‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 25 sur 45 · II0 COMTES HEREDITAIRES USUFRUITIERS · texte numérisé non relu

II0 COMTES HEREDITAIRES USUFRUITIERS

Cette seconde série commence en 1204, par la reine Rérengère, veuve de Richard Cœur-de-Lion , et finit en 1532, par Louise de Savoie, mère de François Ier. Elle présente quinze comtes ou comtesses ; et comprend dans l'histoire du Maine 328 ans.

Rérengère de Navarre, ire comtesse usufruitière du Maine.

En réunissant à ses États, d'après les termes du jugement solennel de la cour des Pairs, les provinces françaises de Jean Sans-Terre, Philippe-Auguste ne méconnut point les droits de la veuve de Richard Cœur-de-Lion, à laquelle son royal époux avait, à l'époque de leur mariage, assigné comme douaire, par lettres patentes du 12 mai 1191, plusieurs villes et châteaux de Normandie, de Touraine et d'Anjou. Philippe, trouvant ces possessions à sa convenance, mais ne voulant point en dépouiller injustement Rérengère de Navarre, lui proposa de les échanger contre la ville du Mans et le comté du Maine, à titre d'usufruit; ce qu'elle accepta bien volontiers, comme il est évidemment prouvé par l'acte d'échange écrit en latin, dont l'original est entre les mains de M. de Musset de Cogners, et qui se résume dans ces clauses principales traduites en français : « Rérengère, reine d'Angleterre, etc., déclarons, pour qu'il soit notoire a tous, que telles sont les conventions arrêtées entre nous et notre seigneur Philippe, roi de France : les châteaux et villes de Falaise, Domfront, Ronne-Ville, avec leurs forêts et dépendances , que Richard , notre mari , roi des Anglais, nous a assignés pour doires, étant désirés par le roi de France, qui nous donne à leur place, à charge de les tenir comme un bien dotal, ou douaire, doit être tenu, la ville du Mans, ses dépendances et ses forêts, telles qu'il les possédait,

excepté révêché et ce qui en dépend ; excepté aussi les devoirs des barons et des châtelains. Mais les vassaux de cette cité nous feront hommage lige envers et contre tous, sauf la foi qu'ils doivent au seigneur roi et à ses héritiers. Pour nous, nous en avons fait hommage lige entre les mains du seigneur roi, qui nous a acceptée comme sa femme lige , ainsi que ses autres hommes. Fait à Paris, Tan du Seigneur 1204. »

Bérengère de Navarre, fille de don Sanche VI, roi de Navarre, veuve de Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, actuellement comtesse usufruitière de la province du Maine, était une belle et noble dame, au cœur généreux, aux inspirations bienveillantes, et qui, pendant les 26 années de son administration : de 1204 à 1230, obtint l'estime et l'affection des Génomans, par ses œuvres continuelles de justice et de charité; par ses utiles et pieuses fondations. Aussi le souvenir de tous ses bienfaits nous la rappelle-t-il encore, môme aujourd'hui, après tant de siècles et d'événements divers, sous le titre simple, touchant, honorable, de : la bonne reine Bérengère!...

On a dit et répété bien des fois qu'elle avait habité, pendant tout ce temps, deux maisons du Mans, existant actuellement, Grande-Rue, sous les nos 10 et 12 ; et qui, distinctes par les traces des ornements architecturaux simples et curieux qui s'y voient encore, ne mériteraient assurément pas actuellement le titre de palais qu'on leur donnait alors. Mais aujourd'hui cette ancienne tradition est contestée par de savants archéologues, dont l'opinion reporte la construction jusqu'au xve siècle, sous Louis XII; notre habile numismate, M. Hucher, croit pouvoir y signaler encore, sur l'une d'elles surtout, la présence des armoiries du bon roi René, qui vécut de 1408 à 1480 ; ce qui trancherait positivement la question.

Au nombre des fondations de Bérengère de Navarre dans le Maine, il faut noter surtout celle de l'abbaye de l'Épau, destinée aux moines de l'ordre de Cîteaux, et qu'on rapporte généralement à l'année 1229. Cette fondation se trouva dès lors suivie de près par la mort de notre comtesse du Maine, qu'on

place de 1230 à 1231. Du reste, la perte de cette excellente princesse laissa, dans tous les cœurs, des regrets sincères, une mémoire profondément vénérée. Ses restes mortels furent déposés dans l'abbaye de l'Épau; renfermés ensuite dans un mausolée très-simple , et sur lequel on la voit représentée en pierre, couchée, revêtue suivant l'époque. Ce monument, assez bien conservé, se trouve aujourd'hui dans la cathédrale du Mans, avec cette inscription sur la table de marbre qui lui sert d'appui :

« Mausoleum istud serenissimae Berengariae, Anglorum regina3, hujus cœnobii fundatricis inditœ, restauratum et in augustiorem locum hune translatum fuit in coque recondita sunt ossa haec quae reperta fuerunt in antiquo tumulo, die 27 maii anno domini 1672, ex ecclesia abbatiali de pietate dei translatum fuit et depositum in ecclesia cathedrali, die 2 decembris 1821. »

Sous le règne de la bonne reine Bérengère , à titre de comtesse du Maine, se trouvent deux évoques, dont nous avons à faire une assez courte mention.

Nicolas, XLie évêque du Mans. — L'histoire de ce prélat se lie directement à celle de Richard Gœur-de-Lion et de Bérengère. Il était en effet aumônier du roi, lorsque celui-ci partit pour sa troisième croisade ; l'accompagna dans la Terre- Sainte, et bénit son union avec la fille de don Sanche, dans l'île de Chypre, en présence des évoques d'Auch, de Bayonne et d'Évreux.

A son retour dans le Maine, Richard fit élire Nicolas doyen de l'église cathédrale du Mans. Après la démission de l'évêque Hamelin, tout le chapitre le désigna comme successeur, en 1214; choix confirmé par Philippe-Augusle, roi de France, alors suzerain du comté.

Nicolas mourut dans un âge avancé, dix-huit mois après son élection. Quelques fondations pieuses, de charité, sont les seuls faits importants à noter dans le court épiscopat de cet évoque.

Maurice, xlii'' évêque du Mans. — Alors simple chanoine

du Mans, en 1216, Maurice fut nommé, par le chapitre, comme successeur de l'évêque Nicolas; et, vers 1231, archevêque de Rouen, par le pape Grégoire IX lui-même.

L'évêque, le doyen et le chapitre, d'un commun accord, et chacun dans la mesure de ses attributions, établirent, dans la juridiction et la discipline ecclésiastique du diocèse, un ordre et des améliorations que la raison et l'expérience réclamaient vainement depuis longues années. Ainsi : 1° que les chanoines, simples clercs, ne jouiraient du droit de suffrage et ne pourraient s'élever aux dignités de l'église qu'après leur promotion dans les ordres. Disposition autorisée par le légat romain, alors en France. 2° Que l'on fixerait des règles sur la résidence des prêtres, la distribution manuelle, plusieurs cérémonies de l'Eglise, l'ordre du service divin , etc. 3° Que deux synodes seraient tenus chaque année : l'un à la Pentecôte, et l'autre à la Toussaint. 4° Que les clercs nommés aux litres de doyen, d'archidiacre, se feraient prêtres dans l'année de leur réception. 5° Que les visites pastorales se feraient en personne, sauf les cas légitimes d'absence ou de maladie. 6° Que les supérieurs auraient à réduire suffisament leur train et leur personnel, pour n'être pas à charge aux curés dont ils visiteraient les paroisses, etc.

Si nous ajoutons actuellement que ces décisions des grandchantre, scolastique, archidiacre, doyen et chanoines de cette époque étaient signées des noms de : Pierre de Vendosme , Foulques de Bouësné, Gu\ de Laval, Louis de Beaumont, Robert de Champagne, Eudes de Loudon, Pierre de Graon, Robert de Chaouces, Henri de Tesvalles, Payen de Lavardin, etc., on comprendra facilement combien les plus illustres familles honoraient le clergé, se montraient fières d'y placer leurs enfants ; et combien, avec de tels noms, le clergé devait alors offrir de lumières et de puissance!... D'un autre côté, les chapitres nommaient ordinairement leurs évêques, dont ils étaient comme autant de séminaires, avec l'immense avantage d'offrir des prélats dont l'esprit, la science et la moralité se trouvaient ainsi parfaitement garantis. Faut-il ensuite s'éton-

ner si le nôtre, par exemple, a fourni tant d'archevêques éminents aux villes de Tours, de Reims, de Bordeaux, etc.?...

Après avoir établi cet ordre admirable dans tout son diocèse, Maurice fut appelé, par son mérite, en 1231, à l'archevêché de Rouen, et nommé par décision du pape Grégoire IX, à l'exclusion de plusieurs compétiteurs sérieux. Il y mourut en 1234.

L'époque à laquelle nous arrivons offre plusieurs considérations de la plus haute importance à bien apprécier.

D'une part, le gouvernement du Maine par Berengère de Navarre, à la fois veuve de Richard Gœur-de-Lion et vassale de Philippe-Auguste, nous offre, pour cette province, une transition ménagée de la domination des rois d'Angleterre à la domination des rois de France , en nous montrant presque toujours ce malheureux comté sans indépendance et sans liberté.

D'un autre côté, malgré cette condition si fatale au véritable progrès, nous allons trouver actuellement clans son histoire, sous l'influence de l'esprit religieux avant tout, du génie chevaleresque ensuite, un développement assez marqué des sciences, des arts, de la littérature et de la courtoisie particulière à cette seconde phase du moyen-âge. Jetons un coup d'œil rapide, mais nécessaire, sur ces grandes et belles considérations.

La province du Maine avait enfin secoué le joug humiliant de l'Angleterre ; mais cette époque si désirée ne fut, en quelque sorte, qu'une suspension forcée d'hostilités, que reprirent, à la première occasion, ces insulaires prétentieux, ces éternels ennemis de la France. Nous les verrons, en effet, encore fouler orgueilleusement le sol de notre belle patrie ; humilier un instant sa capitale par une courte, mais injurieuse occupation ; jusqu'au jour mémorable où, définitivement chassés par la valeur française, ils apprirent à mettre un terme à leurs injustes, à leurs ambitieux projets.

