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II. Développement des guerres de la Vendée

Nous avons déjà vu que, le 12 mars 1793, la révolte des réquisitionnaires , à Saint-Florent, avait offert, dans cette contrée, le principe des guerres de la Vendée. Le même jour, sur plusieurs autres points, des procédés républicains, également iniques et vexatoires, provoquèrent des réactions aussi légitimes.

La garde nationale de Chollet se rend en armes au château de Maulevrier, appartenant à M. le comte de Colbert, et, sans plus de formalités, s'empare de douze canons qui s'y trouvaient depuis longtemps : la république de Gènes les ayant offerts, en 1740, au lieutenant-général comte de Maulevrier, comme un gage de sa reconnaissance. Slofflet, garde-chasse du château, dont il avait la surveillance, indigné de cette brutale violation de domicile , donne le signal de l'insurrection et se trouve bientôt à la tête de 1,200 hommes.

Stofflet, Nicolas. — Né à Barthélémont, près de Lunéville, en Lorraine, le 3 février 1753, fils d'un meunier, servit pendant 15 ans dans un régiment suisse, comme simple soldat; quelques historiens ont dit, au contraire, dans le corps de

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gendarmerie du roi Stanislas. En quittant l'état militaire il

entra, comme garde-chasse, au château de M. de Colbert-Maulcvrier; en 1793 devint l'un des plus intrépides chefs de l'armée vendéenne ; s'éleva par degrés aux grades progressifs de major général, gouverneur de l'Anjou, du Haut-Poitou ; de général en chef en 1794 ; fit sa paix avec la Convention, le 2 mai 1795 ; reprit les armes en décembre, avec le titre de maréchal de camp, donné par Louis XVIII, alors comte de Provence; fut pris en 1796, condamné par une Commission militaire d'Angers, et fusillé le 23 février de la même année. Très-brave dans les combats, il se distingua toujours sur le champ de bataille ; mais d'un caractère dur, et souvent très-mal conseillé par l'abbé Bernier, dont nous aurons occasion de parler, il compromit sa réputation militaire par des exécutions brutales ; entre autres, par celle du commandant de l'artillerie, Marigny.

L'insurrection se propage avec une étonnante rapidité dans l'Anjou, la Bretagne, le Poitou ; les paysans des environs de Pouzanges vont spontanément se mettre sous les ordres de M. de Sapinaud, gentilhomme de cette dernière province.

Comme nous l'avons déjà fait pressentir, par décret du 25 février 1793 : « Tous les citoyens français, depuis l'âge de 18 ans jusqu'à 40 accomplis, non mariés, ou veufs sans enfants, sont en état de réquisition permanente jusqu'à l'époque du complètement du recrutement effectif de 300,000 hommes de nouvelle levée. » Aucune commune des provinces indiquées ne voulut fournir son contingent ; tout le Bocage, surtout, s'entendit parfaitement : « pour ne plus servir un pouvoir usurpateur. »

Le 18 mars 1793, les paysans des environs de Machecoul, ville de Bretagne, se rendent près de Charette qui s'était retiré à son château de Fonteclause pour y vivre oublié ; le pressent vivement de se mettre à leur tète : il refuse avec humeur ; les solliciteurs se fâchent, menacent de le tuer s'il persiste dans cette lâche résolution. A ces mots, le noble gentilhomme se lève en colère : « Eh bien, dit-il, puisque vous m'y forcez, je vous commanderai; marchons; seulement je vous préviens que je

fais fusiller sur-le-champ, le premier qui me désobéira. » Ce trait peint à la fois le caractère du chef vendéen, et la répugnance qu'il éprouvait à s'engager dans une guerre civile dont les hommes du peuple étaient encore évidemment ici les provocateurs.

En présence de tous ces faits, nous le demandons, comment M. de Lamartine, dans son histoire des Girondins, si dangereuse d'ailleurs, osa-t-il écrire : « C'était alors que l'aristocratie soulevait la Vendée? » « Il faudrait, ajoute M. Théodore Muret, Guerres de l'Ouest, dire tout au contraire : que le peuple de la Vendée souleva V aristocratie. »

Charette de la Gonterie, François-Athanase. — Né à Gouffé, près d'Ancenis, en Bretagne, le 21 avril 1763, d'une famille noble, était lieutenant de vaisseau lors de la révolution de 1789. Émigré à Goblentz en 1790, il revient en France, et, dans la fameuse journée du 10 août, se bat courageusement pour sauver la monarchie. Tout effort généreux devenant alors impossible, il se retire avec douleur à son château de Fonteclause. Enlevé, malgré lui, pour faire partie des chefs vendéens, d'un courage à toute épreuve; d'un caractère ferme, résolu, magnanime, il se distingua par son habileté, sa vaillance dans les nombreux combats qu'il eut à soutenir; et par la sévérité de la discipline militaire qu'il avait encore fortifiée dans le service de la marine. Il accepta, le 17 février 1795, la pacification qui lui fut offerte par la Convention; reprit les armes dans l'espoir qu'on lui donna du retour des princes français ; et perdant toute ressource après le désastre de Quiberon, combattit en désespéré, fut pris, jugé par une commission et fusillé à Nantes le 29 mars 1796.

En mars 1793, les populations des paroisses voisines de Beaupréau , Chollet, etc., se soulevèrent comme les autres et supplièrent d'Elbée de prendre leur commandement, ce qu'il accepta par dévouement, car il avait plus de zèle et d'abnégation pour servir la cause de la religion et de la monarchie, que de vocation et d'habileté suffisantes pour bien diriger une armée. Toutefois par son dévouement, son courage, il parvint au titre

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do général en chef ; et par sa douceur, Ja bienveillance do son caractère, se concilia l'estime, l'affection de tous ceux qui combattirent sous ses ordres. Et comme il répétait souvent à ses fidèles soldats : « Mes enfants, soyez sans crainte, la Providence nous donnera la victoire ; on l'appelait, dans toute l'armée vendéenne, le général de la Providence.

