DES PRÊTRES RU DIOCÈSE DU MANS VICTIMES DE LA RÉVOLUTION
Nous donnons ici, d'après le Mémorial de la Mayenne, la liste des ecclésiastiques du diocèse du Mans, ou nés dans le Maine : fusillés, noyés, massacrés ou morts sur l'échafaud, après ou sans jugement des tribunaux et commissions révolutionnaires, comme insermentés, assermentés rétractés, insoumis à la loi de déportation du 26 août 1792, ou déportés rentrés.
1792. — Loiseau, vicaire de Saint-Pater, massacré à Gacé. Le Lièvre, prêtre de Montsûrs, massacré à Gacé.
RÉVOLUTION I > t ; 17ÎKJ :
Martin nu Piserac, les deax frères de ce nom, prêtres
du diocèse du Mans, massacrés à Gacé.
Valfrembert, Père capucin , né à Montsûrs, massacré
à Alençon, etc.
1793. — Allard, Jean-Marie, curé de Bayeux, en Anjou, né à
Graon, exécuté à Paris : Tribunal révolutionnaire. Bodereau, Pierre-Jacques, vicaire de Notre-Dame-du-
Pré du Mans , exécuté dans cette ville : Commission
extraordinaire.
Bruneau, Jacques-René, vicaire de Saint-Céneré, né
à Montsûrs, massacré à la Bazouge-de-Chemeré. Glavreuil, Guillaume, curé de Précigné, mort à
Nantes : Noyades Carrier.
Glinchamp, Antoine-Jean de, prieur de Saint-André à
Glisson, né dans le Maine, exécuté à Paris : Tribunal révolutionnaire.
Daugré, René, vicaire de Auvers-le-Hamon, exécuté à
Sablé : Tribunal révolutionnaire.
Defay, prêtre du diocèse du Mans, massacré près de
Ghassillé.
Huet, Nicolas, ancien curé de Sargé, chanoine du
Mans, mort à Nantes : Noyades Carrier.
Jupin, chanoine du Mans, grand pénitencier; mort à
Nantes : Noyades Carrier.
Rochefort, Louis-Marguerit, curé de Saint-Quentin,
près de Graon ; noyé à Angers, etc.
1794. — Ambroise, René-Louis, prêtre habitué de la Trinité
de Laval; exécuté dans cette ville : Commission
révolutionnaire.
André, Jacques, curé de Rouessé-Vassé ; exécuté à
Laval : Commission révolutionnaire.
Auvray de Coquerel, Léonor Auguste, curé de la
Bazouge-de-Gheméré; exécuté à Laval : Commission
révolutionnaire.
Blanchaudon, Michel-Antoine, curé de Notre-Dame-
de-Bellevillc (Rhône), né au Mans ; exécuté à Lyon : Commission révolutionnaire.
Burin, curé de Saint-Martin-de Connée ; massacré à Saint-Thomas-de-Gourceriers.
Gouasnon de la Barillère, François-Jérôme, vicairegéuérai de Limoges ; né à la Groixille, exécuté à Ernée : Commission révolutionnaire de Laval. 1794. — Dorgueil, André-Charles, vicaire de Saint-Cosme, né au Mans; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Duchesne, François, prêtre semi-prébendé de l'église collégiale de Laval ; exécuté dans cette ville : Commission révolutionnaire.
Dulion, André, curé de Saint-Fort, né à Saint-Laurent-des-Mortiers ; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Friquerie, Jean-Baptiste, religieux cordeîier de Laval; exécuté dans cette ville : Commission révolutionnaire.
Gallot, Jean-Marie, prêtre de la Trinité de Laval ; exécuté dans cette ville : Commission révolutionnaire.
Gastineau, Louis, chapelain au Port-Brillet; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Gaultier , Henri , curé de Monhoudou ; exécuté à Lassay : Commission révolutionnaire de Laval.
Gilberge, Claude, curé de Châtelain; exécuté à Ghâteau-Gontier : Commission révolutionnaire.
Guibaud, Pierre, prêtre lazariste de la mission du Mans, petit-neveu de Massillon; exécuté au Mans: Tribunal révolutionnaire.
Gullevier, curé de Villaines-la-Juhel; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Hairie, Jean, curé de Housseau ; massacré dans le cimetière de Saint-Dcnis-de-Villette.
Huault de la BERNARDERiE,Gharles-Maric-Joseph,curé
de Craon; exécuté à Angers : Commission révolutionnaire.
1794. — Lanoe, René, curé de Louvigné; massacré à Changé, près de Laval.
Lande, curé de Louvigné; massacré à Saint-Ouen des-Toits.
Le Cointre, Paul-Louis-François, chanoine du Mans; exécuté à Paris : Tribunal révolutionnaire.
