APANAGE DU MAINE
Jean-Baptiste Gaston d'Orléans-Bourbon, troisième fils de Henri IV et de Marie de Médicis, né à Fontainebleau, en 1608, qui, pendant toute sa vie, ne fit qu'une bien triste application des principes corrupteurs qu'il avait reçus de ses maîtres Savary de Brèves, du Lude et d'Ornano, se trouva successivement apanage des comtés du Maine, de l'Anjou, des duchés de Chartres et d'Orléans, avec lesquels il n'eut aucun rapport de gouvernement et d'administration; entièrement occupé, tantôt des nombreuses conspirations, auxquelles il prit une part active, et dont il abandonnait les principaux auteurs, quand elles étaient découvertes, à la juste sévérité des lois; tantôt des affaires de l'État, sous la régence de Anne d'Autriche, avec le titre de lieutenant-général du royaume. Spirituel, ami des sciences et des savants, ce prince montra toujours un caractère faible et vicieux. Retz le peint ainsi très-bien en quelques mots : « Il entra dans toutes les affaires, parce qu'il n'avait pas la force de résister à ceux qui l'entraînaient, et il en sortit toujours avec honte, parce qu'il n'avait pas le courage de les soutenir. » Relégué à Blois, il y vécut et mourut dans l'obscurité, en 1660, à l'âge de 52 ans.
Claude d'Angennes, Lxixe évêque du Mans. — Frère du précédent, Charles d'Angennes, dont il n'eut, comme on l'a dit, aucun des défauts, en offrant toutes les vertus qui manquaient à celui-ci, Claude d'Angennes étudia d'abord le droit avec succès, k Bourges; y prit ses licences, et revint à Paris suivre la pratique du palais à titre d'avocat. Charles IX lui lit donner, en 1566, une charge de conseiller d'église, après un examen très-satisfaisant; le députa vers Corne de Médicis, duc de Florence, pour une affaire d'importance ; et fut tellement satisfait de sa mission, qu'il le nomma conseiller d'État. En 1567, Claude d'Angennes s'acquitta de môme d'une députation près du souverain pontife Pie V. Henri III, vers 1577, l'éleva
progressivement aux titres de président de la septième chambre des enquêtes et d'évêque de Noyon, dont il vint, en 1579, occuper le siège épiscopal. Sa conduite, au milieu des sérieuses difficultés du ministère, fut si parfaite, que saint Charles Borromée, alors archevêque de Milan et cardinal, voulut, par une lettre qui fait autant d'honneur à l'un qu'à l'autre, lui témoigner sa pleine et cordiale satisfaction.
Le 23 mars 1587, le cardinal Charles d'Angennes, évoque du Mans, étant mort, Henri III nomma Claude pour le remplacer. Les changements de diocèse étant, d'après lui, contraires au bien que les prélats sont appelés à faire, il n'eût point accepté cette mutation si elle ne l'eût fait succéder à son frère l'évêque, et rapprocher de ses deux autres frères, l'un sénéchal et vidame, l'autre gouverneur de la province du Maine. Il fit donc son entrée épiscopale au Mans, le 3 août 1558.
Vers le mois de décembre suivant, député par le clergé pour assister aux États de Blois, après avoir, pour ainsi dire, si douloureusement assisté à l'assassinat des Guises, il est envoyé par Henri III à Rome, près de Sixte V, pour justifier, de la part du roi, mais certes contre son opinion intime, les motifs d'un aussi monstrueux attentat. Ce fut dans ce voyage, qu'en revenant par mer, avec le marquis dePisani, des corsaires turcs les arrêtèrent. Maisces derniers ayant appris qu'ils étaient ambassadeurs au service du roi de France, non-seulement leur donnèrent la liberté, les comblèrent de présents, ils leur proposèrent encore de les- conduire jusqu'à Nantes; ce que nos voyageurs auraient bien fait d'accepter, car, à peine sortis de leurs mains, ils tombèrent dans celles du pirate français Gaspard, dit Barbe-Rousse, qui les dirigea sur Narbonne, où le duc de Joyeuse obtint leur délivrance.
En 1593, Claude d'Angennes fut choisi par Henri IV pour accompagner le duc de Nevers à la cour de Rome, faire soumission du roi de France au pape Clément VIII, et l'assurer de la sincérité de son abjuration. Lorsque les évoques de France avaient député, vers 1591, près de Grégoire XIV, pour lui donner l'explication des raisons qui les avaient engagés à rece-
voir, sans autorisation suffisante du saint-siége, les propositions du roi, dont le désir était de se faire catholique, ce fut encore, d'après sa réputation méritée d'excellent diplomate, Claude d'Angennes qu'ils désignèrent à l'unanimité pour cette mission délicate.
L'épiscopat de ce prélat vertueux fut, comme nous l'avons déjà fait entrevoir, marqué par des troubles et des guerres civiles, au milieu desquels son courage et sa fidélité se révélèrent de la manière la plus honorable. En effet, bien que la majeure partie du clergé de la ville eût embrassé la cause des ligueurs, l'évêque resta fidèle à son roi légitime, ce qui l'exposa plus d'une fois à des embarras sérieux, et même au danger de perdre la vie. Ce fut, comme nous l'avons dit, au milieu des factieux en armes et voulant massacrer tous ceux qui ne partageaient pas leur fanatisme, qu'on le vit dans les rues du Mans parcourir leurs groupes ameutés, vaincre les plus furieux par ses exhortations bienveillantes, ses prières et ses larmes; tandis que, d'après les chroniques du temps, plusieurs ecclésiastiques, irrités de son ascendant pacifique sur des populations qu'ils voulaient exciter à la révolte, le menacèrent et même le rudoyèrent assez violemment pour l'obliger à se retirer dans le château avec son frère , le sénéchal du Maine, jusqu'à la délivrance de la cité par Henri IV lui-même, qui lit entrer ce digne évêque le premier dans la ville, et dit aux habitants : « Vous avez une grande obligation à votre excellent pasteur : il a sauvé les brebis et la bergerie!... »
Aussi modeste dans ses désirs que réellement élevé par la noble trempe de son esprit et de son cœur, cet éminent prélat ne voulut jamais accepter, dans ses missions vers le saint-siége, les lettres que désiraient lui donner les rois de France, pour obtenir des souverains pontifes le chapeau de cardinal, auquel son mérite et ses nombreux services lui donnaient assurément de bien légitimes droits. Ne jugeant pas convenable de cumuler davantage la richesse, il refusa, de même, plusieurs abbayes importantes qui lui furent proposées comme bénéfices: les revenus de son évêché lui paraissant plus que suffisants. Ami
des lettres et des sciences, il en favorisa toujours le développement et la propagation ; convertit le presbytère de Saint- Ouen en collège, où nous verrons bientôt les unes et les autres cultivées avec succès par les Oratoriens.
Claude d'Angennes, sévère observateur des anciennes traditions de l'Eglise, entreprit une réforme salutaire dans les monastères et communautés de son diocèse. Il montrait une telle activité pour cette œuvre importante, que, s'étant échauffé dans une vive discussion relative à des mesures à prendre pour les religieuses du Pré, le bon évêque fut affecté d'une pleurésie dont il mourut, le 15 mai 1601, à l'âge de 63 ans; après un épiscopat de 13 ans, également remarquable par les nombreuses tribulations et les actions méritoires dont il se trouva rempli. Des regrets unanimes furent donnés à la perte si douloureuse de ce digne prélat , et ses restes déposés dans le chœur de la cathédrale du Mans.
