V. DÉNOMINATION DES INDIVIDUS ET DES FAMILLES DU MAINE
Il serait assurément curieux, et même instructif, de remonter à l'origine des noms que reçurent les choses, les animaux et les hommes, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nous, et chez les différents peuples de la terre. Mais une pareille étude, savamment approfondie, exigerait d'immenses recherches, des années et des volumes.
Qu'il nous suffise, en conséquence, d'ajouter, comme généralité : l'Auteur de la nature, en créant l'homme, les animaux et les choses, leur donna des noms, seulement communs, pour les choses et pour les animaux : ciel, terre, éléphant, baleine, etc. ; l'homme et la femme, indépendamment de ces noms communs, eurent seuls des noms propres : Adam, Eve.
Chez les Hébreux, les noms avaient une signification particulière, et changeaient à chacune des générations. Les Grecs ne recevaient qu'un nom; le fils ne portait presque jamais celui de son père. On trouve, chez ces anciens peuples, des noms de tribus; les noms de famille proprement dits y paraissent à peu près inconnus. Les Romains avaient trois noms : Prœnomen, désignant l'individu : Julius, Marcus, etc. Nomen, la race : Servilius, Cornélius, etc. Cognomen,\a famille : César, Scipion, etc. Quelques-uns même en recevaient un quatrième, comme distinction honorifique : Agnomen : Africanus, Macedonicus, etc. Les Francs, dans la première phase du moyen-âge, portaient un seul nom, qualification plus ou moins exacte empruntée à leur caractère le plus saillant : Mérovée, éminent; Clovis , illustre; Théodoric, brave et puissant, etc. Ce ne fut guère que vers 750 qu'on vit s'établir, en France, la coutume d'ajouter au nom propre un nom qualificatif 'pour distinguer les individus. Ainsi, Pepin-le-Bref, Carolus Magnus, Charlemagne, Charles-le-Gros, le Simple, Philippe-Auguste, etc. Dans les actes publics, on n'inscrivait que le nom propre. Mais, lorsque
ces divers sobriquets furent devenus très-notoires, on les plaçait quelquefois en interligne, au-dessus du nom propre; circonstance qui probablement les fit appeler surnoms.
Chez les chrétiens des Gaules en général, de la province du Maine en particulier, dans les premiers temps de l'administration régulière du baptême, on ne donnait souvent à l'homme que le nom qu'il recevait avec ce sacrement, ou nom de baptême, que, plus tard, on désigna sous le titre de prénom, lorsqu'il devint l'accessoire du nom de famille, dont il n'existait pas encore d'exemple positif. Serait-ce comme transmission et consécration de cette ancienne coutume dans le Christianisme, qu'un grand nombre de rois francs et tous les évoques de la même nation se désignèrent et se désignent encore par leur nom de baptême? Il est assurément bien naturel de le penser.
En bornant actuellement, au Maine , ces considérations relatives à la dénomination des individus et des familles pendant le moyen-âge, elles nous offrent le point de départ, souvent très-curieux, de notions importantes à l'histoire locale de cette province et de ses habitants.
Le Cénoman, d'un naturel tout à la fois épilogueur, un peu caustique, moqueur, mais timide, réservé, craignant de se compromettre par excès de franchise : habitudes, en grande partie, contractées sous la domination et la servitude étrangères ; n'osant pas, en conséquence, décocher ostensiblement le trait de ses petites vengeances personnelles, s'en dédommage en lançant avec mystère, soit à la personne, soit à la chose, le sobriquet ou le calembour. De là, sont venus, dans notre pays, la plupart des noms d'hommes, de maisons, de métairies, de champs, etc. Origine dénominative, qui deviendrait, comme on le voit, d'autant plus utile à bien étudier que ces applications, en général, très-justes et très-significatives, donneraient des notions exactes sur les principaux caractères, usages, qualités, etc., de la personne ou de la chose, ainsi notoirement baptisée; de telle sorte que cette judicieuse étude pourrait devenir l'objet d'un travail utile.
Dès que l'on recherche, en effet, cette origine, pour le plus
grand nombre des dénominations de lieux, des noms d'hommes les plus usités dans le Maine par exemple, on s'aperçoit aussitôt qu'ils viennent d'un sobriquet, ou d'un plus ou moins grand nombre de qualifications, dont voici les causes principales :
Pays natal : Poitevin, le Normand, Picard, le Breton, etc.; stature : le grand, le petit, le long, le gros, etc.; caractères physiques plus ou moins agréables : le beau, le vilain, beaudoux, malouin, etc.; couleur des cheveux ou duvisage :1e roux, le blanc, le noir, le gris, le rouge, etc. ; qualités morales, caractère : l'éveillé, l'endormi, fainéant, badin, le vaillant, etc.; analogies avec certains animaux : le veau, mouton, le coq, le bœuf, chevreau, barbet, le chat, etc.; professions : berger, le boucher, le barbier, charpentier, le marchand, meunier, boulanger, charbonnier, etc. ; emprunts au règne végétal : cormier, le chêne, poirier, la rose, pommier, etc.; au règne minérai: chaillou, pierre, ferré, l'air, doré, etc.; infirmités apparentes: le bègue, le sourd, le borgne, le bossu, le camus, le guicheux, le nain, etc.; âge : le jeune, l'aîné, etc.
