VOUS EST EXCELLENT, IL RENDRA A JAMAIS ODIEUX LES BRIGANDS
mais il ne faut pas en abuser dans notre intérêt. Signé : B. Oudard. »
Une semblable profession de foi n'a pas besoin de commentaires ; elle retourne trop nécessairement sur ses auteurs et sur leurs dignes agents : l'odieux qu'ils espéraient,, avec tant d'infamies, déverser alors sur les plus nobles enfants de la Vendée.
Nous voyons, d'ailleurs, le général Hédouville prolester, par son dégoût, pour d'aussi lâches mesures; par sa répugnance à mettre en action des agents aussi vils que ceux dont le Directoire et Fouché ne craignaient pas de faire usage. En qualité de major-général de l'armée de Hoche, dont il partageait les idées, il voulut bien s'occuper de la pacification par l'intermédiaire d'agents dévoués ou vendus au gouvernement républicain, mais du moins étrangers aux habitudes, aux mœurs des clubistes sans-culottes ou des élèves du bagne au milieu desquels Fouché, le Directoire, les avaient, alors, exclusivement choisis. Le premier consul éprouvant, sans doute, les mêmes répugnances, les mêmes dégoûts et les mêmes besoins, jeta naturellement les yeux sur l'abbé Bernier, qu'on lui signala comme le seul agent essentiel qui pût ici parfaitement lui convenir.
A son élévation au pouvoir, après les horreurs si brutales d'une sanglante révolution , Bonaparte, avec son génie militaire, sa puissance d'organisation et de gouvernement, parut, comme on l'a dit avec raison : un autre Washington, aux républicains; un nouveau Monck, aux royalistes. Il comprit ces deux illusions en politique habile ; et sut les prolonger, autant que possible, comme les deux principaux moyens d'arriver à la réalisation de ses ambitieux projets. Aussi, l'un des premiers actes de son autorité suprême fut-il d'abroger la loi des suspects, celles des otages, de l'emprunt forcé, etc., que le Comité de salut public et le Directoire avaient si durement fait peser, avant lui, sur la France en général ; sur la Vendée, sur le Maine, en particulier.
L'abbé Bernier, dans sa retraite calculée, dans le secret d'un asile impénétrable, avait, de son côté, parfaitement compris que le moment d'agir était arrivé pour lui ; qu'il était appelé à jouer un rôle très-important ; mais que ce rôle était bien difficile, peut-être même périlleux; s'il ne parvenait pas, dans les négociations qu'on allait ouvrir, à flatter, à tromper même les deux partis; à se faire accepter de l'un et de l'autre comme l'intermédiaire obligé qui seul pouvait les rapprocher d'abord ; enfin, les unir. Une pareille mission convenait à son caractère ambitieux, remuant : il en avait improvisé, médité l'intrigue; il ne recula pas devant l'exécution ; mais ne s'engagea sérieusement qu'avec la prudence et le discernement particuliers aux astucieux esprits de cette trempe essentiellement diplomatique. Du reste, il se dessine tellement bien lui-même par sa lettre du 3 décembre 1799, écrite à Martin Duboys, son agent secret à Paris, qu'il nous affranchit de toute responsabilité dans l'appréciation que nous venons d'effectuer de sa manière d'agir pour tout ce qui concerne les négociations essentielles de la grande pacification vendéenne.
« Faites entendre, sous main , écrit l'abbé Bernier, du fond de sa mystérieuse retraite, que je puis beaucoup dans le revirement qui se prépare. Je suis disposé à seconder les vues du nouveau gouvernement : parlez et faites parler, afin que mon nom retentisse. Les difficultés ne sont pas aussi insurmontables qu'on semble le croire. J'ai la confiance des paysans que je n'ai pas compromis dans cette dernière tentative; celle des chefs ne me fera pas défaut. Qu'on me fasse des propositions ; qu'on vienne à moi; car vous sentez bien : que je veux avoir la main forcée : c'est même dans l'intérêt du gouvernenement. Agissez-donc comme si nous étions totalement inconnus l'un à l'autre. Une fois entré en pourparlers, vous verrez de quelle manière je conduirai la barque. »
Les instructions si tristement diplomatiques du curé de Saint-Laud furent tellement bien suivies, que Bonaparte, ayant sans cesse à l'oreille le nom, l'importance, le caractère ambitieux et servile de l'abbé Bernier, comprit la nécessité d'en
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faire un vénal mais utile instrument à son usage, dans la solution du grand et difficile problème de la Vendée. L'ordre est en conséquence expédié au général Hédouville de s'aboucher et de s'entendre immédiatement avec cet agent, dont l'absolutisme de Napoléon croyait aussi facilement pouvoir disposer. Mais l'abbé Bernier était un habile intrigant : il connaissait toutes les roueries du métier : il se voyait nécessaire, il se rendit, en conséquence , d'abord introuvable , afin de se faire désirer.
