fonda la maison de Saint-Vincent, communauté du Mans, dont il fournit en partie la dotation. Il augmenta celle de Saint-Julien du Pré; porta jusqu'à cinquante le nombre de ses religieux. Après un épiscopat de 21 ans, aussi dignement rempli, saint Domnole mourut le Ier décembre 581, et fut inhumé dans le monastère de Saint-Vincent.
Badegisile, x(' évêque du Mans. — Il est pénible d'avoir à parler de cet indigne évêque du Mans, qui succéda, par ses
intrigues, ses violences, au vénérable saint Domnole; souilla le siège épiscopal , de 581 à 586, par ses désordres de toute nature, et par les indicibles cruautés de sa femme, Magnatrude, qu'il avait épousée publiquement, et scandaleusement établie dans le palais de nos prélats. Cet indigne pasteur du Maine avait été maire du palais sous Ghilpéric Ier, ce qui nous explique la cause et le moyen de sa fabuleuse et regrettable élévation.
Saint Bertrand, xie évêque du Mans. — Isssu d'une famille de Francs nobles, offrant même plusieurs alliances royales, saint Bertrand reçut une excellente éducation de saint Germain, qui l'avait tenu sur les fonts baptismaux, ensuite ordonné prêtre en 576; aussi fut-il distingué, non-seulement dans les sciences religieuses, mais encore dans les lettres et dans les arts, dans la jurisprudence, etc.; aussi fut-il, de bonne heure, nommé archidiacre de l'Eglise de Paris. C'est dans ce poste honorable que saint Gontran, roi de Bourgogne, vint le prendre pour le placer, avec l'assentiment général, sur le siège épiscopal du Mans, en 587. Administrateur excellent, il trouva moyen d'augmenter sa fortune déjà très-considérable, mais dans le seul but d'employer ses richesses à la construction des églises, à la fondation des hôpitaux, des abbayes, au soulagement de toutes les infortunes et de toutes les misères; comme le prouve, du reste, son testament si remarquable de 615, et qui, tant de fois, est devenu le document le plus précieux pour la confirmation de faits historiques d'une grande importance, comme nous le verrons dans le cours de cet ouvrage. On peut dire qu'il dépassa tous les autres prélats par la munificence de ses dotations, dont l'exemple fit arriver des biens considérables à son Église, à ses nombreuses fondations. Saint Bertrand fut décoré par le souverain pontife du pallium, insigne de la dignité de vicaire du Saint-Siège qui lui fut conférée. Aussi ferme dans sa foi religieuse que dans son attachement à la dynastie de Clotaire, il se montra toujours avec supériorité dans les fonctions dont il fut investi. Malgré les nombreuses persécutions qu'il eut à souffrir, au milieu des conflits san-
glants dont notre province devint le théâtre par les prétentions rivales de Clotaire II et de Ghildebert II à la gouverner; malgré l'exil qui l'éloigna plusieurs fois de son Église, le pillage de ses biens, le saint prélat, sans compter un grand nombre d'établissements pieux et charitables, fonda les hôpitaux de Saint-Martin, à Pontlieue, de Saint- Germain, à Beaulieu ; enfin, sous l'invocation de saint Paul et de saint Pierre, le monastère de la Couture, qui devint ainsi la troisième école épiscopale du Maine et le digne sanctuaire où furent déposés les restes mortels du saint évêque, en 624.
Saint Hadoing, xne évêque du Mans. — Gallo-Franc d'origine, élu en 624, saint Hadoing assura le maintien des bonnes mœurs par ses pieux exemples. Il institua plusieurs établissements utiles, et, de ses propres deniers, la remarquable abbaye d'Évron. Il assista au premier concile de Reims, 625, mourut en 654, et fut inhumé dans la basilique établie par saint Domnole, au cimetière des chrétiens.
Saint Béraike, xme évêque du Mans. — D'une famille sénatoriale gallo-franque, doué de vertus et de qualités morales en rapport avec son illustre naissance, fut nommé d'une voix unanime h l'évèché du Mans, en 654. Dès le commencement de son épiscopat, qui fut éprouvé par un assez grand nombre de tribulations; en conséquence d'une révélation qu'il avait eue pendant le sommeil, il entreprit une œuvre dont le retentissement s'effectua dans toutes les églises des Gaules. Il fit venir, du mont Cassin, les reliques de sainte Scholastique, sœur de saint Benoît, patronne du Mans, les déposa dans un monastère assez considérable dont il avait placé les constructions sur un terrain qui pourrait bien être l'emplacement actuel de la place de l'Éperon. Ce couvent ayant été brûlé par les Normands, on donna l'église de Saint-Pierre, bâtie vers la même époque, aux religieuses qui l'occupèrent jusqu'au xe siècle, où les chanoines de Saint-Pierre y furent installés. Saint Flaceau, dont nous retrouvons le souvenir dans le nom de Tune des rues du voisinage, avait été le chapelain du monastère élevé par le digne prélat, qui mourut vers 679, en Aquitaine, sa patrie, où
le despotisme des gouvernants du Maine l'avait obligé de se retirer. Son corps fut déposé dans le monastère de Saint-Martin, à Pontlieue.
