‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 42 sur 45 · I. Églises du Mans · texte numérisé non relu

I. Églises du Mans

Elles furent très-nombreuses pendant le moyen-âge, nonseulement en raison de la multiplicité des monastères, mais encore des paroisses dont la révolution de 1793 a produit une énorme réduction, tandis qu'en même temps elle vendait et démolissait la plupart des édifices religieux. Nous rappellerons celles qui existaient, et nous décrirons succinctement celles que l'on voit encore aujourd'hui.

Nous ferons observer, à cette occasion, que dans notre province, comme dans la plupart des autres , la restauration des

temples chrétiens fut trop souvent effectuée sans intelligence, sans goût, sans aucun respect des traditions, des choses, des temps et des lieux. Il serait dès lors bien à désirer de voir tous les prélats s'élever contre de pareils abus , ainsi que l'ont fait ceux du Mans, de Tours, de Bordeaux surtout ; lequel s'exprime clairement sur ce point, dans une circulaire adressée à MM. ses curés. « Nous renouvelons à MM. les curés l'avis, déjà donné plusieurs fois, de n'entreprendre aucune réparation dans leurs églises sans nous avoir préalablement consulté... Des faits récents assez nombreux, dont nous avons été le témoin dans nos visites pastorales, nous donnent la preuve que la restauration des églises, dans les villes et dans les campagnes, se fait quelquefois sans goût, et souvent de manière à ôter à d'anciens monuments le caractère et le style qu'ils tiennent du siècle où ils ont été élevés. Tels sont en particulier le badigeonnage, le grattage, la pose des boiseries modernes et des tableaux qui dérobent à la vue les colonnes, chapiteaux et autres objets d'art; le pavage, qui enlève d'anciennes pierres tumulaires, etc.. Les fabriques sont responsables des dégradations qu'elles laissent ou font commettre. Il n'y a pas de dépenses plus malheureusement effectuées, que celles qui ont pour objet d'embellir une vieille église par des changements ou additions étrangères à la pensée de son auteur. »

Vers la même époque, en 1838, Monseigneur l'archevêque de Tours faisait ressortir l'importance de l'archéologie, « qui fait lire sur la pierre comme dans un livre les transformations sociales et les conquêtes du christianisme. » Il insistait pour que les restaurations des églises ne vinssent pas maladroitement changer et surtout effacer des caractères aussi précieux.

Cathédrale du Mans. — Pour éviter, dans l'histoire abrégée de notre belle cathédrale, une confusion pénible et des redites fastidieuses, nous ferons d'abord observer que l'édifice actuel n'offre absolument rien des premières constructions ; qu'il ne fut sérieusement commencé que vers 1055, par l'évêque Vulgrin ; que les plans suivis dans son édification n'offrent point le grand caractère d'une seule pensée, d'une œuvre d'unité

d'ensemble, que l'on y trouve au contraire, mais peut-être avec une compensation artistique au point de vue de l'archéologie, les caractères de créations appartenant aux xie, xne, xme, xive et xve siècles : époque à laquelle il fut seulement terminé, sous Tépiscopat d'Adam Chastelain, vers 1430, après une durée de quatre siècles à peu près; ce qui rendit l'œuvre de saint Julien proverbiale dans notre pays , pour caractériser une entreprise qui ne finit pas.

Examinons en conséquence les constructions antérieures à celle-ci ; décrivons ensuite cet édifice tel qu'il se trouvait au xve siècle, et suivons, enfin, les principales phases de son édification.

1° Constructions anciennes. — A son arrivée dans le Maine, vers l'an 70 de l'ère chrétienne, avec délégation de saint Pierre, et, disent les anciens titres, par l'intermédiaire de saint Clément, saint Julien fut reçu dans la ville du Mans avec beaucoup de bienveillance et d'estime par le gouverneur, qui portait le titre de defensor civitatis; d'autres disent le nom même de Defensor, ou défenseur.

Frappé de la vérité des enseignements du saint apôtre, le gouverneur, avec toute sa famille, embrasse la religion qu'il venait prêcher ; lui donne un logement dans son palais, occupant à peu près l'emplacement actuel de la cathédrale ; et, pour les cérémonies de son culte, la grande salle ou basilique jusqu'alors consacrée aux tribunaux qui rendaient la justice , et qui devint, en conséquence, le premier rudiment de la métropole du Maine.

Du reste, un grand nombre d'autres églises chrétiennes s'établirent ainsi dans les basiliques, partie constituante, essentielle de l'habitation des citoyens riches, puissants de cette époque; et dont ils se servaient pour les assemblées de leurs clients, de leurs esclaves, etc. « La basilique, dit M. Dezobry, Rome au siècle d'Auguste, était alors une pièce tout à fait indispensable dans les maisons des grands. » « Elle ressemblait, dit Vitruve,de l'Architecture, chez les riches Romains, aux basiliques publiques. » Celles-ci devinrent quelquefois des églises-

sous les empereurs chrétiens ; mais le plus souvent, comme leur forme l'indique, ces temples furent édifiés complètement dans le but d'être immédiatement consacrés à la religion du Christ. Quant à leur nom, le mot BastXeuç, roi, maison royale, en indique assez l'origine. Or, si l'on a pu donner ainsi *e nom de basiliques à ces lieux employés aux usages des grands de la terre, on a dû le conserver, avec plus de raison encore, aux cathédrales consacrées à la majesté de Dieu.

C'est dans cette basilique, faisant partie du palais de Défensor, que saint Julien établit son église par une appropriation, une consécration nécessaires ; et qu'il en forma le saint lieu de réunion, où les fidèles néophytes venaient chaque jour prier, s'instruire, et se convertir au christianisme. Cette consécration au Sauveur eut lieu sous l'invocation de saint Pierre et de Marie.

Saint Thuribe et saint Pavace, associés à saint Julien pour sa mission dans le Maine et ses deux légitimes successeurs au siège épiscopal du Mans, ne paraissent pas avoir eu d'autre cathédrale, que sans doute ils auront pris soin d'agrandir en conséquence des besoins amenés par l'augmentation progressive du nombre des chrétiens.

Alors éclatèrent ces violentes persécutions, qui non-seulement dans Rome idolâtre, mais encore dans les Gaules, où sévissait le polythéisme, pour les villes, et le druidisme, pour les campagnes, forcèrent les malheureux chrétiens à se réfugier dans les catacombes, les mystérieux souterrains, les lieux abandonnés et sauvages, seul moyen d'éviter les plus cruels supplices. Le christianisme n'en continua pas moins son œuvre, que rien ne pouvait désormais arrêter complètement dans sa marche; mais il fut contraint de procéder secrètement, dans l'ombre, sans aucune cérémonie publique, sans aucune démonstration apparente ; sans laisser enfin d'autres vestiges de son passage que le témoignage des souvenirs et des traditions.

On s'étonne, ensuite, ou mieux on feint de s'étonner de voir, au milieu de ces terribles persécutions, la chaîne épiscopale rompue entre les évêques traditionnels et les évêques histori-

ques, se renouer enfin à saint Liboire, vers 337, précisémentavec le retour du calme et de la paix de l'Église. Assurément une disposition contraire aurait bien plus lieu de surprendre, si Ton n'avait besoin d'improviser si gratuitement une objection, de cette rupture, contre l'origine apostolique des églises de France en général, de celle du Mans en particulier. Nous avons fait justice de cette vaine prétention d'attaquer ainsi l'unanimité des plus respectables documents ; nous n'y reviendrons pas.

Pour trouver actuellement quelques faits relatifs aux constructions de la cathédrale du Mans , il faut arriver jusqu'à l'épiscopat de saint Innocent, vers 513. Ce prélat fit donner plus d'élévation à la première basilique; en prolongea l'édification dans sa partie orientale ; et l'ayant enrichie des reliques authentiques de saint Gervais et de saint Protais, qu'il avait obtenues de l'archevêque de Milan, en fit une consécration nouvelle, sous l'invocation de ces deux saints martyrs.

A partir de cette époque jusqu'à l'épiscopat de Francon 1er, vers 793, cette église fut alternativement enrichie, dans son ornementation intérieure et dans son patrimoine, parles dignes évêques saint Bertrand, saint Hadouin ; dévastée, honteusement spoliée pendant l'administration si désastreuse et si déplorable du prélat Gauzelin ; mais on ne fit rien de notable pour sa construction ; les réparations se trouvèrent même tellement négligées vers la fin de cette période, qu'elle tombait en ruines, et présentait ainsi le plus fâcheux état. Ce fut alors que Francon Ier , favorisé par la bienveillance de Gharlemagne, rétablit sa cathédrale dans un bon état, la fit en partie couvrir de plomb, et remplaça, dans son intérieur, presque tous les ornements dilapidés.

