‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 28 sur 45 · II. Progrès des Lettres, des Sciences, des Arts · texte numérisé non relu

II. Progrès des Lettres, des Sciences, des Arts

Le perpectionnement du langage, dans cette deuxième phase du moyen-âge, amena tout naturellement le progrès des lettres, qui dépassa dès lors beaucoup celui des sciences et des arts, sur lequel cette cause offrait une influence beaucoup moins puissante. Cependant nous verrons encore les unes et les autres obéissant à l'impulsion commune donnée par ces migrations répétées au milieu des pays et des peuples orientaux, où presque tout se montrait insolite et nouveau pour les nations croisées de l'Occident.

1° Lettres. - Aussitôt que la langue romane eut acquis un

certain développement, qu'elle put formuler, avec assez d'intérêt et de précision , les idées et les sentiments nouveaux qu'éveillaient la fréquentation et le mélange des peuples divers, on vit s'élever un genre de littérature bâtarde, originale, quelquefois attrayante, instructive, tenant à la fois de l'histoire et de la fable, et dont les produits furent désignés sous le titre de Romans, d'après le nom de la langue qui servait surtout à les composer.

Ces romans, avec leurs éléments plus ou moins imaginaires, leur caractère plus ou moins poétique, étaient particulièrement consacrés à la relation embellie des hauts faits de nos souverains, de nos princes, de nos chevaliers ; à la célébration des charmes de nos châtelaines ; aux chants héroïques ou joyeux, destinés à l'embellissement des fêtes et des tournois de cette époque.

On remarquait surtout alors ces romans de la chevalerie, où se trouvaient prodigués, trop souvent sans discrétion et sans mesure, les merveilleux faits et gestes des esprits, des fées, des enchanteurs, etc.

Ginguené, Warton, et plusieurs autres érudits, voient dans ces romans une empreinte des traditions orientales, arabes surtout. Us pensent que les enchanteurs, les fées, les esprits, ont été introduits dans nos compositions par les Scythes d'Asie, qui les avaient empruntés aux Persans; d'autres les croient simplement d'origine bretonne.

Daunou, dans sa Dissertation sur l'origine des Romans, l'attribue, ainsi que la création des êtres surnaturels qui s'y trouvent introduits, à l'action de plusieurs influences réunies. A celle : 1° des poètes du nord et spécialement des Scaldes qui suivaient Rollon ; 2" des Sarrasins, par le moyen des croisades ; 3° des vieilles traditions de l'Armorique ; 4° des restes défigurés de l'ancienne mythologie grecque.

Si l'on cherche à remonter aux premiers romans français, on éprouve le sérieux embarras d'opter entre des autorités également imposantes, mais dans un désaccord bien regrettable sur cet objet important.

Les savants ont beaucoup écrit sur les fameuses Chroniques de Turpin, d'abord moine de Saint-Denis, ensuite archevêque de Reims, en 753 ; et, d'après Trithême, le secrétaire, l'ami, le compagnon d'armes de Charlemagne. Cette chronique est attribuée par des érudits modernes au moine Robert, et reportée jusqu'à la fin du xie siècle. Ce qu'il est permis d'affirmer avec plus de certitude, c'est qu'elle fut la source d'un grand nombre de récits merveilleux, au nombre desquels on peut comprendre les romans chevaleresques d'Ogier le Danois, de Maugis d'Aigremont, des quatre fils d'Aymon, de Renaud de Montauban, etc.

Toutefois, la plus ancienne de ces productions paraît être le Philomena, chronique en prose ; ainsi désignée du nom d'un historiographe de Charlemagne, et dont le véritable titre est : « Gesta Caroli magni, etc.» Les Bénédictins en fixent la publication vers le milieu du xe siècle ; l'abbé Le Bœuf, à la seconde moitié du xme ; M. Raynouard a démontré qu'il ne pouvait pas être antérieur à la dernière moitié du xne. Le second roman est en vers, attribué à Guillaume de Bapaumc ; il contient l'histoire de saint Guillaume de Gellone, l'un des lieutenants de Charlemagne. Suivant Ordéric Vital, ce livre était déjà trèsconnu en Angleterre dès l'année 1066. Deux productions de ce genre ont surtout fixé l'attention du monde littéraire, vers la moitié du xne siècle.