Ces différentes désignations, et toutes celles que nous pourrions ajouter encore, devinrent autant de noms de famille. Après l'établissement des registres de l'état civil, d'abord dans le diocèse de Séez, en 1524, par décision d'un synode ; ensuite pour toute la France, par ordonnance de François Ie*, en 1539; confiés au clergé seul, jusqu'en 1789; aux maires, par la loi du 20 septembre 1792, les noms de famille, une fois inscrits sur ces registres, devenaient fixes; et dès-lors il fallut, pour les changer, des formalités sérieuses, et l'autorisation du chef de l'État.
Ce fut à partir des croisades, et surtout vers le xme siècle, qne, dans les familles , un nom véritablement héréditaire fut rigoureusement conservé. A ce nom primitif, les seigneurs ajoutèrent ceux de leurs terres, fiefs, dignités, avec des titres, des armoiries. Alors, en même temps, s'instituèrent ces règles de la chevalerie, à l'établissement de laquelle concoururent, chacun dans ses attributions : le clergé, la noblessse, les chà-
telaines surtout, par leur gracieuse influence; les preux, par leur foi sincère et leur généreuse courtoisie , institution, dont les détails sont conservés dans « ÏOrdène de chevalerie, » poëme de ce digne chapelain de Saint-Omer, Hugues de Tabarie, si bien placé pour la comprendre et l'apprécier, puisqu'il avait suivi, dans ses guerrières expéditions, son suzerain, Godefroi de Bouillon, et versé lui-même une partie de son généreux sang au soutien de la sublime cause. Institution, enfin, qui, par la plus admirable métamorphose, mit à la place des instincts sanguinaires, de la brutalité, de l'injuste convoitise des barons féodaux, l'urbanité, la magnificence, la courtoisie, le dévouement héroïque et la bonne foi proverbiale des chevaliers français.
Au milieu de ces nobles développements des familles titrées, et de ces élans généreux de la société féodale, s'établit, comme funeste conséquence, une telle exagération du luxe, de la somptuosité dans le vêtement, la table et toutes les autres exhibitions de la magnificence des grands seigneurs, qu'un concile du Mans, de 1188, comprit la nécessité d'y mettre un frein, en décidant : « que l'on ne porterait désormais ni vair, ni gris, ni zibeline, ni écarlate ; que tous, sans exception, se contenteraient de deux services à chaque repas. Que personne n'aurait d'étoffes dentelées à jour et déchiquetées. » Mais Philippe-Auguste, malgré la part qu'il prit à cette décision, était loin de la sanctionner par la puissance du bon exemple : vivant, avec toute sa cour, dans un faste ruineux et d'influence funeste sur celui des grandes maisons. Toutefois, si les festins conservèrent leur magnifique abondance, les pauvres du moins y participaient. Vers la fin du xne siècle, les barons tenaient table ouverte, et les yeux s'y trouvaient éblouis par la vaisselle d'argent, les services enrichis de pierreries, et toutes les autres superfluités d'un luxe onéreux. Au dessert, on donnait aux convives le spectacle des comédiens ambulants : trouvera, jongleurs, ménestrels, histrions, harpistes, joueurs de flûte, et de ces rapsodes d'Occident : g ente affamée , toujours à la piste des fêtes et des réunions brillantes; mais qui ne furent
pas sans influence utile sur la popularité qu'offrit alors notre littérature nationale , par les scènes de déclamation , les chansons et ballades, qui faisaient alors diversion aux pantomimes, aux prestidigitations, aux concerts, dans lesquels un grand nombre d'instruments, tels que violon à trois cordes, tropes, viole, chalumeau, vielle, cornemuse, etc., venaient, avec plus ou moins d'art, marier leurs accords à ceux de la voix.
Une existence pareille, avec les ressources bornées de l'époque, ne pouvait pas se prolonger: elle fit écraser les populations d'impôts, de redevances, de corvées; et, malgré tout, entraîna la ruine des baronnies, double circonstance, qui mit un frein à ces prodigalités : et concourut puissamment à la décadence des familles titrées, à la dissolution de la société féodale.
§ IV. Catastrophes , Calamités du Maine au moyen-age.
La province du Maine, pendant le moyen-âge, en partie couverte de forets , n'offrait alors , proportionnellement au nombre de ses habitants, qu'une étendue peu considérable de terres en culture. D'un autre côté, l'art agricole, bien imparfait encore, ne tirait, de ces terres, qu'une faible partie de ce qu'elles pouvaient donner ; on connaissait à peine quelquesuns de ces produits alimentaires qui dans les années de disette, peuvent aujourd'hui suppléer en partie les céréales; premières conditions défavorables qui nous expliquent la fréquence, l'étendue, la gravité des famines pendant celle seconde époque de notre histoire.