Ces nouvelles dévastations de la France par les Anglais furent précédées, comme de leur digne prélude, par celles de

plusieurs bandes vagabondes, pillant et ravageant les campagnes, en donnant à leurs attroupements des prétextes plus ou moins spécieux. Les principaux furent ceux des Cotereaux et des Pastoureaux.

1° Cotereaux. — Ces bandes ainsi nommées, soit parce qu'elles étaient armées de grands coutels, soit parce qu'elles se rassemblaient par coterie, soit enfin du latin Scoterelli, Ecossais, parce que les rois d'Angleterre les tiraient d'Ecosse, etc.; furent encore appelées : Routiers, Brabançons , etc.; et commençant leurs brigandages vers la dernière moitié du xne siècle, 1173, les continuèrent jusque vers la fin du xive, où nous les retrouverons sous le titre de Grandes-Compagnies ou de Tard- Venus.

Les historiens ont attribué l'origine de ces cotereaux au mécontentement, à la haine des populations vagabondes contre le clergé, la noblesse, les rigueurs de la féodalité, etc. Anquetil, Hist. de Fra., l'explique ainsi, de manière à lier les deux époques fatales des ravages de l'Angleterre dans notre malheureux pays : « Pour se débarrasser tout à coup des petites armées qu'on lui opposait sans cesse, Henri II, roi de la Grande-Bretagne, vers 1173, ramasse, en Normandie, tout ce qu'il peut trouver de brigands, de bandits, de gens sans aveu, accoutumés au pillage dans les guerres alors perpétuelles. On leur donna le nom de Cotereaux, de Routiers, du latin rumpendo, parce qu'ils rompaient et brisaient. Avec cette troupe, qui faisait la guerre sans ménagement, le roi d'Angleterre, en étonnant et effrayant, fut bientôt vainqueur. » C'est, comme on le voit, une belle action de plus à joindre h tous les hauts faits de nos ambitieux oppresseurs.

Du reste, ces brigands de profession, ces sicaires publiquement soutenus et stipendiés, s'attaquaient de préférence aux monastères de femmes, qu'ils souillaient de leurs immoralités; aux châteaux, aux riches abbayes, aux églises, qu'ils soumettaient à la profanation, au pillage, au meurtre, à l'incendie; on les rencontrait dans tous les lieux où se trouvait du mal à faire et des objets à voler. « Brigands, pillards, robeurs, lar-

rons, infâmes, dissolus, excommuniés, dit une ancienne chronique, ils ardaient les monastères et les églises où le peuple se retirait; tourmentaient les prêtres, les religieux; les appelaient Cantatours par dérision, et leur disaient, quand ils les volaient et les battaient : Cantatours, cantez, » d'où probablement est venu ce terme du vocabulaire des bagnes, de faire chanter, pour mettre à contribution, extorquer de l'argent; bagnes que ces dignes suppôts de l'Angleterre n'auraient pas manqué de peupler, si l'institution eût existé de leur temps.

11° Pastoureaux. — Ces attroupements, ainsi nommés, parce qu'ils étaient formés, dans le principe, surtout par des pâtres vagabonds, qui se montrèrent d'abord en Flandre, vers 1250, pendant la captivité de Louis IX en Egypte, et sous le prétexte d'une sorte de croisade populaire, destinée à la délivrance de ce bon roi ; mais, en réalité, pour dévaster les campagnes, piller les monastères, les châteaux, les églises, etc. Un moine Hongrois, nommé Jacob, échappé du cloître de Gîteaux, leur donna plus particulièrement ce caractère de fausse dévotion et de ridicule esprit chevaleresque, vers 1254; ce n'était, en effet, qu'un ramassis informe et sans aucune discipline d'hommes, de femmes, d'enfants, dont le nombre s'éleva peut-être à cent mille, et qui ne tardèrent pas à soulever le dégoût et l'indignation par tous les genres de désordres de leur existence bohémienne, et par les dévastations, les incendies, les meurtres, dont ils affligeaient la France entière.

On les poursuivit d'abord avec violence, avec le fâcheux résultat de donner de l'importance et du prosélytisme à ces faux et grossiers sectaires, sans mission réelle et sans règlements organiques. Mais en les abandonnant à leurs causes de dissolution, en se bornant à les mettre dans l'impossibilité de nuire par une suffisante répulsion, on les vit bientôt se dissiper et s'évanouir comme des ombres.

Pendant ces tristes conjonctures, nous voyons la province du Maine gouvernée par ses premiers comtes héréditaires, usufruitiers français , dont nous devons actuellement suivie

l'ordre de succession, tout en continuant l'exposé des considérations générales dans lesquelles nous sommes engagés.

Jean, frère de Louis IX, dit saint Louis, 11e comte

USUFRUITIER DU MAINE

Jean, troisième fils de Louis VIII, roi de France, frère de Louis IX, dit saint Louis, avait été doté par son père des comtés du Maine et de l'Anjou, clans un testament fait en 1226; mais qui ne devait avoir son exécution qu'à la mort de Bérengère de Navarre. Le jeune comte, mort à l'âge de 14 ans, paraît, en conséquence, n'avoir administré le Maine que de 1230 à 1234; et les faits de cette administration être à peu près inconnus dans les chroniques du temps. Anquetil, dans son Histoire de France, passe môme complètement sous silence le nom de Jean, lorsqu'il parle des dotations que fait Louis VIII à ses fils, et place les comtés du Maine, de l'Anjou dans celle du quatrième, qu'il appelle Charles. La mention que nous faisons de cet usufruitier est donc entièrement dans l'intérêt de l'ordre hiérarchique à bien établir.

Marguerite de Provence, femme de Louis IX, me comtesse

USUFRUITIÈRE DU MAINE

En épousant, vers 1234, Marguerite, fille aînée de Raimond II, comte de Provence, Louis IX, ou saint Louis, roi de France, lui donna, comme doire, la ville du Mans et le comté du Maine à titre d'usufruit. Elle en jouit jusqu'en 1246; mais cette reine, occupée de soins plus importants, n'habita jamais notre pays, le fit constamment administrer par des intendants; aussi ne trouvons-nous rien, sous ce rapport, qui rentre positivement dans son histoire locale, et qui ne se confonde avec celle du royaume de France, dans le gouvernement duquel il rentrait alors.

Charles Ier d'Anjou, frère de saint Louis, ive comte

USUFRUITIER DU MAINE

Charles Ier, fils de Louis VIII, de France, et de Blanche de Castille, fut, au mois d'août 1246, par lettres de Louis IX, son frère, investi des comtés du Maine et de l'Anjou réunis; le roi de France ayant assigné d'autres domaines, pour doire, à Marguerite de Provence, sa femme.

Le nouveau gouverneur du Maine devint comte de Provence par son mariage avec Béatrix , quatrième fille de Raimond Bérenger.

D'un caractère altier , dur, vindicatif, et même cruel, Charles d'Anjou grevait ses provinces d'impôts, fatiguait ses peuples, ses barons, ses évoques d'iniques et mauvais traitements ; il aurait probablement excité des réactions sérieuses dans ses comtés en général, dans le Maine en particulier, si l'équitable et juste sévérité de Louis IX, son frère et son souverain, n'eût plus d'une fois mis un frein à ses exactions; et si l'éloignement ordinaire où l'entraînèrent habituellement les croisades, pendant lesquelles il fit briller son courage, les autres gouvernements dont il fut chargé simultanément, n'avaient diminué la fréquence de ses rapports avec le Maine, l'Anjou, la Provence, etc.

Devenu roi de Sicile, en 1266, sénateur de Rome, décoré du titre de roi de Jérusalem , méditant la conquête de l'empire d'Orient, il fut arrêté dans le cours de ses projets ambitieux par la terrible et sanglante insurrection fomentée sous l'influence de Procida, ministre habile du roi d'Aragon, et conue sous le nom de Vêpres siciliennes , qui commença le 30 mars 1282, au premier coup de cloche de l'église de Montréal, à Païenne, le lundi de Pâques, et coûta la vie à plus de 8,000 victimes sans défense, parmi lesquelles se trouvèrent un assez grand nombre de Manceaux, d'Angevins, etc. Ce massacre épouvantable, dont plus tard celui de la Saint-

Barthélémy présenta l'horrible pendant , ne fut pas du moins suscité par un mobile religieux ; il paraît, en effet, avoir eu pour cause l'impatience des Siciliens à supporter le joug de la domination française, rendue moins tolérable par l'inhumanité de Charles Ier d'Anjou; qui laissa voir à ses derniers moments, en 128o, avec toute l'amertume d'une âme profondément blessée, le sentiment de sa décadence et des affronts qu'il emportait si justement au tombeau.

Pendant ces difficiles et tristes conjonctures, cinq évoques occupèrent le siège épiscopal du Mans. Nous en parlerons dans l'ordre naturel de leur succession.

Geoffroi de Laval, xliii0 évêque du Mans. — Fils de Gui V, seigneur de Laval, et de Emme, fille de Geoffroi, comte d'Anjou, du Maine et de Touraine, Geoffroi de Laval était doyen de la cathédrale du Mans lorsqu'il fut nommé, par le chapitre, à l'évêché de cette ville, en remplacement de Maurice, promu à l'archevêché de Rouen.

Il consacra l'église de l'abbaye de l'Épau fondée par Bérengère; y fit, en personne, l'inhumation des restes de cette excellente comtesse du Maine, en 1231.

Une vive contestation s'étant élevée entre le chapitre du Mans et Lisiard, seigneur de Poillé, à l'occasion des droits féodaux relatifs à l'une des métairies d'Asnières, le bon évêque eut assez d'influence, chose rare alors, pour terminer, à l'amiable, ce différend ; lorsque déjà les gages de bataille avaient été réciproquement échangés entre le champion du chapitre et celui du seigneur, qui devaient, sans une aussi généreuse intervention, décider le gain du procès par cette épreuve aussi brutale qu'insignifiante, et que l'on employait encore alors sous le titre non moins ridicule de duel judiciaire.

Geoffroi de Laval mourut le 9 août 1234. Ses restes furent déposés dans l'église des Gordeliers, dont il avait fondé le monastère au prix d'une partie de sa fortune. Sans orgueil et sans ambition, il se contenta pour lui-même d'une position modeste, relativement aux dignités, à la fortune; position,

dont les avantages de sa naissance l'auraient aisément fait sortir.