Migoret, François, curé de Rennes-en-Grenouille, né à Saint-Fraimbault-de-Lassay ; exécuté a Laval : Commission révolutionnaire.
Mondot, Sébastien, prêtre, né à La Flèche ; exécuté à Paris : Tribunal révolutionnaire.
Morin, vicaire de Piacé, né à Évron ; massacré.
Morin de la Girardière, Julien-François, prêtre habitué de Saint-Vénérand de Laval ; exécuté dans cette ville : Commission révolutionnaire.
Moulé, Julien, curé de Saulges, né au Mans; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Pelle, Joseph, prêtre habitué de la Trinité de Laval ; exécuté dans cette ville : Commission révolutionnaire.
Pelletier, François, curé de Sceaux; exécuté à Angers : Commission révolutionnaire.
Pépin , Charles, vicaire de la Gropte ; massacré sur la place de la Baconnière.
Philippot, Augustin-Emmanuel, curé de la Bazougedes-Alleux ; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Pottier, Jean, prêtre habitué de Bierné; massacré aux environs de Laval.
Queudeville, Germain, oratorien; successivement : professeur de philosophie au collège du Mans, de théologie à Paris, à Lyon, curé de Goulans ; exécuté à Paris : Tribunal révolutionnaire.
Uoger Duciiambon, ancien génovéfain , curé de Vil-
laines ; exécuté à Lassay : Commission révolutionnaire de Laval.
Royer, curé de Dompierre ; massacré.
Thomas, Pierre, ancien aumônier de l'hôpital de Chateau-Gontier; exécuté à Laval : Co?nmission révolutionnaire.
Triquerie, Jean-Baptiste, frère cordelier, chapelain des religieuses du JBuro-n , à Ghâteau-Gontier; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
Turpin du Cormier, Jean-Baptiste, curé de la Trinité de Laval ; exécuté dans cette ville : Commission révolutionnaire.
1795. — Bachelier, Pierre, prêtre sacristain de la Bazouge-de- Ghemeré: massacré aux environs de la Gropte.
Bréhèret, René, curé de Bonchamps ; fusillé à Vannes : Commission militaire.
de Hercé, Urbain-René, évoque de Dol, né à Mayenne; fusillé à Vannes : Commission militaire.
de Hercé, François, frère du précédent, chanoine de Dol; fusillé à Vannes : Commission militaire.
Hervieux, Pierre-Julien, vicaire d'Ollivot; exécuté à Tours : Commission militaire.
1796. — Girardot, Alexandre-Denis, curé de la Rouaudière; exécuté à Craon : Commission militaire.
Héroux, Jean, curé de Préaux, né à la Bazoge-Gondouin; massacré.
Julienne, Jean-Baptiste, né dans le Maine, prêtre du diocèse de Séez; massacré à Bazougers.
Rabec, Paul-Gédéon , ancien curé d'Aron ; massacré à Mégret (Gôtes-du-Nord ).
Savignac, Martial de, curé de Vaiges ; exécuté à Laval : Commission révolutionnaire.
1797. — Deschamps, vicaire d'Ambrières ; massacré dans celte
ville.
1798. — David, prêtre, né à Château- Gontier; massacré près de Quelaines.
Il 15
Denais, Pierre, vicaire de la Trinité de Laval , né à Grcnoux; exécuté à Tours : Commission militaire. Glatier, vicaire de Précigné; exécuté à Tours : Commission militaire.
Martelet, François-Bernard, prêtre lazariste de la mission du Mans ; exécuté à Besançon : Commission militaire.
Un aussi vaste, un aussi triste obituaire, sans même parler de celui qu'on pourrait former par la réunion, plus nombreuse encore, des noms de ceux qui sont morts dans l'exil, ou dont le décès tragique en France n'a pas été constaté, prouve de la manière la plus honorable pour le clergé du Maine, que, dans les jours de terreur et de massacre, les prêtres, en général, ont assez bien compris leurs obligations sacerdotales et leurs devoirs de conscience, pour y sacrifier tout ce que l'homme peut donner en échange de Vhonneur, de la foi qu'il conserve : la liberté , la vie, dont il fait un noble, un courageux abandon ! . . .
Mais quelles pénibles réflexions viennent enfin compléter l'exposition de ces calamités, de ces désastres; en présenter les corrollaires affreux, comme un enseignement historique à la fois si terrible et si profond : lorsqu'on voit la ruine, les souffrances, le martyre, la mort, frappant, sans trêve et sans pitié, tout ce que la France renfermait de plus distingué, de meilleur, de plus vertueux, et tout cela, pour la précipiter dans cette voie fatale d'un désordre périlleux, d'interminables bouleversements, sans même atteindre à la réalité des rêves qu'on avait formés !...