Le roman du Brut, ou YArtus de Bretagne, mis en vers par Robert Wace, et n'en contenant pas moins de quinze mille, offre l'histoire des premiers rois d'Angleterre, depuis le prince troyen Brut ou Brutus , d'où ce roman historique a pris son nom ; sa principale importance est d'avoir fourni l'inépuisable source de tous ces romans de la Table-Bonde, où l'enchanteur Merlin joue souvent un rôle si merveilleux.

Le roman du Bou, ou de Rollon, premier duc de Normandie, publié en 1165, et contenant seize mille vers. Il est attribué à Bobert Wace , par les uns ; à Eustache Wistace , par les autres.

Dans une troisième classe des romans de chevalerie, on

pourrait placer la collection des Amadis, généralement regardés comme d'origine espagnole; et, par les auteurs de l'histoire littéraire de la France, comme pouvant appartenir à l'école italienne; collection dont Y Amadis de Gaule, le plus ancien, le plus important, et pour ainsi dire le père de tous les autres , datant de la fin du xme siècle , est attribué au portugais Vasco de Lobéira.

Le goût des romans et la faveur accordée, par l'esprit du siècle, à ces compositions imaginaires et fantastiques en augmenta considérablement la production dans cette seconde partie du moyen-âge, où l'état de la littérature, pour le présent comme pour l'avenir, était loin de satisfaire les hommes graves et positifs. Mais, avec le génie du xve siècle, allaient se manifester deux puissantes influences favorables au changement de cet état de choses : l'autorité de Cervantes pour frapper du ridicule toutes ces extravagances de la chevalerie ; la découverte de l'imprimerie, pour occasionner le développement et la généralisation d'une littérature plus sérieuse et plus utile.

La poésie latine avait depuis longtemps une remarquable élévation dans les ouvrages profanes ; elle prit, de bonne heure, un caractère digne de son objet dans les chants religieux : Odon, abbé de Gluny jusqu'en 942, y fit adopter la rime ; et, vers le milieu du xvne siècle, Jean de Santeuil, chanoine de Saint-Victor, à Paris, la porta plus d'une fois jusqu'au sublime dans plusieurs de ses admirables hymnes.

II0 Sciences. — Leurs progrès ne suivirent môme pas celui des lettres dans la période que nous étudions, et c'est particulièrement à ce point de vue que l'on a pu nommer, avec raison, le moyen-âge, presque tout entier, la phase la plus nébuleuse des temps.

Peu développées chez les Gaulois, avant et même pendant la domination romaine, les sciences rétrogradent encore sous les funestes influences des invasions barbares, sans en excepter celle des Francs ; des luttes habituelles et sanglantes que notre province; du Maine, comme toutes les autres, eut alors à soutenir. Aussi les préjugés, les superstitions, enfants naturels

de la grossièreté, de l'ignorance, exercèrent-ils alors tout leur empire ; aussi les terreurs de la fin prochaine du monde, la croyance des fées, des esprits malins, des revenants, des sorciers et de leurs maléfices troublèrent-elles regrettablement l'intelligence et la raison du plus grand nombre. Tout semblait ici mystérieux et surnaturel : parce que Ton ignorait entièrement les explications des faits les plus simples et les plus ordinaires de la physique et de la chimie. Les maladies locales et les épidémies faisaient de nombreuses victimes, devenaient autant de calamités : parce que Ton était à peu près étranger aux véritables notions de l'hygiène et de la médecine. Les famines se montraient souvent avec leur plus sinistre cortège : l'agriculture étant dans l'enfance, et les produits bornés qu'elle faisait naître se trouvant encore le plus souvent ravagés parla sauvage brutalité des conquérants et des envahisseurs.

Dans notre province du Maine surtout, les guerres avaient produit tant de malheurs et de misères; les mauvaises mœurs, tant de désordres; l'ignorance, tant de préjugés, que la panique la plus décourageante et la plus funeste s'empara des populations, sous la crainte générale de la fin prochaine du monde, annoncée pour le Xe siècle.

Ainsi préparée dans nos pays, cette panique extravagante offrit, en effet, une influence fatale sur le développement des sciences, des arts, des industries: toutes les spéculations utiles se trouvèrent abandonnées, et les majorités n'osèrent plus rien faire pour l'avenir.

