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II. Forêts du Maine au moyen âge

Dans les premiers siècles, notre pays était couvert de bois ou de bruyères, de landes incultes. Sous les Gaulois surtout, les forêts étaient respectées comme des lieux spécialement consacrés au culte druidique. L'action d'y porter la hache eût été condamnée, par leurs prêtres fanatiques et superstitieux, comme une véritable profanation. Ce qui nous explique, jusqu'aux temps voisins de la domination romaine, l'existence de ces forêts vierges, si religieusement respectées. Mais le besoin d'une défense plus puissante, d'une culture mieux comprise, et d'instruments appropriés, fit sortir le fer de sa gangue; et, pour cette opération, consumer le chêne, jusqu'alors sans autre emploi que d'ombrager mystérieusement les cérémonies du culte, et de fournir le gui sacré, dont les prêtres seuls obtenaient un riche produit.

Au moyen-âge, toute baronnie devait légalement avoir sa forêt; en conséquence, tout castel fut orné de sa futaie. Sans cette prescription féodale , conservatrice des unes et des autres, il est probable que les défrichements, alors plus ou moins lucratifs, les auraient fait disparaître , en plus grande proportion encore, depuis très-longtemps. Mais, à mesure qu'ils éprouvèrent le besoin de s'entourer d'un plus grand nombre de vassaux, pour soutenir avantageusement les petites guerres qu'ils se faisaient trop souvent entre eux, les seigneurs préférèrent le village à la forêt, qui lui fut bientôt sacrifiée par une foule d'abus, dont nous signalerons les principaux.

Les villages, dans leur établissement normal et régulier, présentèrent, d'abord, plutôt des avantages que des inconvénients ; car, s'ils transformèrent, trop souvent, les forêts en landes, bruyères, marécages, etc., à peu près improductifs, ils en firent, dans un grand nombre de localités, des terrains avantageusement cultivés, créant l'abondance, le bien-être, où régnaient, auparavant, la misère et la stérilité. Mais les cou-

tûmes défectueuses qui s'établirent à cette occasion, par la trop grande facilité des seigneurs, et les empiétements progressifs des vassaux, amenèrent la ruine d'une partie des forets, sans un dédommagement suffisant de leur destruction, et même avec la contestation étrange du droit de possession des propriétaires fonciers. Un simple extrait du cahier des droits concédés, parles seigneurs de Laval, au Bourg-Nouveau, en Saint-Berthevin, sur la forêt de Concise, fera bien comprendre, dans leurs causes premières, les fâcheux effets que nous venons de signaler. Ce titre établit ainsi les droits et les concessions du seigneur , et les obligations des usagers : « Prendre le bois vif par montrées, pour la réédification et les réparations du village. Prendre également dans la forêt les pierres et les cailloux pour maçonner ; y mener paître les bestiaux, y mettre les porcs en franc pasnaige. Prendre le bois mort, ou qui dépérit, pour son chauffage. Le tout, au moyen d'une rente annuelle de cinq sols tournois pour le ségrier de la forêt, et de cinq deniers pour le châtelain. »

Il est maintenant aisé de prévoir la destruction d'une partie des forêts par l'exercice abusif de ces droits : Vusager, y faisant chaque jour des terrains vagues et vains; le seigneur, ne pouvant replanter les surfaces ainsi progressivement dépouillées. Ce fut de cette manière que , près d'Évron, la lande royale, de deux cents hectares au moins , remplaça , vers l'époque dont nous parlons, un bois très-beau, qui s'y trouvait alors. Excepté les sapinières, les superficies boisées une fois détruites ne furent, en effet, presque jamais rétablies dans leur état primitif.

Mais ce qu'il serait difficile de croire, si les faits ne s'en trouvaient garants, c'est l'inqualifiable procès intenté par les usagers de cette même forêt de Concise au curateur du comte de Laval, Guy XIX, pour malversation à leur désavantage; et l'outrecuidance de leur avocat, Havin , en 1575, s'imaginant faire une grâce au propriétaire en ne réclamant, à titre d'indemnité, que le tiers du fonds même de la forêt : sans doute en s'appuyant sur la déclaration du règlement des droits

d'usage, qui établit que ces droits sont égaux au tiers de la chose entière. C'est bien l'apologue de la lice et sa compagne dans sa plus scandaleuse application.

Vers les ive et ve siècles, non-seulement le Maine offrait, dans son intérieur, une grande étendue de forêts, mais encore il s'en trouvait enveloppé, dans presque toute sa périphérie, comme d'un vaste rideau. C'est ainsi que le Perche, à l'état de forêt vierge, séparait lesAulerces des Carnutes. Lorsqu'elle fut défrichée, lesévêques du Mans, de Séez, de Chartres, se partagèrent inégalement les juridictions des églises que l'on fit bâtir sur ces emplacements. D'autres forêts existaient encore du côté des Turones, des Andegavi ; celles de Château-Renault, de Montoire, de Gâtines, de Saint-Christophe, de Château-la- Vallière, etc., en sont les restes isolés. Ici, comme pour le Perche, des partages plus ou moins arbitraires furent suivis de contestations plus ou moins prolongée. Ce qui ressortit, avec évidence, au milieu de ces débats, c'est que le Mans empiéta sur Chartres; Angers, sur les Diablintes et les Arviens.

Quant aux forêts de notre province, nous les distinguerons en celles du haut et celles du Bas-Maine, dont nous indiquerons les principales, renvoyant aux temps modernes les considérations de leur état actuel, de leurs contenances, de la nature des bois dont elles sont plantées, etc.

Nous trouvons dans le Haut-Maiine, les forêts : 1° au nord, dePerseigne; 2° au nord d'ouest, de Lavardin, de Sillé, de la Petite-Charnie ; 3° au sud-ouest, dePrécigné; 4° au sud, de Vadré ou de Courcelles; 5° au sud-ouest, de Bersay ou de Jupilles ; 6° à l'est, de Vibraye ; 7° au nord-est, de Bonnétable. Dans le Bas-Maine : 1° au nord, de Mayenne, aVAndaine; 2° au sud-ouest, de Concise ; 3° à l'est, de Chammes ; 4° au nord-est, de Pail, deMonaye, etc.

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