Les invasions désastreuses et souvent répétées, les guerres continuelles que cette province eut à soutenir, comme nous l'avons dit, par une conséquence de sa position, de ses avantages, de la convoitise de ses voisins, etc., en s'opposant aux travaux de l'agriculture, en ravageant les récoltes avant leur maturité, concouraient à ces funestes résultats, en y joignant d'une manière inévitable d'autres fléaux destructeurs : les
incendies, les maladies épidémiques, et tous les genres de souffrances et de misères.
Plusieurs phénomènes atmosphériques vinrent s'ajouter à ces causes de douleur ou d'effroi; grossis par l'ignorance, la superstition, produisant alors des paniques dangereuses, et jusqu'à celle de la fin du monde; qui, pendant près d'un siècle, arrêta, dans notre pays, tout progrès moral, intellectuel, et même tout projet d'avenir pour cette vie.
L'enchaînement logique, nécessaire, ou la simple succession de ces influences fatales, alternativement effet ou cause, offrirent une action si puissante sur l'existence des habitants du Maine, que nous devons en faire connaître, au moins sommairement, les époques et les principaux résultats.
Incendies. — La fréquence des invasions du Maine, dans lesquelles on voyait toujours un implacable ennemi la torche à la main; les terribles guerres de religion, où le fer et la flamme semblaient encore des moyens insuffisants aux satisfactions du fanatisme; les terreurs quelquefois exagérées des assiégés, détruisant, eux-mêmes, par le feu, leurs propres établissements, pour ne laisser aux assiégeants qu'un amas de cendres et de ruines, expliquent le grand nombre d'incendies observés pendant le moyen-âge ; et la construction d'une grande partie des maisons en bois, leur couverture en paille, en bardeau, l'étendue souvent considérable de ces terribles embrasements : puisqu'il faut arriver jusqu'au 5 août 1768, pour trouver une ordonnance du bureau des finances de la Généralité de Tours, qui défend la construction des maisons en bois dans les rues de la ville du Mans. Voici les principales époques de ces incendies.
873 : les faubourgs du Mans, par la réunion des Bretons et des Normands. 1072 : une partie de la ville, par les Normands. Le 3 septembre 1 134, la cathédrale, la ville, les faubourgs sont fortement endommagés par le feu du ciel. En avril 1562, les protestants, maîtres de la ville du Mans, y brûlent presque toutes les communautés, les reliques, les titres, les manuscrits, les bibliothèques des églises, des monastères, etc. Le 5 mai 1583, la
foudre, en frappant le chœur et la croisée de la cathédrale, y fond tout le pomb dont ils étaient alors couverts. On croit même qu'une cloche en argent, placée dans le clocher au-dessus de cette croisée, et que Ton sonnait seulement à l'avénement, à la mort de chacun des chanoines, fut également fondue par le tonnerre. 1588, le duc de Mayenne, chef des ligueurs, étant passé par le Mans, son lieutenant, le maréchal de Bois- Dauphin, commandant alors cette ville, brûle ou rase les maisons des faubourgs, jusqu'à cent pas des fortifications. 1653, incendie considérable dans la ville. 1659, le feu s'étend de l'hôtel du Dauphin à presque tout le quartier des Halles. Nous verrons encore, dans l'histoire des temps modernes, un assez grand nombre d'autres incendies, mais produits par des causes différentes et généralement avec moins d'extension.
Famines. — Sous l'influence des malheureuses conditions dont elles étaient environnées, les populations éprouvaient souvent alors des disettes graves dans leurs conséquences, parce qu'elles se prolongaient en raison des difficultés d'obtenir ailleurs des substances alimentaires; aussi presque toujours on voyait succéder, aux horreurs de la faim, l'exténuation, les épidémies et la mortalité. Au nombre des plus désastreuses, dans le Maine, on trouve les suivantes :
En 997, les populations, dépourvues des objets d'alimentation ordinaires, se nourrissaient d'herbes, de feuilles, et de tous les animaux qu'elles pouvaient atteindre. Mais rien ne fut comparable à cette affreuse disette qu'en 1028 amenèrent trois années consécutives de pluies torrentielles. Au milieu des horreurs de la faim, les peuples civilisés devinrent anthropophages : « On se jetait, dit Raoul Glaber, sur les passants attardés pour les dépecer et les faire rôtir ; on attirait les enfants à l'écart, et ils disparaissaient. Un boucher porta de la chair humaine cuite au marché de Tournus; un brigand s'était construit une cabane près de l'église de Saint-Jean-de-Chatenay, aux environs de Maçon ; il offrait l'hospitalité aux voyageurs, et les assommait pour s'en repaître. L'un d'eux s'échappe de cet antre, court avertir le comte Othon. Ce misé-
rable fut conduit à Mâcon, brûlé à petit feu ; nous avons, ajoute Raoul Glaber, assisté à son exécution : 48 crânes humains furent trouvés dans son affreuse demeure. »
Plusieurs autres famines très-meurtrières désolent encore notre pays : ainsi, en 1059, arrive celle qui, pendant sept années consécutives, désola toute la France. En 1085, elle sévit avec tant de force dans notre province, que le septier de blé se vendait jusqu'à 7 sous d'or, au moins 42 francs de notre monnaie. En 1137, « elle fut si cruelle, dit Morand, que les pauvres furent obligés de brouter l'herbe. » En 1315, elle fit périr la plus grande partie des indigents. Les années 1348, 1350, 1359, 1360, 1484, 1526, furent marquées par des famines terribles suivies de funestes maladies épidémiques. De 1528 à 1533, elles se reproduisirent avec la même gravité. En 1648, elle affligea surtout la province du Maine ; et Philibert-Emmanuel de Beaumanoir, alors évêque du Mans, à l'exemple qu'avaient donné ses dignes prédécesseurs au milieu des mêmes calamités, se montra le véritable père de ses diocésains, par le dévouement, l'abnégation et le zèle qu'il mit à soulager les malades et les indigents. Nous verrons ces cruelles disettes se prolonger encore beaucoup dans les temps modernes.