Vers 832, l'évêque saint Aldric prit la plus grande part à ces anciennes constructions. Voulant donner à sa cathédrale un développement digne de son objet, il la fit presque entièrement réédifier. Secondé par les secours de Louis Ier, qui lui portait une profonde affection, saint Aldric y fit bâtir, à neuf, un chœur de forme à peu près semi-circulaire, d'après les anciens documents, entouré d'un bas-côté; reconstruire la nef

presque en entier, avec portiques et parvis ; augmenta le nombre des autels de 14 à 15, sans parler de celui du chœur, d'un fini remarquable. On prétend qu'il plaça dans les beffrois une sonnerie de douze cloches parfaitement harmonisées. Ce digne évoque eut la douleur de voir ses grands et riches travaux en partie dévastés par les irruptions des Normands. Ce fut, comme nous l'avons exposé avec les détails convenables, dans l'histoire de sa vie, qu'il fit, le 25 juillet 834, avec solennité, la translation des reliques de saint Julien, etc., du cimetière des chrétiens, oratoire du Pré, dans la cathédrale qu'il venait de consacrer, en ajoutant, aux patrons de cette basilique, saint Julien , dont elle prit désormais le nom. Des historiens modernes reportent ce fait jusqu'à 940, sous l'épiscopat de Mainard, xxxme évêque du Mans. Nous croyons positivement devoir conserver ici l'opinion des plus anciens documents relatifs à cette métropole.

De 857 à 940, les évoques Robert et Mainard surtout réparèrent, autant qu'il fut en leur pouvoir, les dilapidations et les ravages faits à leur cathédrale par les Normands, à cette désastreuse époque ; mais les constructions de la métropole du Mans, élevées peut-être avec trop de précipitation, dans tous les cas avec peu de solidité, ne tardèrent pas à tomber en ruine d'une manière assez complète pour exiger l'édification d'une cathédrale nouvelle plus vaste, et surtout plus durable.

11° Constructions ultérieures. — Nous étudions, sous ce titre, la cathédrale du Mans, commencée par l'évêque Vulgrin, vers 1055 , et terminée , vers 1430, pendant l'épiscopat à' Adam Chastelain, après un peu moins de quatre siècles de travaux, souvent interrompus ou compromis par les ravages des incendies et des invasions armées.

Nous décrirons d'abord, en peu de mots, cette cathédrale telle qu'on la voit aujourd'hui ; nous indiquerons ensuite les principales phases de son édification.

La cathédrale du Mans, l'une des plus belles, des plus majestueuses de France, placée dans le point culminant de l'ancienne cité gallo-romaine, tout près de la porte septen-

trionale, offre une vaste et noble construction ; occupant, dans son ensemble, une superficie d'environ 5,000 mètres carrés; sa forme est celle d'une croix latine, posée comme dans toutes les églises chrétiennes régulières. La plus grande longueur de l'édifice, dans œuvre, du grand portail occidental, au fond de la chapelle du chevet, est de 130 mètres ; sa plus grande largeur, au niveau du chœur, de 32; sa plus grande élévation, sous clef de voûte, de 34.

Son ensemble se compose de six parties principales : 1° la nef; 2° le transept; 3° la grosse tour; 4° le chœur; 5° les chapelles; 6° les dégagements accessoires.

1° La nef présente la forme d'un parallélogramme de 58 mètres en longueur, sur 24 de largeur, en y comprenant les bas côtés limités, chacun par son rang de colonnes alternativement simples, en faisceau, que surmontent des arcs en pleincintre primitivement ; cette partie de l'édifice, dont la voûte est beaucoup moins élevée que celles du transept et du chœur, n'ayant que 22 mètres, offre cependant une simplicité noble et de bon goût. Elle présente, comme issues : la grande porte occidentale, de laquelle on descend sur le parvis, au moyen d'un large escalier ; une petite porte à droite ; une porte latérale plus considérable au côté méridional, avec péristyle.

2° Le transept, ou croisée, offre une longueur de 59 mètres, une largeur de 10, avec une élévation, sous voûte, de 34 mètres. Ouvrant, à son extrémité sud, au moyen d'une assez grande porte, sur la place Saint-Michel, après le passage voûté sous la tour. Deux autels occupaient ce transept, un de chaque côté de l'entrée du chœur. Son bras septentrional est terminé par une magnifique rose en verres de couleur; et le méridional, pa» la grosse tour, complètement liée à sa construction.

3° Cette grosse tour, de forme carrée, se trouve, dans toute sa hauteur, soutenue par d'énormes contreforts disposés en pilastres , et creusés de plusieurs niches, où se voient des statues représentant divers personnages éminents. Elle est couronnée par une galerie en pierre, surmontée d'un dôme que termine une pyramide en fonte avec sa croix. L'élévation,

au-dessus de la place Saint-Michel, est de 52 mètres à la dernière galerie; de 65, jusqu'à la croix qui termine le clocher ; enfin, au-dessus du niveau moyen de la Sarthe, de 100 mètres au moins. On y monte par un escalier assez étroit, décrivant une spirale, dont les marches, en pierre calcaire, au nombre de 265, sont usées, sous le pas, dans une assez grande partie du parcours jusqu'à la moitié de leur épaisseur, et devenues assez dangereuses dans le quart supérieur de cet escalier, pour qu'on les ait recouvertes d'un revêtissement en fonte cannelée.

4° Le chœur. — C'est là surtout que l'observateur s'arrête, considère et réfléchit. La nef est belle, sans doute, mais trèssimple, un peu massive. On a d'ailleurs gâté son caractère essentiel de plein-cintre, qui marquait bien son époque, en y faisant, en sous-œuvre, des ogives discordantes, mais heureusement très-mal simulées, permettant de retrouver les pleins cintres mutilés, et dont plusieurs ont été respectés; sans doute pour ne pas compromettre entièrement la beauté primitive de cette partie de l'édifice. Le transept marque la transition de l'œuvre ; il est majestueux, mais on le trouve, en général, un peu rétréci pour sa longueur : à la partie que nous allons considérer, la critique s'arrête, et ne laisse de place qu'à l'étonnement, à l'admiration!

Le chœur de la cathédrale du Mans est d'un style ogival pur, nous pourrions dire parfait, puisque, dans toute la France, des hommes compétents n'ont trouvé que celui de la cathédrale de Beauvais qu'on puisse lui préférer; et cependant le proverbe ajoute, au point de vue des métropoles de ce pays : « chœur, de Beauvais ; nef, d'Amiens ; portail, de Reims. »

Dans ses belles et riches proportions, il présente une longueur de 44 mètres sur une largeur de 32, en y comprenant ses latéraux, dont il est séparé par une ligne circulaire de colonnes en faisceau, qui semblent jaillir de leurs socles vigoureux, s'élever par une sublime impulsion vers le ciel, à la fois avec hardiesse, grandeur et légèreté, pour se perdre sans confusion, sans transition appréciable, dans ces gracieuses ogives latérales et dans ces nervures élégantes, qui soutien-

nent, sans effort apparent, à plus de cent pieds d'élévation, ces voûtes aériennes, qui vont admirablement s'harmoniser avec les autres parties de l'ensemble. Ici, tout paraît monter vers le séjour éternel, entraînant avec soi lame absorbée dans une profonde et religieuse contemplation! Ici, par un art merveilleux, se trouvent, en effet, réunis les véritables caractères du temple chrétien : simplicité, richesse, grâces, décence, grandeur humaine et majesté divine !...

5° Les chapelles. — Au nombre de onze, rangées sur une ligne semi-circulaire, autour du chœur, elles en circonscrivent les bas-côtés. La chapelle de Notre-Dame-du-Chevet, placée, d'après l'usage, sur le grand diamètre de l'édifice, présente 18 mètres de profondeur sur 5 de largeur ; les autres, dont six occupent la gauche et quatre la droite de celle-ci, en y entrant, avec une largeur pareille, n'offrent que 11 mètres de profondeur.

6° Les dégagements accessoires se composent de la sacristie, placée à droite du chœur, et dont la porte présente une ornementation assez riche provenant de l'ancien jubé, etc.

Au nombre des objets remarquables déposés dans la cathédrale du Mans, nous citerons surtout les suivantes :

Mausolée de Guillaume Langey-Dubellay. — Autrefois placé dans la chapelle de Notre-Dame-du-Chevet, il se voit aujourd'hui dans celle des fonts baptismaux. Ce beau monument fut érigé par Jean Dubellay, évêque du Mans, à la mémoire de Guillaume Langey Dubellay, son frère aîné, lieutenant du roi en Piémont, mort en 1543. Il représente le personnage, en pierre de liais, à demi-couché sur un sarcophage orné de bas-reliefs en marbre blanc, d'un mouvement, d'un fini, d'une riehesse admirables ; tels enfin qu'ils devaient sortir du ciseau puissant de Germain Pilon. Ces sculptures, en marbre blanc, sont merveilleusement conservées ; la statue seule, en pierre, offre quelques mutilations.

Sarcophage de Charles IV d'Anjou, comte du Maine. — Il se trouve placé en face du précédent ; mais, au point de vue artistique, est loin d'offrir la même importance.

Tombeau de la reine Bérengère, comtesse usufruitière

du Maine; —il fut transporté, de l'abbaye de l'Épau, lieu de la sépulture de cette souveraine, dans la cathédrale du Mans, en 1821, près de l'autel du Crucifix.

Monument de Monseigneur Bouvier, Lxxxne évêque du Mans. — On vient de rétablir à l'endroit même qu'occupait celui de la reine Bérengère , et que Ton a rélégué dans le bras sud, au pied de la muraille du transept, à droite en sortant.