Gigot d'Elbée, — né, en 1752, à Dresde, d'une famille française établie en Saxe, naturalisé français en 1757, entre au service, devient lieutenant de cavalerie, donne sa démission en 1783; émigré, en 1791, rentre en France, en vertu du décret qui l'ordonne ; fait partie de l'armée vendéenne en 1793, est nommé généralissime à la mort de Cathelineau ; blessé d'une balle dans la poitrine, à Chollet, le 17 octobre 1793, transporté à Beaupréau, à l'île de Noirmoutier; est fait prisonnier trois mois après, jugé militairement et fusillé dans un fauteuil : les souffrances qu'il éprouvait encore ne lui permettant pas de se tenir debout. Il supporta cette dernière épreuve sans se plaindre; avec la résignation, le courage d'un véritable chrétien, succombant en martyr de sa foi politique et religieuse.

A l'époque du soulèvement général, un grand nombre de paysans de l'Anjou se réunirent de leur propre mouvement sous la direction du marquis Artus de Bonchamp, que son caractère aussi noble qu'humain et courageux lit estimer de toute l'armée, dont il devint un des principaux chefs pendant la trop courte durée de sa vie : car il jouissait d'une grande réputation comme sage organisateur, et la méritait. Sa perte fut profondément sentie par les Vendéens.

Bonchamp, Gharles-Melchior-Artus, marquis de, — né le 10 mai 1760, au château du Crucifix, dans l'Anjou, fit la guerre dans les Indes, en Amérique, et, vers 1791, donna sa démission de capitaine-commandant au régiment d'Aquitaine, pour éviter le serment exigé par la révolution. Il émigré assez tard, et, par conséquent éprouve une froide réception de ses compagnons d'infortune. Rentré en France il est choisi comme l'un des généraux de l'armée vendéenne, et s'y fait remarquer par ses grandes et nobles qualités : surtout par la confiance qu'inspire son

habileté remarquable à discipliner toutes les nouvelles recrues. Blessé à mort, au bas-ventre, le 17 octobre 1793, pendant la bataille de Ghollet, il conserve, lors de son agonie, encore assez de force, assez de présence d'esprit, assez d'abnégation et de cœur, pour s'occuper du sort de 5,000 prisonniers républicains, enfermés dans l'église de Saint-Florent,et qu'on allait passer par les armes. Ils durent à ses instances, à l'autorité qu'il exerçait encore même à son lit de mort, la vie et la liberté le lendemain 18 : jour néfaste pour l'armée vendéenne, mais qui marque la fin d'un héros par l'un des plus touchants et des plus sublimes traits d'humanité dont s'honore l'histoire. En 1825, un sarcophage en marbre noir, sculpté par David, fut consacré, dans l'église de Saint-Florent, à la mémoire du noble chef et de son admirable action.

Au mois de mars 1793, les paysans des environs de Bressuire, dans le Poitou, se levèrent également en masse, et, par de vives sollicitations, décidèrent le marquis de Lescure à devenir leur chef. L'un des principaux généraux vendéens, il se fit remarquer par la sagesse, la fermeté de son caractère, et par cette vertu chrétienne des anciens temps qui lui fit donner le surnom de Saint du Poitou. Il avait épousé la fille du marquis de Donnissan : courageuse et noble femme, qui fit, avec son mari, les tristes et pénibles campagnes de la Vendée; ensuite après sa mort, et comme accomplissement de ses dernières volontés devint en 1801 marquise de la Rochejacquelein, par son mariage avec Louis, frère de Henri.

Lescure, Louis-Marie, marquis de, — né le 13 octobre 1766 près de Bressuire, en Poitou, élevé à l'école militaire, commande une compagnie dans le régiment de cavalerie : Roval- Piémont; émigré en 1791; revient quelques mois après; dans la sanglante affaire du 10 août 1792, défend courageusement les Tuileries; en mai 1793 devient général en chef de 1 armée vendéenne. D'un courage froid, grave, prudent; d'une piété réellement consciencieuse, il offrait les principales qualités d'un chef militaire : aussi fut-il aimé, craint, estimé, scrupuleusement obéi du soldat. Blessé d'une balle à la tête à la bataille du Château de la Tremblaye, il suivit encore l'armée de ville en

ville jusqu'au 4 novembre de la aiême année, pour mourir eu véritable héros chrétien, au bourg de la Pèlerine, entre Fougères etErnée.

Enfin, comme formidable complément de cette grande insurrection, les gars des Echambroignes, de Saint-Aubin, de Nueil, d'Izenay, des Aubiers, etc., en Poitou : gars qu'on peut nommer les Spartiates de la Vendée, se lèvent, comme un seul homme, et demandent un chef digne de les conduire à la défense de leur pays envahi par l'anarchie.

Le choix n'était pas facile : un chef de vingt ans réunit les suffrages unanimes ; ce chef est bien jeune sans doute, mais il se nomme Henri de Larochejacquelein!.. Il arrive de Paris dont il n'a voulu s'éloigner qu'après avoir, jusqu'au dernier jour, combattu pour le soutien de la monarchie. A peine est-il entré dans son château de la Durbellière, près Châtillon-sur-Sèvre, que les impatients Poitevins accourent, lui donnent, disons mieux, lui imposent le commandement de leur petite et valeureuse armée.