Maladies épidémiques. — Il est aisé de comprendre la fréquence de leur développement dans le Maine pendant le moyen-âge, où tant de causes physiques et morales devaient les produire ; et leur gravité chez des populations fatiguées par le travail, les guerres incessantes, quand elles n'étaient pas exténuées par les privations, la mauvaise nourriture ou même les disettes prolongées; dans un pays où les notions positives de l'hygiène et de la médecine étaient encore si malheureusement enveloppées du voile de l'ignorance. Voici les époques de ces fléaux les plus désastreux :
En 1484, une épidémie très-grave se manifesta dans toute la province, mais surtout au Mans, avec une telle mortalité, qu'un certain nombre d'habitants abandonnèrent cette ville, et que les moines de la Couture se réfugièrent dans leur prieuré de
Pezé, près de Sillé-le-Guillaume. En 1583, une grave épidémie, désignée sous la dénomination impropre de peste,, comme toutes celles du moyen-âge, se prolongea d'une manière si funeste pendant Tannée 1584, que l'administration municipale, avec le concours du clergé, des corporations, des paroisses, fit construire, entre le champ de Marine et le Greffier, au sudouest de la ville du Mans, un hospice nommé Sanitas, pour y traiter les indigents affectés de cette maladie. En 1601, nouvelle épidémie, qui, pendant trois ans, fait des ravages sérieux dans cette ville. En 1611, vers le mois de juillet, organisation d'un service de santé pour s'opposer aux progrès effrayants d'une maladie contagieuse qui suscite, au Mans, des dépenses telles, que la cité, par décision du conseil, est dégrevée, pour 1613, de la moitié de sa taille, qui s'élevait alors à 3,800 livres. En 1625, épidémie grave, nécessitant la formation d'un bureau de secours ; et l'interdiction de l'entrée de la ville aux mendiants et vagabonds des autres localités. En 1628, la maladie sévit avec tant de violence à l'abbaye de Saint-Vincent, que le clergé se trouve dans l'impossibilité d'y conduire la procession des Rameaux. En 1637 et 1638, la contagion est si violente, que, dans les cérémonies de l'Église, comme dans les rapports du monde, on évite, avec précaution, tout contact douteux.
Ces terribles et meurtrières épidémies se manifestèrent bien des fois encore , dans les premières phases des temps modernes, avec les caractères de véritables calamités pour la province du Maine.
Phénomènes atmosphériques. — Dans les premières époques du moyen-âge, au milieu des populations ignorantes et superstitieuses , les plus simples modifications physiques du ciel devenaient des événements, souvent même des présages qui répandaient l'inquiétude et la crainte. Au nombre de ces faits, nous citerons les plus remarquables.
Pierres tombées du ciel. — Plusieurs fois , dans la province du Maine, on constate, au moyen-âge, la présence de ces aérolithes, mais au milieu de l'ignorance des sciences physiques et
chimiques, la superstition seule fait les frais de leur histoire. Il faut arriver jusqu'aux temps modernes pour trouver quelques détails scientifiques sur ce phénomène observé dans notre pays. Le 43 septembre 1768, plusieurs de ces pierres tombèrent près du château de la Chevalerie, canton du Grand- Lucé, près de cette ville. Ces aérolithes, envoyées à l'Académie des sciences, furent étudiées par Cadet et Lavoisier. L'une d'elles pesait 13 livres. Elles donnèrent les résultats suivants : pesanteur spécifique, 3,58; composition, sur 100 parties : soufre 8 1/2; fer, 36; silice, 55 1/2; traitées par l'acide hydrochlorique, elles dégagent une odeur hydrosulfureuse très-prononcée.