Henri IV, à sa mort, laissait des finances en bon état; une armée valeureuse, commandée par d'habiles capitaines; la France florissante et respectée par les autres grandes nations; les sciences, les lettres et les arts en progrès; la civilisation replacée dans une meilleure voie. Ce roi fut donc véritablement grand, généreux et bon ; aussi les populations entières, et d'un accord unanime, répétèrent, d'une extrémité du royaume à l'autre, en apprenant la fin tragique de ce magnanime souverain : « Nous avons perdu notre père! » Noble cri du cœur, paroles simples et touchantes, d'une éloquence bien autrement expressive que celle des plus beaux discours.
Au milieu de ses rares et nombreuses qualités, le Béarnais offrit une faiblesse, un défaut, dont il s'accusa plus d'une fois bien sincèrement lui-même : cette galanterie de tempérament, d'instinct, défaut et faiblesse qui lui suscitèrent bien des chagrins domestiques, le jetèrent plus d'une fois dans les intrigues ou les funestes entreprises dont il eut constamment à regretter les suites. Gabrielled'Estrécs, Henriette d'Entragues, mais surtout Charlotte de Montmorency, fille du connétable, mariée au prince de Condé, vers 1609, lorsque Henri IV était alors âgé
de 56 ans, furent les objets de ses plus regrettables, de ses plus scandaleuses attentions.
Combien il eût été désirable que ces beautés, nuisibles à la sécurité du règne de ce prince valeureux, à l'entière intégrité de sa réputation d'ailleurs si parfaite, eussent repoussé complètement ses premières avances par les paroles, si dignes et si pleines d'à-propos, que, dans une occasion pareille, lui fit résolument entendre Catherine de Rohan : « Sire, je suis trop pauvre pour être votre femme, et de trop bonne maison pour devenir votre maîtresse ! »
Nous arrivons au règne de Louis XIII, qui va terminer la troisième phase du moyen-âge, tel que nous l'avons compris. Ici nous trouverons, au milieu des progrès incontestables que vont désormais faire les sciences, les lettres, les arts, de nouvelles intrigues, de nouveaux assassinats, la dilapidation des économies faites par Henri IV, par Sully; enfin l'apparition, sur la scène politique, de deux hommes qui joueront un rôle important en Europe, exerceront une grande et souvent fatale influence dans les affaires et sur les destinées de la France.
Louis XIII, — fils aîné de Henri IV et de Marie de Médicis, né à Fontainebleau, en 1601, par conséquent âgé de neuf ans à la mort de son père, lui succéda naturellement au trône de France, en 1610, sous la régence de sa mère, princesse altière, absolue, qui cependant subit le joug des courtisans qui captèrent ses bonnes grâces, et des hommes d'État qui subjuguèrent sa volonté.
Parmi les premiers, se trouve Concini, devenu maréchal d'Ancre, et qui paya de sa vie la faveur qu'il s'était acquise et les jalousies qu'il avait excitées. Au premier rang des seconds, nous voyons Richelieu, qui saura se maintenir au milieu de tous les périls.
Le début de ce règne offre une particularité relative à la province du Maine, et que nous devons au moins signaler : en 1614, pendant un voyage que Louis XIII, alors âgé de 13 ans, et sa mère, Marie de Médicis, régente du royaume, firent dans les provinces de l'Ouest, quatre députés se rendirent à Nantes,
auprès d'eux, pour les prier de s'arrêter dans la ville du Mans; et sur la réponse favorable que donnèrent Leurs Majestés, on fit de grands préparatifs pour les recevoir.
Le 5 septembre 1614, M. de Lavardin, maréchal de France, gouverneur de la province, à la tête de 450 gentilshommes du pays, suivi de M. Levayer, lieutenant-général, du procureur, des échevins, des notables, et d'une population nombreuse, vient au-devant du roi jusqu'au village de Pontlieue. Les autorités locales adressent un discours au jeune souverain, et lui présentent les clefs de la ville sur un plat de vermeil. L'entrée dans la cité se fait à cinq heures du soir. Sur la place des Halles, à la Vieille-Porte, à la cathédrale, nouveaux discours au roi, à la reine-mère, et dont le principal mérite paraît avoir été la brièveté.
Les rues avaient été sablées, les maisons décorées avec soin ; sur le parcours du cortège, s'étaient élevés des arcs de triomphe ornés d'emblèmes, de bannières, où les muses sarthoises avaient gravé des à-propos dont les formules ne sont point passées à la postérité. A l'entrée du monarque, des salves d'une artillerie, sans doute encore peu formidable, retentirent dans la cité; lorsqu'il fut arrivé à la cathédrale, on lui présenta le surplis, l'aumusse, etc.; comme au premier chanoine du chapitre ; et l'on chanta le Te Deum en action de grâces d'un aussi précieux événement.
Pendant les trois jours que Leurs Majestés passèrent au Mans, le jeune prince montra toute son adresse au tir de l'arquebuse, en abattant des oiseaux dans les jardins de l'abbaye du Pré; on lui fit présent d'une arme de ce genre très-belle et très-légère, avec laquelle il frappa, tout au plus à trois lignes de l'aiguille, une cible fixée à cent pieds d'éloignement, dans la grande cour de l'abbaye de la Couture.
Richelieu. — Armand-Jean Duplessis , cardinal, duc de Richelieu, fils de François Duplessis, capitaine aux gardes, et destiné lui-même d'abord à la carrière militaire, naquit à Paris, le 15 septembre 1585; entra dans les ordres et fut, à l'Age de 24 ans, sacré évêque de Luçon. Admis dans la maison
de Marie de Médicis en 1615; exilé avec elle en 1617, il manœuvra d'une manière tellement habile entre le roi, la reine-mère, les ministres et les courtisans à redouter par leur puissance, qu'en 1623 Marie lui faisait donner le chapeau de cardinal ; en 1624, il gagnait la confiance de Louis XIII, qui cependant ne l'aimait pas ; rentrait au ministère, où la reinemère l'avait déjà placé, vers 1616. Ici commence plus positivement la carrière si merveilleuse de ce géant de la diplomatie. Ce fut alors en effet, comme Ta si bien dit M,ue de Motteville : « qu'il fit du roi son esclave; et de cet illustre esclave, uni des plus grands monarques du monde. »
En étudiant avec une sérieuse attention les causes des regrettables conjonctures où se trouvait la France, Richelieu les pénètre de toute la puissance d'un génie supérieur; s'attache à les combattre de front par l'irrésistible empire d'un caractère audacieux, qui ne recule devant aucun moyen pour arriver à son but. Or, dans les circonstances actuelles, ce résultat ne pouvait être obtenu que par la réalisation des trois grands projets qu'il avait formés, qu'il poursuivit avec opiniâtreté pendant toute sa vie ; qu'il amena presque tous au terme de ses vœux : 1° l'affaiblissement du protestantisme; 2 rabaissement de la puissance des parlements , des grands du royaume devant le pouvoir absolu des souverains : pouvoir qui, dans sa pensée, n'était que celui du ministre; 3° prépondérance définitive de la France en Europe.