Geoffroi de Loudun, xliv6 évêque du Mans. — Fils de Geoffroi de Loudun, seigneur de ce lieu, baron de Trêves, et de Béalrix ; aussi distingué par sa piété que par sa naissance, cet excellent gentilhomme fut de bonne heure apprécié par Maurice, évêque du Mans, qui le fixa près de lui pour seconder les profondes résolutions qu'il montrait de se conserver à l'état ecclésiastique; lui conféra les ordres, le nomma chanoine et grand-chantre de la cathédrale du Mans.

Maurice ayant été élevé à la dignité d'archevêque de Rouen, et Geoffroi de Laval, son successeur à notre évêché, l'ayant, par sa mort, laissé vacant trois années après, Geoffroi de Loudun y fut nommé, comme le plus digne, en 1234; et, vers le mois de novembre, se rendit à Fontainebleau pour y prêter le serment de fidélité entre les mains du roi Louis IX.

Au début de l'épiscopat, il eut à soutenir, dans l'intérêt de l'église du Mans, une contestation injuste et sérieuse élevée par Juhel de Mathefélon, archevêque de Tours, son métropolitain, qui commença par le frapper d'interdiction. L'affaire se trouva portée devant le pape Grégoire IX; et Geoffroi de Loudun y plaida lui-même sa cause avec tant de modestie, d'onction et de noblesse, que le Saint-Père, enchanté de notre évêque, nonseulement lui donna gain de cause, mais encore l'honora des témoignages d'une estime, d'une affection particulières, et le nomma son légat pour la France.

De retour dans son diocèse, il s'y distingua par une administration pleine d'équité, de sagesse, de charité. La paroisse de la Couture lui paraissant , pour la régularité du service divin, trop étendue, formée de fidèles trop nombreux, il en fit deux sous les noms de Notre-Dame et de Saint-Nicolas.

Il fonda l'abbaye des Chartreux dans le parc d'Orques, donné, à cet effet, par Raoul, vicomte de Beaumont; en fit, par ses largesses, une solitude à la fois charmante et silencieuse, bordée par de très-beaux étangs et par les forêts de la Charnie. Il y bâtit, vers 1244, une église sous l'invocation de

Saint-Denis. Il acheta, de ses propres deniers, plusieurs terres seigneuriales voisines avec leurs droits pour augmenter le domaine des Chartreux ; qui, de leur côté, par des travaux continuels et bien entendus, firent, d'une contrée stérile et presque improductive, un pays assez fécond pour nourrir ses habitants, et même une partie de ceux des environs.

Les libéralités de notre excellent évoque ne se bornaient pas à ces utiles fondations; dans plusieurs famines, qui désolèrent alors une grande partie du Maine, au lieu de dépouiller ses églises et ses monastères pour le soulagement des malheureux, il préférait vider ses greniers, sa propre cassette, et le faisait avec tant de bienveillance , de générosité, que ses chanoines et tous les membres de son clergé s'empressaient de l'imiter, entraînés par la puissance du bon exemple. Il fit à sa cathédrale plusieurs dons précieux, entre autres ceux de belles . verrières coloriées où se voient encore ses armes. Il augmenta les constructions des châteaux de Touvoie, d'Yvré, prit un soin particulier de l'hôpital Goëffort. Au milieu de ces grandes mais utiles dépenses, il mit un ordre parfait dans les finances de son évêché, qui, jusqu'alors, n'avaient pas été toujours en bon état. Il publia plusieurs ordonnances et règlements essentiels h son intelligente et sage administration. Mais, depuis longtemps en butte aux violentes attaques de Charles Ier d'Anjou, comte du Maine, frère de saint Louis, et ne se trouvant plus assez puissant pour lutter avec avantage contre les iniquités d'un pareil adversaire , le bon évêque alla réclamer un appui tutélaire auprès du pape Alexandre IV, qui résidait alors, avec toute sa cour, dans la ville d'Anagni.

Geoffroi de Loudun y mourut quinze jours après son arrivée, le 3 août 1255. Ses restes furent, d'après le vœu qu'il en avait exprimé, conduits en France, et déposés dans l'église des Chartreux de Saint-Denis d'Orques.

Guillaume Roland, xlv1 évêque du Mans. — Fils de Hector Roland, avocat fiscal du comté du Maine, il naquit au Mans, y devint chanoine de la cathédrale, grand-chantre, et fut élevé à la dignité épiscopale, en 1255, par le choix du clergé, le vœu

des habitants, et même la faveur de Charles Ier d'Anjou, comte du Maine; qui, sans doute, espérait le soumettre aisément à ses capricieuses volontés, comme fils de l'un de ses officiers, dont la famille plébéienne était incapable de lui présenter des obstacles sérieux.

Mais le prélat vint à Paris prêter serment de fidélité, comme son prédécesseur, au roi Louis IX, sans vouloir s'abaisser au triste rôle de courtisan près du comte, et consentir à l'usurpation projetée sur les droits de son Eglise; aussi, par les mêmes injustes motifs, Charles Ier d'Anjou devint-il bientôt l'implacable persécuteur de Guillaume Roland, comme il avait été celui de Geoffroi de Loudun.

Notre évêque fut aussi vers la cour de Rome chercher des consolations et l'appui dont il avait besoin au milieu de ses nombreuses tribulations. Alexandre IV et les cardinaux du conclave ayant, à l'unanimité, reconnu la justice de sa cause, le protégèrent contre les violences du comte du Maine, et défendirent son Eglise, menacée dans ses prérogatives. Mais il ne jouit pas longtemps des avantages de son triomphe, et mourut, à Gênes, le 4 août 1261. Ses restes furent déposés dans l'église de l'abbaye de Champagne, que, par testament, il avait choisie pour lieu de sa sépulture.

Geoffroi Freslon , XLvie évêque du Mans. — Doué des plus estimables qualités, il s'était acquis l'estime et l'affection du pape Clément IV, qui voulut, pour lui témoigner la réalité de ces honorables sentiments, l'élever à la dignité d'archevêque. Ce qu'il refusa par humilité; n'acceptant, qu'avec beaucoup de peine, l'évêchô du Mans, auquel il fut nommé vers 1261.

Si Charles Ier d'Anjou n'avait été, par les embarras du royaume de Naples, détourné des persécutions qu'il ne cessait d'exercer contre les prélats de son comté du Maine, Geoffroi Freslon, comme ses prédécesseurs, en eut été victime.

L'administration de cet évêque fut remarquable par la sagesse des règlements qu'il établit dans le but de régulariser les attributions et d'assurer la conduite sacerdotale des cha-

noines, des curés et des prêtres de son diocèse. Il mourut au Mans le 14 novembre 1269 ou 1274.

Geoffroi d'Assé, xlvif3 évêque du Mans. — De Tune des plus anciennes familles du Maine, les seigneurs d'Assé le Riboul et d'Assé le Boisne, ce prélat, né sur la commune de Saint-Marceau, fut graduellement élevé, dans la cathédrale du Mans, aux dignités de chanoine, d'archidiacre, de scholastique, de grand-chantre, enfin d'éveque, en 1269 ou 1274. Le plus bel éloge que Ton puisse faire de son caractère et de ses vertus, est d'ajouter, d'après les chroniques du temps, que son humilité croissait à mesure qu'il montait en charges; que son dévouement et sa charité s'augmentaient dans la proportion des obligations que ces charges venaient progressivement lui imposer.

Il aimait la solitude, et s'y désennuyait des fatigues de la vie publique, dans ses maisons de campagne, dont il s'occupait à cultiver les jardins, à soigner les constructions. Il parvint souvent, par sa douceur et sa bienveillance, à rétablir l'affection entre des seigneurs irrités, qui croyaient ne pouvoir vider leurs différends que par la voie des armes. Après avoir laissé, dans tout son diocèse, des preuves de sa bonté généreuse, il mourut le 3 juin 1277; et fut inhumé dans l'église du Pré.

Charles II d'Anjou , fils de Charles Ier , ve comte usufruitier

Charles II d'Anjou, dit le Boiteux, d'un caractère bien plus honorable que Charles Ier d'Anjou, son père, éprouva cependant, comme lui, bien des tribulations et dos revers dans son royaume de Naples. Captif jusqu'en 1289, vainement occupé du projet de reconquérir la Sicile, Charles II ne put donner aucun soin au gouvernement de la province du Maine dont il était devenu, en 1285, comte héréditaire usufruitier, parla mort de son père.

En accordant sa fille Marguerite à Charles de Valois, frère

de Philippe IV, dit le Bel, fils de Philippe III, ou le Hardi, en 1290 , il lui céda le comté du Maine et mourut à Naples, le 5 mai 1309, généralement regretté de ses sujets pour les principes de justice et d'humanité auxquels son gouvernement n'avait jamais fait défaut.

Charles III, ou de Valois, vie comte usufruitier du Maine.

Charles III, ou de Valois, troisième fils de Philippe III, ou le Hardi , roi de France , et d'Isabelle d'Aragon , par suite d'arrangements avec son beau-père, Charles II d'Anjou , dit le Boiteux, dont il avait épousé la fille, Marguerite, obtint, en 1290, les comtés d'Anjou et du Maine. Engagé successivement dans les guerres d'Angleterre, de Flandre, de Calabre, etc., ce comte ne s'occupa que bien indirectement des affaires de notre province, dont il confia le gouvernement, vers 1317, à Philippe VI de Valois, l'aîné des fils qu'il avait eus de Marguerite d'Anjou, la première de ses trois femmes, et qui devint roi de France en 1328.

Il semblerait cependant que Charles III ne fût pas toujours absolument étranger à l'administration du Maine , puisque Morand nous assure : « qu'il aimait à venir souvent se délasler de ses travaux dans son château du Gué-de-Maulny , » que les cartulaires diocésains nomment : Vado mali niât, et qui se trouvait dans le voisinage du Mans; que ce comte jouissait de l'estime, de l'affection de la noblesse et du clergé. C'est de lui qu'on a dit , comme trait caractéristique de sa position exceptionnelle : « qu'il avait été fils, frère, oncle, père de rois, et jamais roi. »

On lui reproche de s'être approprié les dépouilles des Templiers, et d'avoir contribué, par des motifs de vengeance, à la condamnation d'Enguerrand de Marigny. Charles III mourut le 16 décembre 1625.