Fier d'un pareil choix, et comme électrisé par le saint en thon, siasme de cette mâle et brave jeunesse, Henri sent en lui s'allumer le feu sacré qui fait les grands hommes, et s'élève d'un seul bond à toute la hauteur du plus sublime courage : « Mes amis, leur dit-il avec l'entraînement de l'inspiration , si mon père était ici, vous auriez confiance en lui : je ne suis qu'un enfant, mais Dieu me le dit, je le sens aux transports de mon âme, je devancerai les années, je serai digne de vous commander : marchons et : « si j'avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi!... » « C est parler en héros » dit Napoléon : et Napoléon s'y connaissait!...

Larochejacquelein, Henri-Duverger, comte de, — naquit au château de la Durbellière, près de Châtillon-sur-Sèvre, le 30 août 1772. Elevé à l'école militaire, il sert sous les ordres de son père, colonel du régiment de cavalerie dit Royal-Pologne; est nommé officier dans la garde constitutionnelle à cheval de Louis XVI, en 1790. Après avoir signalé son dévouement au roi, dans la journée du 10 août 1792, il se joint à l'armée ven-

déenne en mars 1793; y fait des prodiges de valeur : unissant la témérité d'un soldat à l'héroïsme d'un Condé; est élu, d'une commune voix, généralissime à la mort deLescure, son parent et son ami; est tué dans un combat près de Nouaille, en 1794, après avoir acquis, dans une seule année, à l'âge de 21 ans, l'illustration des plus valeureux capitaines.

Au nombre des personnages remarquables dans les guerres de la Vendée nous trouvons encore les suivants :

Donnissan, marquis de, — vivait alors paisiblement au château de Glisson, avec Lescure son gendre, et sa fille. Homme de cœur, de dévouement, l'ami vénéré des chefs, le père des sol dats, le conseil de l'armée, esprit conciliant, modeste, n'ayant jamais voulu prendre le commandement supérieur qui lui fut offert bien des fois, il se laissa, par condescendance, investir du titre de gouverneur-général du pays, et de maréchal de camp. Après avoir courageusement protégé les restes de l'armée vendéenne, il fut pris à Ancenis, conduit à la ville d'Angers, et périt sur l'échafaud.

Marigny, Augustin-Étienine-Gaspard de Bernard, de, — né à Luçon, en 1754, servit dans la marine royale, et commendait le parc d'artillerie de Rochefort. A la révolution, il se rend à Paris avec Lescure, son parent et son ami ; se montre courageusement au 10 août; revient en Poitou le 5 mars 1793 ; imposant par sa taille et sa figure martiale, il est nommé par les chefs vendéens général de l'artillerie; se distingue partout; devient la terreur des bleus ; chef dévoué, jusqu'au dernier jour, où le 23 décembre 1793, à Savenay, nous le verrons, avec deux pièces de canon seulement, faire des prodiges de valeur, protéger la fuite des vieillards, des femmes, des enfants ; il n'en sera pas moins accusé de trahison, condamné à mort par un conseil de guerre où Sapinaud, Beaurepaire ne voulurent point voter; où Charette, Stofflct, signèrent les premiers cet injuste arrêt; que Stofflct, aux instigations du curé Bernier, fit, comme nous le dirons, bien cruellement exécuter le 10 juillet 1794, dans le jardin môme de la victime. Naturellement bon, gai, spirituel, Marigny, par les froisse-

ments, les contradictions, devint impatient, colère, dur, querelleur, et parfois même inhumain et sanguinaire dans ses emportements. Il avait plusieurs fois humilié l'amour-propre de Stofflet, de Charette surtout, et, lors de la malheureuse bataille du Mans, ne s'était pas convenablement occupé de prévenir la déroute. Rentré en Vendée, à la tête d'un petit corps d'armée, il n'avait pas tenu les promesses faites par écrit dans une conférence avec ces deux chefs, etc. De là cette accusation et cette condamnation à mort, lorsqu'il était absent, mais qu'on semblait n'avoir prononcée que pour l'effrayer; qui peut-être n'eût jamais trouvé son affreuse exécution, sans les perfides conseils du curé de Saint-Laud.

Bernier, Alexandre-Jean-Baptiste, — fils d'un cultivateur, naquit le 31 décembre 1764, à Daon, à trois lieues sud de Château-Gontier, dans le Bas-Maine. Il était curé de Saint-Laud, à Angers, lors de la révolution ; et se trouvant, par le refus du serment à la Constitution civile du clergé, au nombre des proscrits, entra, comme principal aumônier, dans Farinée vendéenne. D'un caractère peu sûr, intrigant, envieux, implacable envers ceux qui formaient obstacle à ses ambitieux projets, il fit plus de bruit dans les guerres de la Vendée qu'il ne s'y concilia l'estime des honnêtes gens. Il ne se montra pas d'ailleurs bien sincèrement dévoué à la cause légitimiste : car, aussitôt que le désastre de Quiberon eut ruiné ses espérances de ce côté , on le vit se ranger honteusement sous la bannière du vainqueur; s'employer aux négociations du Concordat, et recevoir l'évêché d'Orléans, comme prix de son apostasie politique. Il mourut en 1806.

Talmont, A.-Philippe de la Trimoille, prince de, — second fils du duc de la Trimoille, avait, jusqu'à l'âge de 27 ans, vécu d'une manière insignifiante et dissipée. Il embrasse alors , avec un noble et sérieux dévouement, la cause de la monarchie; entre dans la confédération poitevine; et, dès le commencement de 1792, passe en Angleterre; rejoint les émigrés sur le Rhin ; fait, avec eux, la première campagne sous les

ordres du comte d'Artois; tente vainement à Paris de délivrer Louis XVI, au 21 janvier.