Une fois à la tâche, il ne vit plus que la fin, sans jamais s'occuper de la légitimité des moyens : immolant tout à son impérieuse volonté : liens de famille, affection, estime, opinions politiques, religieuses; usant au besoin, sans hésitation, de l'échafaud comme d'un moyen de gouvernement : ainsi que le prouva l'affreux sacrifice de ses victimes : Ghalais, Boutteville, Chapelle, Montmorency, Cinq-Mars, de Thou, Urbain Grandier, et tant d'autres.
Le calvinisme, la féodalité, les rivalités qui lui faisaient ombrage, étaient les objets que l'impérieux ministre poursuivait avec le plus implacable ressentiment. Il descendait jusqu'à
la honte d'admettre et de soutenir les accusations de magie, sortilèges, maléfices, auxquels il ne croyait assurément pas alors, pour assouvir ses haines personnelles, et se défaire plus sûrement des concurrents en mérite, en faveur, qu'il pouvait redouter. L'histoire nous en fournit des preuves effrayantes dans le supplice des malheureux Urbain Grandier, Cinq-Mars, de Thou, etc. Il employait, pour ces terribles exécutions, des hommes sans moralité, sans cœur, sans équité; pour ses intrigues diplomatiques, des agents fins, déliés, peu scrupuleux, et qu'il pouvait dominer à son gré. Tel fut, dans les missions du premier ordre, ce misérable et cynique Laubardemont, conseiller d'Etat, juge vénal et corrompu, dont l'indigne ministère fut employé dans la condamnation des victimes que nous venons de citer; que son maître envoya dans toute la France, dans le Maine en particulier, pour y faire démolir, en 1620, les citadelles et châteaux fortifiés; afin, d'après son expression, « d'y raser la puissance féodale jusque dans ses fondements; » dans cette expédition, furent démolis le château du Mans, une partie des murs d'enceinte; enfin, qui répétait, comme une plaisanterie de bon goût, ces inqualifiables paroles: « Donnez-moi une ligne, la plus indifférente, de la main d'un homme, et j'y trouverai de quoi le faire pendre!... » Tel fut, dans les délégations du second ordre, cet adroit, insinuant, astucieux Père Joseph du Tremblay, qui, né d'une bonne tamille, d'abord soldat, homme brillant, instruit, possédant presque toutes les langues, devenu tout à la fois diplomate et capucin, de manière à pouvoir, sous ce modeste et simple déguisement, servir son maître avec plus de mystère ; accomplir ses instructions les plus difficiles, sans appeler dangereusement l'attention. Aussi le trouvons-nous mêlé à toutes les intrigues politiques dont il se tirait avec tant d'habileté, qu'on le nommait VEminence grise; et que Richelieu dit, en apprenant sa mort, vers 1638 : « J'ai perdu mon bras droit. » Tels étaient, pourtant, les instruments ordinaires avec lesquels ce tout-puissant minisire gouvernait l'Europe !...
Au milieu de ces manœuvres ambitieuses, de ces terribles
exécutions, qui soulevèrent contre lui l'indignation du monde civilisé, Richelieu, véritablement appréciateur des artistes et des savants qui ne lui portaient pas ombrage, fil de grandes choses qui formèrent à cette juste indignation le contraste d'une admiration méritée. Il fit instituer, par lettres patentes de Louis XIII du 2 janvier 1635, l'Académie française, foyer créateur et conservateur de la bonne littérature, de l'épuration et du progrès de notre langue. Il encouragea les hommes de génie qui commençaient à se montrer en plus grand nombre, avec le caractère d'une valeur plus parfaite, et prépara de cette manière le grand siècle de Louis XIV, qui signalera, pour nous, l'origine des temps modernes. Ce fut encore lui qui produisit Mazarin à la cour, le fit nommer cardinal, et sur son lit de mort, en 1642, le recommanda particulièrement à Louis XIII. Du reste, cet autre ministre, également célèbre, mais en tout moins puissant et moins habile que Richelieu, ne marquera d'une manière positive que dans le règne suivant.
Comblé d'honneurs, de dignités, de richesses, plus puissant que le roi son maître, disposant des places, des emplois, décidant à son gré la guerre ou la paix, Richelieu mourut le 4 décembre 1642, à l'âge de 58 ans. La reine-mère venait elle-même, le 3 juillet de la même année, de terminer à Cologne, dans un état voisin du dénuement et de la misère, âgée de 69 ans, une existence abreuvée d'ennuis , de tribulations et de malheurs, qu'elle n'avait souvent que trop méritée. Enfin Louis XIII, épuisé par les chagrins, les déceptions de toute nature, les souffrances d'une longue maladie, après avoir nommé, avec une grande répugnance, Anne d'Autriche, sa femme, régente, et Gaston, son frère, lieutenant-général du royaume, sous la direction d'un conseil souverain dont le prince de Coudé fut déclaré chef, mourut le 14 mai 1643, âgé de 43 ans, abandonné de ses courtisans et peu regretté de ses sujets.
Pendant ce règne nous trouvons un évêque sur le siège épiscopal du Mans.
Charles de Beaumanoir, ixxe évêque du Mans. — D'une illustre famille bretonne, fils de Jean de Beaumanoir, seigneur
do Lavardin , maréchal de France, gouverneur des comtés du Maine et du Perche, où sa mémoire est vénérée; estimé du roi dont il occupait le carrosse lors de l'assassinat par Ravaillac ; de Catherine de Carmaing, alliée aux familles royales d'Albret de Béarn ; Charles de Beaumanoir de Lavardin naquit au château de ce nom, fut, dès ses premières années, destiné à l'état ecclésiastique et pourvu de l'abbaye de Beaulieu. Pendant qu'il faisait encore de bonnes et solides études, Henri IV, à la mort de Claude d'Angennes, le nomma, vers 1601, évêque du Mans, lorsqu'il était à peine âgé de 15 ans; mais il ne fut sacré, ne prit possession de sa charge qu'au mois de novembre 1610, et fit son entrée, sans pompe et sans appareil, dans la ville du Mans, le 2 janvier 1611, comme pour annoncer d'avance la simplicité, la modestie , la douceur qui devaient surtout distinguer son épiscopat. Il vécut, en effet, dans la plus parfaite intelligence avec son chapitre, son clergé, toutes les classes de la société. Répendant sur toutes ses relations le charme, l'aménité du plus aimable caractère; conciliant les divisions et les inimitiés par l'éloquente et douce persuasion de son exemple et de sa parole.
D'un physique distingué, d'un esprit vif, pénétrant, d'un maintien à la fois simple et majestueux, il relevait encore les solennités de l'Église lorsqu'il y paraissait couvert de ses habits épiscopaux. Il donna, dans plusieurs grandes occasions publi • ques, la preuve de son talent oratoire. Rempli de charité pour les accusés dignes d'intérêt, il ne craignait pas d'employer son talent de persuasion et même son crédit pour le succès de leur défense, répétant avec la plus grande bonté : « qu'il est permis d'adoucir la rigueur des lois pour conserver l'honneur des familles. »
Son habileté dans les affaires , la puissance de son esprit conciliant pour en amener la meilleure solution, le firent souvent choisir par le clergé, par la cour, dans les missions les plus importantes et les plus délicates : il en sortit constamment avec avantage, et se distingua toujours aux Etats généraux ; dans les assemblées principales du clergé, soit à Paris, soit à Rome en 1635, où le pape Urbain VIII le combla d'attentions et de privilèges.