Lemonument deMonseigneur Bouvier, presque tout en pierre blanche, est simple, modeste, sans richesse exagérée d'ornementation, par conséquent de bon goût : tel qu'aurait pu le désirer le modeste et simple évêque dont il a pour objet d'honorer la mémoire.

Il offre l'apparence d'une petite chapelle ogivale, sous le portique de laquelle on voit le digne prélat à genoux, dans l'attitude recueillie de la prière ; et d'une si parfaite ressemblance, que c'est, à notre sens, l'une des plus heureuses traductions de la physionomie du pieux évêque.

Au-dessous, existe un bas-relief, naïve et touchante expression des instants suprêmes du modeste prélat, assisté, sur son lit de mort, par notre malheureux et bien-aimé Pontife Pie IX. Ici, les deux seuls personnages de cette scène pénible , édifiante à la fois, sont parfaitement rendus comme ressemblance et comme expression : la souffrance et la résignation se peignent dans les traits du bon évêque; la bienveillance et la douleur se traduisent dans ceux de l'excellent Pontife : c'est l'indicible expression d'un père qui voit mourir l'un de ses plus chers enfants ! . . .

La critique, peut-être, pourra s'exercer au point de vue sévère de l'art; mais à celui du sentiment, nous n'avons que des éloges à donner à cette œuvre simple et touchante, due au ciseau de M. Louis Ghenillion, du Lude, et presque un enfant du Maine.

L'inauguration du pieux monument s'est faite, avec solennité, le vendredi 9 août 1861, au milieu d'un nombreux concours des habitants du pays; surtout des ecclésiastiques de la Sarthe et de la Mayenne, venus, en foule, rendre à l'ancien

supérieur du grand séminaire, au digne évoque du Mans, ce dernier témoignage d'une gratitude et d'un affectueux respect, auxquels il avait acquis les titres les plus honorables et les mieux mérités.

Sépulture du Christ. — Elle remplit, en grande partie, la dernière chapelle, à droite de celle de Notre-Dame-du-Chevet, sous le titre « d'autel de Saint-Pierre : » l'un des personnages principaux de la scène qui s'y trouve représentée. Cette œuvre, effectuée par notre compatriote, Gervais Labarre, en 1610, sans pouvoir se comparer à celle de Germain Pilon, n'est assurément pas sans mérite. Nous voudrions pouvoir en dire autant de l'ornementation brillantée, par laquelle on a cru sans doute merveilleusement l'illustrer.

Il existait encore, avant 1562, plusieurs beaux mausolées de la famille de Luxembourg, d'autres éminents prélats, ou personnages distingués ; des reliquaires, des ornements riches et précieux, des statues en argent, etc. Toutes ces choses ont été brisées ou volées, à cette désastreuse époque, par les calvinistes. Il n'en reste aujourd'hui, comme seuls vestiges commémoratifs, que les tristes souvenirs de l'histoire, et quelques plaques en marbre noir, avec leurs simples inscriptions.

Verrières de la cathédrale du Mans. — Nous ne pouvons mieux terminer cette rapide énumération des beautés de notre admirable basilique du Mans, qu'en ajoutant quelques mots sur les magnifiques verrières coloriées dont se trouvent actuellement enrichies les fenêtres de cet imposant édifice.

Une première considération domine leur histoire, comme l'ont bien reconnu tous ceux qui les ont étudiées avec soin: elles n'ont point été faites d'après une grande pensée générale, unique, sur un plan d'ensemble; elles ne sont pas même contemporaines, ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre, en y retrouvant la manière et le style de siècles différents; en y voyant des sujets, des personnages, des armoiries, etc., qui précisent leur époque, et qui, le plus souvent, n'ont offert, pour toute raison d'être, que l'influence ou la volonté des donataires.

Les plus anciennes paraissent être celles de la chapelle de Notre-Dame du Chevet, échappées à la dévastation des calvinistes, en 1562. Il est certain qu'elles appartiennent, pour le plus grand nombre , au xme siècle. On les regarde comme les plus belles de la cathédrale, au point de vue de l'art. Plusieurs sont des xie et xne ; d'autres apportées depuis le désastre sont des xve et xvie siècles.

Celles du chœur, parfaitement conservées, surtout avant le terrible nuage de grêle, qui, le 18 août 1858, fondit sur la ville du Mans, et leur causa de graves avaries, dans tout le côté sud, comme on l'avait déjà vu au xve siècle, du même côté, sont encore du xme siècle; et par leur nombre, leur étendue, la richesse, la chaleur de leurs tons lumineux, forment l'une des plus belles collections françaises de ce genre.

Toutefois, comme le fait observer Richer, la peinture sur verre, dès le xe siècle, était assez avancée « pour que les fenêtres fussent garnies de tableaux diaphanes : Fenestris diversas continentibus historias ecclesiam dilucidatam. » Richer, liv. III, p. 23. Il est du reste prouvé, par les anciennes chroniques de l'abbaye de Saint-Rénigne de Dijon, que lors de la reconstruction de son église, en 1001, on mit précieusement de côté un vitrail représentant la conversion, le baptême, l'emprisonnement, l'interrogatoire et la décapitation de sainte Paschalie.

Dans le transept, au fond de son bras septentrional, on voit le magnifique vitrail de la Rose, qui remplit toute sa partie supérieure, dans une élévation de 20 mètres à peu près, en y comprenant les deux lancette juxtaposées qui la supportent. Ce chef-d'œuvre, du style de transition, paraît être du xve siècle. Admirable par son bel ensemble et par le fini de ses détails, cette magnifique verrière est cependant loin de produire les puissants et magiques effets de celles du chœur.

Mise en comparaison et sous un même jour, elle semble pale, triste, décolorée ; tout paraît s'y confondre dans un flou grisâtre et nuageux, qui ne permet pas, à cette excessive portée, d'en apercevoir, d'en apprécier les délicieuses particulari-

tés : on dirait qu'elle est éclairée par des rayons lunaires blafards et sans chaleur, tandis que celles du chœur sont animées des brûlantes et vives scintillations du soleil.

Ces différences tiennent à l'accentuation des lignes, à la réunion des couleurs qui se conviennent, à la touche mâle et vigoureuse du xme siècle, qui, dans ses larges exécutions, travaillait ses verrières pour les effets qu'elles devaient produire à distance ; alors que le xve fit, qu'on nous permette l'expression, des œuvres de chevalet, plus finies dans leurs détails, plus satisfaisantes, comme objets de salon; mais dont les qualités mêmes devenaient de véritables défauts comme vitraux d'églises, dans lesquelles on ne devait les juger qu'à distance où leur mérite s'efface plus ou moins entièrement : ici, par l'abus des verres presque décolorés, la différence est encore plus tranchée que celle produite par un grand éloignement entre le tableau délicieux, mais peint avec la délicatesse d'une miniature, et celui d'un pinceau moins délicat, moins habile même quelquefois, mais exécuté, dans son ensemble, avec une mâle et chaleureuse vigueur. Si l'on veut établir ici la supériorité relative de ces deux genres de verrières, ce n'est donc pas d'une manière absolue qu'il faut les juger; mais seulement d'après le degré de perfection propre à la destination qui leur est particulière ; à la distance où l'observateur est naturelle ment placé pour les apprécier, et, sous ce rapport essentiel, celles du chœur méritent, sans contredit, la préférence.

Que l'on se transporte en effet dans cette magnifique partie de notre cathédrale du Mans, lorsque le soleil, avec toute sa puissance , vient y frapper les 26 lancettes disposées sur deux étages. Une décoration à la fois mystérieuse et magique se déroule merveilleusement sous les yeux : l'aspect du sanctuaire prend un caractère plus imposant et plus religieux encore ; son atmosphère semble s'animer de tous les prestiges que peuvent effectuer les plus admirables décompositions de la lumière; se diaprer, sans confusion et sans abus, des couleurs à la fois les plus vives, les plus riches et les mieux harmonisées. Aussi, pour compléter la perfection de ce majestueux

spectacle, au milieu de ces irisations si resplendissantes et si variées, l'œil contemple sans fatigue; l'âme reste calme et réfléchie dans sa respectueuse et sublime admiration. Ces vitraux, par leurs merveilleux reflets, sans nuire aux caractères profondément religieux des cérémonies chrétiennes, leur donnent plus d'éclat ; rendant, si Ton peut ainsi dire, l'obscurité lumineuse, pleine de charme, sans lui faire perdre son caractère pieusement grave et mystérieux.

Une grande et passable verrière moderne, sortie des ate liers de notre ville, placée à l'extrémité occidentale de la nef, l'éclairé d'un jour assez agréable, et fait connaître dans ce genre l'industrie nouvelle du pays.

Nous devons, en terminant cet aperçu rapide , une double expression de gratitude à notre savant collègue, M. Hucher, pour ses obligeantes communications, et pour les soins qu'il prend actuellement de conserver, presque de grandeur naturelle, avec toute la correction du dessin et les richesses de la couleur, nos magnifiques verrières dans son bel et complet ouvrage sur les Vitraux coloriés de cette imposante basilique.