Le soulèvement de la Bretagne et du Maine ayant précédé seulement de deux mois celui de la Vendée, le prince de Talmont y vole ; est pris aux environs de Château-Gontier, jeté dans les prisons d'Angers. Son frère, l'abbé de la Trimoille, le délivre très-adroitement. Il s'unit alors aux Vendéens , qui venaient de prendre Saumur, et fut immédiatement nommé général de la cavalerie.

Distingué par la taille , la figure et les manières, il inspirait constamment l'affection; impétueux et brave, il aurait voulu toujours combattre, et fit partout des prodiges de valeur. Après la prise de Laval, qu'il favorisa beaucoup,: il poussait les Vendéens vers la Bretagne, espérant de ses intelligences dans le pays et des secours de l'Angleterre. Ayant mis inutilement le siège devant Granville, il parut alors découragé ; s'éloigna des Vendéens, accompagné de Beauvolier, Solerac et Bernier, avec l'intention apparente de s'embarquer pour l'Angleterre; ce qui, dans cette conjoncture, n'eût été ni courageux, ni digne d'un aussi noble chef.

Toutefois, la démarche n'avait point échappé à l'œil vigilant de Stofllet, qui fit poursuivre et ramener les fugitifs par un piquet de cavalerie. M. de Rostaing, officier vendéen, sauva l'honneur du prince et de ses compagnons, en établissant, par des preuves de fait, qu'il ne s'agissait nullement d'une désertion, mais tout simplement d'un voyage de quelques jours à Jersey, pour connaître les dispositions de l'Angleterre, hâter ses résolutions ; et peut-être aussi pour y voir une personne qui le pressait d'arriver, et qu'un attachement profond ne lui permettait pas de faire attendre.

En admettant cette explication, il n'en reste pas moins évident que le prince avait agi, dans ces graves conjonctures, avec une inconséquence, une légèreté qu'il fit bientôt oublier par de nouveaux prodiges de valeur : surtout entre Dol et Antrains, où le généralissime Henri de La Rochejacquclein fit le plus grand éloge de sa belle conduite.

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11 suit les Vendéens dans leur marche sur Angers. Près de La Flèche, un intrépide hussard le provoque avec jactance en combat singulier : l'un et l'autre se chargent aussitôt avec violence; dans un instant, le hussard tombe la tète fendue par un coup de sabre. A l'affaire du Mans , il se fait remarquer par de brillants exploits. Lorsque l'armée royaliste, réduite à 7,000 hommes, ne pouvait repasser la Loire, il commandait ces tristes débris, de concert avec Fleuriot.

Mais ce dernier ayant été nommé général en chef, Talmont, blessé dans son amour-propre, abandonne les Vendéens; et, sous le déguisement d'un paysan , accompagné seulement de Matelin, son fidèle serviteur, cherche à se foire oublier dans sa vie mystérieuse, errante aux environs de Fougères et de Laval. Rencontré par la garde nationale de Bazouges, il est conduit à Fougères, sous son déguisement, devant le général Beaufort. En arrivant à l'auberge de Saint-Jacques, il est reconnu par la domestique. Dans son indiscret étonnement, cette fille s'écrie : « C'est le prince de Talmont. » « Oui , répond-il ensuite au général, qui lui parlait sur le ton de l'intimidation, je suis le prince de Talmont : 68 combats livrés en six mois aux républicains m'ont familiarisé avec la mort. Issu des la Trimoille, fils des seigneurs de Laval et de Vitré, prince moimême, je devais servir mon roi : en sachant mourir, je ferai voir que j'étais digne de défendre le trône ! »

On le conduit à Rennes , où le misérable Esnue-Lavallée, commissaire de la république, pour en obtenir des révélations, lui montre d'un côté sa grâce, de l'autre l'échafaud : il reste impassible , et ne répond que par un geste d'indignation. Alors, dans sa fureur, le vil représentant de la Convention lui dit avec une jactantieuse forfanterie : « Sais-tu bien que je suis un patriote, et que tu n'es qu'un aristocrate? » « Sans doute, répond aussitôt le prince, en lui jetant un regard de mépris, mais aussi avec cette différence, que tu fais ton métier; moi, mon devoir ! » Une réponse aussi noble suffirait à l'illustration de celui qui l'a formulée.

Du reste, afin que rien ne manquât au martyre de cette in lé-

ressante et digne victime de 28 ans, on le renferme, pendant deux mois, dans un cachot ; ensuite, malgré la sérieuse altération d'une santé profondément compromise, on le conduit à pied par Vitré, dans la ville de Laval; et, pour compléter ce luxe d'affreuses tortures , on fait dresser l'échafaud en face de la porte principale du château des ancêtres du prince ; et cette noble tête vient à peine de tomber, qu'on la plante au bout d'une pique sur la muraille, avec celles de l'intendant, M. Anjubault, et du courageux Matelin , qui ne voulut pas survivre à son maître: comme si, dans cette épouvantable exécution, la vertu devait faire opposition au crime; le dévouement, à l'égoïsme ; l'honneur, à l'infamie!...

Les cadavres des trois victimes furent enterrés dans la lande de la Croix-Bataille; et lorsqu'on la vendit, leur touchante sépulture fut réservée, entourée de murs avec le produit d'une souscription facilement effectuée. En 1822, on y vit s'élever un monument en granit, ayant la forme d'un autel, avec des ornements et des inscriptions simples, mais parfaitement analogues à la triste circonstance.