Il \it en 1620 démolir entièrement le château du Mans avec ses tours et donjons, par les ordres du cardinal de Richelieu, sous l'impulsion du comte d'Auvergne qui donna le premier coup de marteau, pour encourager les habitants à l'accomplissement de cette œuvre dont le but rentrait, comme nous l'avons fait observer, dans les plans arrêtés par l'ambitieux ministre.
Sous l'épiscopat de Charles de Beaumanoir s'établirent, dans le Maine, un grand nombre de congrégations et de communautés : lesoratoriens,au séminaire de Saint-Ouën, vers novembre 1624, à la grande satisfaction des habitants de la ville et de tout pays ; les capucins, à l'extrémité du faubourg Saint-Vincent, vers 1602, où ces moines bâtirent leur couvent et leur église, que ce prélat vint consacrer, le 4 juillet 1612, sous le titre de la Visitation de Notre-Dame. Mayenne en 1606, ensuite Laval, Ghâteau-Gontier, la Ferté-Bernard, Sillé, etc., virent se créer des couvents du même ordre. Les récollets, en 1606, furent accueillis à La Ferté, par Charles de Lorraine, duc de Mayenne. Les religieux de Saint-François-de-Paule, ou Minimes, spécialement protégés par le bon évêque, voulurent s'installer dans le quartier des Arènes, en 1618; mais, s'y trouvant mal, transportèrent leur communauté, dès l'année suivante, dans celui des Halles; et, vers 1623, y jetèrent les fondements de leur église. Appelés à Sillé par le duc de Brissac, plusieurs Minimes s'y fixèrent près de son château, y bâtirent un hôpital. Les ursulines vinrent de Bordeaux à Laval, le 28 juin 1616, ensuite au Mans en juin 1621 dans le faubourg Saint-Nicolas; y bâtirent une église, une communauté. Les visitandines s'établirent à la Ferté-Bernard en février 1633; à Mamers, en 1634; et dans la l'été de la même année, au Mans, par la généreuse protection de Mme de la Ferrière, sœur du comte de Tessé, qui leur acheta de ses deniers une maison convenable. Les religieuses de Sainte-Elisabeth de La Flèche, furent installées, en février 1631, à Sablé, près du château, par Philippe de Laval sieur de Bois- Dauphin, marquis de Sablé, par Madeleine de Souvré sa femme ; en octobre 1637, à Noyen, par Marguerite de Lanoy; les religieuses de Sainte-Claire, dites urbanistes, à Beaumont-le-
Vicomte en 1636, par les fondations généreuses de M. et de Mme des Brunelières; celles de Notre-Dame du Calvaire, en 1629, à Mayenne, par René Pithard sieur d'Orthes; à Châteaudu-Loir, Ernée, Lassay, etc., de 1630 à 1631, etc.
Après avoir effectué par lui-même, facilité ou seulement autorisé toutes ces fondations et plusieurs autres, Charles de Beaumanoir se retira à son château d'Yvré, déjà souffrant d'une attaque de gravelle dont les suites le tirent succomber le 17 novembre 1637, à 1 âge de 52 ans. A ses derniers instants, le courageux prélat voyant sa maison, les amis que ses excellentes qualités avaient réunis autour de son lit de souffrance, dans le désespoir et dans les larmes, eut encore la force de les soutenir par ses nobles exhortations: « La mort, leur disait-il, n'épargne ni la mitre ni la couronne : Dieu veut que nous soyons obéissants et résignés à ses décisions; nos péchés sont les seules choses qu'il nous soit permis de pleurer; je vous bénis du fond de mon cœur et vous exhorte à bien vivre pour bien mourir. »
Le pape Urbain VIII, en apprenant ce triste et regrettable événement, y répondit par ces quelques mots bien simples, mais qui présentaient la valeur et la portée d'un bien grand éloge : « Uévêque de France est mort!... »
Son corps fut exposé pendant trois jours dans l'église d'Yvré, couvert de ses habits épiscopaux, ensuite solennellement déposé dans la cathédrale de Saint-Julien, devant l'autel de Saint-Jean.
Pendant ces derniers règnes, les arts, les sciences, les lettres poursuivirent leurs progrès au milieu de nombreux événements faits pour les contrarier , les entraver même quelquefois. Des hommes remarquables dans les lettres, les sciences, les industries, sont venus se révéler dans la France en général, dans le Maine en particulier : nous devons les citer d'une manière collective , en nous arrêtant de préférence à ceux qui contribuèrent plus spécialement à la richesse, aux lumières, à la civilisation, à la gloire de notre pays.
Estourneau, Jacques-Mathieu, — né à La Flèche en 1486, concourut beaucoup au progrès de l'architecture : art dans lequel il acquit une juste célébrité.
Estourneau, Mathieu-Germain, — fils du précédent, né à La Flèche le 5 février 1541, fut un savant jurisconsulte; reçut, dans plusieurs lettres de Henri IV, les preuves de l'estime particulière que ce grand roi faisait de son profond savoir et de son noble caractère.
Le Pelletier, Jacques, — né au Mans le 25 juillet 1517, fut un médecin très-distingué dans la capitale, mais il dut sa principale réputation à des ouvrages littéraires qu'il composa quelquefois en collaboration avec Nicolas Denisot, poète et Cénoman comme lui. Le Pelletier, l'un des premiers, soutient, dans ses préceptes sur la langue française qu'il contribua beaucoup à former, qu'on doit l'écrire comme on la prononce. Etienne Pasquier dit qu'il était compagnon de Théodore de Bèze avant que ce dernier eût changé de religion ; le place avec Nicolas Denisot au nombre de ceux : « qui ont déclaré la guerre à l'ignorance qui régnait au temps du roi Henri II. » Scévole de Sainte-Marthe ajoute qu'il écrivait très-purement en français. Jacques Le Pelletier mourut à Paris dans le collège que la ville du Mans y possédait, et dont il était principal, vers 1582.
Montaigne, Michel, fils de Pierre Eyquem, seigneur de Montaigne, naquit au château de Montaigne, en Périgord, vers 1533; reçut une éducation distinguée, une instruction solide qui contribuèrent puissamment, l'une et l'autre, à développer les grandes, les belles qualités de son cœur et de son esprit. Comme écrivain et comme philosophe moraliste, il vint jouer l'un des principaux rôles, dans la troisième phase du moyenâge, pour le retour de la bonne littérature, de la morale naturelle et de la philosophie raisonnée ; pour la préparation du grand siècle avec ses perfectionnements incontestables et ses regrettables abus.
La droiture de son jugement, la simplicité de ses goûts, son défaut complet d'ambition le garantirent de ces existences mobiles, accidentées, comme on les trouvait souvent alors chez les hommes de génie ; sa vie fut simple, assez uniforme et cependant encore plusieurs fois inquiétée par des tribulations qu'il ne méritait pas.
Ayant embrassé la carrière honorable de la magistrature, il devint conseiller à la cour des aides de Périgueux, du parlement de Bordeaux, reçut de Charles IX le titre de gentilhomme de la chambre. En 1570, alors âgé seulement de 37 ans, ennuyé des affaires, et fatigué du dédale, de la confusion des lois, dont le travail sec et pénible s'accordait mal avec la trempe indépendante et libre de son esprit, il se retira dans la solitude pour s'y consacrer tout entier aux loisirs , aux charmes de la littérature, de la morale et de la philosophie.