Voyez, en effet, et cette considération n'est peut-être pas sans valeur et sans à-propos, avec quelle force de logique la révolution vient elle-même nous prouver, chez un peuple civilisé surtout, la vanité, l'insuffisance, l'impossibilité du gouvernement républicain.
Au sens des moins turbulents réformateurs de 1789, la monarchie héréditaire paraît un gouvernement despotique : on le brise pour y substituer un gouvernement populaire. Alors
PREMIÈRE RÉPURLIQUE. 227
voyez combien la révolution est impuissante, inconséquente même dans l'accomplissement de son œuvre : ce gouvernement populaire à peine improvisé dans les créations successives des États généraux, des assemblées : Constituante, Législative, de la Convention, s'embarrasse dans la multiplicité de ses rouages, et pressé par le besoin d'un pouvoir exécutif moins nombreux, crée, au sein même de cette Convention, un Comité de salut public, seulement composé de neuf membres, le 6 avril 1793. Ce chiffre paraît encore trop élevé; aussi, par la Constitution de l'an III, 27 octobre 1795, un nouveau Comité, formé de cinq délégués, remplace-t-il celui de salut public, sous le nom de Directoire. Mais la révolution ne s'arrêtera pas sur la pente où l'entraîne la force irrésistible des choses : par la Constitution , acceptée le 1er janvier 1800, comme une conséquence du coup d'État du 18 brumaire , 9 novembre 1799, une commission nouvelle remplace le Directoire; mais, sous le titre de Consulat, elle n'est plus formée que de trois membres ; encore deux d'entre eux n'y semblent-ils exister que pour faire nombre, surtout après le sénatus-consulte du 16 thermidor an X, du 2 août 1802, qui conférait à Bonaparte le titre et l'autorité de premier Consul à vie; transition naturelle et facile pour arriver, comme nous le verrons, le 18 mai 1804, à l'établissement de l'empire : monarchie militaire bien autrement absolue que celle dont on avait effectué le renversement ; en revenant, après quatorze ans des plus sanglants désastres, précisément au point dont on était parti : à la monarchie héréditaire. Quelle importante leçon pour les souverains, et surtout pour les nations !
N'est-il pas ensuite étonnant de voir des Montagnards euxmêmes reconnaître, établir ces principes, et cependant persister jusqu'à la mort, après longues années, dans cette coupable incorrigibilité?... C'est encore ce que nous allons trouver dans les Confessions de Levasseur. « Le Comité de salut public, dit-il, t. III, p. 80, était devenu réellement tout-puissant. C'était lui qui gouvernait la France : et s'il soumettait encore ses actes aux délibérations de la Convention, ce n'était qu'une pure for-
malité; car il n'avait plus à craindre d'y rencontrer de contradicteurs : cependant, il détruisait le conseil des ministres et concentrait, dans ses mains, la plénitude du pouvoir executif. Une pareille mesure eût pu être utile à la République, si la Convention avait volontairement Confié cette sorte d'omnipotence à son comité; car, dans des circonstances telles que celles qui nous entouraient, le gouvernement de la France avait besoin avant tout gTunité. L'anarchie, quelque déplorable quelle soit, avait pu battre les ennemis : une administration unique pouvait seule profiter de la victoire; l'anarchie avait, comme un torrent, renversé tous les débris de l'ancien ordre des choses; mais il fallait une volonté unique pour prendre les éléments restés debout, et les faire servir à reconstituer l'ordre social ! » Et c'est un Montagnard qui fait un aussi judicieuse critique du gouvernement républicain; un éloge aussi vrai de la monarchie : c'est à la fois trop d'inconséquence et de naïveté !
Si l'on veut enfin un échantillon des autres professions que faisait Levasseur, écoutons-le dans un club de province, où l'on venait de faire l'éloge de Robespierre ; ce dernier trait complétera son portrait peint par lui-même : « Vous n'êtes pas des républicains, vous qui faites l'éloge des hommes vivants : connaissez-vous l'arrière-pensée de Robespierre? Savez-vous où il veut nous mener? Attachez-vous aux principes et non aux hommes, et n'oubliez pas que dans les républiques ce sont les hommes à grande popularité qui ont souvent dévoré la liberté ! » loc. cit., t. IV, p. 63 : et cet homme « votait avec Robespierre!... »
Toutefois, il était difficile que des attaques aussi violentes, aussi profondément injustes, aux opinions, aux croyances, à la fortune, à la liberté, à la vie des citoyens paisibles, n'amenassent pas des réactions désespérées et malheureusement trop légitimes : c'est par l'étude consciencieuse et raisonnée de ces réactions, que nous allons terminer celle de la révolution françaire, dans la province du Maine, qui devint l'un de leurs principaux théâtres.