Nous connaissons les causes, le caractère, les principaux acteurs de ce drame sanglant et désastreux, dont le dénouement tragique s'opéra dans la ville du Mans; il nous sera maintenant facile d'en suivre les principales et remarquables péripéties.

Les mouvements insurrectionnels qui s'étaient effectués dans plusieurs autres endroits furent aisément et promptement comprimés : celui de la Bretagne, lui-même, avait à peine duré quelques semaines, bien que ce pays ne manquât ni de résolution , ni de courage. Mais, du moment où Cathclineau prit le commandement de sa petite compagnie, formée d'abord seulement de ses parents et de ses voisins, une lutte sérieuse fut engagée entre la république et la monarchie : lutte qu'il eût sans doute beaucoup mieux valu ne pas voir s'effectuer, car elle coûta, sans résultat, bien du sang, bien des larmes et des regrets; mais dont la responsabilité retombe, comme nous croyons l'avoir prouvé, de tout son poids, sur la conscience

de ceux qui ravalent si brutalement, si dangereusement provoquée.

Si les chefs de l'armée vendéenne, dont nous connaissons déjà bien les principaux , devaient promettre des actions de courage et d'éclat pendant cette formidable guerre, les soldats qui la composaient, d'abord dépourvus d'armes, de munitions, étrangers à la science des combats; n'ayant, pour un grand nombre, en main, que leurs bâtons triangulaires ou des instruments rustiques ; mais pleins de cœur, de courage, d'estime, d'affection pour leurs chefs; sincèrement animés, soutenus par le principe sacré de la foi politique et religieuse; combattant pour la défense de l'autel, du trône, de leur pays, de leurs familles, de la liberté, de la vie, ne pouvaient pas, en exploits, en vaillance, rester au-dessous de ceux qui les commandaient, en leur donnant l'exemple des nobles qualités, qui ne manquent jamais d'enfanter l'héroïsme.

Ces hommes de fer, que Napoléon appelait : « une race de géants, » avaient , pour s'emparer des canons , une tactique assurée , mais audacieuse, à laquelle on avait pris soin de les former : ils s'approchaient autant que possible des batteries ; se jetaient sur le sol au moment de l'explosion ; se précipitaient sur les canonniers, qu'ils tuaient ou mettaient en déroute, ramenant ensuite les pièces, en assez grand nombre, pour en former la redoutable artillerie qu'ils possédaient avant leurs défaites.

Ce fut ainsi qu'ils obtinrent cette belle pièce de douze, que Louis XIII avait donnée au cardinal, pour la placer à son château de Richelieu, où les républicains la prirent, et qui leur fut ensuite enlevée par les Vendéens. Ces derniers crurent y voir gravée l'image de la Vierge, lui donnèrent le nom de Marie-Jeanne, qui devint d'autant plus célèbre dans l'armée, que ces pieux soldats lui attribuaient un pouvoir tout particulier de défense et de protection.

C'est au milieu de ces conditions particulières du pays et de ses habitants, que le pieux et dévoué Cathelineau, le lendemain de la malheureuse insurrection de Saint-Florent, le 13

mars 1793, quittait sa maison, sa femme, ses enfants, sans doute avec le pressentiment douloureux de ne jamais les revoir ; car il disait, avec la confiance du chrétien et la tristesse du père de famille , à son cousin Jean Blon , qui lui parlait avec émotion du terrible événement de la veille : « Dieu veillera sur mes enfants tandis que je combattrai pour sa cause. »

Les premiers exploits de l'armée vendéenne furent la prise de Jalais, Chemillé, Saumur, etc., où se réunirent les principaux chefs avec leurs corps particuliers, de manière à former la grande armée. Stofflet et Cathelineau voyant arriver ces personnages distingués par leur naissance, leur fortune, leur éducation, voulurent immédiatement résilier le commandement qu'ils avaient eu jusqu'alors. Mais, en considération de l'habileté qu'ils ont montrée dans l'organisation des premières levées ; du zèle, du courage, de la valeur dont ils ont fait preuve aux différentes affaires qui venaient d'avoir lieu, d'Elbée, Lescure, Bonchamp, La Rochejacquelein, Donnissan, Talmont, etc., l'armée entière, déclarent qu'ils n'en connaissent pas de plus dignes, de plus capables d'exercer le commandement; et nomment d'une voix unanime, le 12 juin 1793, Cathelineau généralissime, en se déclarant heureux et fiers de servir sous les ordres d'un tel chef; Stofflet, major général de l'armée.

Déjà, cependant, La Rochejacquelein avait de son côté signalé sa vaillance et sa courtoisie dans plusieurs affaires importantes : ainsi, le 13 avril 1793, il apprend la détresse des Vendéens au village des Aubiers, Deux-Sèvres, s'y rend au pas de course, culbute les républicains ; vole à Tiffauge, Vendée , près Mortagne , et délivre ses compagnons d'un très-mauvais pas dans lequel plusieurs se trouvaient engagés. Le commandant Tribert, obligé de se rendre après avoir noblement défendu le château de Bois-Groleau, veut lui remettre son épée : « Gardez, Monsieur, lui dit généreusement La Rochejacquelein, cette épée dont vous avez su faire un si digne et si courageux usage. » Ainsi, un véritable désastre menaçait, dans les gorges de la Sèvre , l'armée vendéenne commandée

par Cathelineau, Bonchamp, d'Elbée, la Bouère, quand La Rochcjacquclein arrive comme un libérateur, et change la défaite en victoire !...