Quatre évoques occupèrent le siège épiscopal du Mans pendant le gouvernement et sous l'administration de ces deux comtes usufruitiers de notre province.

Jean de Tanlay, xlviii6 évêque du Mans. — A la mort de Geoffroi cTAssé, le chapitre du Mans, à l'unanimité, nomma, pour le remplacer bien dignement, son doyen Guillaume Roil, homme dont l'humilité dépassait encore la science et les vertus chrétiennes; aussi ne voulut-il jamais accepter cette charge, dont il se déclarait indigne , et déposa-t-il sa démission entre les mains du pape Nicolas III , qui choisit, en 1277 , Jean de Tanlay, dont l'origine est restée conjecturale.

Ce nouveau prélat aux formes systématiquement polies , mais, dans le fond , naturellement dur , hautain , exigeant et difficile, fut presque toujours en guerre avec ses administrés , son clergé, la noblesse du Maine, etc.

Les fermiers d'Amaury de Juillé s'étant refusés à lui payer une dîme qu'ils prétendaient ne pas devoir, il les fit saisir par Guillaume Blanche-Lande , son écuyer, et renfermer dans les prisons de l'évêché. Amaury vient réclamer ses colons , et, n'obtenant aucune satisfaction, s'emporte en violentes injures contre le prélat, qui, sans autre forme de procès, le fait garder à vue dans l'une des chambres du château de louvoie.

Indignés d'une action aussi contraire à la justice qu'outrageante pour la noblesse du pays , les parents d'Amaury , un grand nombre d'autres seigneurs, forment une petite croisade armée contre l'évoque , assiègent ses maisons d'Yvré, de Touvoie, ravagent ses terres, emportent ses meubles, mettent ses gens en prison , démolissent plusieurs de ses habitations , et vont jusqu'à lui tendre des embuscades pour s'emparer de sa personne. De son côté, le prélat furieux lance l'excommunication contre ces redoutables ennemis , avec lesquels il se trouva dès lors dans un tel état d'hostilité qu'il n'osait plus sortir de la ville pour aller à ses châteaux sans être escorté dans sa marche par cinquante ou soixante cavaliers armés. Il est aisé de comprendre qu'au milieu de ces regrettables conflits et des procès nombreux qu'il soutint contre son chapitre, Jean de Tanlay, qui mourut en 1294, ne rendit pas de grands services dans son diocèse pendant un épiscopat de 17 ans.

PiEitiŒ le RoYEit, xLix(' évêque du Mans. — Chanoine, archi-

prêtre de Château-du-Loir; fils de Jean Le Royer, officier du comte de Vendôme; né à Troo , près Montoire, Pierre Le Royer fut nommé, par le choix unanime du chapitre du Mans, en 1294, à 1'évcché de ce diocèse, avec l'agrément du roi Philippe IV , dit le Bel , et sanction du pape Boniface VIII. Le digne prélat, animé des meilleurs sentiments , avait entrepris, avec le désir de rétablir partout la bonne harmonie, l'ordre si regrettablement compromis, la visite épiscopale de son diocèse, pendant laquelle il mourut, en 1296, dans la paroisse de Sainte- Cécile-sur-le-Loir. Ses restes furent apportés au Mans et solennellement déposés dans la cathédrale.

Denis Benoiston, l6 évêque du Mans. — Né à Falaise, chanoine, ensuite doyen de l'Église de Paris, Denis Benoiston fut nommé à l'évêché du Mans par le pape Boniface VIII, en 1296. D'un esprit conciliant, d'un caractère plein de bienveillance, il dissipa les dernières traces de la haine que Jean de Tanlay avait excitée surtout entre la noblesse et le clergé ; obtint pleine satisfaction dans un différend qu'il eut avec Guillaume Le Maire, évêque d'Angers, pour la conservation des limites réelles de son diocèse; et mourut en 1298, au château de Ceaulcé, qu'il faisait reconstruire, et qui avait été démoli pendant les troubles excités par Jean de Tanlay.

Robert de Clinchamp, Lie évêque du Mans. — Appartenant à Tune des plus anciennes familles nobles de la province du Maine, Robert de Clinchamp devint progressivement chanoine, grand-chantre, enfin doyen du chapitre du Mans. Ce fut alors qu'il s'y distingua par son admirable charité, pendant les trois funestes années d'une famine qui désola notre pays. L'excellent doyen déploya, dans cette calamité, les ressources du plus infatigable zèle ; et pour donner du pain aux malheureux , après avoir vidé ses greniers et sa bourse , vendit sa vaisselle d'argent et jusqu'à ses chevaux, auxquels il tenait cependant beaucoup , en conséquence d'un goût de famille dont nous retrouvons encore aujourd'hui les traditions.

D'aussi belles qualités attirèrent sur lui l'estime et l'affection de ses concitoyens; et quand l'évêché devint disponible, il y

fut nommé par le suffrage universel des populations et du clergé, en 1298.

Cette nouvelle dignité sembla développer encore ses vertus chrétiennes, multiplier les applications de son noble zèle et de sa bienveillance au soulagement de tous les genres d'infortunes.

Sous son épiscopat, l'église et le bourg de Goulaines furent la proie d'un incendie qui menaça les faubourgs et l'abbaye de Saint-Vincent; il ne resta point en arrière dans les soulagements et les réparations de cet affreux sinistre; mourut le 9 septembre 1309; ses restes furent déposés dans le chœur de la cathédrale. Un magnifique tombeau couvert d'azur, de bronze et de cuivre doré, lui fut élevé par sa famille ; taillé dans la muraille à droite en montant au grand autel; et conservé dans une intégrité parfaite jusqu'à l'invasion du Mans par les protestants en 1562, qui brisèrent les statues des églises, profanèrent les monuments funèbres et ne rougirent pas d'emporter les métaux précieux qui leur servaient d'ornements.

Philippe VI de Valois, fils de Chaules III de Valois,

VIIe COMTE USUFRUITIER DU MAINE.

Charles III de Valois, comte du Maine, et qu'il ne faut pas confondre avec Charles III, roi de France, vers 922, sous le nom de Charles dit le Simple; obligé de gouverner le royaume, pendant la minorité de ses neveux, avait, en 1317 , confié le gouvernement du Maine à Philippe VI de Valois, son fils, qui le conserva jusqu'en 1328 , époque à laquelle il monta sur le trône de France , avec le titre de Philippe VI de Valois, premier roi de la branche de ce nom.

Philippe VI, avant son avènement au trône, habita souvent le château du Guô-de-Maulny , près le Mans , capitale de son comté. Il y vint môme quelquefois pendant la durée de sa royauté. Ce fut dans cette résidence provinciale que Jeanne de Bourgogne, sa femme, accoucha de Jean II, le 26 avril 1319;

prince qui, sous le nom de roi Jean II ou le Bon , régna sur la France, et devint, sinon la cause, au moins l'occasion des profondes et nombreuses calamités dont elle fut alors frappée.

Le baptême eut lieu dans l'église cathédrale du Mans , par Hugues Oudard , évoque d'Angers ; sous la protection de Charles III de Valois, aïeul et parrain de l'enfant; au milieu d'une pompe remarquable, de réjouissances qui durèrent plusieurs jours et pendant lesquelles Philippe VI répandit généreusement ses libéralités sur le peuple.

Charles IV dit le Bel, troisième et dernier fils de Philippe IV, ou le Bel , avait, en mourant, laissé la reine Jeanne d'Évreux , sa troisième femme, enceinte. D'après les dernières volontés de ce roi, Philippe VI devint régent de France pendant la grossesse de Jeanne, et comme elle accoucha d'une fille, ce prince fut élevé à la royauté par voie de succession à son cousin Charles IV , en devenant ainsi le premier souverain de la branche des Valois, en 1328.

En 1329, il avait institué, au château du Gué-de-Maulny, un collège de chanoines sous le titre de chapelains. Buiné pendant les guerres et les dévastations qui suivirent, cet établissement fut transféré dans la ville du Mans vers 1380.

En montant sur le trône, Philippe VI réunit de nouveau à la couronne les comtés du Maine et de l'Anjou, mais il en donna la jouissance à Jean II , son fils , comme il l'avait reçue luimême.

Pierre de Longueil, liig évêque du Mans. — Sous le gouvernement provincial de Charles III et de Philippe VI, eut lieu l'épiscopat de Pierre de Longueil , fils de Guillaume de Longueil, chambellan de Charles III de Valois. Ce digne prêtre était doyen du chapitre de Rouen , lorsque celui du Mans le choisit pour son évêque en 1309.

Il assista, en 1311 , au concile œcuménique de Vienne en Dauphiné , où le pape Clément V , et le roi de France, Philippe IV dit le Bel, résolurent, de concert, la ruine entière de l'Ordre des Templiers.

Le prélat, au commencement de son épiscopat, eut à soute-

nir, contre son chapitre, une vive discussion relative aux différents pouvoirs de leur juridiction ecclésiastique; et la manière dont les droits de chacun furent établis fait assez comprendre ce qu'étaient encore au xive siècle l'importance et l'étendue réelle de cette juridiction : le chapitre conservait le droit de correction des mœurs, la connaissance des délits, quasi-délits; des contrats et quasi-contrats. A l'évêque était réservée celle des crimes d'hérésie, de magie; des décisions en appel, etc.

En 1313, il fit, d'une manière solennelle, avec son chapitre, la remarquable séparation des anciennes églises ou quarante cures dont le caractère distinctif était de relever immédiatement de leur juridiction et puissance ecclésiastique.

Ce fut, comme nous l'avons dit, le 26 avril 1319, par conséquent la dixième année de l'épiscopat de Pierre de Longueil, que la reine Jeanne de Bourgogne accoucha, dans le château du Gué-de-Maulny , de Jean II , qui fut baptisé le dimanche suivant, en présence d'un grand nombre de seigneurs du pays.

Pierre de Longueil mourut le 3 avril 1326 , et fut inhumé , au Mans, dans le chœur de l'église des Gordeliers.

Jean II de Valois, fils de Philippe VI, vme comte usufruitier

du Maine.

Né au château du Gué-de-Maulny, en 1319, Jean II reçut, a titre d'usufruit, vers 1328, le Maine et l'Anjou, que son père, Philippe VI, avait réunis à la couronne en montant sur le trône de France.