Variations thermométriques. — En 1421, la température est si douce, pendant l'hiver, que les arbres sont, au mois de mars, en pleine floraison. Par une opposition bien remarquable, en 1434, la gelée commence le 31 décembre, se prolonge pendant trois mois ; reprend à la fin de mars, et dure jusqu'au 17 avril. En 1538, les jardins étaient émaillés de Heurs au mois de janvier. En 1544, le froid offrit une si grande intensité que, dans les caves, les vins en tonneau furent entièrement gelés. En 1585, on vit à Pâques des épis dans les blés.
Nous trouvons, sous ce rapport, des faits plus extraordinaires encore pour les temps modernes.
Ainsi, la température s'est abaissée : en 1716, à 15; — 1829, à 16; — 1788, à 17; — 1795, à 18 degrés au-dessous de 0. Des nuages de grêle sont venus bien des fois désoler nos campagnes, détériorer les constructions fragiles de nos cités; mais le plus remarquable de tous est celui qui, le mercredi 18 août 1858, à 2 heures de l'après-midi, vint fondre sur les communes de Roisé, Fille, Spay, Saint-Georges, Alonnes, Coulaines, Saint-Pavace, Neuville, Sargé, la ville du Mans, ses faubourgs, et dont les énormes gréions, offrant un noyau sphérique blanc, dur, entouré de couches concentriques de glaçons plus ou moins aplatis, pesaient en moyenne de 25 à 30 grammes; un assez grand nombre, 50; on assure môme en avoir
trouvé qui arrivèrent à 400. Tombant obliquement, avec une grande force de projection, du sud-ouest au nord-est, ils dévastèrent le pays, tuèrent des animaux dans les champs, et criblèrent, comme une véritable mitraille, les fenêtres des maisons et les magnifiques vitraux peints de la cathédrale de Saint-Julien, dans toute la façade sud-ouest, avec un dommage de 30 à 40 mille francs, sans compter l'inestimable atteinte portée à la valeur artistique de ces belles verrières. En 1768, le 22 novembre, le baromètre descend, à 26 p. 8 1.; en 1821, le 24 décembre, à 26 p. 5 1. Par un bien remarquable contraste, plusieurs hivers, dans le Maine, furent tellement doux, que l'on vit, en février 1772, les arbres se couvrir de feuilles, et les oiseaux des champs amener leurs couvées à l'état d'éclosion. En 1822, du 1er janvier au 16 février, les jardins de Vaux, commune d'Yvré-TÉvêque, produisirent, en plein air et sans moyens artificiels : quatre artichauts, une botte d'asperges; le jardin du Pavillen, commune de Rouillon, près le Mans, au 7 janvier, huit artichauts mûrs; à Conlie, des morilles en grand nombre ; dans plusieurs jardins du Mans, des fraises en abondance ; à Écommoy, une assiette de fraises des bois ; à Neuville, des pommes du volume d'un œuf; dans plusieurs endroits, des violettes, primevères, pervenches, rosiers, giroflées, chèvrefeuilles, etc., en pleine floraison.
Superstitions. — La province du Maine eut assurément beaucoup à souffrir de toutes les calamités dont nous venons de faire la pénible énumération; c'est l'opinion de tous les historiens positifs. « Indépendamment des incendies, grêles, désastres, dit M. Auvray, Statistique de la Sarthe, la guerre civile a occasionné bien d'autres pertes, qu'il ne serait pas exagéré d'évaluer à cinq millions : argent, bestiaux, denrées seulement. »
Il est aisé de comprendre qu'au milieu de ces tristes conjonctures les esprits se trouvèrent naturellement portés à l'inquiétude, a la crainte, aux sinistres pressentiments, aux superstitions; aussi le Maine fut-il, pendant le moyen-âge, une des provinces de France où ces aberrations de l'esprit se trou-
vèrent le plus généralement répandues et le plus regrettablement incurables; non-seulement dans les ignorantes populations des campagnes, mais encore el surtout chez les classes opulentes des villes.
Revenants. — A toutes les époques de notre histoire, l'apparition des esprits fut un objet de crédulité, de crainte et d'effroi. La réalité de ces faits merveilleux est sans doute aujourd'hui moins généralement acceptée; cependant, au nombre même des esprits forts qui la repoussent comme une superstition puérile, beaucoup assurément ne s'arrêteraient pas la nuit, sans éprouver une terreur instinctive, dans un cimetière, au milieu des ruines désertes d'un vieux castel mal famé dans le pays sous le rapport des apparitions que la frayeur des habitants ne manque jamais d'y signaler.