Si nous jetons enfin un simple regard sur l'extérieur de notre belle cathédrale du Mans, il nous donne la môme satisfaction que celui dont nous avons parcouru son intérieur. L'aspect de cet édifice est en effet majestueux dans son ensemble, et riche dans ses détails. Il manque sans doute à la tour d'être surmontée par l'un de ces beaux clochers que l'on voit, par exemple, en Bretagne, en Normandie; mais la nef, le transept, le chœur, ont de grandes et nobles proportions. L'entourage de ce dernier, par ses onze chapelles et par ses dix- huit contreforts anciens, destinés à s'opposer aux poussées des voûtes, donnent quelque chose de large, d'étoffé à cette partie de l'édifice, mais sans nuire à sa grâce particulière, à sa parfaite et sévère élégance. Nous ajouterons même que ces contreforts indispensables, mais en général peu flatteurs à l'œil, comme presque toutes les pièces de rapport et de soutien, sont ici disposés avec tant d'art et d'intelligence, que, loin d'augmenter l'apparence massive de l'œuvre, sans rien perdre de la

solidité qu'ils doivent présenter, ils en augmentent la légèreté, lui donnent plus de caractère, en deviennent un véritable ornement.

Du reste, notre belle cathédrale est un de ces rares et précieux monuments qu'il faut voir, étudier et fouiller dans ses immenses détails, pour en bien comprendre le mérite et la valeur. Examinons rapidement les principales circonstances de son édification.

Les anciennes constructions de la cathédrale du Mans étaient, vers 1055, dans un si déplorable état, qu'il fallut songer à bâtir plus solidement, et sur un plan d'ensemble complet, une basilique nouvelle tout entière, sans rien conserver des vieux travaux. L'entreprise était difficile, et demandait un habile architecte.

A cette époque, existait à Angers, avec la qualité d'abbé de Saint-Serge, un moine de Marmoutier, nommé Vulgrin, né à Vendôme, et qui, sorti des rangs de l'armée qu'il occupa d'abord, s'était, par goût, livré à l'étude sérieuse de l'architecture. Geoffroi-Martel, alors gouverneur du Maine, ayant eu l'occasion d'apprécier son habileté pendant la reconstruction de la communauté qu'il dirigeait, comprit aussitôt l'avantage de lui confier l'exécution du projet d'édification de la cathédrale du Mans; et, pour lui donner tous les moyens de bien accomplir son importante mission, le fit nommer à Téveché de cette ville, en 1055.

| Le prélat- architecte se met aussitôt à l'œuvre, et commence par dresser les plans d'une église complète : avec nef, transept, chœur, etc., à peu près semblable à celle que nous voyons aujourd'hui. A peine les murs sont-ils bâtis à certaine élévation, que les malheurs de la guerre interrompent la construction ; de telle sorte que Vulgrin mourut en 1064, sans avoir pu réaliser aucune de ses conceptions. Lorsqu'on voulut ensuite reprendre les travaux suspendus, les murs s'affaissèrent et. croulèrent immédiatement : on expliqua ce fâcheux accident par le défaut de profondeur des tracés, la nature molle et friable de la pierre employée pour les substructions. De manière que,

des travaux de cet évêque, il ne resta qu'un plan de l'édifice dont on paraît avoir suivi la pensée principale dans les travaux ultérieurs.

xie siècle. — En 1067, l'évoque Arnauld, pendant la domination de Guillaume-le-Conquérant, reprenant toute la construction si malheureusement commencée par Vulgrin, l'établit sur des bases plus solides, et l'aurait avancée d'une manière bien remarquable, si la mort n'était venue le frapper vers 1081 . A cette époque, Hoël, qui le remplaça comme prélat et comme directeur de l'œuvre, acheva les parties principales de l'édifice, qu'il consacra le 17 octobre 1093. La cérémonie fut rendue plus solennelle encore, par le dépôt des reliques de saint Julien dans la crypte; enfin, dans le mois de février 1096, cette église fut visitée par le pape Urbain II, qui vint tout exprès de Tours au Mans, en dérangeant son itinéraire, pour donner à notre prélat une preuve de sa profonde estime : souvenir honorable pour notre vieille cathédrale et pour son digne évêque. Les archéologues s'accordent à reconnaître qu'il n'existe aujourd'hui de toute cette construction du xie siècle, entièrement terminée vers 1096, que les bas-côtés de la nef, la façade occidentale, les substructions de la grosse tour, les ruines de celle qui existait au pignon de l'ancien évêché, quelques pans de murailles dans le bras méridional du transept, etc. Le reste fut complètement détruit par l'incendie que la garnison de Guillaume-le-Roux projeta de la citadelle sur l'église et sur la ville, dont Hélie de La Flèche venait de s'emparer en 1099. * La nef et le chœur, n'étant pas voûtés, furent dévorés par les flammes; les bas-côtés durent leur conservation à la disposition contraire.

xne siècle. — Deux hommes, d'un mérite bien distingué , devaient surtout concourir à l'œuvre de Saint-Julien dans cette époque : Hildebert, évêque du Mans, en 1097 ; Hélie de La Flèche, comte du Maine, vers 1095. Mais l'un et l'autre se trouvèrent soumis à de si grandes et si continuelles tribulations, surtout par les ambitieuses prétentions de Guillaume-le- Roux, duc de Normandie, que les travaux faits h la cathédrale,

dansle xne siècle, ne commencèrent positivement que vers 1107.

Secondé par un moine de Vendôme, nommé Jean, que son habileté dans la construction fit surnommer le Maçon, Hildebert eut à reconstruire, en presque totalité, le corps de la nef; en partie, le transept, le chœur et la grosse tour, moins les substructions. Mort en 1110, le comte Hélie de la Flèche ne l'aida pas longtemps dans ses travaux; mais Eremburge, fille du comte, et Foulques V, son gendre, se montrèrent bienveillants et généreux envers le prélat, qui put seulement, en 1120, consacrer son église métropolitaine, sous l'invocation de la sainte Vierge, des saints martyrs : Gervais, Protais et de l'apôtre saint Julien.

Quant à la grosse tour, elle paraît n'avoir été terminée qu'en 1146, après la mort de Hildebert, alors archevêque de Tours, en 1134. Encore n'aurait-elle pas entièrement subsisté jusqu'à nos jours, comme nous allons le voir.

11 est essentiel de faire observer ici que cette construction de la nef actuelle n'offrit absolument rien d'ogival; que toutes les arcades y furent primitivement établies à plein cintre ; et que les prétendues ogives que l'on y tailla si malencontreusement plus tard, ne sont que des contre-sens d'autant plus regrettables, qu'ils gâtent cette belle œuvre; tendraient à la déclasser aux yeux inattentifs ; et qu'ils ont été même assez étrangement illusoires pour tromper ici la bonne foi d'écrivains spéciaux ; et les porter à bâtir un système pour expliquer la formation de ces ogives anticipées, par la solidité, reconnue par eux supérieure, dans cette courbe, à celle du plein-cintre. Voilà comment une première méprise conduit à des interprétations également en opposition avec les faits.

Du reste, pour éviter de nouveaux désastres par les incendies, on voûta le corps de la nef, le transept et le chœur, en arrivant par degrés à la solution de l'important- et difficile problème de jeter si hardiment ces voûtes ultérieures de plus de cent pieds d'élévation sur un vide mesuré par une largeur de 10 à 12 mètres, et même davantage.

xme siècle. — Cette phase de notre moyen-âge est assuré-

ment la plus riche, la plus belle, au point de vue de l'édification des temples chrétiens : elle inaugure en effet le triomphe du style ogival si essentiellement religieux par ses grands effets, et les plus belles créations de cet art de peindre sur verre, auquel nos basiliques doivent une partie de leur imposant et mystérieux aspect. C'est elle aussi qui va si naturellement enfanter le chœur actuel, disons mieux, le chef-d'œuvre de notre cathédrale.

Celui que Ton avait construit dans l'église du xne siècle, de forme à peu près semi-circulaire, n'offrait point une étendue suffisante au nombreux clergé de l'époque, au développement des solennités du culte. La pensée dominante fut de l'agrandir et d'en effectuer la reconstruction. Mais un obstacle sérieux venait se présenter : les murailles de l'enceinte gallo-romaine s'opposaient, de ce côté, à toute extension de cette partie de l'édifice.

Le moment se trouvait heureusement favorable pour obtenir de l'autorité supérieure la permission de passer outre. Philippe-Auguste venait de ramener le comté du Maine sous la domination française, en y plaçant, à titre de comtesse usufruitière, la veuve de Richard Gœur-de-Lion, la bonne reine Bérengère de Navarre. D'un autre côté, Hamelin, élevé au siège épiscopal du Mans par faveur et malgré l'opposition du chapitre, s'empressa, pour lui devenir agréable, d'employer son crédit à l'arrangement de cette grande affaire. Il obtint du roi, en 1210, comme nous l'avons déjà vu, l'autorisation d'abattre dans ce point la muraille de ville pour construire au-delà, suivant le besoin, à la condition qui paraît étrange, mais que nous garantissons pour l'avoirlue dans le titre original : « d'enfermer cette construction et les jardins accordés au chapitre par une simple clôture en bois, non susceptible d'être défendue, « Alors fut édifié, avec la date de 1254, par un ou plusieurs architectes d'un goût parfait, d'un véritable génie, mais dont les noms sont malheureusement inconnus, ce chœur magnifique de la cathédrale actuelle; ensuite, la chapelle de Notre-Dame-du- Chevet, etc.