Il conserva le gouvernement de ces comtés, dans lesquels il se lit apprécier par des actes et des règlements locaux remplis de sagesse, jusqu'en 1356, époque à laquelle il en investit son second fils, Louis Ier d'Anjou.

Devenu roi par la mort de Philippe VI de Valois, en 1350, Jean II n'éprouva plus qu'une série de tribulations et de malheurs qui vinrent accabler toute la France et dont les contrecoups se firent particulièrement sentir dans la province du Maine.

On avait espéré beaucoup de l'habileté dans la guerre, de l'expérience diplomatique justement réputées chez un prince qui prenait le sceptre à l'âge de 40 ans; mais des fautes graves, des imprudences impardonnables, il faut bien le dire aussi, des événements qui semblèrent tenir de la fatalité , vinrent briser toutes ces illusions et les remplacer par des réalités qui firent de ce règne un des plus malheureux dont nos annales aient enregistré le douloureux souvenir.

La première de ces fautes fut la barbare exécution de Raoul de Nesle, comte d'Eu , connétable de France; la première de ces imprudences, sa confiance et son affection pour Charles II, dit le Mauvais , auquel il donna l'une de ses filles , et qui ne fit, pendant tout son règne, que le compromettre par ses criminelles actions, ou le tourmenter par ses ambitieux et coupables projets. Enfin, le plus terrible des événements extraordinaires dont il devint la victime, fut cette désastreuse bataille de Poitiers > du 17 septembre 1356; où, même à la tête d'une brave armée française , cinq fois supérieure en nombre , môme après avoir fait des prodiges de valeur dans les périlleux défilés de Maupertuis , où son ardeur l'avait engagé à la tête de sa cavalerie , ce courageux prince fut vaincu , fait prisonnier par le prince de Galles , dit Prince-Noir , ayant seulement alors sous ses ordres huit mille hommes , en partie mercenaires et ne devant avoir en perspective, avant l'action, qu'une défaite à peu près assurée.

Le malheureux Jean II , que son affabilité , sa résignation dans l'infortune, sa fidélité dans l'accomplissement des traités les plus onéreux, firent nommer le Bon, fut conduit en Angleterre, enfermé dans la tour de Londres pendant quatre années qui devinrent pour la France quatre siècles de misères, de bouleversements et de désastres.

Au nombre de ces calamités il faut citer particulièrement : les troubles si dangereux excités par Marcel , prévôt des marchands; les trahisons de Charles II, roi de Navarre, qui fut sur le point d'introduire les Anglais dans la capitale du royaume; les réactions royalistes de Simon Maillard ; les horreurs et les

immoralités de la jacquerie; la concentration des résistances militaires dans les villes , dans les châteaux fortifiés , avec le double et sérieux inconvénient de favoriser , comme nous le verrons, les abus de la féodalité , mais surtout d'abandonner les campagnes aux exactions, aux ravages des armées anglaises; détruisant sur leur passage les bourgs , les moissons , en y jetant partout les fatales semences des famines, des épidémies et de la destruction ; enfin, l'humiliant et surtout onéreux traité de Bretigny , du 8 mai 1360, qui rendait la liberté au roi de France, donnait aux Anglais une occasion nouvelle de montrer leur peu d'exactitude à garder la foi jurée; et, par un contraste honorable pour la France , inspirait à Jean II cette noble réponse aux courtisans qui lui conseillaient d'imiter cet exemple en s'affranchissant des injustes conditions qu'Edouard III avait imposées à la situation malheureuse de son rival : « Si la justice et la bonne foi, dit-il, étaient bannies du reste du monde, elles devraient se retrouver dans la bouche et le cœur des rois î . . . »

L'une des conventions de ce déplorable traité de Bretigny était la renonciation du roi d'Angleterre et de son fils à toutes les prétentions qu'ils pourraient avoir sur le Maine, l'Anjou, la ïouraine, la Normandie, etc., enfin sur la couronne de France. Nous verrons comment furent tenus d'aussi justes engagements.

Espérant mettre un terme aux difficultés incessantes soulevées par Edouard III, Jean passe en Angleterre vers 1364; y meurt, après un séjour de quatre mois, d'une maladie de langueur. On lui fit des funérailles pompeuses dans la cathédrale de Londres, et ses restes furent envoyés avec appareil en France et solennellement déposés à Saint-Denis.

Pendant le gouvernement provincial de Jean II, dit le Bon, trois évoques occupèrent le siège épiscopal du Mans.

Gui de Laval, lui6 évêque du Mans. — Des plus illustres familles de la province du Maine , Gui de Laval était fils de Gui VIII et de Jeanne de Beaumont. D'abord doyen du chapitre de notre cathédrale, il fut nommé à l'évùchéde Quimper; enlin

a celui du Mans en 1326. Il fit dans le cours de son épiscopat des règlements administratifs sages; régularisa l'institution du chapitre du Gué-de-Maulny, fondée en 1329 par Philippe VI; le rétablissement du monastère des Filles-Dieu , que les calamités des temps avaient ruiné. Il habitait souvent son château de Larchamp, près d'Ernée; préférant la solitude aux vaines démonstrations du monde, et répétant ces paroles du pape Célestin : « Un jour passé dans le désert vaut mieux que mille ans dans la cour des princes. » Il mourut le 7 avril 1339, lorsqu'il se disposait à faire la visite épiscopale de son diocèse.

GEOFFROI DELA CHAPELLE, LIVe ÉVÊQUE DU MANS. — Fils d'un

cultivateur de La Ghapelle-Saint-Àubin , commune voisine du Mans, Geoffroi, doué d'une remarquable intelligence, reçut de ses dignes parents le don le plus précieux qu'un père, comme assurance de l'avenir, puisse faire à son fils : celui d'une éducation chrétienne et d'une solide instruction. La carrière du barreau paraît avoir été celle que lui préparait sa famille.

Mais l'intelligent prélat, Gui de Laval, ayant mieux apprécié la vocation réelle de ce jeune homme en position de choisir un état, le crut appelé au service de l'Église ; obtint sa confiance, et, pour encourager ses bonnes dispositions le nomma chanoine, avec l'avantage d'utiliser les profondes notions qu'il avait acquises pendant ses éludes sérieuses de la jurisprudence.

Les espérances du protecteur ne furent point déçues, et le protégé se montra toujours vrai dans ses discours, équitable dans ses jugements, prudent et circonspect dans ses actions.

Nommé à l'évéché du Mans, après la mort de son bienfaiteur, Gui de Laval , en 1339 , Geoffroi de La Chapelle remplit , au milieu des tribulations et des calamités de cette époque , les fonctions alors si pénibles et si difficiles qui venaient de lui être confiées, avec un dévouement, un zèle, une charité conformes aux vertus chrétiennes de ses premiers débuts.

Les populations du Maine, comme celles de toute la France, pendant la captivité du Roi Jean II surtout, étaient réduites à la plus affreuse misère par les ravages incessants des Anglais

ou des troupes indisciplinées qu'on leur opposait; le digne prélat, sans appauvrir son Église, et ne faisant porter que sur les réformes de sa maison, en se réduisant au plus strict nécessaire, les énormes dépenses de ses libéralités envers les malheureux, partageait avec eux jusqu'à la dernière obole de sa bourse, au dernier boisseau de blé de ses greniers. Il mourut le 30 juillet 1350 , universellement regretté. Ses restes furent déposés dans le chœur de la cathédrale du Mans, où le cardinal Pierre de La Forêt, son neveu, lui fit ériger un tombeau digne de l'un et de l'autre.

Nous prendrons occasion de cette circonstance pour faire connaître, en quelques mots , l'un des Cénomans dont l'existence a fait le plus d'honneur à notre province du Maine.

Pierre de La Forêt, cardinal. — Il naquit à La Suze , diocèse du Mans, de Philippe de La Forêt, homme du peuple, trèsestimé dans le pays; et de Marguerite Geoffroi de La Ghapelle- Saint-Aubin, sœur de notre évêque. La révélation précoce de ses brillantes facultés engagea ses parents à lui faire donner l'éducation et l'instruction qu'il semblait mériter, dont il profita de la manière la plus satisfaisante.

Encore très-jeune, il professait déjà la jurisprudence avec une véritable distinction dans les écoles d'Orléans , d'Angers, etc.

Gui de Laval, évêque du Mans, en récompense de son mérite, et comme acheminement à des bénéfices plus considérables, lui donna la cure de Chemiré-le-Gaudin. Le génie de Pierre de La Forêt devait prendre un plus grand essor. Il se rend à Paris, devient progressivement avocat-général de la couronne, chancelier de Jean II de Valois, évêque de Tournai, de Paris, archevêque de Rouen, cardinal et légat d'Innocent VI; il eut beaucoup à souffrir des malheurs du roi son bienfaiteur, dont il ne cessa de prendre courageusement les intérêts. Forcé de se retirer auprès du Souverain-Pontife , résidant alors dans la ville d'Avignon, il y mourut le 22 juin 1361. D'après les dernières volontés qu'il exprimait dans un testament fait quelques années auparavant, ses restes furent déposés à côté de

ceux de Geoffroi de La Chapelle , son oncle, dans le chœur de notre cathédrale, où les deux tombeaux en marbre firent l'ornement de cette église jusqu'en 1562 , époque déplorable à laquelle ils furent brutalement détruits, avec plusieurs autres, pendant une désastreuse invasion des protestants.

Jean de Craon , lv6 évêque du Mans. — Fils d'Amauri III de Graon, seigneur de Sablé , et de Béatrix de Rouis , dame de La Suze, Jean de Graon était chanoine de l'Église de Paris, lorsqu'en 1350, il fut nommé à l'évêchô du Mans. Pour honorer ce prélat, et sans doute aussi les autres membres de son illustre famille, toute la noblesse du Maine et de l'Anjou se réunit et vint donner, à son entrée dans la ville du Mans , la pompe d'une véritable solennité.

Les prêtres de la confrérie de Saint-Julien étant devenus très-nombreux, el leurs chants troublant l'office du chœur de la cathédrale, Jean de Craon les plaça dans l'église de Saint- Michel-du-Cloître, où leurs cérémonies pouvaient se faire avec plus de développement et de liberté.

Nommé à l'archevêché de Reims , ce prélat quitta le siège du Mans en 1355.