En 1580, il parcourt, pour son instruction, les principaux États de l'Europe. Déjà décoré, en France, par Charles IX, du cordon de Saint-Michel, il le fut à Rome, en 1581, par Grégoire XIII, du titre de citoyen romain. Les habitants de Bordeaux, pour lui témoigner leur estime, le forcèrent d'accepter les fonctions de maire de leur ville et n'eurent qu'à se féliciter d'un tel choix , à louer publiquement la sagesse de son administration.
En 1584, il fut honoré d'une visite personnelle du roi de Navarre; en 1588, sans doute pour le punir de cette faveur qu'il n'avait pas demandée, il fut, avec plus d'honneur encore peut-être, conduit à la Bastille par les ligueurs.
Riche des trésors d'une immense étude, il éprouva le besoin de les épancher dans un ouvrage. Mais voulant rester parfaitement libre dans ses allures et ne s'assujettir en rien aux inflexibles rigueurs d'un plan sérieusement arrêté d'avance, il donna le simple titre d'Essais à ce vaste répertoire des connaissances humaines qui devait à jamais fonder son immortalité.
Les Essais de Michel Montaigne sont en effet un ouvrage à la fois de littérature, d'histoire, de philosophie, de morale, de politique, sans plan, sans aucune marche régulière ; mais riche de fond ; libre, séduisant de forme; écrit d'un style en même temps naïf, pittoresque, saillant, vif, énergique et varié. Ce livre, unique dans son genre, est si naturel dans ses formules, que La Harpe le nommait : « une Conversation ; » si loyal dans sa morale, que le cardinal Duperron l'honorait du titre mérité de : « Bréviaire des honnêtes yens. » Du reste,
Montaigne mourut en chrétien sincèrement convaincu, vers 1592, à Tâge de 59 ans.
Garnier, Robert, né en 1534, à La Ferté-Bernard, dans la province du Maine, suivit la carrière du droit; fut successivement avocat, lieutenant criminel à la sénéchaussée du Maine ; conseiller au grand conseil de Henri IV; s'acquitta de ces différentes fonctions publiques avec zèle et distinction. Mais ce qui lui donna surtout une certaine célébrité dans le monde littéraire, fut son talent pour la poésie dramatique, dont il devint, avec Jodelle et Hardy, l'un des premiers créateurs sur le théâtre de France. Il se distingua surtout dans la tragédie; produisit et fit représenter, de 1568 à 1580 : « Porcie, Hippolyte, Cornélie, Marc-Antoine, la Troade, Antigone, Séde'cias, ou les Juives ; Bradamante , que l'on regarde comme sa meilleure pièce.
Les tragédies de notre poète cénoman, plus ou moins imitées de l'Arioste et de Sénèque, sont assurément bien loin de la perfection qu'offriront plus tard celles de Corneille, Racine, Voltaire, Ducis, etc., dont Robert Garnier n'est que le faible précurseur; mais celui-ci, moins poète peut-être que Jodelle, déjà cependant couronné aux jeux floraux de Toulouse, n'en présente pas moins le mérite incontestable d'avoir été l'un des pères de l'art tragique français ; et ses pièces, avec leurs imperfections, de présenter, comme l'a dit M. Travers, le sentiment de la grandeur, et des qualités véritablement remarquables pour le temps de leur apparition. Il mourut au Mans, le 15 août 1590; d'autres l'ont fait naître en 1545 et mourir en 1601.
Grudé, François, sieur de La Croix du Maine. — Né au Mans en 1552, dans l'ancienne paroisse de Saint-Nicolas ; bibliographe très-laborieux et très-érudit, publia, vers 1584, à Paris, sous le titre de Bibliothèque française, un catalogue raisonné des auteurs qui jusqu'à celte époque avaient écrit dans notre langue. Soupçonné, par ses ennemis, d'être partisan de la religion dite réformée, il succomba, en 1592, à Tours, à l'âge de 40 ans, sous le poignard du fanatisme. Une seconde édition de son ouvrage parut également à Paris, en 1777.
Malherre, François, — né à Caen, vers 1556, habita la Provence dans sa jeunesse; et, par des productions poétiques d'abord assez faibles, tant qu'il se fit imitateur de Racan et de Técole italienne, y fut cependant environné d'une certaine réputation. Mais lorsque son esprit eut brisé ces regrettables asservissements et conquis l'indépendance et la liberté propres à la fierté, à la trempe sérieuse de son caractère, il fonda sa juste renommée, surtout par des odes, des stances, et d'autres poésies d'un style noble, correct, laborieusement épuré; qui, d'après l'excellente expression de Boileau : « réduisirent la muse aux règles du devoir. » Plus remarquable par la sûreté du jugement, la sévérité du goût, la pureté de l'expression, que par la fécondité du génie, Malherbe offrit, comme principal mérite, au sens de ses plus justes appréciateurs, d'avoir créé, chez nous, le genre lyrique élevé; d'être en conséquence devenu, sous ce rapport, le digne précurseur de Corneille. Ses principaux élèves, ou ses équitables admirateurs, furent, tout en le suivant de loin : Racan, Maynard, Godeau, Sarrazin, Ségrais, etc. Introduit k la cour de Henri IV, seulement vers 1605, par le cardinal Duperron, il obtint, sous Louis XIII et Marie de Médicis, le titre de gentilhomme de la chambre du roi; mourut pauvre, abreuvé de chagrins domestiques, en 1628, à l'âge de 72 ans.
De Montreux, Nicolas. — Né à Sablé, dans le Haut-Maine, vers 1561, acquit, dans le temps, une certaine réputation comme poète dramatique, romancier, et même historien. Il est auteur de tragédies, comédies, romans, poésies nombreuses, passables pour l'époque; « des Histoires des guerres des Turcs, » etc. De Montreux mourut en 1608.
Rivault de Florence, David. — Né à Laval, en 1571, littérateur et mathématicien, devint précepteur de Louis XIII en 1612, conseiller d'État ; publia plusieurs ouvrages estimés à cette époque; tels que : discours, préceptes et traités sur la morale pratique, l'histoire, les sciences, etc. Il mourut à Tours, en 1616.
Régnier, Mathurin. — Né à Chartres, en 1573, poète sali-
rique le plus remarquable peut-être de son temps , par la finesse de ses aperçus, l'esprit naturel de ses malignes saillies, l'épuration, pour l'époque, du langage de ce genre de poésie; contribua beaucoup au développement qu'il prit alors chez nous, sous le rapport de cette hilarité badine et malicieuse qui forme l'un des traits saillants du caractère français. Il mourut à Rouen, vers 1613, âgé de 40 ans.
Mersenne, François-Marin. — Né à Oise, dans la province du Maine, près de Pontvallain, le 8 septembre 1588, fit ses études au collège de La Flèche avec Descartes, qui le regarda toujours comme son ami. D'un caractère aimable, d'un génie sérieux, mathématique, Mersenne choisit la congrégation des Minimes, afin de trouver, dans la vie régulière et silencieuse du cloître, le loisir et la facilité de se livrer, sans distraction, à l'étude, pour laquelle, dès son enfance, il montra le goût le plus décidé, l'aptitude la plus parfaite. En relation habituelle, dans sa correspondance, avec tous les savants de l'Europe, qui le consultaient pour la solution des plus difficiles problèmes, il sut acquérir l'affection de plusieurs par son excellent naturel: Hobbes, Gassendi, Descartes, etc.; l'estime de tous pour la profondeur, la justesse de son esprit; l'étendue, la solidité de ses connaissances. Il fit des travaux remarquables par leur exactitude, et publia des ouvrages très-savants et très-recherchés sur la physique, les mathématiques, etc. Il mourut à Paris, le 1er septembre 1648, dans sa 60e année.