Les évoques se plaignaient du relâchement des principes de morale, de l'indifférence religieuse, de l'abandon, du peu de culture et d'ornementation des lieux saints; les chroniqueurs, les superstitieux inspirés annonçaient , d'après des signes certains, la venue de l'Antéchrist, immédiatement suivie de la fin du monde.

Une pauvre aventurière de Mayenne proche publiquement, en 847, la terrible catastrophe et l'emploi des pieux moyens à mettre en usage pour la conjurer, ou du moins se garantir de ses redoutables effets. Les fidèles se pressent autour de la

prophétesse, que la chronique locale désigne sous le nom de Thiota, la comblent d'offrandes, et réclament, en retour, ses puissantes prières. Mais le clergé n'est pas en disposition de plaisanter sur de pareilles momeries , et la malheureuse illuminée fut, après enquête, interrogatoire et condamnation, fouettée en place publique. On pouvait, avec avantage, l'abandonner à Tanne du ridicule, on en lit une sorte de martyre, et la ferveur de ses adeptes, comme toujours, en prit un nouvel accroissement. Des savants, et môme des théologiens, augmentent encore le découragement et l'apathie produits par cette inqualifiable croyance, en la propageant par leurs discours et parleurs écrits, surtout dans la seconde moitié du xe siècle. En 997, une horrible famine désola pendant cinq ans l'Europe entière; et si l'on en croit la chronique de Raoul Glaber, plus d'un malheureux torturé par la faim devint cannibale dans nos propres contrées.

Des épidémies, des calamités de tout genre unissaient leurs désastres aux accablantes préoccupations de ces terribles et continuels pressentiments. Tous les phénomènes célestes inaccoutumés, et que la profonde ignorance de l'époque ne permettait pas d'expliquer : comètes, éclipses, trombes, ouragans, tremblements de terre, etc., devenaient autant de présages funestes , ou d'instruments d'extermination définitive; les regards fascinés y voyaient partout des glaives de feu, des dragons menaçants, des armées infernales déchaînées contre l'humanité.

Ce fut alors qu'un voile funèbre s'étendit par degrés sur toute la terre; que les peuples semblèrent enveloppés d'une profonde et redoutable nuit; que tout principe de vie parut sur le point de s'éteindre; que le moyen-âge mérita les reproches, les épithètes peu satisfaisantes que l'on s'est empressé de de lui jeter d'une manière trop générale et trop absolue.

Eu effet, l'époque si redoutée de Tan 1000 s'étant écoulée sans catastrophe, ce résultat, que le simple bon sens aurait dû faire prévoir, changea complètement la disposition des esprits. A la plus décourageante inquiétude, succéda le plus consolant

espoir; les peuples, comme réveillés d'une profonde léthargie, se précipitèrent dans les voies de l'avenir, avec un entraînement aussi peu réfléchi que l'avait été celui du long et déplorable temps d'arrêt imprimé à toute action progressive par cette étrange et malheureuse folie. A partir de ce favorable moment, les clartés fécondes et régénératrices de la science viennent, par degrés, dissiper les ténèbres épaisses de l'ignorance qui les avaient enveloppées si longtemps.

IIP Arts. — Parlant plus directement aux sens, plutôt, en général, d'application positive que de théorie intellectuelle, imaginaire, les arts, dans cette phase du moyen-âge, progressèrent davantage que les sciences. Des découvertes merveilleuses, les unes fécondes, les autres terribles dans leur usage, ne tardèrent pas à se manifester : nous citerons surtout , à ce double point de vue, celles de l'imprimerie, de la poudre à canon, de la boussole, etc.

L'imprimerie, dont l'origine et le premier inventeur ne sont pas encore bien connus, précédée par la gravure, paraît avoir été très-anciennement prévue des Chinois , mais c'était alors une simple imprimerie avec des planches en bois fixes, ou xylographie. Toutefois, d'après l'opinion générale, ceux qui les premiers employèrent des caractères mobiles, métalliques, et doivent, par conséquent, être cités comme les véritables inventeurs de notre imprimerie actuelle avec tous ses avantages, sont les trois Allemands : Gutenberg, Fust et Schoeffer, dont les deux premiers ouvrages, imprimés à Mayence, furent : « Les lettres d'indulgence du pape Nicolas V, et la Bible, en 640 feuillets, 1453 et 1455.

