RÉACTIONS POLITIQUES ET RELIGIEUSES
Au point de vue général de la religion, de la morale, de la politique, des droits imprescriptibles.de l'homme en société, ce chapitre est un des plus importants de notre Histoire du Maine ; un de ceux où nous aurons le plus de graves erreurs à détruire , de sérieuses vérités à bien établir.
Traitée, presque partout, avec une partialité dont il est facile de préciser les causes, les motifs, cette grande et difficile question n'a pas souvent été consciencieusement , équilablement résolue par les historiens : les étranges qualifications de : réfractaires , d'insurgés, de brigands, jetées, en signe de mépris, aux plus dignes soutiens du christianisme et de la monarchie légitime, prouvent du reste assez le caractère et les opinions de ceux qui firent un si regrettable usage des idées et des mots.
Au sens de ces écrivains, le droit de légitime défense, reconnu par tous les peuples, consacré dans toutes les institutions législatives, n'est-il donc plus un droit ? car, ici, tout se réduit à cette simple question.
Ce n'est pas nous assurément qui préconiserons le duel et la guerre civile : nous les regardons au contraire comme des énormités criminelles dans l'ordre politique, moral et religieux. Mais quand la guerre civile ou le duel se manifestent, sur qui donc retombe la responsabilité, le crime d'une aussi mauvaise action? N'est-ce pas sur l'agresseur? Et celui qui ne fait que soutenir ses droits, protéger sa vie, ne se trouve-t-il pas dans
le cas de légitime défense, où la réaction est un acte de courage : un devoir?
« Nous sommes peuple aussi, pouvaient dire les royalistes aux républicains; et si l'insurrection fut un droit contre le trône, elle est un devoir contre l'échafaud. »
Toutefois, nous ne prétendons pas approuver l'apologie que certains auteurs font de la guerre civile. Considérée, même à ce point de vue, nous la regardons encore toujours comme une extrémité fâcheuse, une déplorable calamité. « Pour l'homme qui réfléchit, dit M. Crétineau-Joly, Vendée militaire, la guerre civile est la seule guerre morale , la seule raisonnable qui puisse exister... Aux yeux du philosophe spéculatif, la guerre civile sera une calamité ; aux yeux de l'historien , elle n'est, elle ne doit être qu'un mal relatif, lorsque ceux qui l'entreprennent tendent à renverser une usurpation heureuse que le temps n'a pas consacrée, ou à étouffer l'anarchie. »Une théorie de la guerre civile aussi complètement arbitraire dans ses principes, aussi dangereuse dans ses applications, n'a pas besoin d'autre critique et d'autre formelle réfutation que cette pensée de l'un des plus nobles chefs des armées vendéennes : « Les guerres civiles, dit Bonchamp avec amertume et regret, ne donnent point la gloire : elles ne sont bonnes qu'à défendre V honneur et la vie. »
Or, nous le demandons ici, dans l'espèce, lors de ces attaques des révolutionnaires de 1793 à la fortune, à la liberté, à la vie, à l'honneur de tous les honnêtes gens en France ; lors de la noble réaction de ces derniers, lesquels donc furent les agresseurs? Lesquels ne firent qu'user du plus légitime, du plus sacré de tous les droits? Poser une semblable question, c'est évidemment la résoudre, pour tout homme de sens, et qui, clans le débat, n'est pas à la fois juge et partie.
Ces équitables principes nettement établis, nous allons étudier, avec une consciencieuse attention, dans leurs origines, dans leurs caractères , dans leurs tristes résultats, ces terribles et si regrettables guerres civiles provoquées par les excès révolutionnaires de 1793; et dont, par une conséquence néces-
saire, toute la responsabilité, tout l'odieux retombent naturellement sur leurs coupables auteurs.
Ces grandes réactions politiques et religieuses furent, avec leurs caractères particuliers, des espèces de croisades modernes. Comme celles du moyen-âge , elles offrirent leur pieux symbole. Ainsi , le cœur de Jésus, brodé par nos dames chrétiennes, jusque sous les verroux de la Terreur, dignement placé, par elles, sur la poitrine des chefs royalistes, devint, pour eux, le noble signe du ralliement ; comme la croix du Sauveur avait été celui des preux de la Terre-Sainte. Car il ne faut pas plus confondre les nobles défenseurs de Tau tel et du trône, avec les bandits jetés par la république au milieu d'eux pour les déshonorer ; que les vrais Croisés avec les malfaiteurs qui se firent un déguisement de leur uniforme. Pas plus, enfin, qu'il ne faut confondre les noms si glorieux de Cathelineau, d'Elbée, Lescure, La Rochejacquelein, Bonchamp , etc., avec ceux de quelques vils intrigants, abrités sous leur drapeau ; et les noms illustres de Godefroy de Bouillon, de Baudouin, son frère, de saint Louis, etc., avec ceux de quelques célèbres aventuriers du temps.
Dans ce drame terrible et si déplorable, deux grands actes se suivent, s'enchaînent même très-logiquement par leur action; mais cependant se distinguent assez par leur caractère et par leur importance, pour qu'il soit avantageux de les exposer isolément. Le premier comprend les guerres de la Vendée; le second, celles de l'Ouest : les unes et les autres ayant eu la province du Maine pour sanglant et désastreux théâtre.
§ I. Guerres de la Vendée.
Afin de bien préciser le caractère et de juger sérieusement la portée de ces grands conflits politiques et religieux, que Napoléon lui-même nommait: « des combats de géants, » nous en étudierons successivement : 1° les causes, les motifs, les principes; 2° les développements', 3° la catastrophe du Mans;
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4° la défaite entière de la grande armée à Savenay ; 5° les exploits de la petite armée vendéenne; 6° la pacifieation de la Vendée militaire , pour ce qui rentre essentiellement dans notre Histoire du Maine.