Marin Mersenne était une de ces natures parfaites chez lesquelles marchent de concert la science et la moralité : nous pouvons ajouter, en effet, comme un digne complément de son éloge, que jamais, chez cet aimable savant, les vices du cœur ne vinrent ternir les brillantes qualités de l'esprit. Et, comme l'a très-bien dit notre historien Renouard : « Sa bonté, son aménité lui gagnaient les esprits les plus difficiles : le voir, l'entendre et l'aimer, étaient trois choses qui, bientôt et successivement, n'en faisaient plus qu'une. »
Grandier, Urrain, — né à Bouère, paroisse de l'archidia coné de Sablé, Haut-Maine, en 1590, après avoir fait ses
études chez les jésuites de Bordeaux, entra dans l'état ecclésiastique. Ses allures un peu mondaines, sa bienveillance pour les protestants, la joyeuse causticité de ses paroles et de ses écrits, lui suscitèrent des ennemis dangereux qui conspirèrent à sa perte, et ne réussirent que trop dans leurs criminels projets. Devenu curé de Saint-Pierre à Loudun, ville du Poitou, chanoine de Sainte-Croix, il avait demandé, sans l'obtenir, la place de directeur du couvent des Ursulines, lesquelles ne tardèrent pas à devenir convulsionnaires : état maladif qui fut considéré comme une possession diabolique, dont on attribua le principe à la vengeance, aux maléfices du curé Grandier. L'absurdité d'une pareille accusation, même dans cette époque de superstition et d'ignorance, en eûtpeut-être empêché les cruels et terribles résultats; mais les ennemis d'Urbain eurent l'infamie de le dénoncer en même temps à Richelieu comme l'auteur d'un pamphlet injurieux pour le cardinal, sous le titre de . « Lettre de la cordonnière de la reine-mère à M. de Barradas, page de Louis XIII, 1634; signée Caroline d'Amour, ci-devant cordonnière de la reine.» L'implacable ministre, s'y trouvant blessé dans sa naissance, dans sa personne, le supplice de Grandier fut d'autant plus certain, que Laubardemont, vil complaisant de Son Éminence, fut envoyé sur les lieux pour activer l'affaire ; et fit si bien, que le 18 août 1634, le malheureux curé de Loudun fut brûlé vif sur la place de cette ville, comme atteint et convaincu : iï adultère, d'inceste, de maléfices et de sacrilèges. Deux ouvrages anonymes furent imprimés, l'un à La Flèche, en 1634, l'autre au Mans, en 1636, pour démontrer la réalité des possessions diaboliques des religieuses de Loudun, et l'équité de la condamnation d'Urbain Grandier. La source de pareils écrits est trop facile à trouver ici, pour qu'il soit nécessaire de la chercher.
A l'époque où nous sommes actuellement, surgit un essaim de poètes, de littérateurs, auxquels on donna le titre significatif de beaux esprits; dont les adulations, près du pouvoir, firent une grande partie de la réputation; et dont le règne éphémère eut surtout l'avantage de marquer la transition de
l'esprit au génie poétique; de la littérature plus ou moins agréablement recherchée, à la littérature essentiellement naturelle et vraie. Nous en désignerons seulement quelques-uns des plus remarquables sous le rapport que nous venons de préciser.
Voiture, Vincent. — Fils d'un fermier des vins, naquit vers 1598, dans la ville d'Amiens, en Picardie. Des vers louangeurs adressés à d'éminents personnages, devinrent le principe de sa réputation comme poète et comme bel esprit, surtout auprès de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Nommé à la charge de maître des cérémonies dans la maison du premier de ces princes, il partagea d'abord une partie de ses disgrâces. Mais revenu dans la capitale, en 1636, il gagna, par l'à-propos de ses productions, la faveur de Richelieu, qui le fit entrer à l'Académie française dès sa création, en 1635; attacher, comme intendant de l'hôtel , à la maison du roi. Ce fut en 1638 qu'il composa son trop fameux sonnet sur Uranie, mis en rivalité avec celui de Benserade sur Job : d'où résulta cette guerre si futile des esprits à la mode, et qui divisa ceux de la cour et de la ville en deux camps opposés. Les lettres, les vers de Voiture, écrits en plusieurs langues, obtinrent d'autant plus de succès lors de leur apparition, qu'ils étaient alors inédits; car, depuis leur publication, le désir de faire de l'esprit, l'affectation, les tours manières du style, que ne rachètent pas assez les qualités du fond, mirent la saine critique en mesure de faire bonne justice de cet engouement éphémère. Voiture mourut en 1648, âgé de 50 ans.
Benserade, Isaac — Né à Lyons-la-Forêt, en Normandie, vers 1612, bel esprit, comme le précédent, mais assurément encore moins poète; et marquant déjà la décadence prochaine de ce genre faux et passager, qui ne devait éclairer la littérature qu'à la manière de ces farfadets insidieux, dont la lumière douteuse, incertaine, séduit quelquefois, mais ne satisfait jamais ceux qui veulent marcher dans les voies de la vérité. Ses débuts à Paris ne furent pas heureux. De 1636 à 1641, il y publia plusieurs mauvaises pièces de théâtre qui,
certes, n'étaient pas de nature à fonder sa réputation. Mais, au défaut de génie, son esprit versificateur facile et son habileté pour les adresser à Louis XIII, à Louis XIV, aux intendants vaniteux des ballets, des plaisirs du roi , l'improvisèrent poète de la cour. La guerre suscitée par son inqualifiable sonnet de Job, mis, comme nous venons de le dire, en opposition avec celui d'Uranie, par Voiture, lui donna de la réputation, et contribua sans doute à lui faire ouvrir les portes de l'Académie, en 1674. Il mourut en 1691, à 1 âge de 79 ans.
Ménage, Gilles. — Né à Angers, en 1613, successivement avocat, prêtre, littérateur, était un savant bel esprit, comme tous les écrivains de cette catégorie; nuisant au succès de leurs propres qualités par la vanité, l'orgueil, la pédanterie, qui leur faisaient prendre la simple imagination pour le génie véritable; et des productions plus ou moins futiles, incohérentes, pour des chefs-d'œuvre dignes de l'immortalité. Mais le règne de ces médiocres poètes et prosateurs était passé. Le ridicule venait de frapper ses premiers coups sur le genre prétentieux, dans la personne de Ménage; elle ridicule, en France, a toujours décidé sans appel. Boileau n'avait raillé Ménage qu'avec légèreté, douceur; Molière l'immola sans pitié, sous le pseudonyme de Vadius, dans les Femmes savantes. Ménage mourut en 1692, à l'âge de 79 ans.