Ce fut, comme nous l'avons dit, et comme on ne saurait assez le répéter, dans ce grand siècle de l'architecture vraiment religieuse, que Ton fit ces magnifiques verrières delà chapelle du Chevet et celles du chœur ; siècle qui, dans ce genre surtout, produisit beaucoup et très-bien ; tandis que dans le xne on trouve peu ; dans le xie, presque rien ; et que dans les xive, xve, xvie, etc., le véritable caractère du vitrail d'église disparaît presque en entier , par les raisons que nous avons cherché surtout à préciser.

xive siècle. — Après l'achèvement du chœur, dont la voûte offrait plus de 100 pieds d'élévation ; celle du transept, qui n'en présentait que 66, comme celle de la nef, paraissait disgracieusement surbaissée ; de telle sorte qu'on s'arrêta sérieusement à l'idée judicieuse de faire disparaître un aussi grave défaut, en régularisant l'ensemble de notre bel édifice. De généreux donateurs, parmi lesquels on cite Geoffroi d'Assé, l'un des évêques du Maine, affectèrent des sommes assez considérables à cette importante réfection dès la fin du xme siècle; mais ce fut seulement dans la seconde moitié du xive, vers 1380, qu'on l'entreprit, en commençant parle bras méridional du transept. On assure que, pendant ce travail , la grosse tour du xne siècle, qui fermait cette extrémité du transept, fut en partie démolie , puis reconstruite avec ses caractères actuels.

xve siècle. — Il restait à faire au bras septentrional du transept ce que l'on avait effectué pour le reste : un désaccord de 12 mètres dans l'élévation d'une même voûte, et surtout le défaut de solidité d'une pareille disposition, ne permettaient pas d'ajourner un travail d'urgence. La première pierre en fut posée le 17 février 1403, par l'archidiacre de Sablé. L'édification se trouva terminée sous l'épiscopat d'Adam Chastelain, vers 1430. Ce digne évêque prit une grande et noble part à l'achèvement de sa cathédrale, par un zèle infatigable et de généreuses libéralités. Les frais de la construction furent en grande partie soldés par l'État, avec le concours du cardinal Filastre, du chapitre de Saint-Julien, etc. A la même époque

fut placée, à l'extrémité de ce bras, la belle verrière de la rose, dont nous avons essayé de préciser les faibles défauts et les éminentes qualités.

A partir de cette époque, la cathédrale du Mans n'éprouva pas de changements notables dans son édification proprement dite ; ceux que Ton y vit survenir furent simplement relatifs à des modifications modernes de stalles , de grilles d'enceinte, d'autels, d'ornementation, de cloches, d'orgues, etc., qui deviennent autant d'accessoires, d'ailleurs trop variables pour faire partie essentielle de son histoire générale.

xvie siècle. — En étudiant notre belle cathédrale avec toute l'attention qu'elle mérite ; en voyant les murailles ébréchées de son angle nord-est, mais surtout cette énorme différence de 12 mètres d'élévation entre la voûte de la nef et celles du transept et du chœur, on se demande si notre admirable basilique est aujourd'hui même bien réellement terminée?

Les avis sont partagés : d'un côté, l'on pense que cette infériorité de la nef, loin d'offrir un défaut, présente au contraire l'avantage de faire mieux ressortir la supériorité du chœur et du transept. De l'autre, on soutient qu'une imposante uniformité dans l'immense plafond de l'édifice lui donnerait plus d'ensemble et de majesté.

Si l'on en croit la plupart des historiens du Maine, ce dernier avis fut celui de Philippe de Luxembourg, l'un de nos plus généreux prélats; qui, dit-on, fit au chapitre du Mans la proposition d'élever, à ses frais, la voûte de la nef à la hauteur de celle du transept et du chœur; et ne fut détourné de cette grande entreprise que par suite de l'assurance écrite, demandée par ce chapitre, que, dans le cas de mort du prélat, pendant le cours des travaux, leur achèvement se trouverait positivement garanti.

En supposant que l'on puisse contester ce fait, il n'en sera pas de même des riches présents faits par le noble évoque à sa cathédrale, qu'il ne cessa de combler de ses bienfaits pendant le cours d'un épiscopat de 40 ans, de 1477 à 1519. A quelques regrettables exceptions près, nos dignes prélats suivirent ce

généreux exemple, dans le zèle qu'ils montrèrent à décorer la belle métropole du Maine pour la faire arriver au degré de magnificence qu'elle présente aujourd'hui.

Églises paroissiales du Mans. — Au nombre des églises paroissiales du Mans, édifiées dans le moyen-âge, plusieurs ont été plus ou moins entièrement détruites avec leur circonscriptions ecclésiastiques; les autres se voient encore avec leurs attributions et leurs destination au culte chrétien.

1° Eglises paroissiales détruites. — Nous devons ici nous borner à leur simple énumération.

Saint-Pierre-de-la-Cour. — Cette église, encore nommée le Grand-Saint-Pierre, et dont on voit le vieux bâtiment abandonné à l'angle sud-ouest de la place du même nom, fut édifiée, disent quelques historiens, par Hugues Ier, comte du Maine, sous l'épiscopat de Sigefroy, vers 969, avec l'intention d'y déposer les précieux restes de sainte Scholastique, dont les ossements avaient été recueillis avec ceux de son frère, saint Benoît, sous les ruines du monastère du mont Cassin, dévasté par les Lombards ; et rapportés par une caravane de pèlerins manceaux, que saint Béraire avait envoyés à cet effet, vers 653. Détruite plusieurs fois pendant ces tristes époques de guerres et d'invasions, cette église fut successivement rebâtie : en 1093, par Hélie de la Flèche; en 1175, par Henri II ; dans les premières années du xme siècle, par la reine Bérengère, etc. En 1510, Philippe de Luxembourg donna la châsse richement ornée qui devait renfermer les reliques de sainte Scholastique, encore aujourd'hui môme en grande vénération parmi les fidèles, et merveilleusement échappée au pillage des calvinistes, vers 1562.

Dans un délabrement assez complet depuis 1746, l'église Saint-Pierre servit successivement de caserne passagère à des prisonniers de guerre envoyés au Mans; de salle de dessin, d'école d'enseignement mutuel. L'administration municipale eut, dit-on, pendant quelque temps, le projet d'en faire un marché couvert. Avec le rétablissement du culte, la paroisse fut réunie à celle de Saint-Julien.

Saint-Pierre-le-Réitéré. — Encore désignée sous les noms de Saint-Pierre-V Enterré , Petil-Saint-Pierre , cette modeste église, complètement détruite en 1793, existait à l'extrémité de la rue du même nom. La paroisse fut également réunie à celle de Saint-Julien.

Saint-Paviis-de-la-Cité. — Cette église, d'abord simple chapelle, bâtie dans la rue qui porte son nom, dédiée à saint Pavin, l'un des premiers missionnaires évangéliques du Maine, fut érigée en église paroissiale par l'évêque Hildebert, vers 1108, et complètement détruite à la révolution , avec réunion ultérieure de la paroisse à celle de la cathédrale.

Notre-Dame-de-Gourdaine. — Consacrée avec le titre d'église paroissiale, vers 1525, sous l'épiscopat du cardinal Louis de Bourbon, évoque du Mans ; elle existait dans la rue de Gourdaine, au bas des pans de Gorron ; fut démolie en 1793, et plus tard, la paroisse réunie à celle de Saint-Benoît.

Saint-Hilaire. — En 836, saint Aldric, évêque du Mans, avait édifié, pour y déposer les reliques de saint Hilaire, mort à Oizé, vers le milieu du ve siècle, une petite chapelle dans la rue qui prit ce nom. Cet oratoire fut ensuite remplacé par l'église paroissiale qui se trouvait alors au-delà des murs gallo-romains, ainsi que la précédente ; fut, comme elle, renfermée dans l'enceinte de la Tannerie, de 1246 à 1280 ; détruite en 1793, et la paroisse réunie à celle de Saint-Benoît, après la révolution.

Saint-Nicolas. — Une simple chapelle, dédiée à sainte Barbe, avait été bâtie, sous l'épiscopat de Geoffroi de Loudun, vers 1240, entre les rues Marchande et Bourgeoise, plus près de la première. L'évoque, au moyen d'agrandissements convenables, en fit une église paroissiale sous l'invocation de saint Nicolas, en lui donnant une partie de la paroisse de la Couture, qui prenait alors trop d'accroissement : de là vint le nom de la petite place actuelle où se trouvait la nouvelle église, qui fut une des premières dévastées à la révolution de 1793, et la paroisse ultérieurement rendue à celle de la Couture. Saint-Ouen-des-Fossês. — Vers 712, Harlemont Ier, alors

évêque du Mans, avait fondé, sur remplacement actuel du lycée, un hospice pour les pèlerins, avec une chapelle. Beaucoup plus tard, elle devint église paroissiale sous le nom de Saint-Ouen-des-Fossés, d'après son voisinage de ceux dont on entoura les murailles du château. Depuis l'institution des oratoriens au Mans, le supérieur fit les fonctions de desservant de cette paroisse. Quant à l'église actuelle, connue sous le nom d'église de l'Oratoire, la première pierre en fut posée le 26 août 1675, par Monseigneur Louis de la Vergne-Montenard de Tressan, évêque du Mans. Elle est entièrement à l'usage du lycée, la paroisse ayant été réunie à celle de Saint-Julien.