On sait le bruit que fit autrefois en France le fantôme si connu sous le nom de Gobelin; et qui, pendant l'épiscopat de Hugues de Saint-Calais, vers 1136, vint dans le diocèse du Mans, comme nous l'apprend Le Corvaisier, d'après le Cartulaire, la Légende dorée, le manuscrit du sieur Houdayer, s'empara de la maison de Nicolas Garnier, prévôt de la ville, et fit toutes espèces de diableries : il tourmentait, battait les locataires, poussait des hurlements, imitait les cris de tous les animaux, épouvantait le voisinage par des bruits de chaînes, de clairons, ou charmait les oreilles par le chant des oiseaux, les accords mélodieux des instruments; inspirait la frayeur par le tremblement des murailles, des planchers, le bouleversement des meubles ; nouait, d'une manière inextricable, toutes les cordes qui se trouvaient à sa portée ; soufflait du soufre, des cendres sur les aliments en préparation, etc. Enfin, ajoute l'auteur, Févêque fit, avec succès, conjurer par deux personnes pieuses, remplies de foi, cet hôte incommode et redouté.
Le Corvaisier ne semble pas frès-convaincu de la réalité de
tous ces faits; nous partageons au moins ses doutes, et nous
rapportons ces détails des vieilles chroniques, seulement pour
donner une idée générale des mœurs et des usages du temps.
Dans nos campagnes, les flammes qui s'élèvent le soir des
terrains marécageux, des vieux arbres en putréfaction, dont les premières notions de chimie nous expliquent la formation naturelle, sont encore assez généralement envisagés sous les noms mystérieux de feux follets, falloteux, farfadets, etc., comme des esprits malins jouant aux hommes, aux animaux, un nombre infini de mauvais tours : tressant, dans les pâturages, les crins des chevaux, etc., sans qu'il soit possible de les démêler; éblouissant le sujet peureux, faisant glisser perfidement son pied sur la planche du ruisseau qu'il veut franchir, et le saluant d'un rire moqueur lorsqu'il vient d'y tomber, etc.
Jusqu'au xvie siècle, chaque village du Maine avait son redoutable sorcier, son habile devin en titre ; aussi l'avocat Macé publia-t-il au Mans, en 1579, comme ouvrage sérieux, un gros volume sur les revenants, devins, sorciers, magiciens, etc. Aussi quelques pasteurs, égarés par le vertige de l'époque, excommuniaient-ils alors, avec sécurité de conscience, les devinsses sorciers, etc.; aussi, non moins ignorants, des magistrats de juridictions souveraines les condamnaient-ils au bûcher!
Faut-il ensuite s'étonner devoir, dans ces temps d'ignorance, des paysans stupides et grossiers assommer sur place, ou jeter dans leur four, dont ils venaient d'extraire le pain, des sujets inoffensifs, et même quelquefois de malheureux idiots, qu'ils accusaient du désastre de leurs champs , de la mortalité de leurs bestiaux, auxquels ils avaient, disaient-ils, jeté un sort.
Les nécromanciens, astrologues, chiromanciens, tireurs de cartes, diseurs de bonne aventure,e%c, présentèrent aussi leur vogue passagère; le somnambulisme magnétique, avec sa lucidité prétendue ; les tables tournantes, avec leur fabuleux pouvoir, eurent surtout le singulier privilège de prouver , dans le moyen-âge, comme dans les temps modernes, que le plus grand nombre des dupes un peu naïves de démystifiantes jongleries s'est toujours précisément rencontré dans la classe de ceux que l'on nomme , un peu légèrement peut-être , des gens d'esprit.
Quant aux charlatans, aux rebouteurs ignorants, auxjugeurs
d'eau, plus ou moins rusés de nos campagnes et même de nos villes, ils arrivèrent, ils arriveront toujours aux mêmes résultats; mais d'une manière plus dangereuse encore pour ceux qu'ils trompent, qu'ils exploitent par les apparences d'un savoir instinctif \ surnaturel, qui n'offre de réalité que dans une foi robuste et vraiment étrange ; et dont la chute si bien motivée des œuvres merveilleuses du grand Albert aurait dû naturellement détruire les vains prestiges, entraîner la ruine définitive.
Les influences lunaires sur un grand nombre d'objets et de phénomènes qu'elles ne peuvent évidemment atteindre; la valeur imaginaire de certains proverbes, qui n'ont le plus souvent d'autre mérite que celui d'être formulés en très-mauvaises rimes, sont encore, avec beaucoup d'autres que nous pourrions citer, autant de vieux préjugés difficiles à détruire, et dont le règne persévérant, dans nos campagnes, n'y témoigne pas d'un progrès bien satisfaisant de l'intelligence et de la raison : aussi, même aujourd'hui, les paysans arriérés accordent-ils aux médecins de leurs bestiaux, connus sous le nom d'affranchisseurs, la puissance particulière de nouer les aiguillettes, jeter des sorts, etc.