Après les affaires de Beau préau, Thouars, Parthenay, Saumur, etc., Cathelineau, commandant alors une armée de 8,000 hommes, dont le courage et les succès avaient fait autant de héros, va résolument, imprudemment sans doute, mettre le siège devant Nantes; est repoussé plusieurs fois avec perte ; le 14 juillet 1793, dans une de ces attaques, lorsqu'il avait déjà pénétré dans la ville, un ouvrier cordonnier l'ajuste d'une fenêtre, lui casse le bras. La gangrène se déclare quelques jours après; les pertes assez graves de l'armée se trouvent bien regrettablement augmentées de celle de son digne général, en remplacement duquel d'Elbée est nommé par acclamation.

Ce général de la Providence, comme le nommaient les Vendéens, avait partout fait preuve d'un courage sérieux, vrai; concouru, avec les siens, à la prise de Bressuire, Thouars, Fontenay, etc., où le retint quelque temps une blessure; deux fois il fut repoussé de Luçon ; enfin après d'autres combats sans avantages, défait à Chollet, le 17 octobre 1793; dangereusement blessé d'une balle dans la poitrine; transporté à Beaupréau ; fait prisonnier à l'île deNoirmoutier; et fusillé trois mois après sa blessure, dont il était encore très-souffrant.

A cette bataille fatale, surtout aux généraux vendéens, Bonchamp fut mortellement blessé d'une balle dans le bas-ventre dont il mourut le lendemain 18. Il s'occupa jusqu'à son dernier moment de la délivrance de 5,000 prisonniers enfermés dans l'église de Saint-Florent, et que l'on devait massacrer. « J'ose, disait-il en mourant, compter sur la miséricorde de Dieu, car je n'ai agi ni par orgueil, ni pour obtenir une réputation qui s'anéantit dans l'éternité. Je compte positivement sur la grâce entière des prisonniers. » Telles furent ses dernières et touchantes paroles!.. Il était impossible de ne pas remplir un vœu si noblement exprimé : tous les prisonniers furent mis en liberté!...

Lescurc, aussitôt après la retraite de d'Elbée, fut aussi nommé,

à l'unanimité, pour le remplacer dans le commandement général; mais il ne put remplir sa pénible mission qu'au milieu des périls et des souffrances. A la bataille du château de la Tremblaye il reçut, dans la tête, une balle qui frappa le sourcil gauche et sortit derrière l'oreille, en labourant les os. Malgré la tendre affection et les soins les plus intelligents que lui donna sa courageuse et noble femme, M1Ie Donnissan qui le suivit partout, et, môme après sa mort, ne quitta pas l'armée ; cette plaie si grave ne présenta pas de véritable amélioration, jusqu'au 4 novembre, où nous verrons ce héros chrétien succomber à Page de 27 ans, au village delà Pèlerine près Fougères.

Dès que Lescure eut été mis hors de combat, à sa demande, à celle des autres chefs et de toute Farinée, Larochejacquelein fut élevé au commandement suprême : c'est, en conséquence, à la sagesse, à la valeur, au courage, à l'héroïsme de ce jeune homme de 21 ans, que vont se trouver confiés la direction, les soins, Fexistence de la grande armée vendéenne depuis son passage de la Loire, jusqu'à son retour; et nous devons à l'équité de l'histoire d'ajouter : que malgré la composition embarrassante et périlleuse de cette armée, le nombre, la diversité de ses éléments, les rigueurs de- la saison, les difficultés de la marche, les dangers qui l'environnèrent dans un pays étranger, au milieu des administrations gouvernementales, des forces militaires les plus hostiles, des calamités, des désastres qui vinrent l'accabler, ces grandes qualités du chef le plus valeureux et le plus dévoué ne lui firent pas un seul instant défaut.

Jusqu'ici la république n'avait envoyé contre l'armée vendéenne que des levées en masse, n'offrant ni résolution, ni valeur, ni bonne discipline militaire : ce qui suffit pour expliquer des pertes considérables, sans aucun résultat décisif. L'armée de Mayence, dont une partie se trouvait en garnison au Mans, fut alors dirigée sur le théâtre de cette guerre.

Serrés de près, par ces nouveaux ennemis, les royalistes furent obligés de passer la Loire en face d'Ancenis; s'éloignant ainsi de leurs familles, d'un pays favorable à leur genre de

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guerre, <it qu'ils connaissaient parfaitement; renonçant al<

à des avantages qu'ils ne pouvaient retrouver ailleurs : cette faute grave devint peut-être la principale cause de leurs désastres ultérieurs.

Ile se dirigent sur Graon, Mayenne, remportent la célèbre bataille d'Entramincs près Laval, qu'ils traversent en vainqueurs; précédés par une terreur qui ne permet aucune résistance à leurs progrès.

Le 24 octobre 1793, lendemain de son entrée à Laval, La Rochejacquelein fait le dénombrement de son armée qui se trouve alors composée de 1,200 cavaliers, 30,000 fantassins, 180 artilleurs servant 54 pièces de différents calibres, d'un matériel considérable voiturant une population tout entière de vieillards, de femmes et d'enfants. Ce fut alors que le conseil supérieur de cette armée créa ses bons royaux, hypothéqués sur le trésor, et remboursables à la paix. Espèce de papiermonnaie, signé Donnissan, prince de Talmont, Bernier, curé de Saint-Laud; dont rémission fut portée à 900,000 livres tournois. Plusieurs habitants du Bas-Maine, de Laval, particulièrement, en ont conservé des exemplaires.