Saint-Vincent. — L'église paroissiale de Saint-Vincent existait encore avant la révolution , dans le point culminant du tertre Saint-Laurent, à l'angle nord-ouest du terrain de l'abbaye. Sa démolition, effectuée vers 1793, ne laisse aucune trace actuelle. C'était dans cette église que l'on déposait le Christ pour la procession des Rameaux. La paroisse fait partie de celle de la cathédrale.

Saint-Jean. — Cette église paroissiale, sous le nom de Saint-J ean-de-la-Chéverie, se trouvait à peu près vers le milieu de la rue Saint-Victeur, et fut l'une des premières démolies à la révolution ; la paroisse, réunie, plus tard, à celle du Pré.

Saint-Germain. — Cette église paroissiale était située sur la petite place du même nom. Elle avait eu pour origine la chapelle d'un petit monastère hospitalier, que saint Bertrand, évêque du Mans, avait édifié, vers 590, sous l'invocation de saint Germain, à l'usage des nombreux pèlerins que la sainteté de notre premier apôtre attirait dans ce pays. Entièrement détruites à la révolution, l'église et la pieuse fondation ne laissent aucunes traces ; la paroisse fut également réunie à celle du Pré.

Saint-Gilles. — Construite aussi dans le faubourg de la rive droite de la Sarthe, sur le chemin de Saint-Georges, cette église fut vendue, complètement démolie vers 1793.

La Madeleine. — Cette petite église paroissiale était placée entre celle de Saint-Germain et l'abbaye de Bcaulieu, qui se

trouvait dans son domaine. Elle disparut entièrement à la révolution.

De toutes ces paroisses du moyen-âge, il n'en reste plus aujourd'hui que les quatre dont nous allons étudier en quelques mots les églises actuelles.

1° Églises paroissiales conservées. — La plupart de ces églises ont été primitivement celles d'anciennes communautés : les constructions spéciales étant presque toutes ou tombées en ruine, ou regardées, d'après l'augmentation des paroisses nouvelles, comme insuffisantes aux besoins du culte.

1° Notre-Dame-de-la-Couture. — Après la cathédrale du Mans, l'église paroissiale actuelle de la Couture est assurément la plus importante et la plus vaste de toutes celles, non-seulement de cette ville, mais encore de la province du Maine. Le fait s'explique de lui-même, en considérant que cette église n'est pas celle qui primitivement eut cette destination ; mais bien celle qui faisait partie constituante de l'une des plus riches abbayes de toute la contrée.

La paroisse, disent nos historiens, fut établie par l'évêque Hildebert, vers la fin du xie siècle, dans le faubourg sud-est du Mans. L'église paroissiale était placée vers l'angle des rues de la Préfecture et du Mouton. La cure, sorte de dépendance de l'abbaye, était à la présentation du supérieur. Cette église tombant en ruine, les habitants s'imposèrent volontairement pour en effectuer la reconstruction. Les travaux, entrepris vers 1763, étaient à peine terminés, que la révolution de 1793 amena la vente et la démolition entière de l'édifice.

Au rétablissement du culte, on prit l'église de l'abbaye pour en faire l'église paroissiale, à peu près telle que nous la voyons aujourd'hui.

Cette ancienne église, comme un grand nombre d'autres, eut ses tribulations, et fut soumise à de violentes catastrophes. Ruinée, vers le ixe siècle, par les excursions des Normands, elle fut réédifiée vers la fin du xe. Détruite encore pendant les ravages de la guerre, mais d'une manière incomplète ; vers 1242, sous le patronage de Juhel, archevêque de Tours, et

par les soins du supérieur de la maison, l'abbé Hamelin , en partie reconstruite, et successivement embellie. Ce qui nous explique la diversité des genres d'édification que Ton y rencontre, et fait dire à M. l'abbé Lochet, dont nous avons mis l'obligeance à contribution pour son histoire abrégée : « Cette église est, sans contredit, la plus grande et la plus importante de la ville et du diocèse, après la cathédrale ; elle offre, dans son ensemble actuel, des modèles d'architecture de tous les siècles, depuis lexe jusqu'au xvme. »

Aux premières époques, semblent, en effet, appartenir la crypte, remarquable par ses dispositions, son étendue, qui ne mesure pas moins de 14 mètres en longueur; le chœur, en partie; le corps du transept, le clocher central, un seul pan de mur, vers la partie supérieure de la nef. Le reste fut progressivement édifié dans le xie siècle et les suivants.

La façade occidentale de l'édifice offre un développement de 33 mètres; son portique, les caractères de son architecture, etc., sont dignes de fixer l'attention des savants archéologues. De cette entrée jusqu'à l'extrémité orientale du monument, hors œuvre, on compte 95 mètres. La nef seule tient une grande partie de cette longueur, sur une largeur de 16 mètres dans œuvre, avec une élévation de 24 sous la voûte, qui, du reste, est la môme dans les deux autres divisions, sauf les différences de niveau du sol. On comprend, dès lors, tout ce qu'elle offre de vaste et d'imposant. Le transept, moins remarquable, offre cependant 43 mètres dans sa longueur, suivant la direction des bras. Le chœur, auquel on monte par un grand nombre de larges degrés, est peut-être un peu trop élevé pour la régularité du coup-d'œil, l'harmonie de l'ensemble, et surtout la participation générale aux grandes solennités. On voit, du reste, que cette élévation se trouva nécessitée par celle de la crypte sous-jacente. Ce chœur, avec ses dégagements, ses bas-côtés, ses chapelles, n'en présente pas moins un aspect assez imposant. Mais si l'on met en parallèle ses colonnes courtes, massives, ses vigoureux pleins-cintres, etc., avec les ogives gracieuses, les colonnes élancées, etc., du chœur de la cathédrale,

on comprendra mieux qu'il ne serait facile de l'exprimer que, si le style roman offre pour caractères l'ampleur, la force, la solidité massive qui conviennent à nos constructions civiles en raison de leurs usages, le style gothique présente, pour qualités, la distinction, la noblesse, la sublimité nécessaires au majestueux aspect des temples chrétiens.

Au nombre des tableaux qui décorent l'église de la Couture, et dont plusieurs sont, du reste, assez mauvais, il en existe un seul, dans le bas-côté droit du chœur, sur lequel nous demandons à fixer un instant l'attention, en raison de son illustre origine et de l'historique plein d'intérêt que nous en ont fait des hommes très-compétents. Il s'agit du Sommeil d'Elie dans le désert d'Horeb : deux personnages seulement : le prophète endormi, dans la pose et dans les traits duquel respirent la majesté, la douceur, la sublimité de l'inspiration divine ; l'ange tutélaire, qui semble, au lieu de poser de tout son poids sur la terre, planer au-dessus de la noble tête du vieillard, et tendre, sans effort, à s'élever au ciel ! ... Ce tableau, simple en apparence, mais, comme tous ceux qui portent le cachet d'un maître, paraît s'agrandir et se perfectionner à mesure qu'on lui sacrifie plus d'attention et plus d'étude. Nous formulerons à peu près littéralement les renseignements qui vont suivre, et que nous tenons de bonne source.

Le tableau que nous avons sous les yeux est un original de Philippe de Champagne, et l'un de ses plus beaux : en voici la raison. Ce peintre célèbre, né à Bruxelles en 1602, mort en 1674, avait une rare habileté comme dessinateur, peintre de portraits et savant compositeur; mais, de la classe de ceux que l'on nomma réalistes, il manquait un peu de ce feu sacré qui poétise, anime les œuvres du véritable génie. Voici donc la circonstance exceptionnelle et particulière qui le rendit supérieur à lui-même dans cette merveilleuse composition. Sa fille, gracieuse et charmante personne, de 14 à 15 ans, est affectée d'un état de langueur maladive qui menace de l'entraîner au tombeau. Le malheureux père, voulant conserver ses traits chéris, s'inspire d'un fiévreux enthousiasme, les saisit dans cette indi-

cible et sublime expression d'une âme qui déjà semble quitter la terre pour s'élever au ciel !... La jeune fille est rendue à la tendresse paternelle ; et ce délicieux crayon devient l'esquisse de l'ange aérien, véritablement idéalisé, que nous voyons s'élever comme une ombre légère au-dessus du prophète, si paisiblement endormi. Dans l'hypothèse, enfin, où cette histoire ne serait qu'une touchante allégorie; le tableau lui-même, une copie très-bien faite, le Sommeil d'Elie dans le désert d'Horeb n'en resterait pas moins une de ces admirables et gracieuses peintures, que l'on ne contemple jamais sans une délicieuse et profonde admiration. M. Ingres le garantit original.