Vainement le commissaire des guerres Barré s'était rendu au château du Lavoir , où le curé de Saint-Laud se tenait caché : toute recherche fut inutile pour le rencontrer. Barré prit enfin le parti de lui écrire cette lettre flatteuse, et dont le succès ne lui paraissait pas douteux : « Monsieur le commissaire général, le premier consul a la plus haute opinion de vos talents. Il charge le général Hédouville de vous manifester le désir qu'il a de les employer dans un poste éminent... Vous connaissez la loyauté du général. Vous ne pouvez élever aucun doute sur ma démarche ; elle tend à vous être utile, et à rétablir, par votre seule influence, une paix durable au sein d'un pays qui, dans le fait, n'a plus de motifs ni de moyens de guerroyer. »
Pour un intrigant vulgaire, cette lettre eût été décisive: Bernier ne marchait pas si vite. Il faisait bon marché de la royauté légitime, dans le fond, ne s'abusant pas sur les projets du premier consul ; mais les intérêts particuliers de son ambition l'attachant essentiellement au retour de la puissance religieuse, il en fit, dans sa réponse, une condition expresse du concours positif qu'on lui demandait : « Gela seul , écrit-il, doit faire tomber les armes de toutes les mains et justifier les intelligences qu'on veut que j'aie avec le nouveau pouvoir. En faveur de la religion , je suis prêt à faire tous les sacrifices. »
Enfin, le curé de Saint-Laud reçoit dans sa retraite le commissaire des guerres Barré qui, très-habile plénipotentiaire d'Hédouville, enlève ainsi la position par ces paroles d'une diplomatie dont il était difticile de ne pas subir l'influence :
« Tout ce que vous demandez est juste et bon, dit le commissaire à l'abbé Bernier. Le premier consul en est si bien convaincu, qu'il désire s'entendre directement avec vous, et vous avoir auprès de lui, comme un des plus indispensables coopérateurs de l'œuvre immense qu'il a entreprise. »
L'astucieux curé venait de recevoir le dernier coup à sa fausse résistance : passait des intérêts de la Vendée, qui n'offraient plus rien pour son ambition, à ceux de Bonaparte, qui pouvait la satisfaire, en lui donnant des places, des dignités en échange d'un titre que l'homme de cœur ne doit jamais aliéner.
Les conférences de Pouancé, en Anjou, s'ouvrirent, dès lors, le 12 décembre 1799. Les chefs de la rive gauche de la Loire: d'Autichamp, Suzannet, Chatillon, etc., se montrèrent bien disposés pour la paix. Ceux de la rive droite : Bourmont, Frotté, Cadoudal, etc., tout en reconnaissant l'utilité d'une pacification définitive, y mettaient des conditions gouvernementales qui devaient la rendre impossible, ou pour le moins traîner les négociations en longueur. Napoléon, qui n'était pas d'un caractère à supporter patiemment ces entraves, menace d'écraser la Vendée, si, dans huit jours, les propositions du général Hédouville ne sont pas acceptées.
L'abbé Bernier pressé dans le développement de ses moyens diplomatiques , mais trop avancé pour avoir la pensée de reculer, prend sur lui de brusquer les événements, et d'arriver quand même.
A la voix impérieuse de son nouveau maître, le curé de Saint-Laud fait taire celle de sa conscience ; arrache à la faiblesse, à la crédulité du comte d'Artois, en lui persuadant, ce qu'il ne pense nullement lui-même, que le premier consul agit, en toutes choses, pour le rétablissement de l'ancienne dynastie, les pleins pouvoirs de traiter, en sa qualité de commissaire général, au nom des princes, de la paix définitive avec Napoléon.
Muni de ce document frappé de faux dans les motifs qui l'avaient fait obtenir, il divise lesdeux camps royalistes; sépare
ceux de la rive droite de la Loire que nous retrouverons dans les guerres de V Ouest, avec leurs énergiques et courageuses protestations , de ceux de la rive gauche, qu'il réunit seuls à Montfaucon, Maine-et-Loire ; qu'il séduit et trompe au moyen des pleins pouvoirs surpris par un indigne mensonge; qu'il amène enfin à la signature de la paix, mais qu'il ne put entraîner dans la honteuse , dans la déplorable carrière des tristes honneurs que lui-même allait recevoir comme prix de ses coupables manœuvres et de son apostasie politique.