Louis Ier d'Anjou, second fils de Jean II, ixe comte

USUFRUITIER DU MAINE

Louis ICI d'Anjou, second fds de Jean II, dit le Bon, naquit au château de Vincennes le 23 juillet 1339 ; assista, vers 1356, à la désastreuse bataille de Poitiers, âgé de 17 ans. Son père, fait prisonnier, lui donna le gouvernement du Maine, de l'Anjou; élevant, en sa faveur, cette dernière province au titre do duché-pairie. Désigné comme l'un des otages à fournir aux Anglais par l'onéreux traité de Bretigny, Louis d'Anjou trouva moyen, en 1363, de s'échapper de Calais, et, malgré les plus vives instances de son père, ne voulut jamais rentrer en captivité.

En 1360, il avait épousé Marie, fille de Charles de Blois. Le

caractère hautain de cette princesse , la rapacité du comte , augmentée par le besoin d'argent que ses dépenses inconsidérées et ses projets ambitieux sur le royaume de Naples augmentaient chaque jour, firent naître , dans l'esprit des Génomans , une véritable répulsion pour des maîtres qui les accablaient d'impôts, de péages, de droits d'entrée, etc.

Après avoir, par des moyens souvent peu délicats, amassé des trésors considérables pour sa grande entreprise , Louis Ier d'Anjou, vers la fin de mai 1382, se rend en Provence, comme héritier de Jeanne, reine de Naples, qui venait de faire des dispositions en sa faveur; est couronné par Clément VII; fait valoir ses prétentions à la tête d'une excellente armée de soixante mille hommes, contre Charles de Duras, couronné de son côté par le pape romain Urbain VI; frappé à mort dans un combat qu'il a l'imprudence de livrer , cet ambitieux roi d'un jour succombe, en 1384, près de Bari, dans le royaume dont il voulait prendre possession ; assez peu regretté des Cénomans; laissant tous ses trésors au pillage, et les malheureux compagnons de son équipée, dans la nécessité de rentrer librement chez eux, mais en implorant, sur la route, l'humanité charitable des populations.

Deux évoques ont occupé, sous Louis Ier d'Anjou, le siège épiscopal du Mans.

Michel de la Brèche, lvic évêque du Mans. — Docteur en théologie, d'origine patricienne, grand aumônier de France à Paris, sous le roi Jean II, Michel de la Brèche fit bâtir, dans la capitale, pendant l'exercice de sa charge, l'hôpital des Quinze-Vingts. Nommé en 1355 à l'évèché du Mans , ce prélat eut beaucoup à souffrir des ravageurs anglais, et de ceux que jetaient dans tout le pays ces bandes indisciplinées et vagabondes qui, sous le nom de Tard-Venus, pillaient les villes et les campagnes. Mais plus d'une fois les gens à son service déjouèrent les criminels projets de ces misérables. Ainsi, lorsque la compagnie conduite par le nommé Robert Marcault , brigand trop connu dans le Maine et l'Anjou pour ses actes d'une cruauté sauvage, vint assiéger le château de Touvoie ,

appartenant à l'évêque, son intendant eut l'ingénieuse pensée del aisser les ponts-levis abattus après en avoir fait déeheviller la charpente. Marcault et les principaux de sa troupe, composée d'Anglais et de Tard-Venus , s'y précipitent en foule , croyant effectuer une surprise. Aussitôt, les ponts se brisent avec fracas sous les pieds de ce ramas d'aventuriers, qui tombant embarrassés au milieu des pièces de bois, dans les fossés remplis d'eau, profonds, sont bientôt assommés jusqu'au dernier par les gens du château ; les autres, aussi lâches que généralement dissolus , privés de leurs chefs ; effrayés par les résultats du piège qu'on leur avait habilement tendu , prirent la fuite pour aller grossir d'autres bandes plus heureuses dans leurs coupables invasions.

Ce fut précisément sous l'épiscopat de Michel de La Brèche que le connétable Bertrand Duguesclin fut nommé gouverneur de la ville du Mans. Tl remporta deux ans plus tard , sur les Anglais, en 1370, la célèbre bataille de Pontvallain, dans notre province. Le digne prélat mourut le 4 juin 1368.

Gonthier de Baignaux, Lvne ÉvÊQUE du Mans. — Secrétaire d'État du roi Charles V, Gonthier de Baignaux fut, par ce monarque , nommé a l'évêché du Mans en 1368. Son élection ayant été sanctionnée par le Souverain-Pontife de Rome Urbain VI, il n'en fallut pas davantage pour lui faire un dangereux ennemi du pape d'Avignon, Clément VII, qui ne manqua pas de lui susciter des embarras nombreux dans les discussions qu'il eut à soutenir contre son chapitre, à l'occasion des libertés et franchises que ce dernier prétendait avoir obtenues du pape Innocent IV.

Les relations du prélat avec ses chanoines devinrent assez indifférentes et même assez froides, pour que, dans leurs arrangements, il tînt à se faire exempter de l'obligation de recevoir à sa table, toutes les fois qu'il officiait pontificalement, ceux qui l'assistaient dans les cérémonies du culte ; et dès lors à réduire aux trois fêtes de Pâques, de Noël , et de la Saint-Gervais d'été, les occasions de les traiter dans son palais épiscopal.

En faveur près du roi Charles V, Gonthier de Baignaux

obtint Tétrango privilège de faire élever un gibet de justice à quatre piliers pour sa baronnie de Touvoie, et d'y faire tenir des foires et marchés à plusieurs époques de Tannée. Du reste, cet évêque était sage, vigilant, observateur, et préférait la solitude au brillant tumulte du monde. Aussi choisit-il un hibou pour emblème avec cette devise : Habitat mens cauta recessus. Il fut, en 1385, nommé à l'archevêché de Sens.

Louis II d'Anjou, fils de Louis Ier d'Anjou, xe comte

USUFRUITIER DU MAINE

A la mort de son père, Louis Ier d'Anjou, Louis II, alors âgé de sept ans, devint comte du Maine et de l'Anjou, sous la tutelle de Marie de Blois, sa mère, en 1384.

Couronné roi de Naples, en 1389, par le pape d'Avignon Clément VII, il ne fit qu'entrevoir cet héritage paternel, et se trouva bientôt forcé d'y renoncer entièrement.

Vers cette époque si triste pour notre province, et qui préparait tant de calamités à la France entière, Charles VI, alors âgé de douze ans, venait d'en recevoir le gouvernement, en 1380, sous la régence que Charles V, son père, avait, en mourant, laissée au duc d'Anjou, son oncle.

Charles V, justement surnommé le Sage, avait en effet prévu le danger de cette régence, connaissant bien l'esprit aventureux et brouillon de son frère; mais, comme il arrivait à cette charge par droit de naissance, craignant encore plus les réactions de l'orgueil humilié, que pouvait amener un autre choix, de la part d'un prince capable de s'abandonner à tous les excès du plus implacable ressentiment.

Aussi, dès l'année 1382, par les inepties et les imprudences du régent pour la perception des impôts, la capitale du royaume offrit-elle, comme un prélude sinistre, cette sanglante rébellion dire des Maillotins, par allusion aux maillets en plomb dont se servaient les séditieux pour assommer tous ceux qui cherchaient à leur opposer une légitime résistance.

Le malheureux Charles VI, comme s'il eût été voué, dès sa naissance, aux plus rudes épreuves, n'allait sortir de l'oppression de son indigne tuteur que pour tomber sous la puissance despotique d'une femme altière et plus indigne encore; puisqu'il se mariait, en 1385, h la fille d'un duc d'Allemagne : Isabelle de Bavière, qui se montra tout à la fois reine parjure, épouse coupable et mère sans cœur!... Enfin, pour mettre le comble à son infortune, à celle de la France, il devait perdre la raison; n'offrir ultérieurement, par intervalles, que des lueurs passagères de sens et d'intelligence. Au milieu de tant de causes fatales, nous allons donc voir notre belle patrie longuement abreuvée d'humiliations, sous le joug flétrissant de l'Angleterre.

Ici vient s'effectuer un des événements les plus tristes de notre histoire, que nous devons mentionner, puisqu'il se rattache à ces calamités , que le Maine en fut le théâtre , et qu'il mettra le comble à cette flétrissure, à ces humiliations, en les étendant, comme une lèpre contagieuse, à la France entière. Le baron Pierre de Graon , après l'assassinat du connétable Olivier de Glisson , favori de Charles VI , va se réfugier près de Montfort, duc de Bretagne, son parent et son ami, qui refuse de l'abandonner à la justice du roi. Charles VI fait rassembler, au Mans, une armée nombreuse ; passe trois semaines au château de cette ville , pour effectuer les préparatifs d'une guerre dont ses deux oncles, les ducs de Bourgogne et de Berry, qui portaient une haine profonde au connétable, cherchèrent en vain, pendant ce temps, de le dissuader par tous les moyens possibles.

Le roi part du Mans le 5 août 1392, dans un état de santé peu satisfaisant. Il devait traverser la forêt, qui commençait alors par une futaie en exploitation, nommée le bois de Teillais, s'étendait au loin dans la direction de La Suze, et se terminait, avant d'y arriver, par une lande sablonneuse. Charles VI est à peine engagé dans le bois de Teillais, à la hauteur d'Alonnes, qu'un homme de haute stature, sous le déguisement d'un fantôme blanc, caché derrière un arbre, saisit les rênes de son

coursier, en lui criant d'une voix sinistre : « Roi, ne chevauche pas plus avant; retourne, tu es trahi. » Le fantôme disparaît, sans qu'on cherche même à le poursuivre, tant il est bien probable que cet augure d'un nouveau genre n'était que l'acteur d'une scène imaginée par les oncles du roi pour l'arrêter dans sa marche. Il continue cependant, mais l'œil morne, et comme absorbé dans une préoccupation terrible. A son entrée dans cette lande, par une chaleur excessive, il est subitement réveillé de sa triste rêverie par le choc d'une lance, et devient furieux ; le coup avait porté : le malheureux Charles VI était complètement fou!... En effet, réveillé comme d'un songe pénible, et croyant voir se réaliser la prédiction du fantôme, il saisit son épée, frappe tous ceux qui se trouvent à sa portée, criant comme un furieux : « En avant sur les traîtres ! » On cherche vainement à le saisir. Lorsque ses forces parurent épuisées, l'un de ses chambellans, Guillaume Marte), saute adroitement sur la croupe du cheval, embrasse vigoureusement le roi, que l'on désarme et couche sans connaissance dans un chariot. « Le voyage est fait pour cette fois, » dirent les deux oncles, dont les manœuvres avaient enfin réussi pour anéantir les projets de Charles VI. Dans ce déplorable état, on le ramène au Mans. Les intervalles de lucidité qu'il offrit par la suite ne furent pas suffisants pour garantir la France des intrigues de la cour et du joug honteux que la Grande-Bretagne allait bientôt lui faire subir. La seule compensation dérisoire que la démence du roi vint nous apporter, fut l'invention des cartes par Gringonneur.