Gutenberg surtout paraît être le principal créateur de la véritable typographie ; et n'avoir accepté, dans sa découverte, Faust et Schoeffer qu'à titre d'associés pour le seconder dans ses expériences, et l'aider à faire les avances de fonds qu'elles exigeaient. Aussi, est-ce véritablement à lui que la postérité, dans son équitable et consciencieuse gratitude, s'est empressée d'élever des statues en honneur, en reconnaissance d'une invention qui, bien appliquée, devait concourir si puissam-

ment à la propagation des lumières, à la civilisation des peuples.

Dans le principe, on employa les caractères gothiques, dits flamands, allemands, etc. En 1513, Aide Manuce adopta l'italique, ou lettres vénitiennes; enfin Nicolas Jenson détermina, l'un des premiers, la forme et les proportions du caractère romain.

Après s'être fait connaître en Allemagne, en Italie, cette précieuse découverte ne tarda pas à se propager en France ; elle s'introduisit à Bamberg, 1462 : à Cologne, 1465 ; à Strasbourg, 1466; à Rome, 1467; à Milan, Venise, Paris, 1469; à Lyon, 1472 ; à Angers, 1477 ; à Gaen, 1480; à Rennes, 1484; à Rouen, 1487; à Orléans, 1490; à Nanles, 1493; à Tours, 1496; au Mans, 1529.

En France, la première imprimerie fut établie à la Sorbonne par trois Allemands, qu'on y fit venir pour enseigner et pratiquer cet art ; et le premier ouvrage qu'ils produisirent est de 1470. Louis XII, François Ier, la plupart de nos rois protégèrent la typographie ; mais , jusqu'en 1789, aucun livre ne put être imprimé sans une autorisation formelle du gouvernement.

La typographie, comme nous venons de le voir, ne s'introduisit que bien tardivement dans le Maine, puisqu'elle ne fut établie dans la capitale de cette province que 63 ans après son apparition en France. Le premier livre imprimé au Mans paraît être de 1529. D'un autre côté, l'on prétend que Varicelles fut le premier Manceau, qui, en 1537, se servit des caractères typographiques pour une carte du comté du Maine publiée à cette époque. Il existe à la bibliothèque du Mans un missel imprimé dans cette ville par Gaignot, en 1546, avec gravures sur bois, vignettes coloriées, etc. Notre ancien bibliothécaire, P. Renouard, assure qu'il ne connaissait pas de livre plus ancien imprimé dans le Maine. Ce que l'on peut, du reste, regarder comme certain, c'est que, jusqu'en 1518, les ouvrages même indispensables au diocèse, à la province du Maine, sortirent des presses étrangères. Ainsi : Missel du Mans, à Rouen,

1489; à Paris, 1494, etc.; Coutumes du Maine, Paris, 1509; Bréviaire du Mans, Paris, 1510; Processionnal, Paris, 1518, etc. Enfin, sur le catalogue de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Vincent, on trouve, à la date de 1529, comme nous l'avons dit, une édition des Coutumes du Maine, faite sur l'édition de Paris, par L'Asne, imprimeur au Mans. En 1751, Ch.Monnoyer commença la publication de l'Almanach du Maine. En 1771, il créa son journal, sous le titre d'Affiche du Maine. Cette estimable maison a pris un très-beau développement , et présente aujourd'hui Tune des bonnes imprimeries de France.

L'art typographique s'étendit plus tard encore dans les autres localités principales de notre province : à La Flèche, en 1575; à Laval, en 1651; à Château-Gontier, en 1715. Enfin, par arrêté du conseil, 12 mai 1759, le nombre des imprimeurs fut limité à deux pour la ville du Mans.