Aigliberï, xive évêque du Mains. — Issu d'une famille noble gallo-franque, Aiglibert, aussi distingué par ses vertus que par son intelligence et la science qu'il avait acquise, occupait la place importante et considérée cVarchi- chapelain du roi Thierry III, à Paris, lorsqu'il fut nommé à l'évèché du Mans, en 680. Quelque temps après, le Saint-Père lui conféra le titre de vicaire du Saint-Siège, et le décora des insignes du pallium. Ces hautes fonctions l'éloignant fréquemment de son diocèse, il fut dans la nécessité fâcheuse de se choisir un coadjuteur. Au mois de juin 681, en sa qualité de vicaire de Rome, il convoqua, au Mans, un synode où se réunirent 32 évoques. Il se montra toujours grand, généreux dans ses libéralités ; zélé, courageux pour la propagation de la foi ; mais, au milieu de ces graves et nombreuses préoccupations, l'illustre évoque Aiglibert, ainsi que ceux qui lui succédèrent pendant le siècle suivant, n'exerça pas une grande influence dans la province du Maine, sur le progrès et même la conservation des lumières ; fait important, et qui nous explique assez l'envahissante obscurité de cette époque. La fondation de plusieurs chapelles et monastères; le premier droit de battre monnaie, donné par un diplôme du roi Thierry III, vers 686., aux évoques du Mans, et dont Renouard paraît avoir constaté la réalité par la pièce qu'il possédait : portant, d'un côté, l'effigie du roi; de l'autre, celle de saint Gervais. Tels sont encore les principaux faits à noter dans l'épiscopat d'Aiglibert, qui mourut vers 710.
Herlemont Ier, xvc évêque du Mans. — Noble Franc d'origine, d'un zèle charitable, d'une piété profonde, Herlemontl61', nommé évoque du Mans en 710, constamment occupé de la pratique des bonnes œuvres, pour le soulagement des pauvres et des malheureux pèlerins, fit bâtir près de la cathédrale, à l'est, un petit monastère sous l'invocation de saint Oucn, archevêque de Rouen. Après avoir éprouvé, dans ses possesseurs, des vicissitudes nombreuses par les invasions des Nor-
mands, ce monastère devint une paroisse où les prêtres de l'Oratoire, qui la desservaient, établirent un séminaire enseignant, dont l'institution subsista jusqu'en 1791. Ce fut sous le pontificat d'Herlcmont Ier que Ghildebert délivra le diplôme qui donnait à l'évêque, aux abbés, aux notables du Maine le droit de nommer les comtes ou gouverneurs de cette province. Ce vénérable prélat mourut le 23 octobre 730, généralement regretté des fidèles, ses enfants de prédilection, et fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Vincent.
Gauzelin, xvie évêque du Mans. — Le Génoman Roger, usurpateur du comté du Maine, avait mis, par la force des armes, sur le siège épiscopal du Mans, en 735, son fils, que l'archevêque métropolitain refusa de sacrer. Ge misérable ne signala son passage que par des profanations, des cruautés ; par la dévastation des monastères et de ses propres églises !..,
Herlemont II, xvne évêque du Mans. ~- Indigné de la conduite du père et de celle du fils, Pépin, maire du palais, fait sacrer Herlemont II par l'archevêque de Tours, et l'installe au Mans, en 761, sous bonne escorte, à la place de Gauzelin. Celui-ci feint de se soumettre à l'autorité souveraine, de porter affection et respect à son vénérable successeur; et, l'ayant attiré dans un festin, sous les apparences d'une amitié sincère, lui fait crever les yeux. Dans ce déplorable état, la victime se retire au fond d'un monastère du diocèse de Baveux, administré par son frère ; y termine sa triste vie dans les exercices de la piété la plus sainte.
Pépin, dans son juste courroux, fait saisir, amener le misérable Gauzelin à Paris comme un criminel ; et, sans autre forme de procès, lui inflige immédiatement le supplice du talion. Mais ensuite, vaincu parles sollicitations de ses courtisans, Pépin le renvoya dans son évêché, dont il jouit jusqu'en 770, avec l'assistance de plusieurs chorévêques malheureux sous un tel supérieur, ou renvoyés par les conseils, de sa dépravation et de sa jalousie. Get indigne prélat mourut à Sillé-le-Philippe, en 770, et fut inhumé dans l'abbaye de la Couture.
RETOUR A LA RARRARIE.
A l'avènement de Gauzelin, il existait, dans le Maine, trentesix monastères en voie de prospérité ; dont le nombreux personnel était bien utilement occupé du soin des pauvres, des malades indigents, de la culture des terres, de l'instruction littéraire et chrétienne des populations; à la mort de cet indigne prélat, qui pour l'honneur de la religion n'était pas même engagé dans les ordres, presque tous les monastères étaient déserts et ruinés. Ceux qu'il n'avait pas, en effet, donnés à ses domestiques, aux compagnons de ses débauches, avaient été réduits à la mendicité par ses pillages et par ses dévastations.
§ VI. Superstitions, grossières pratiques de la religion