Henri V, roi d'Angleterre, profitant des troubles et des divisions de notre malheureux pays , des avantages que lui présentait la fatale victoire d'Azincourt, en 1415, prend la Normandie; se fait couronner, en 1421, roi de France; est secondé, sans pudeur et sans conscience, dans cette usurpation, par Isabelle de Bavière, veuve de Charles VI, en 1422, et qui, pour consacrer un acte aussi criminel, au mépris des prescriptions de la loi salique, ne craint pas d'insulter à la mémoire de son malheureux époux, aux devoirs les plus sacrés de la ton-

dresse maternelle, en déshéritant son fils ; en donnant sa fille en mariage à l'usurpateur lui-même. Mais l'un et l'autre avaient compté sans l'indignation de la France, et sans la valeur de ses courageux soutiens.

Pendant ces tristes événements, notre comte du Maine, Louis II d'Anjou, particulièrement affectionné de Charles VI, fidèlement attaché à son service, avait plus d'une fois châtié les Anglais de leurs perfidies et de leurs dévastations ; lorsqu'on les repoussant de l'Anjou qu'ils mettaient au pillage, il y tomba malade, et mourut dans la ville d'Angers, le 29 avril 1417.

Un seul prélat occupa le siège épiscopal du Mans pendant la majeure partie de celte regrettable phase de notre histoire.

Pierre de Savoisy, Lvme évêque du Mans. — De noble origine, d'un caractère impérieux et difficile, Pierre de Savoisy, nommé à l'évêché du Mans en 1385, eut de nombreux et graves différends avec son chapitre, avec Louis II d'Anjou, comte du Maine, etc.

Les chanoines ayant obtenu du pape d'Avignon, Clément VII, des privilèges illimités qui soustraiaient à la juridiction épiscopale, non-seulement les membres du chapitre, mais encore les autres ecclésiastiques et jusqu'au personnel du bas chœur; Pierre de Savoisy réclama très-énergiquement contre un abus qu'il regardait, avec assez de raison, comme portant une atteinte funeste aux véritables principes d'une bonne discipline de l'Église : ainsi que l'événement ne tarda pas à le prouver. Après enquête faite par des cardinaux délégués, Clément VII apporta quelques restrictions à ces privilèges, plutôt dans les formes que dans le fond de la mesure où se trouvait tout le danger, comme vint le démontrer un fait public et malheureusement très-scandaleux.

Il était d'usage, à la procession de la Fête-Dieu, de se diriger, de la cathédrale, vers le cimetière du grand hôpital Goëffort, où se trouvait un reposoir préparé à cet effet. Les chanoines, sans en prévenir l'évèque, et pour faire acte de l'autorité dont ils étaient fiers, prirent la résolution, en pleine

assemblée , de changer l'itinéraire ancien du saint-sacrement, et de le porter, à partir de 1393, à l'église abbatiale du Pré.

Le prélat, informé de cette résolution, et voulant y mettre obstacle, fit, avec le concours des officiers de Marie de Blois, douairière et comtesse du Maine, fermer les portes des ponts Isouard et Perrein. Le doyen, à la tête du chapitre, des chantres et d'une partie du clergé, voyant que l'on avait condamné les passages dans l'intention de s'opposer à l'exécution du nouveau projet, fit signe au scholastique, à l'archidiacre qui portaient l'ostensoir, de rétrograder au carrefour de la rue Dorée. Tous les prêtres du chœur suivirent ce mouvement, abandonnèrent la procession, et rentrèrent à la cathédrale, en suivant la Grande-Rue.

L'évêque, sans se déconcerter d'une conduite aussi profondément insultante pour sa personne, pour son caractère épiscopal, aussi tristement scandaleuse pour les fidèles, prit le Saint-Sacrement dans l'église de Saint-Benoît, le fit porter par ses aumôniers, et dirigea la procession, comme à l'ordinaire, vers la station de l'hôpital Coëffort. Mais, pour qu'il ne manquât rien à l'inconvenance de leur action, le doyen et le chapitre empêchèrent que la rentrée du cortège se fît au son des cloches, ainsi que le prescrivent les rites et coutumes de ces grandes solennités.

Cette bien regrettable affaire mit un instant le désordre dans la ville du Mans; eut- un retentissement fâcheux, non-seulement dans le diocèse, mais encore dans toute la France. Elle fut portée, par l'évêque, devant la cour du Parlement, qui condamna le doyen, le chapitre, à une amende motivée de deux cents livres ; et maintint l'évêque dans tous ses droits de juste suprématie, afin, qu'à l'avenir, un pareil scandale ne se reproduisît plus sous l'influence d'une aussi fausse et déplorable insubordination.

Un pareil état de choses n'était pas favorable aux améliorations que le prélat aurait pu désirer dans l'administration de son diocèse, et rendait ses fonctions tellement difficiles, que, d'après notre historien J. R. Pesche, il aurait sollicité, obtenu

son changement, en 1398, pour l'évêché de Beauvais. Le Corvaisier et Bondonnet soutiennent au contraire qu'il mourut, à cette époque, évêque du Mans, et fut inhumé dans l'église cathédrale de cette ville.

Louis III d'Anjou, fils de Louis II d'Anjou, xie comte

USUFRUITIER DU MAINE

En mourant, Louis II d'Anjou laissa trois fils, Louis, René, Charles, qui vont successivement gouverner le comté du Maine, plus ou moins distraits des soins qu'ils devaient lui donner, par leurs prétentions au royaume de Naples; une fille du nom de Marie, qu'il unit , vers 1416, au Dauphin, depuis Charles VII, roi de France.

Louis III d'Anjou, devenu comte du Maine en 1417, eut à combattre les Anglais, dont les ambitieuses prétentions faisaient chaque jour des progrès favorisés par la funeste bataille de Verneuil, dans le Perche, en 1424. Ce fut, en effet, alors que le duc de Bedford, oncle de Henri VI, roi d'Angleterre, et qui prenait insolemment le titre de régent du royaume de France, voulut y joindre celui de comte du Maine, après en avoir envahi la capitale. Mais les Cénomans, dominés par la force brutale, ne le furent point par la crainte, et refusèrent courageusement de reconnaître un Anglais pour gouverneur. Deux ans auparavant, le malheureux Charles VI mourut dans un délaissement à peu près complet, mais emportant, comme dédommagement, dans la tombe, le titre de Bien-Aimé, que lui donna tout un peuple resté juste au milieu de ses calamités; et reconnaissant que si la tête avait manqué chez cet infortuné monarque, le cœur du moins n'avait jamais fait défaut. Nous voudrions pouvoir en dire autant de Charles VII, qui venait de le remplacer, et dont le règne allait offrir de si profondes humiliations pour la France.

Entraîné par les séductions du royaume de Naples , dont il était un des prétendants, Louis III d'Anjou, pour en devenir

le souverain, assiégeait Tarente, lorsque la mort vint le surprendre, le 15 novembre 1434. Il ne laissa point d'enfants de son mariage avec Marguerite de Savoie.

René d'Anjou, second fils de Louis II d'Anjou, xne comte

USUFRUITIER DU MAINE

Frère du précédent, René d'Anjou, légitime héritier du comté du Maine, vers 1434, eut, en perspective, et même en espérance, un assez grand nombre d'autres possessions : telles que le royaume de Naples, d'après les dispositions de la reine Jeanne ; le duché de Rar, par celles du cardinal de ce nom ; celui de Lorraine, par son mariage avec Isabelle, fille du seigneur de cette province ; et de tous ces gouvernements, se trouva réduit à celui de Provence, qu'il habita dès lors, ayant, en 1441, cédé le Maine à son frère Charles ; et plus tard, le duché d'Anjou lui ayant été enlevé par l'ambition de Louis XL

René d'Anjou, tout à la fois guerrier valeureux, poète, philosophe, peintre, etc., se fit particulièrement remarquer parles excellentes qualités qui lui méritèrent le surnom très-honorable de Bon. Retiré dès l'année 1473, à Aix-en-Provence, dont il avait le gouvernement, ce prince aimable et rempli de bienveillance y mourut, le 10 juillet 1480, regretté de toutes les provinces, qui purent apprécier la justice et la charitable douceur de son administration.

Un seul évêque dirigea le diocèse du Mans pendant la présence de René d'Anjou, dit le Ron, dans la province du Maine, à titre de gouverneur.

Adam Chastelain, Lixe évêque du Mans. — Né à Noycn, en Picardie, offrant peut-être un peu, dans les habitudes ordinaires de la vie, le caractère distinctif de cette localité, Adam Chastelain eut à soutenir un grand nombre de procès, nonseulement avec son chapitre, mais encore avec la plupart des communautés et des couvents de son diocèse, et fut assez heureux pour les gagner presque tous. Il maintint rigoureusement

l'exercice de ses droits; et, prenant sans doute conseil des tribulations éprouvées par son prédécesseur, il s'opposa de la manière la plus énergique et la plus persévérante aux empiétements toujours imminents des privilèges du chapitre et des différents doyens, sur la prépondérance épiscopale; privilèges que les anti-papes ne manquaient presque jamais alors d'accorder aux chanoines, pour se faire des adhérents et des créatures.

Au nombre des procès relatifs aux intérêts ecclésiastiques, et débattus sous l'administration d'Adam Chastelain , il faut surtout noter celui que Louis III, comte d'Anjou, du Maine, et les bourgeois de cette province intentèrent à l'évoque, à ses curés, etc., à l'occasion des droits énormes de sépulture qu'ils exigeaient alors, et qui s'élevaient au tiers des biens meubles délaissés, dans leur paroisse, parle défunt. Par arrêt du Parlement, 8 avril 1416, ces droits furent abaissés à la dixième partie de la valeur mobilière indiquée dans la déclaration; ou bien à 30 sols tournois pour les riches, à 7 sols 6 deniers pour les autres.