On vient d'entreprendre, dans l'église de la Couture, une vaste et dispendieuse restauration, qui ne tendrait à rien moins qu'à l'exhumation des anciennes peintures murales des voûtes, du badigeon épais sous lequel ces peintures se trouvent ensevelies; à les découvrir, à les refaire à nouveau, tout en reproduisant, avec autant d'exactitude que possible, les dessins et le coloris du premier travail. Une assez grande surface, à droite en entrant dans la nef, a déjà subi cette métamorphose, pour que des avis diamétralement opposés, même parmi les juges compétents, aient été formulés sur les avantages et l'opportunité d'une pareille entreprise. Peut-être faut-il attendre, pour juger en connaissance de cause, avec toute la maturité désirable dans une telle solution, que le nouveau travail soit complet; et, surtout, qu'il se trouve éclairé par des vitraux coloriés : la lumière vive, indécomposée, n'étant assurément pas ici favorable aux effets artistiques de cette restauration : attendons.

II. Eglise paroissiale de Saint-Benoit. — Dans le terrain actuellement en partie couvert par cette église, existait autrefois une petite place nommée le Marché-aux-Bœufs. On assure que, vers 988, sous l'épiscopat de Sigefroy, Hugues Ier, comte du Maine, y fit bâtir une chapelle dédiée à saint André; que, vers 1110, Hildebert l'agrandit pour en constituer l'église de la paroisse, qu'il venait d'ériger sous l'invocation de Saint-Benoît. Cette église, qui, par sa construction, semble, en effet, du

xne siècle, n'offre absolument rien de remarquable. On y voit un grand tableau de Notre-Dame-de-Pitié, que les uns croient un original du Poussin; les autres, une très-belle copie.

III. Eglise paroissiale du Pré. — L'église primitive, encore nommée Notre-Dame-du-Pré, qui n'avait aucune importance particulière, fut vendue à la révolution et complètement démolie, à l'exception d'un pan de mur servant à la clôture d'un jardin de la rue des Noyers, où se trouvait cette église. Au rétablissement du culte, on prit celle de l'ancienne abbaye du Pré, sauvée du marteau révolutionnaire , pour en faire l'église paroissiale. Celle-ci, l'une des plus anciennes, l'une des plus curieuses de la ville, au point de vue de l'archéologie, paraît, en effet, avoir été bâtie vers le milieu du xie siècle, avec la communauté, sur les ruines de l'ancienne abbaye, que les Normands avaient entièrement détruite vers 865. La construction extérieure indique, en effet, une imitation de celles du grand peuple; et toute sa décoration intérieure est en style roman. Un bas-relief, que l'on croit de la fin du xive siècle, et que l'on trouve dans la dernière des niches, à droite en montant la nef, à la partie supérieure du bas-côté, représente, sur pierre, une cérémonie de translation des reliques de saint Julien, suivant les uns ; de sainte Ténestine, fondatrice du couvent de Sainte- Marie, d'après les autres : les caractères du bas-relief semblent favorables à cette dernière opinion.

En 1857, lorsque M. Livet Julien, aumônier de l'hôpital, fut nommé curé de la paroisse du Pré, l'église menaçait ruine, et les peintures murales, qui décoraient anciennement les clefs de ses voûtes, avaient à peu près disparu sous le badigeon. Le nouveau curé ne tarda pas à comprendre qu'il fallait d'abord prévenir l'affaissement de l'édifice, de moins en moins soutenu par des piliers en partie coupés à leur base par le marteau révolutionnaire, en partie calcinés, dans presque toute leur élévation, par un violent incendie ; ensuite s'occuper sérieusement d'une restauration générale. Il se mit aussitôt a l'œuvre avec une aptitude remarquable, avec un courage, une persévérance dignes d'éloges. Aujourd'hui, la construction est habi-

lement solidifiée ; les peintures des clefs de voûte rétablies avec goût; la crypte, édifiée de la manière la plus satisfaisante; l'église tout entière, métamorphosée, avec cette intelligence de réparation, qui rajeunit les objets sans leur enlever ce caractère d'antiquité, leur principal mérite.

L'église actuelle du Pré nous paraît surtout remarquable par les bonnes proportions de la nef, du transept et du chœur, dont les voûtes offrent à peu près la même élévation, dont les bascôtés sont bien harmonisés, dont le style roman est d'une exécution assez mâle , assez vigoureuse dans ces diverses parties, dans le chœur surtout, sans rien offrir de massif, de lourd, comme on le voit dans plusieurs édifices du même genre. Enfin, elle satisfait, elle plaît spécialement par les dispositions et la régularité de son ensemble.

Mais, au point de vue de l'histoire et de l'archéologie, la crypte, placée sous le chœur, dont elle exhausse l'aire sans exagération; édifiée récemment avec un certain cachet d'antiquité, mérite une attention particulière. Elle se trouve, en effet, en grande partie, précisément sur l'extrémité chorale du petit oratoire bâti par saint Julien lui-même dans le cimetière des chrétiens qu'il avait établi. La preuve de ce fait important se trouve positivement dans la présence des deux murailles circulaires et concentriques, dont la première, la moins étendue, précise l'emplacement sépultural du saint apôtre; et la seconde, l'abside, qui terminait sa chapelle de ce côté, le reste s'étendantsousle chœur de l'église paroissiale actuelle. M. Livet ayant eu l'heureuse pensée d'araser ces antiques murailles au niveau du sol de la crypte moderne, et d'en laisser l'empierrement parfaitement visible, on peut, sans crainte d'erreur, en constater la disposition et les contours. Sur l'autel de cette crypte, se trouve une statue de saint Julien, d'un seul bloc, cachée, pendant la révolution, dans l'ancien tombeau ; retrouvée par M. le curé, lors de ses intelligents et précieux travaux.

IL Églises des autres villes principales de la province

du Maine.

Nous en indiquerons seulement quelques-unes ayant pour but de préciser, pour notre pays, les types relatifs aux constructions religieuses du moyen-age, la description de ces nombreux monuments avec leurs particularités, ne rentrant nullement dans notre sujet.

1° Trinité de Laval. — L'origine de la première église paroissiale de Laval est enveloppée d'une obscurité que les documents positifs de l'histoire n'ont point encore même éclaircie. Les habitants de cette partie du Maine, de tout temps remarquables par leur piété, durent nécessairement, de trèsbonne heure, se livrer aux saintes pratiques du christianisme ; mais eurent-ils une église paroissiale à Laval, dès les premières années du ixc siècle, époque à laquelle nos vieilles chroniques font remonter l'origine de cetle ville ; cette église fut-elle, comme tant d'autres du Maine, détruite vers 865 par les ravages des Normands? Ces faits ne sont pas impossibles, mais ils n'ont d'autre valeur que celle d'une simple hypothèse. En effet, la première église paroissiale, ici positivement connue, est la petite chapelle de Notre-Dame-de-Prix, ou des Périls, etc., sous l'invocation de la Vierge, et située près des bords de la Mayenne, à plus d'un kilomètre des murs de Laval.

Les historiens ne sont même pas d'accord sur le degré d'antiquité de l'église de Prix. M. Tournesac la croit ancienne : du Xe siècle, et peut-être même, dit-il, duixe, avec des agrandissements, des reconstructions pendant les xne, xme et xive. Un premier fait, réellement historique, est la fondation, par Gui II, seigneur de Laval, du prieuré de Prix, en 1024 ; desservi dans la chapelle du même nom; qui déjà présentait la seule église paroissiale des habitants de Laval; conserva ce caractère et ce titre au moins jusqu'en 1158: la Trinité n'étant encore alors, comme le prouvent des titres incontestables, que l'oratoire d'un

petit monastère de Bénédictins établis dans cette ville. Il est, du reste, bon de faire observer ici que, dans son Dictionnaire du Maine, Le Paige a fait, sur ce môme sujet, un petit roman passablement curieux et presque littéralement répété dans Y Art de vérifier les dates.

Voici, du reste, ce que dit textuellement, sur l'église de Prix, Maucourt de Bourjolly, chroniqueur du Maine : « L'ancienne église du prieuré de Prix, sous le patronage de la bienheureuse Vierge Marie, fut fondée ou dotée par le pieux seigneur Gui II, en 1024. » Il ne dit nulle part : construite, bâtie ; mais bien fondée ou dotée; ce qui fait justement supposer une existence antérieure. Gui donna ce nouveau prieuré à l'abbaye de la Couture du Mans.

Du reste, la Trinité, qui devint positivement, au plus tard vers 1186, l'église paroissiale de Laval, paraît, d'après les plus sérieux documents et les caractères mêmes du chœur, des parties adjacentes, seuls restes de l'ancienne construction, avoir été positivement édifiée de 1040 à 1070. Quant à la nef actuelle, MM. Tournesac, Mérimée, etc., l'attribuent à la fin du xne siècle.