Hôtel de Rambouillet. Son influence littéraire. — Résidence de Charles d'Angennes, maréchal de camp, et de Catherine de Vivonne Pisani, qui le lui avait apporté en mariage; cet hôtel devint le rendez-vous « d'une société choisie de grands seigneurs, de gens de lettres, de femmes distinguées par la vertu autant que par l'esprit, et qui exerça une grande influence sur les mœurs et sur la littérature de la France, vers la première moitié du xvn° siècle. »
Dans cette espèce d'académie, que la bienveillance, l'amour des lettres , le besoin de s'éloigner d'une cour intrigante, où régnaient une familiarité sans distinction, une licence peu voilée, avaient naturellement fait instituer, Voiture gouverna comme bel esprit; Benserade, Ménage, Scudéry, marquèrent
les phases de la décadence d'un genre aussi peu sérieux; de nobles, bonnes et spirituelles dames : la princesse de Condé, Mmes de Longueville, d'Addington, d'Aiguillon, d'Estrades, de Sablé, etc., la marquise d'Angennes de Rambouillet, mais avant tout sa fille, la célèbre Julie, duchesse de Montausier, chef-d'œuvre de beauté, de dévouement, de haute intelligence, apportèrent dans les perfectionnements du langage, dans la réforme des mœurs, le progrès de la civilisation, ce charme, cette finesse naturelle, cette exquise délicatesse qui n'appartiennent qu'à la femme. Vaugelas, Racan, Ralzac, Mlle de Scudery, etc., annoncèrent une époque littéraire plus sérieuse. Enfin, dans les derniers instants de cette remarquable société, Corneille, Rossuet, etc., y commencèrent la réalisation de ces espérances : à la vive lumière de leurs immortelles productions s'évanouirent les illusions brillantées du bel esprit, comme ces lueurs phosphorescentes qui se montrent dans les ténèbres et disparaissent aux premiers rayons du soleil : ici finissait le moyen-âge et commençaient les temps modernes. L'institution littéraire de V hôtel de Rambouillet, avec ses travaux préparatoires, utiles, allait devenir le moyen de transition à V Académie française, avec ses grandes illustrations et ses chefs-d'œuvre. La peinture, dans cette phase du moyen-âge, se trouvait déjà bien dignement représentée, nous pourrions même dire presque poussée jusqu'à sa perfection, par des artistes du premier ordre. Citons seulement ici, pour le prouver : Ruonarotti, Michel-Ange, né au château de Caprèse, près d'Arezzo, en Toscane, vers 1474; dessinateur savant, mort à Rome, en 1564, à l'âge de 90 ans. Sanzio, Raphaël, né à Urbin, dans les États de l'Église, vers 1483, le roi des peintres, mort à Rome, en 1520, âgé seulement de 37 ans; Rubens, Pierre- Paul, né à Siégen, dans le duché de Nassau, le 29 juin 1577 ; rattaché plus particulièrement à notre France par sa belle galerie de tableaux réprésentant l'histoire allégorique de la vie de Marie de Médicis; prince des coloristes, mort le 30 mai 1640, à l'âge de 63 ans; de Champagne, Philippe, né à Bruxelles, en 1602, imitateur habile de la nature, excellent
dans les portraits, comme on le voit pour ceux qu'il a peints à la cour de France : Louis XIII, Louis XIV, encore enfant; Anne d'Autriche, Richelieu, Mazarin, Golbert, Séguier, Lamoignon, etc.; mort en 1674, âgé de 72 ans.
Pour compléter les notions relatives à la part que prit notre province dans le progrès de cette dernière phase du moyenâge , il nous reste à citer quelques notabilités locales dans les arts et dans les industries.
Bouvard, Charles, — né en 1573 à Montoire, alors diocèse du Mans, dans le Bas-Vendômois, et qu'il ne faut pas confondre avec Bouvart, Michel-Philippe, né à Chartres, en 1717, fut, comme ce dernier, un célèbre médecin. Reçu docteur le 27 juilet 1614, à l'âge de 22 ans, il devint, en 1625, professeur au collège royal, médecin du roi Louis XIII. Il avait une prédilection particulière pour la botanique, et ce fut par ses soins qu'en 1634, on établit le Jardin du roi, aujourd'hui Jardin des plantes, dont il devint le premier intendant. Vers la fin de sa carrière, il excita les justes susceptibilités de la faculté , qu'alors il présidait, et sa réputation eut beaucoup à souffrir des ridicules dont la verve maligne de Guy Patin s'efforça de le couvrir. Il était si fanatique des purgatifs et de la saignée, que Molière, d'après les écrivains du temps, en fit probablement le modèle de son M. Purgon. Charles Bouvard mourut, à Paris, le 25 octobre 1658, âgé de 85 ans, et fut enterré à Saint-Séverin.
Cureau de la Chamrre, Marin ou Martin, — né au Mans, vers 1594, dut particulièrement saréputation médicaleà son habileté dans la science physiognomonique, dont la renommée le fit consulter plusieurs fois par la cour. En 1633, il publia « l'Art de connaître les hommes; » plus tard, « les Caractères des passions, le Système de l'âme; » il avait la faiblesse de croire à la chiromancie, aux devins, à l'astrologie, etc., et n'en devint pas moins membre de l'Académie française en 1635; de l'Académie des sciences, en 1636; médecin de Louis XIII, de Louis XIV. Il mourut à Paris, le 29 novembre 1669.
La Barre Gervais et son fils, — nés au Mans, dans la paroisse de Saint-Vincent, étaient deux habiles sculpteurs qui
vivaient dans notre province vers 1610. Nous leur devons entre plusieurs autres œuvres d'un mérite assez remarquable , au jugement des artistes, le beau groupe qui remplit en partie la chapelle Saint-Pierre de la cathédrale, et représente la sépulture de Jésus-Christ.
Hallai, — industriel que nous croyons étranger a la province du Maine, fut le premier qui, vers 1600, vint établir, au Mans, une blanchisserie de cire avec une fabrique de bougies, dont l'excellente qualité lui mérita bientôt une réputation européenne. Julien Hossard, gendre de Hallai, donna surtout à ses produits une blancheur, une pureté inimitables partout ailleurs; de telle sorte que les bougies du Mans eurent bientôt le privilège d'éclairer la cour et les plus riches hôtels de France. Jean Le Prince, ayant épousé une fille de Hossard, donna surtout une grande extension à cette branche d'industrie qui fit la fortune de cette famille et de plusieurs autres: particulièrement des Trochon-Hoyau, Le Romain, etc. En 1789, le Mans présentait cinq blanchisseries de cire, trois grandes et deux petites ; fabriquant ensemble, chaque année, jusqu'à 300,000 livres de bougies, cierges, cire pour confections de fleurs, fruits, etc. Un tiers seulement était consommé en France; les deux tiers exportés dans toutes les cours de l'Europe, et jusque dans les Indes. L'extension de ces fabriques aux autres parties de la France, les éclairages à l'huile, au gaz, à la bougie stéarique, ont assez réduit l'industrie du blanchissement de la cire et des confections qui s'y rattachent, pour que les deux seuls établissements qui maintenant existent dans notre ville ne donnent pas au-delà de 40 à 50,000 livres de ces produits.