Déterminés, surtout, par les instances du prince de Talmont qui comptait sur des intelligences en Bretagne et sur les secours de l'Angleterre , les Vendéens prennent, sans coup férir : Mayenne, Ernée, Fougères, et marchent sur Granville, dont ils voulurent faire le siège. Mais, comme toujours, les promesses de l'Angleterre n'offrant aucune suite et les secours n'arrivant pas, le découragement de l'armée, dont les efforts étaient sans résultat, gagna les chefs, et l'on résolut d'abandonner une entreprise qui n'avait pas été suffisamment réfléchie.

Ce fut à ce moment qu'eut lieu la tentative d'éloignement du prince de Talmont, et qui paraît n'avoir eu pour objet qu'une absence de quelques jours à Jersey , où l'attendait une personne qu'il affectionnait, comme on peut le faire à cet âge, sans que cet acte inconsidéré de galanterie portât aucune atteinte à l'honneur d'un aussi noble caractère, et d'un valeureux chef qui sut mourir avec héroïsme.

L'armée vendéenne revient donc sur ses pas, en traversant : Fougères, La Pèlerine où le brave et digne Lescure succombe, le 4 novembre 1793, aux suites de sa blessure aggravée par les contrariétés et les fatigues d'un pareil voyage. Il avait été remplacé dans le commandement en chef de l'armée, d'après le vœu qu'il avait exprimé, d'après celui de tous les officiers et soldats, par Henri de La Rochejacquelein, parent, ami sincère du défunt. On continue cette retraite en passant par : Ernée, Mayenne, Laval; puis on se dirige sur Angers par Meslay, Sablé, La Flèche, Durtal, etc., sans événements bien remarquables, mais en trouvant partout, sur son passage, les traces déplorables de la dévastation et du carnage.

Dès le 29 novembre 1793, Francastel, Esnue-Lavallée, dignes exécuteurs du Comité de salut public, sont entrés dans la ville d'Angers pour y préparer les voies en faisant noyer ou fusiller les prêtres, les suspects, les détenus qui s'y trouvaient en grand nombre, et pouvaient, en cas de siège, embarrasser la place ou faire courir des périls aux bons citoyens, qui, du reste, se trouvèrent bien encouragés, sinon même un peu terrorisés, poussés à l'action par la venue des autres commissaires : Levasseur, Bourbotte, Thureau, Prieur de la Marne. Assurément il n'en fallait pas tant pour électriser une population.

L'armée républicaine commandée par Westermann, Kléber, Marceau, partait le 3 décembre de Châteaubriant pour secourir les assiégés. « En même temps, dit Levasseur, Mém. t. II. p. 277, j'arrivais à Angers, vers 7 heures du matin. J'envoyai aussitôt chercher le commandant delà ville, le général Danican ; Je lui dis : Nous allons être attaqués ce matin par 8,000 hommes. » Ce commissaire de la Convention ajoute que le général parut ignorer cette grave circonstance, rester à peu près indifférent sur les précautions à prendre, et dont celles qu'il crut urgent de lui prescrire ne furent que très -incomplètement exécutées; qu'en parcourant la ville, Danican tomba de cheval, se fit porter dans son lit, y resta jusqu'après le départ des Vendéens, sans qu'on trouvât sur sa jambe qui, disait-il, le faisait beaucoup souffrir, ni contusion, ni fracture. Aussi, dans ses

réflexions, Levasseur l'accuse-rt-il de lâcheté, même de trahison.

Lo 5, à midi, La Rochejacquelein donne le signal de L'attaque, fait des prodiges de valeur et d'audace; est courageusement soutenu par Forestier, Piron, Beaucorps, Lusignan, etc.; ne cède qu'après cinquante-deux heures d'un combat opiniâtre, et lors que le chef républicain Marigny, venant attaquer ses derrières avec une imposante cavalerie, ne lui permit plus de continuer le siège, sans compromettre le salut de toute l'armée.

Le témoin oculaire auquel nous devons ces détails ajoute une sérieuse observation que semblent expliquer les assertions de Levasseur. « Les Vendéens attaquent Angers, sont repoussés : un quart d'heure de patience de plus, le commandant organisait la déroute : il a été guillotiné quelque temps après. »

Levasseur voulait que Ton poursuivît immédiatement l'armée royaliste sans lui donner le temps de respirer. Ses ordres ne furent pas suivis par les généraux, qui ne lui montraient pas plus de considération que d'obéissance. Il s'en plaignit et formula des récriminations sérieuses contre Westermann, en lui reprochant d'avoir manqué l'occasion d'anéantir complètement cette armée.

Échappés à ce désastre, mais affaiblis, découragés par un aussi grave échec, les Vendéens se trouvèrent encore frappés d'une division qui fut sur le point de leur devenir fatale.

Le prince de Talmont et ses partisans voulaient marcher sur Paris, espérant bien rencontrer dans les plaines de la Beauce des renforts importants et nombreux. La Rochejacquelein et les siens pensaient, au contraire, qu'il serait beaucoup plus prudent et plus favorable de retourner par La Flèche, Sablé, Chateau-Gontier à Varades où Gharette, qui avait quitté l'île de Noirmoutier, les aiderait à repasser la Loire, pour continuer la guerre au milieu des avantages d'une population armée, d'un pays bien disposé, qu'ils connaissaient parfaitement.