Sous l'épiscopat d'Adam Chastelain, le duc de Bedford occupait militairement la capitale du Maine ; ce prélat obtint, en intercédant auprès du chef anglais, que les églises et le clergé seraient alors traités avec les plus grands ménagements. Il mourut à son château de Touvoie, en 1439.

Charles IV d'Anjou , troisième fils de Louis II d'Anjou, xme comte usufruitier du Maine.

Charles IV d'Anjou devint comte du Maine, en 1441, par la cession que René d'Anjou, son frère, lui fit, alors de ce gouvernement. Il épousa, vers 1443, en secondes noces, Isabeau de Luxembourg, sœur du cardinal de Luxembourg, qui, plus lard, fut évêque du Mans.

Favori de Charles VII, il suivit ce monarque dans toutes les expéditions contre les Anglais. Lorsqu'assiégés dans la ville du Mans, et forcés d'exécuter les conditions d'un traité qui les

expulsait de la province du Maine, ce fut entre les mains de Charles VII qu'ils feignirent de la remettre; car ils conservèrent encore, ainsi que nous le verrons, jusqu'en 1449, la place de Fresnay.

Le crédit de ce comte près de Louis XI ne fut pas de longue durée ; sans les motifs qui portaient cet ombrageux et cruel souverain à ménager son vassal, on peut bien croire que sa disgrâce eût présenté les conséquences tragiques dont s'accompagnaient ordinairement les échecs de la faveur sous le despotisme d'un pareil tyran.

Charles IV d'Anjou mourut à Aix, en Provence, le 10 avril 1472, et fut inhumé par son beau-frère Thibaud de Luxembourg, alors évoque du Mans, au côté droit du grand autel de la cathédrale de cette ville.

Charles V d'Anjou, fils de Charles IV d'Anjou, xive comte

USUFRUITIER DU MAINE

Après la mort de Charles [V d'Anjou, Charles V d'Anjou, son fils, qui vivait auprès de son oncle René, comte de Provence et roi de Sicile, se trouva pourvu du comté du Maine en 1472. Lorsqu'il vint en prendre possession, le 18 avril 1475, la ville du Mans le reçut avec une grande pompe; et comme présents de bienvenue, offrit à la comtesse, sa femme , une belle jhaquenée, couverte d'un harnais riche et brillant; au comte, cent pipes de vin et cent setiers de blé. L'hôtel de ville pourvut à cette dépense au moyen d'une capilation sur les habitants.

Charles V d'Anjou eut en perspective, comme antérieurement son oncle René, dit le Ron, et sans réalité plus positive, un assez grand nombre de royaumes et principautés. Ainsi, après la mort de son père et de René d'Anjou, les royaumes de Jérusalem, de Naples, de Sicile, d'Aragon, de Valence, de Maïorque, de Sardaigne, de Corse ; les duchés d'Anjou, de Bar; les comtés du Maine, de Barcelone, de Provence, de Piémont, etc.

Notre nouveau comte n'eut pas même à se nourrir longtemps de ces brillantes et vaines espérances : la mort de sa femme, Jeanne de Lorraine, lui causa un tel chagrin, qu'il succomba lui-même, sans laisser d'enfants, le 11 décembre 1481.

Louis XI, qui régnait alors, n'était pas homme à négliger les avantages qu'une pareille succession pouvait lui présenter ; aussi, lorsqu'il vit Charles V d'Anjou descendre vers la tombe, s'empressa- t-il de gagner Palamède de Forbin, ministre du comte, qui, pressé par les plus vives sollicitations, reconnut, par testament, la veille de sa mort, le roi de France pour son légataire universel.

D'après cet arrangement, le comté du Maine rentra dans le domaine de la couronne, fut gouverné par des ministres du roi ; la série de ses comtes héréditaires se trouva dès lors interrompue jusqu'à l'avènement, en 1515, de Louise de Savoie, mère de François Ier; laquelle reprendra, pour la terminer, cette mémorable série des comtes héréditaires usufruitiers de la province du Maine.

Sous le gouvernement des deux comtes du Maine, Charles IV et Charles V d'Anjou, trois évoques occupèrent le siège épiscopal de cette province.

Jean d'Hierrai, lxc évéque du Mans. — Chanoine de la cathédrale du Mans, sous Adam Ghastelain, Jean d'Hierrai en devint évèque, en 1439, par le choix et le suffrage du chapitre. L'esprit d'indépendance, qui semblait gagner la classe moyenne du clergé, lui suscita plusieurs difficultés avec les abbés de Saint-Calais, d'Evron, etc. ; le prieur d'Oise, etc. Cet esprit d'indépendance ecclésiastique avait surtout envahi le diocèse du Mans depuis la pragmatique sanction : ordonnance faite à l'assemblée de Bourges, en 1438, par le roi Charles VII, pour modifier quelques décrets du concile de Baie, et donner à toute église et toute communauté le droit d'élire son chef; droit, dont le chapitre du Mans venait d'user, en élevant, de sa propre et seule autorité, Jean d'Hierrai sur le siège épiscopal de cette ville.

Ce prélat, qui avait gouverné son diocèse avec zèle, oru-

dence et douceur, pendant kpeu près douze années, étant allé visiter des ouvriers occupés aux réparations de son château de Touvoie, monta sur une terrasse élevée, fil une chute si grave, qu'il en mourut quelques jours après, vers 1451, généralement regretté.

Martin Berruyer, Lxie évêque du Mans. — Né en ïouraine, doyen du chapitre métropolitain de ce diocèse, Martin Berruyer fut nommé à l'évêché du Mans, en 1452, par le chapitre de cette ville.

Très-attaché aux devoirs de sa charge, à la régularité d'une discipline ecclésiastique sagement observée, au recueillement, à la dignité des cérémonies religieuses, notre digne prélat s'occupait sérieusement de l'administration de son diocèse; il fit copier sur les registres du conseil et de la cour de parlement plusieurs documents essentiels à consulter, et qui formèrent deux volumes déposés dans les archives de la cathédrale du Mans. Enfin, il enrichit ses églises, avec une sorte de magnificence, des ornements employés surtout aux grandes solennités.

Ce fut dans les dernières années de l'épiscopat de Martin Berruyer, vers 1465, que s'organisa, contre Louis XI, cette ligue féodale, excitée par les principaux seigneurs du royaume, sous le titre passablement controuvé de Ligue du bien public, et qui, vers 1467, amena le despotique souverain dans la ville du Mans; où, pour surveiller les opérations du siège d'Alençon, entrepris d'après ses ordres, il séjourna depuis le 18 novembre de cette année jusqu'au 28 janvier 1468.

Le clergé, revêtu de ses plus riches ornements, vint processionnellement, croix en tête et bannières déployées, audevant du roi jusqu'à la Vieille-Porte, le conduisit à celle de la cathédrale avec la même solennité, suivi des seigneurs de la cour. Arrivé sur le parvis Saint-Julien, Louis XI descend de son palefroi, se prosterne à genoux pour adorer, avec humilité, un reliquaire de la vraie croix, présenté par le grandchantre, Jean du Breil. Entré dans l'église, il revêt les habits que portent les chanoines aux grandes cérémonies ; on le

conduit dans le chœur à la place du premier d'entre eux, d'après le titre que lui donnait sa qualité de roi de France. Assurément, ce dut être un spectacle à la fois curieux, étrange et triste pour les esprits sérieux et réfléchis, de voir ce cafard et perfide souverain , ce monarque ombrageux et vindicatif, dont le compère Tristan immolait si consciencieusement les victimes, la poitrine couverte d'une mozette, l'aumusse au bras, une chape sur les épaules, occupant la place honorable d'un doyen de chapitre dans l'église cathédrale du Mans !...

Après la cérémonie, tout le cortège conduisit le monarque dans l'hôtel de l'archidiacre de Sablé : Jacques d'Argouges; hôtel qui méritait ce choix par une agréable situation ; et dans lequel Louis XI fit sa résidence pendant toute la durée de son séjour au milieu de notre ville.

Du reste, comme les caractères, même les plus vicieux, ne sont pas ordinairement sans quelques bonnes qualités , Louis XI offrit quelquefois de la reconnaissance pour les services qu'on lui rendait. Il en donna la preuve, deux ans pins tard, à la ville du Mans, en lui faisant hommage, pour sa cathédrale, d'une plaque d'argent pesant deux cents marcs, sur laquelle était gravé le plan de la ville d'Alençon, en mémoire du siège de cette place; il joignit au magnifique présent un cierge de 200 livres. Cette faveur ne fut pas, comme nous le verrons , la seule dont l'astucieux roi gratifia notre capitale du Maine.

Après un épiscopat de 17 ans, Martin Berruyer mourut au Mans le 23 avril 1468, et fut inhumé devant le grand autel de la cathédrale.

Thibaud de Luxembourg, lxiic évêque du Mans. — De l'illustre famille dont sortirent, pour l'Eglise, tant d'évèques, de cardinaux, de papes; et pour l'Europe, tant de princes, de rois, d'empereurs, Thibaud de Luxembourg, frère de la comtesse du Maine, Isabeau de Luxembourg, femme de Charles Ier d'Anjou, ne se destinant pas d'abord à l'état ecclésiastique, avait épousé Philippine de Melun, fille du vicomte de Gand, de laquelle il eut plusieurs enfants. Mais, au milieu des cha-

grins du veuvage, il fit des réflexions tristes sur les vicissitudes pénibles de la vie mondaine, et se retira dans un monastère, pourvu de plusieurs bénéfices abbatiaux. Ce fut alors, qu'en 1464, le chapitre du Mans le choisit pour évêque de cette ville.

Les enfants que Thibaud de Luxembourg avait eus de Philippine de Melun, avant son entrée dans les Ordres, occupèrent tous des postes élevés : Jacques, seigneur deFiennes; Philippe, évêque du Mans, cardinal et légat du Pape ; François, vicomte de Martigues; deux filles : Guillemette et Magdeleine, mariées à des seigneurs titrés.

Nommé cardinal par le pape Sixte IV, notre digne prélat mourut le 1er septembre 1477, lorsqu'il se disposait à foire le voyage de Rome pour y recevoir les insignes de sa nouvelle dignité. Il fut inhumé dans l'église cathédrale du Mans, à droite en montant au chœur.

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