Près du hameau de la Vallée, commune de Vancé, dans le Maine, il existe une tombelle, nommée la Motte-Chauvin, de 112 mètres de circonférence à sa base, et que, dans le pays, on croit fréquentée, la nuit, par des lutins, des enchanteurs : ouvriers tellement habiles, qu'il suffit de leur confier, le soir, au pied du monticule, tous les instruments aratoires qui ont besoin de réparations, avec le prix du travail, pour trouver, le lendemain matin, ces instruments dans le meilleur état. La tradition locale nous apprend que, dans les ruines de la Tour-aux- Fées, commune d'Alonnes, près le Mans, s'opéraient des travaux semblables. En supposant quelque vraisemblance à ces faits, ils prouveraient, du moins, qu'au milieu des Génomans crédules, il en existait quelques-uns dont l'intelligence plus développée savait exploiter la naïveté des autres. Du reste, si l'on en croit Phylhéus, le sortilège et la manière de s'en servir
ne seraient pas d'invention nouvelle , puisque l'application s'en faisait aux forges de Lipari, il y a près de trois mille ans.
Au milieu de toutes ces aberrations mentales du moyen-âge, il vint s'en révéler une qui semblait être la conséquence et le complément de toutes les autres. Nous voulons parler de cette idée soudaine qui germa tout à coup, ou, mieux, qui se trouva jetée dans les masses par des intérêts habilement combinés : idée fixe et dominante d'une grande et prochaine catastrophe devant anéantir la terre.
Fm du monde. — Vers le commencement de la seconde phase du moyen-âge, les tribulations et les misères occasionnées par les désastres des guerres et des invasions, l'abrutissement et les désordres des mauvaises mœurs, les préjugés et les superstitions de l'ignorance avaient produit, chez les populations du Maine, comme chez celles de toute la France, un tel désordre dans les sentiments et dans les idées, que la terreur de la fin du monde s'empara de tous les esprits.
En 847, une pauvre aventurière de Mayence , nommée Thiola, prise de cette hallucination générale, se rend, avec l'enthousiasme d'une inspirée, dans les villages etdans les campagnes, annonce partout la fatale nouvelle. Ses effrayantes prédictions trouvent de l'écho presque partout; on l'entoure avec respect, on la considère avec crainte ; on se recommande à ses prières en la comblant de gratifications. Tout allait au mieux pour cette nouvelle pythonisse, lorsqu'elle fut citée devantune assemblée de prélats; condamnée, comme sorcière, fouettée en place publique. Ce traitement rigoureux enfante un martyr aux yeux des populations crédules , et ne fait qu'augmenter la confiance publique dans les effrayantes prédictions de cette malheureuse femme.
Déjà, vers le vie siècle, on avait éprouvé plus vaguement ces pressentiments funestes, et, pour les accréditer, on s'était pris à dire : « La caducité du monde est annoncée par le délaissement des principes religieux; le christianisme languit, leslieuxsaints ne sont plus l'objet d'un pieux culte, l'incrédulité reprend son
empire ; nous touchons au moment annoncé pour l'apparition de l'antechrist!.. »
Mais un retour vers la religion , un peu moins de souffrances pour le physique, d'agitation ou de découragement pour le moral, firent oublier ces tristes illusions et ces effrayantes chimères. Lorsque les éclipses, les comètes, les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses brûlantes et prolongées, les froids excessifs, les grêles, ouragans, orages terribles, épidémies meurtrières, et surtout l'affreuse famine de 997, pendant laquelle, d'après la chronique de Raoul Glaber, plus d'un peuple civilisé devint anthropophage, réveillèrent ces terreurs assoupies : on crut voir dans les deux des glaives de feu, des armées infernales soulevées pour l'extermination du genre humain; des prodiges de toute nature s'offrirent aux regards fascinés des nations, et la fin du monde se trouva définitivement arrêtée pour l'an 1000.
Au milieu de ces tristes préoccupations, de ces pressentiments sinistres, sous le coup écrasant de cette panique générale, tout travail fut suspendu, tout projet d'avenir annulé, toute conception intellectuelle éteinte. Les champs restèrent sans culture , les ateliers sans mouvement, les lettres, les sciences, les arts dans un délaissement complet. Un tel état de choses n'était pas, comme il est aisé de le comprendre, en mesure de remédier à l'ignorance, au découragement, à la souffrance, à la misère qui l'avaient eux-mêmes produit. Et, pendant plus de trois années, les populations entières se précipitèrent, de leur propre mouvement, vers la catastrophe dont la perspective occasionnait leur frayeur.
Pendant la seconde moitié du xe siècle, un assez grand nombre de théologiens partagèrent, dans leurs instructions, la crainte et l'erreur générales. Mais il paraît que les moines de toutes les communautés ne furent pas ainsi terrifiés, de manière à les détacher entièrement d'une certaine estime pour les biens de la terre ; car on les vit accepter, avec les témoignages d'une parfaite gratitude, ces énormes donations de l'opulence, qui sacrifiaitd'autant plusvolontiers ses richesses, qu'elle croyait
ne les plus devoir posséder, et par conséquent n'en pouvoir faire un plus fructueux usage que de les employer à l'acquisition des trésors du ciel. Du reste, quelle que soit l'explication, les faits sont là, dans le Maine particulièrement, pour démontrer que, de cette époque, date surtout l'immense fortune de plusieurs des monastères de cette province.