Gomme toutes les églises bâties sans un plan régulier d'ensemble, et par des additions successives, l'église principale de Laval présente une sorte de confusion plus ou moins discordante et disgracieuse des styles et des caractères architectoniques, du roman, du gothique et de la renaissance.

« La principale église de Laval, celle de la Trinité, dit M. de la Sicotière, est inachevée. Elle offre d'ailleurs cette déplorable confusion de tous les styles, de toutes les époques, si commune et cependant si ouvertement contraire aux plus simples règles de la raison et du bon sens. Un portail moderne vous introduit dans une nef sans latéraux, dont la voûte ogivale s'élance avec une grande hardiesse, en décrivant un arc de large dimension, comme pour servir de transition au chœur, qui est roman pur... Du reste, cette église ne m'a rien offert de remarquable... Doux fenêtres sontgarnies de vitraux peints.»

Vers la fin du moyen-âge, Laval offrait trois paroisses : La Trinité, Saint-Vénérand etSaint-Tugal.

Un bien triste événement vint jeter la consternation et l'effroi dans l'église de la Trinité de Laval, en 1600, le 28 mai, jour de la fête patronale. Le vénérable curé de la paroisse, M. Ambroise Besnier, était à l'autel, un grand nombre de fidèles assistaient à la messe dans le plus profond recueillement; tout à coup la décharge d'une arme à feu se fait entendre à la porte principale, et dans le même instant le digne officiant tombe mortellement frappé. Les plus actives recherches n'ont rien fait découvrir sur le véritable nom, sur le jugement du criminel. Des soupçons, qui ne parurent pas sans motifs, se portèrent sur les calvinistes, et désignèrent comme auteur de ce lâche assassinat un gentilhomme du nom de Maineuf, dont la famille, celle des Duboys de Maineuf, ou Mesneuf, d'origine bretonne, habitant alors dans le Maine, qu'elle abandonna bientôt, se faisait remarquer par un zèle ardent pour la religion réformée : tout se borna du reste à des conjectures. Seulement un usage s'établit alors dans l'église de la Trinité, comme expiation publique de ce détestable forfait, et se continua jusqu'à la révolution de 1793 : Une petite statuette, représentant un homme en habit rouge, genou en terre, ajustant un but au moyen d'une arquebuse ; placée dans l'embrasure de la fenêtre qui se trouve en face de l'autel de la Vierge, sur une pierre saillante en forme de console, et que seule on voit encore aujourd'hui, figurait, dit-on, l'assassin, et se trouvait là comme pour faire amende honorable. Dans le même but, on célébra tous )es ans un service funèbre pour le repos de l'âme du respectable curé. Enfin, également chaque année, le dimanche de la Trinité, on suspendait, avec des cordes, à la voûte de la nef, dans la travée la plus rapprochée du chœur, trois petits paquets de bouleau , désignés sous le nom de verges : toujours dans une pensée d'expiation. « Ces trois bouliaux étaient fournis par la métairie de la Haye, comme la condition d'un legs, et restaient dans l'église jusqu'à la fin de l'octave de la Fête-Dieu. »

II0 Eglise paroissiale de Saint-Calais. — Cette église paraît avoir été bâtie vers la fin du xive siècle , sur l'emplacement d'un ancien oratoire; avec des additions successives jusque vers le commencement du xvne. Elle se compose de la nef avec ses latéraux ; du chœur fermé par une grille en fer; les voûtes, la chaire à prêcher , sont en pierre. L'édifice , dans œuvre , est à peu près de 27 mètres en longueur, et de 19 en largeur. Le clocher, construit en pierre, vers 1622, présente une élévation de 58 mètres 80 centimètres. Cette église, appartenant au style gothique, est assez belle dans son ensemble.

111° Saint-Thomas-de-la-Flèche. — Cette église paroissiale, aujourd'hui la seule avec ce titre, des trois qui le portaient autrefois, et qui sont maintenant, pour celles des Carmes et des Vertus, sans aucune circonscription ecclésiastique, appartenait anciennement au prieuré dont elle porte le nom. D'un style roman très-massif, elle ne présente, par elle-même, rien de remarquable. Seulement elle fut autrefois assez renommée par sa fameuse flèche dorée, de 26 mètres 36 centimètres d'élévation, dont on voit aujourd'hui seulement la base, à laquelle des historiens attribuent le nom de la ville ; enfin, dont la destruction devint un événement tragique. On rapporte en effet que le 18 décembre, à midi, cette flèche tout entière est arrachée de sa base par un violent ouragan , transportée à plus de 40 mètres, et tombant de tout son poids sur la maison de M. Louis de Vives, capitaine d'artillerie, l'écrase dans son lit, après avoir brisé la toiture, les planchers, occasionné les plus graves dégâts. Enfin, l'église de Saint-Thomas, comme nous l'avons déjà vu, devint encore tristement célèbre par les scènes plus que regrettablement scandaleuses dont elle fut l'un des théâtres, à l'occasion du dépôt des cœurs de Henri IV et de Marie de Médicis dans le collège de La Flèche.

IV0 Notre-Dame-des-Marais, à la Ferté-Bernard. — Après la cathédrale du Mans, cette charmante église est, sans aucune comparaison, l'édifice religieux le plus remarquable de tous ceux de la province du Maine : « C'est, dit M. Hucher, un fin joyau que l'on s'étonne de rencontrer dans un simple chef-

lieu de canton. Saint-Julien du Mans, et Notre-Dame-des- Marais de la Ferté, sont l'histoire vivante et non interrompue de Fart dans notre province, depuis les temps reculés de l'architecture byzantine jusqu'à la Renaissance : puisque la construction de la seconde commence précisément à l'époque où celle de la première finit : vers le milieu du xve siècle. »

Les habitants de la Ferté-Bernard furent encouragés dans cette belle et digne entreprise par les privilèges avantageux qu'à cette occasion leur octroyèrent, avec lettres patentes, les rois de France : Charles VII, Louis XI, Charles VIII, et Louis XII.

L'ancienne ville de la Ferté, peu considérable, et bâtie sur le versant du faubourg Saint-Barthélémy, n'avait, comme Laval, pour le service divin, qu'une petite église éloignée : celle de Saint-Pierre, du bourg de Gherré, distante de plus d'un kilomètre. Cette condition fâcheuse et gênante dura jusqu'en 1367. Avec l'extension de la ville et l'accroissement de la population, le besoin d'une église paroissiale particulière se fit impérieusement sentir. On la construisit alors sur l'emplacement d'une chapelle antérieurement fondée sous le nom de Notre-Damedes-Marais, qui devint également le sien. Mais bientôt cette église elle-même fut insuffisante; on ne la détruisit malheureusement qu'en partie pour en constituer l'église actuelle, dont la régularité ne pouvait manquer d'avoir beaucoup à souffrir par la difficulté, presque toujours insurmontable, de bien accorder, avec les exigences des vieilles constructions, l'édification libre et normale de celles du nouveau plan. Même avec les imperfections nécessairement amenées par ce fâcheux état de choses, l'église de la Ferté n'en présente pas moins le cachet d'une petite cathédrale; et, comme l'a dit Expilly : « Plus de soixante églises de France, portant ce titre, ne sont pas aussi belles. » La nef est de la fin du xve siècle; le chœur de 1520 ; les chapelles absidales de 1520 à 1536; leurs voûtes, dont la disposition est curieuse, de 1535 à 1544. On trouve sur les piliers et sur les murs, comme principales époques de l'édification : 1553, 55, 57, 71, 76. Dans sa longueur, depuis la

grande porte occidentale jusqu'au fond de la chapelle du Rosaire, l'édifice présente 58 mètres 66 centimètres. Sa largeur, d'une extrémité du transept à l'autre, est de 22 mètres 33 centimètres. La voûte du chœur offre 25 mètres 33 centimètres; celle de la nef 16 mètres 66 centimètres. Le clocher pyramidal, surmontant une belle tour carrée, présente un ensemble de 50 mètres d'élévation.

L'église de Notre-Dame-des-Marais se compose d'une triple nef; d'un transept, dont le croisillon septentrional est occupé tout entier par la tour : disposition qui produit un assez disgracieux effet ; du chœur, avec ses latéraux; et de trois chapelles à l'abside. Cet ensemble, terminé complètement vers 1600, présente une réunion, qui n'est pas sans charme, des ingénieuses fantaisies du gothique à son déclin, et de la Renaissance aux premiers jours de son apparition. Du reste, l'ornementation de ce petit chef-d'œuvre d'édification religieuse est délicate, pleine de bon goût, et, comme l'a très-bien dit M. Hucher : « d'une exécution suave et chrétienne. » On y trouve des vitraux précieux de la fin du xve siècle; une belle verrière de 1510, etc.

Ces remarquables productions sortirent d'ateliers établis dans le pays même, et dont l'habileté réelle donna tellement le goût des vitraux coloriés, que presque tous les riches habitants de la Ferté-Bernard en décorèrent les fenêtres de leurs maisons. Comme toutes les modes, celle-ci n'eut qu'un temps ; le brocantage fit commerce de ces verrières profanes, qui disparurent insensiblement, et seraient aujourd'hui bien recherchées des véritables amateurs.

§ VI. Langage particulier a la province du Maine

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