I. Circonscription et division du Maine
Après avoir été , sous la domination romaine, l'une des principales divisions de la troisième Lyonnaise, habitée par les Cénomans et les Gallo-Romains, notre pays conquit son titre de province du Maine, en même temps que son affranchissement définitif par l'invasion des Francs. Ses habitants reprirent alors d'abord leur titre de Cénomans, et reçurent enfin celui de Manceaux.
La province du Maine, offrant pour limites : au nord, la Normandie ; à l'ouest, la Bretagne ; au sud-ouest, l'Anjou ; au sud, la ïouraine; à l'est l'Orléanais, était alors plus étendue qu'aujourd'hui. Elle embrassait, en effet, une partie de l'Anjou, du Perche, avec lequel, pendant longtemps, elle forma le grand gouvernement de Maine-et-Perche; de la Normandie, vers laquelle on la voyait s'étendre jusqu'à Tinchebrai; on estimait sa circonférence à 90 ou 100 lieues; son diamètre, du midi au nord, à 35 lieues; de l'est à l'ouesl, à 30. Outre sa
capitale, elle comptait dix villes marquantes, 733 paroisses, 17 grandesabbayes, 26 couvents: 11 d'hommes, 15 de femmes. Le Mans présentait 14 paroisses, 4 abbayes, 3 églises collégiales, 2 collèges d'études, 4 couvents de femmes, 5 d'hommes. « D'où l'on peut conclure, pour cette ville et pour toute la province, dit un écrivain du temps, que c'est la véritable terre sainte et la tribu des lévites, tant il y a d'ecclésiastiques, de religieux, de religieuses ; et tant ils possèdent de biens et de grandes seigneuries, eu égard à l'étendue particulière de son diocèse. »
A dater de 576, la province du Maine devint un gouvernement particulier, d'abord à peu près militaire sous les comtes viagers; ensuite, une véritable administration civile, sous les comtes héréditaires, vers 955, jusqu'à l'apparition, en 1552, des comtes simplement apanages. Mais , pendant ce longintervalle, au milieu des nombreuses tribulations qu'il eut à souffrir, le comté du Maine éprouva bien des modifications dans les caractères de son gouvernement spécial. Alternativement libre et soumis, ainsi que nous l'avons exposé dans les détails historiques, tantôt il s'administra par lui-même, tantôt il fut subjugué par les Normands, les Anglais, tantôt il fut réuni au duché d'Anjou , à la couronne temporairement; enfin, définitivement au gouvernement de la France, vers 1481.
Cette province fut de bonne heure, mais sans perdre son unité gouvernementale, distinguée en Haut-Maine, où se trouvait Le Mans, capitale de tout le pays, siège épiscopal du diocèse qui le comprenait en entier; et Bas-Maine, offrant Laval et sa noble seigneurie. Ce qui nous explique la grande prépondérance que présenta constamment la première de ces villes sur la seconde, surtout jusqu'à l'époque avancée de nos temps modernes, où le Maine forma, comme nous le verrons, deux départements et deux évêchés : mesures qui rapprochèrent les distances; mais, assurément, sans les combler. Nous trouverons encore, en parlant du caractère des Cénomans, les différences positives qui distinguent également les habitants du Haut et du Bas-Maine.