Enfin, l'année 1000 arrive, et le monde continue sa marche; ies illusions se dissipent, les réalités reprennent leur cours et la valeur qu'elles n'auraient jamais dû perdre. Des regrets profonds, nombreux sans doute, se firent alors sentir à l'occasion des biens trop aisément abandonnés, et surtout d'un temps si précieux, perdu sans utilité quand on aurait pu remployer avec tant d'avantage. L'humanité paraît sortir d'un léthargique assoupissement, reprendre une vigueur nouvelle, et préluder, comme nous l'avons déjà fait observer, aux progrès des lettres, des sciences, des arts, des industries, qui caractériseront les temps modernes. Ce retour était bien nécessaire, car la fin du xe siècle fut tellement ignorante que, parmi les laïcs, on trouvait encore à peine quelques sujets qui sussent lire, écrire ; à peine quelques notaires. Les Manceaux effectuaient verbalement leurs transactions, que ratifiaient les évoques; ils étaient forcés de confier la gestion de leurs affaires aux ecclésiastiques, aux moines, etc.
§ V. Travaux, constructions dans le Maine au moyen-age.
Avec la domination romaine, on vit pour longtemps disparaître, dans le Maine et dans les autres provinces gauloises, le génie des grandes entreprises, l'exécution de ces merveilleux travaux, qui semblaient établis de manière à braver l'influence destructive des siècles.
A ces belles voies de communication, qui paraissaient avoir été, d'un seul jet, poussées, de la métropole du monde, aux extrémités reculées des domaines envahis, actuellement abandonnées ou détruites, succédèrent, en effet, comme nous
l'avons déjà fait observer, ces chemins étroits, inégaux, tortueux, souvent impraticables.
Ces grandes et somptueuses villas, ces habitations, ces palais magnifiques, livrés au marteau démolisseur, furent bientôt remplacés par des chaumières, des maisons informes, chétives, bâties sans aucune des conditions nécessaires au plus simple confortable, et même à la salubrité.
En présence de ces faits, on s'étonne, on s'afflige, avec raison, d'une transition aussi prompte, aussi complète, aussi peu ménagée, du génie, de la science, de l'habileté d'application des Romains, à l'ineptie, à l'ignorance, à l'impuissance artistique des Francs. Il est difficile, en effet, de voir l'esprit aussi complètement détrôné par la matière; le règne de l'intelligence plus entièrement remplacé par celui de la force brutale ; et, si la supériorité relative de la force physique, dans toute sa vigueur, sur la force morale dénaturée par les influences d'une civilisation abusive et d'une religion corruptrice, n'était pas ici bien démontrée, le problème de l'affranchissement des Gaules par les Francs, au moyen de l'expulsion des Romains jusqu'alors victorieux, resterait sans aucune solution.
Dans cette première phase du moyen-âge, le peuple nouveau qui venait d'accomplir une aussi merveilleuse délivrance, nous semble prendre à tâche de ne conserver aucune tradition de ses anciens maîtres ; d'oublier même ce qu'ils avaient fait de plus grand, de plus beau dans le pays de leur domination passée; de recommencer la civilisation par sa base, et de n'en devoir les bienfaits qu'à ses propres et généreux efforts. Mais, nous l'avons déjà dit, nous devons le répéter encore : c'est à l'honneur établi comme principe, c'est au christianisme surtout, qu'il faudra particulièrement attribuer la gloire de cette noble régénération. « La protection des faibles, dit M. Poujoulat, dans son éloquente brochure sur la défense des droits du Saint-Siège: ce principe de notre vieille chevalerie, domina tout le moyen-âge; cette fidèle application des maximes de l'Évangile fit reculer la force brutale, et prévaloir les sentiments généreux : elle créa le code de l'honneur!...»
Il fallait, en effet, tout le feu créateur du sentiment religieux, toute la lumière de cette institution divine, pour échauffer la torpeur morale, pour dissiper les ténèbres intellectuelles de ces premiers siècles du moyen-âge. Il ne suffisait pas aux Francs d'avoir expulsé le grand peuple en décadence, d'avoir secoué son joug, évité sa corruption, il fallait entrer, sans arrière-pensée, dans les voies d'une civilisation meilleure, plus vraie, sous l'influence de ces puissants régulateurs; s'élever au-dessus des Romains dans la philosophie, la morale pratique, les sciences, les arts, les industries; en évitant les causes de leur dissolution et de leur chute. Nous verrons se réaliser la première partie du problème, en sera-t-il de même pour la seconde ? Nous n'oserions pas l'affirmer.
Examinons actuellement, dans le Maine, quels furent les travaux progressivement entrepris au cours de celte phase de notre histoire locale; et, pour mieux apprécier leur importance relative, étudions isolément ceux qui sont particuliers : 1° aux habitations; 2° aux édifices civils; 3° aux Eglises chrétiennes de cette province.