La Poudre a canon, dont l'invention puissante fit toute une révolution dans l'art de la guerre, date encore à peu près de la même époque; bien que l'on ne s'accorde pas entièrement sur le temps précis, et même sur les auteurs de cette découverte. Les uns pensent qu'elle appartient aux Arabes dont un manuscrit du xive siècle, décrivant une arme appelée madfaa, fusil qui servait à lancer des flèches, indique positivement l'application de la force explosive du mélange composé de salpêtre, soufre, charbon, dont les proportions seules pouvaient se régler ensuite par l'expérience : mais la poudre à canon proprement dite se trouvait alors inventée. On leur attribue de même la première confection des canons de, 1259 à 1323 ; mais ici les textes ne sont pas assez précis pour que l'on soit certain qu'il s'agit plutôt de canons que de balistes, pierriers, etc. Les autres ont attribué la découverte de la poudre au moine franciscain, Roger Bacon, qui mourut en 1294 à l'âge de 80 ans. Anglais d'origine, il acquit une grande célébrité, mais sa réputation de savant et son titre de docteur admirable ne purent le garantir des accusations de sortilège, de magie , des persécutions de l'ignorance, et des incarcérations répétées que lui liront subir les papes Innocent IV, Nicolas III, etc.

Quelle que soit, du reste, l'opinion adoptée sur Fauteur et l'époque de la découverte, il reste du moins certain que l'application en fut effectuée par les Italiens en 1325; qu'Edouard III fit usage des armes à feu au siège de Cambrai en 1339 et qu'en 1345 on fabriquait à Gahors des canons, sans doute alors encore bien imparfaits. Dans cette enfance de l'art, ils se composaient de pièces de fer soutenues par des cercles de la même nature.

Berthold Schwartz, moine de Fribourg, auquel plusieurs ont même attribué l'invention de la poudre, de 1320 à 1330, eut le mérite, moins contesté, de substituer vers 1378, à ces canons susceptibles d'éclater, des pièces beaucoup plus solides et formées par la fusion d'un alliage métallique approprié.

Les Anglais paraissent avoir, les premiers, employé l'artillerie de campagne. Nous verrons bientôt les avantages, funestes pour notre pays, qu'ils en retirèrent au siège du Mans et de plusieurs places fortes de la province du Maine. Au commencement du xve siècle, on se servit en France des canons portatifs à mèche, qui devaient conduire aux fusils perfectionnés de notre époque.

La Boussole en donnant aux navigateurs la faculté de reconnaître, au milieu de l'immensité même de l'Océan, la direction positive qu'ils ont à suivre, avec la précision, que, sur terre, les voyageurs obtiennent, dans le même but, en consultant la situation de Y anémomètre , devint un instrument essentiellement utile; el sa découverte, l'une des merveilles de cette seconde phase du moyen-âge. Mais cette invention, comme toutes les autres, n'est pas sans incertitude et même sans obscurité sur son époque et sur le nom de son auteur.

S'il est vrai, comme l'affirment quelques savants, que l'on trouve une mention positive de l'aiguille aimantée dans le dictionnaire chinois choux-wen, publié au ne siècle, il devient probable que la boussole, désignée sous le nom de marinière ou marinette, dans la bible de Guyot de Provins, xne siècle ; au chapitre 89 de l'histoire de Jérusalem par Jacques de Vitry, 1225, fut empruntée par les Européens aux Arabes, qui l'avaient, eux-mêmes, reçue des Chinois. D'un autre côté, si M. Reinaud,

traduction dLÂlboul-feda, démontre que, vers la fin du xne siècle, on employait la boussole en Orient comme en Occident, il ne sera plus possible d'admettre, avec les uns, que le napolitain Flavio Gioja, qui vivait vers 1300, en fut l'inventeur; avec les autres, qu'elle fut rapportée de la Chine, au xme, par le vénitien Marco Polo.

Telles nous paraissent être les idées essentielles à formuler sur Yinvention de la boussole : invention qui, dans les découvertes, nous semble toujours le point capital. Quant aux perfectionnements d'application, ils ont dû nécessairement devenir le résultat de l'expérience raisonnée; s'effectuer particulièrement en Europe, comme ceux du plus grand nombre des créations de ce genre.

En considérant ces belles découvertes, en voyant les riches développements que va bientôt nous présenter l'architecture dans l'édification des temples consacrés au christianisme, pourrait-on ne pas défendre cette deuxième époque du moyen âge contre les aveugles préventions, et la plupart des reproches injustes dont elle est devenue l'objet? Nous ne le pensons pas; nous croyons, au contraire qu'il suffira d'avoir distingué cette phase de la première ; d'en avoir montré les utiles découvertes, pour lui rendre l'importance qu'elle mérite, non-seulement par son propre caractère, mais surtout comme ayant préparé l'affranchissement de l'intelligence humaine dans la troisième, et ses admirables manifestations dans les temps modernes.

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