De Gavre, Béatrice, — comtesse de Falkemberg, née en Flandre, femme de Guy IX, seigneur de Laval, enseigne, vers 1299, aux habitants du Bas-Maine, la culture du lin; et pour leur apprendre à le travailler fait venir de Bruges des tisserands qu'elle fixe dans le pays, où bientôt se trouvent montés des métiers nombreux qui fabriquent ces coutils, ces toiles dont les excellentes qualités et l'exportation dans tous les pays firent la réputation industrielle et la principale fortune de Laval, de ses
environs; ensuite de presque toute la province du Maine, où la culture du chanvre et la fabrication des meilleures toiles prirent une grande extension. En appréciant l'influence exercée par Béatrice de Gavre sur l'origine et le développement du principal bien-être des habitants de Laval surtout, on s'étonne, avec peine, qu'ils n'aient pas encore élevé, sur la place de la Halle-aux-Toiles, une statue à leur généreuse bienfaitrice!
Pyrard, François, — né à Laval en 1575, vient nous prouver, par la célébrité qu'il s'est acquise comme voyageur, l'importance que présentait déjà dans le Bas-Maine le commerce des toiles à la fin du xve siècle. En 1601, des négociants de Laval, Vitré, Saint-Malo, équipent deux vaisseaux chargés de toiles qu'ils expédient aux Indes- Orientales; François Pyrard s'embarque à Saint-Malo sur l'un de ces bâtiments avec le titre de chirurgien. Jeté dans les îles Maldives, il vit cinq ans à la cour du roi de Malé; sert pendant deux ans dans les troupes portugaises; revient en France le 16 février 1611; publie de suite, à Paris, sous le titre de : « Discours du voyage des Français aux Indes-Orientales, » une relation exacte et très-curieuse de son excursion dans ces lointains pays. Une seconde édition paraît, en 1615, avec des augmentations de l'auteur, et cette modification dans le titre : «Voyage des Français aux Indes- Orientales, aux îles Maldives, Moluques et au Brésil, de 1601 jusqu'à 1611. »
Bodereau, Julien, — né au Mans dans la paroisse de Saint- Benoît, vers 1599, après avoir fait de bonnes études, embrassa la carrière du barreau, devint avocat au siège présidial de cette ville, et se livra d'une manière utile à l'examen du droit coutumier. Il parvint, au moyen d'un travail sérieux et d'une bien louable persévérance, à débrouiller l'espèce de cahos alors présenté par nos Coutumes du Maine, à les réunir, en corps de doctrine, dans un petit volume que sa précision fit nommer : le Bréviaire des Avocats. Cet ouvrage, alors indispensable et très-estime, coûta vingt ans de recherches à son auteur. Ce fut la meilleure des productions de Julien Bodereau, celle qui lui donna de la célébrité, que les jurisconsultes suivirent exclusi-
vement jusqu'à la révolution de 1793. Il se délassait ordinairement de ses occupations sérieuses par la culture des lettres, de lapoésiefrançaise et latine, mais sans préjudice pour l'exercice régulier de sa profession. Il mourut au Mans le 13 juin 1660.
Véron, François, — né au Mans en 1615, créa, dans cette ville, une fabrique d'étamines, vers 1640; industrie qui devait faire la fortune de l'inventeur et le bien-être de la classe ouvrière du pays.
François Véron, dans la prospérité de son commerce, eut surtout le bon esprit de ne pas, comme tant d'autres, vouloir faire, de ses enfants, des bourgeois, des messieurs, et les initia de bonne heure aux secrets de son invention, à la pratique de son industrie : sage conduite qui fit honorer et prospérer sa maison et sa famille. Guillaume, son fils, par une intelligence, une application remarquables, donna plus de perfection encore à ses produits qui, sous le nom de Verones, acquirent bientôt une si grande réputation qu'on les exportait dans presque tous les pays. Vers 1760, cette riche fabrication occupait et faisait vivre au Mans le sixième de la population; employait dans cette ville jusqu'à 800 métiers; livrait au commerce, par an, plus de 25,000 pièces d'étamines employées, pour un tiers, en France, par le clergé spécialement; et pour les deux tiers, par l'Espagne, le Portugal, l'Italie, l'Amérique, etc. Etendue progressivement aux principales villes du Maine, cette utile industrie finit par devenir la principale richesse de toute la province. Depuis 1789, on a tenté quelques essais dans l'espérance de relever cette fabrication en décadence, aujourd'hui complètement anéantie ; mais ils n'ont offert que des résultats incomplets, peu durables, en raison du changement des modes et surtout de la suppression des communautés qui lui fournissaient, en France particulièrement, un de ses principaux débouchés.
Nous terminons ici la relation des faits principaux dont la succession chronologique forme, d'après la division motivée que nous avons admise, l'histoire de la province du Maine pendant le moyen-âge. Mais, pour enchaîner logiquement ces faits dans leur ensemble, pour compléter la connaissance raisonnée
de cette province pendant notre seconde phase des temps, nous devons étudier actuellement sous autant de paragraphes : 1° l'état territorial; 2° tes voies de communication; 3° les mœurs, les usages, les règlements ; 4° les catastrophes, les calamités ; 5° les travaux, les constructions ; 6° enfin le langage particulier de la province du Maine pendant le moyen-âge. Outre l'intérêt local, nous trouverons , dans cette étude, plus d'un enseignement utile, et des considérations qui faciliteront beaucoup l'exposition et l'intelligence des faits' dont se composera l'histoire de cette province pendant les temps ?nodernes.
§ Ier État territorial de la province du Maine au moyen-
age.
La province du Maine offrait alors un pays plus inculte, plus sauvage qu'aujourd'hui, mais en général accidenté, montueux sans grandes élévations, surtout vers sa partie occidentale, aux environs de Fresnay, Saint-Léonard-des-Bois, etc. , où l'on trouve des monticules de 120 à 130 mètres d'élévation, entourés de sites charmants au milieu desquels serpente la Sarthe : véritable petite Suisse que l'on visite encore avec plaisir, même après avoir parcouru la grande; comme on voit, avec intérêt et satisfaction, une jolie miniature, après un vaste, un magnifique tableau.
Le sol de cette province représente à peu près toutes les natures de terrains, et peut, en conséquence, recevoir presque tous les genres de culture. La majeure partie se compose de terrains secondaires, viennent ensuite ceux de transition tertiaire, d'alluvion; dans quelques lieux seulement, on rencontre des terrains primitifs : des granits, des grès, des schistes argileux, ardoisiers, etc. Les mines de fer y sont abondantes, surtout vers l'ouest; et dans les contrées où le combustible se trouvait en même temps d'une manière suffisante, leur extraction s'est effectuée, par les forges à bras, avec une activité remarquable pendant le moyen-âge presque tout entier; comme le
prouvent ces amas considérables de scories qui se rencontrent dans les lieux riches à la fois en bois, en minerai.
Presque entièrement couvert de forêts aux temps les plus reculés de son histoire, le Maine a pris une physionomie territoriale bien différente par le progrès de ces extractions, de l'emploi du combustible qu'elles exigeaient, des défrichements, de la culture des terres, de l'ouverture des voies de communication ; il s'est insensiblement déboisé. Cependant il y reste encore assez de ces forêts pour qu'elles méritent une étude particulière comme produits en exploitation, et comme rappelant d'anciens droits usagers importants à connaître dans une histoire locale. Nous examinerons, en conséquence : 1° la circonscription et les divisions ; 2° les forêts ; 3° les produits agricoles de la province du Maine au moyen-âge. Ces considérations nous serviront surtout à lier, par une transition ménagée, les caractères passés aux caractères actuels du pays que nous étudions.