Tout en s'agitant par ces pénibles et fâcheuses discussions, l'armée, qui craignait avec raison d'être poursuivie, gagnait Beaugé, La Flèche, en soutenant quelques petits combats. Mais arrivée dans ce point, elle se trouve exposée au plus imminent

péril. En effet elle est forcée de s'arrêter ayant en face le Loir dont le pont est coupé; de l'autre côté de la rivière, la ville de La Flèche défendue par une forte garnison ; et sur ses derrières, Westermann qui la poursuit avec un implacable acharnement. Dans cette grave conjoncture il fallait, pour la sauver, un homme de génie, un homme de résolution : heureusement pour elle, Henri de La Rochejacquelein était là. Résister à Westermann parla majorité des forces; remonter la rivière avec 1,500 hommes d'élite ; passer sur la chaussée du moulin de Gréan, couverte de cinquante centimètres d'eau; chasser la garnison de La Flèche, y faire entrer l'armée après le rétablissement du pont sur le Loir, furent autant d'actions exécutées avec héroïsme, à l'ensemble desquelles toute l'armée dut évidemment sa conservation.

Contrairement à l'assertion de M. Alp. de Beauchamp qui raconte ainsi le fait, Histoire de la guerre de Vendée, Mme de la Rochejacquelein, dans ses Mémoires, dit que, pour cette expédition, M. Henri choisit 300 cavaliers, ayant en croupe chacun un fantassin bien armé. Cette version paraîtrait favorable à la rapidité nécessaire d'un aussi brillant exploit; mais elle expliquerait d'une manière moins satisfaisante la prise de La Flèche qui se trouvait alors bien défendue. Toutefois, l'importance du résultat est la même dans ces deux suppositions.

Ce glorieux fait d'armes étonne les républicains, arrêtés dans leur poursuite par l'absence du pont que La Rochejacquelein fait détruire h son tour. Le général Chabot, le représentant Garnier de Saintes, qui se trouvaient à La Flèche, s'enfuient au Mans; envoient sous le commandement de Chaplin-Durocher et Renaudin, chefs de la garde nationale, 1,500 hommes dont faisait partie le bataillon de Valenciennes en garnison dans cette ville. Parvenus à Glermont, village distant de La Flèche d'une lieue tout au plus, ils espèrent y prendre position par l'établissement d'une batterie. Mais La Rochejacquelein, parti de La Flèche, le 10 décembre, au point du jour, les attaque et les met en pleine déroule.

Ces rapides et brillants exploits raniment l'ardeur et le Il 17

courage des Vendéens, donnent plus de faveur à l'opinion du prince de Talmont ; et comme électrisée par la valeur du jeune Henri, par la délivrance et les succès dus à son héroïsme, à son habileté, l'armée royaliste marche sur le Mans avec une rapidité qui fait prendre une avance considérable sur les républicains à sa poursuite; et semble réellement un prodige inexplicable dans l'état déplorable qu'elle offrait alors.

En effet, déjà très-éprouvée, pendant ses excursions dans la Bretagne, le Bas-Maine, par les mauvais chemins, le froid, l'humidité, les intempéries de la saison, le défaut de vêtements, une alimentation chétive et malsaine, des tribulations de toute nature, cette malheureuse armée, non-seulement avait fait des pertes considérables dans la partie active de son personnel, mais encore traînait avec elle toutes les causes d'une véritable destruction : le dénuement, la misère, une dysenterie épidémique, frappant sans rémission ceux que le fer de l'ennemi n'avait pas encore atteints. Aussi, lors de son entrée dans la ville du Mans, elle ne présentait plus, d'après les témoignages certains auxquels nous empruntons nos documents, que ce triste et douloureux effectif :

Cavalerie : 3,000 ; infanterie : 10,000 hommes valides; artilleurs : 200 ; servant 30 pièces de bons canons en bronze. Domestiques, femmes, vieillards, invalides, enfants : 50,000; en tout : 73,000 personnes. Sur ce nombre, 500 femmes d'officiers voyageant ordinairement à cheval; beaucoup de traîneurs, 'pillards, ne se battant jamais; affamant, déconsidérant l'armée par leurs méfaits.

Nous prouverons ultérieurement, avec des titres, que la plupart de ces hommes vicieux et souvent criminels étaient, par ordre du Comité de salut public, pris dans les bagnes, jetés, avec les plus épouvantables instructions , dans les armées royalistes, pour les mettre en horreur parmi les habitants du pays. Cette indigne manœuvre devenait ici d'autant plus facile, que les officiers étaient loin de connaître tous les soldats qui servaient sous leurs ordres.

Outre les trains d'artillerie, le matériel de l'armée vendéenne

présentait 50 carrosses remplis de femmes, d'enfants ; un grand nombre de chariots pour les blessés, les bagages, etc. ; de charrettes chargées de blés, de provisions insuffisantes, etc. Mais n'ayant que trois chirurgiens plus disposés à se battre qu'à donner des secours, ne pouvant dans sa vie nomade établir des hôpitaux, des ambulances bien entendues ; manquant des objets de pansement, des médicaments nécessaires, cette armée laissait beaucoup à désirer du côté des soins réclamés par les malades et par les blessés.

Tous les soldats portaient la cocarde blanche, mais n'offraient point d'uniforme ; chacun avait conservé le costunie ordinaire du pays ; et le fantassin qui présentait assez d'adresse ou d'audace pour s'emparer d'un cheval, devenait aussitôt cavalier. Les chefs ne se distinguaient que par l'écharpe, le panache blanc : ils portaient un cœur, une fleur de lys brodés, sur la poitrine. Un seul drapeau blanc servait de signe de ralliement pour toute l'armée ; qui, dans ces regrettables conditions, avait besoin d'un héros tel que la Rochejacquelein pour en effectuer le mouvement avec une aussi merveilleuse activité ; pour en prévenir l'entière dissolution au milieu des causes multipliées qui semblaient alors s'unir pour la produire.

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