En obtenant cette satisfaction, qu'il désirait beaucoup , Napoléon s'empresse de la justifier pour tout ce qui tenait à la religion. Il avait heureusement bien compris que l'Empire, dont il s'occupait alors de jeter les fondements, ne pouvait en avoir de plus solides; et que, si le véritable chrétien réagissait contre l'injustice et l'oppression, jamais il ne devenait révolutionnaire pour abattre un pouvoir bienveillant et juste. « L'alliance de la religion et de la royauté, comme l'a dit avec beaucoup de sens M. Grétineau-Joly, est trop intime, en effet, pour qu'un peuple soit tout à la fois révolutionnaire et chrétien. »
Il était donc facile, au curé de Saint-Laud, que Bonaparte avait admis à ses conseils, de le maintenir dans une voie qu'il s'était lui-même tracée. « Le premier consul, écrivait Bernier le 15 février 1800, est un homme extraordinaire, qui sent parfaitement que tous les sacrifices faits par les Vendéens ne peuvent être condamnés à la stérilité. Quand je lui raconte la piété, les traits de courage dont plus d'une fois j'ai été le témoin, sa figure s'anime : on croirait qu'il est jaloux de ces soldats qu'il n'a pas commandés. Il m'a dit plus d'une fois : « Je serais fier d'être Vendéen. » Il me demande si c'était seu • lement pour leurs princes que nos paysans affrontaient ainsi tous les dangers? Je lui réponds que les Bourbons avaient bien leur part d'un semblable dévouement, mais que le plus grand nombre des paysans ne combattaient ainsi que parce qu'on avait touché à leur foi et à leurs prêtres. Plus d'une fois déjà il m'a dit : « Je leur rendrai tout cela : ne faut-il pas faire
<( quelque chose pour ceux qui ont tant fait en faveur de la « religion? » J'ai la certitude qu'il le fera : jamais peut-être homme n'a si bien saisi la portée des choses. »
Ainsi, tout se trouvait, en France, parfaitement disposé pour inaugurer une paix dont le rétablissement complet de la religion chrétienne devenait la principale et presque la seule condition sérieuse. A la cour de Rome, ces dispositions, sans être malveillantes, n'étaient cependant pas aussi favorables : il s'agissait ici moins peut-être du rétablissement de la religion en France, que de la réconciliation du Saint-Siège avec la république : réconciliation sans laquelle ce rétablissement n'eut été qu'un nouveau schisme. Bonaparte eut l'intelligence de le comprendre ; le Saint-Père, la sagesse de le prévoir, et la prudence de l'empêcher. En conséquence, de part et d'autre, on ne demanda pas mieux que de s'entendre pour la solution de ce grave problème, et des conférences relatives au concordat s'ouvrirent à Paris. Le cardinal Gonsalvi, le prélat Spina, le Père Gasali, représentèrent la cour de Rome; l'abbé Bernier, Joseph Bonaparte, le conseiller d'État Crété, le consulat français. Ce concordat fut signé le 15 juillet 1801.
L'Angleterre, voyant avec de coupables regrets la paix et le calme se rétablir, non-seulement en Vendée, mais dans toute la France, malgré ses perfides intrigues au point de vue de la politique, saisit, avec empressement, l'occasion de les continuer à celui de la religion. Elle inonda la France, la Vendée surtout, de pamphlets révolutionnaires, pour y faire naître un schisme, déverser la honte et le mépris sur les prêtres les plus estimables, et dont le plus grand nombre avaient suivi, comme l'obéissance ecclésiastique le leur prescrivait, la ligne tracée par le Saint-Père lui-même dans les dispositions du concordat. Avec plusieurs de ces pamphlets, partis de Londres, on s'abaissait jusqu'au plus déplorable mauvais goût des jeux de mots et des allusions contre les évêques dociles à la voix du Souverain Pontife. On y attaquait nominativement MM. de Boisgélin, de Gicé, de Noé, d'Osmond : « Leurs amis disent qu'ils n'ont suivi en cette affaire que l'impulsion de leur conscience ;
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nous voulons bien les en croire. Nous serons fort aises de pouvoir informer incessamment nos lecteurs de leur début à Frascati ou à V Institut national. » Cet indécent factum est terminé par ces inqualifiables quolibets : M. Otto, ministre de leur nouveau souverain, a reçu avec obligeance ces importantes recrues, et leur a fait espérer qu'ils recevraient, dans la nuit du 5 au 6 octobre, l'acceptation de leur soumission; et que, dans la décade suivante , son gouvernement religieux enverrait sur les côtes d'Angleterre : le brigantin, le Déserteur ; et le lougre, l'Ingrat, pour les ramener en France, eux et les prêtres qu'ils pourront racoler. »
On a prétendu que de hauts personnages politiques, essentiellement intéressés dans la question gouvernementale, avaient pris part à la publication de ces tristes réclames; nous aimons à croire que l'Angleterre n'a pas eu le pouvoir de les abaisser jusqu'à cet indigne concours; leur dignité, la conduite qu'ils avaient été forcés de tenir à Quiberon, à l'Ile-Dieu, leur imposaient en effet cette noble réserve ; puisque, dans l'hypothèse contraire, on pourrait opposer les réflexions suivantes à cette mauvaise et bien regrettable action : « En Ecosse, dit M. Crétineau-Joly, le prince Charles-Edouard voit, à la journée de Culloden, s'évanouir son rêve suprême de restauration ; et, cependant, il combat, il souffre comme le plus humble de ses highlanders. Un demi-siècle après, les Stuarts trouvent à peine un dernier jacobite pour conduire, à Rome, le deuil de leur dynastie. Il en sera toujours de même, lorsque les rois, bannis de leurs Étals, ne chercheront plus à y faire vivre leur souvenir. Ils s'abandonnent eux-mêmes, ils désertent leurs droits : pourquoi le peuple se sacrifierai t-il vainement, et se condamnerait-il à une fidélité dont ils ne songent pas même à lui savoir gré?... » Le premier de ces reproches ne s'est malheureusement déjà que trop justifié; nous verrons le second se confirmer encore , même dans les temps plus prospères de la monarchie légitime.
Le schisme consécutif à la ratification pontificale du concordat, excité par les intrigues dont nous venons de parler, offrit
d'abord des caractères assez alarmants. Trente-huit évoques de France avaient déjà protesté contre ce traité nécessaire qui rétablissait, entre les autorités : politique et religieuse, la bonne iutelligence, si désirable après tous ces terribles bouleversements, que la plus légère cause pouvait reproduire plus sanglants et plus désastreux encore. Mais bientôt, après de sages réflexions, trente-six de ces prélats firent leur soumission à l'autorité souveraine de Pie VIT. Deux seulement résistèrent aux affectueuses et dignes prières, aux sollicitations du Saint- Père : Thémines, évêque de Blois, et de Goucy, évêque de La Rochelle. De leur triste et funeste opposition résulta le schisme dit de la petite Église, méconnaissant la suprématie papale ; et, de son autorité privée , conférant les pouvoirs du chef de la grande Église aux deux évoques récalcitrants dont elle prétendit, en conséquence, désormais exclusivement relever, au spirituel. Comme toutes les sectes persécutées, elle prit d'abord une certaine extension ; mais aussitôt qu'on cessa de s'en occuper, elle s'éteignit à peu près d'elle-même : c'était par là qu'il fallait commencer ; et c'est ainsi qu'il faudrait agir toujours dans les occasions semblables.
L'abbé Bernier, pour prix de son obséquieux et servile dévouement, avait obtenu l'évêché d'Orléans; il s'était même flatté, d'après quelques vagues promesses, de l'ambitieux espoir de se parer du chapeau de cardinal. Mais Napoléon, qui ne s'abusait pas ordinairement sur le caractère et la valeur intrinsèque des hommes qu'il employait comme instruments de ses volontés, ne jugea pas convenable de tarifer à cet excès de libéralité le prix des services de l'ancien curé de Saint-Laud ; et ne le comprit pas dans les promotions faites en 1803. Pour un ambitieux tel que l'abbé Bernier, ce délaissement devenait mortel. En effet , à partir de cette cruelle déception , il ne fit plus que languir, et succomba le 1er octobre 1806, à l'âge de quarante-deux ans, après un entretien pénible avec Napoléon, aux ravages d'une fièvre violente, et sous le pords des tristes réflexions qu'il dut faire à l'occasion de la manière dont les puissants du siècle reconnaissent les services qui leur sont
rendus par les courtisans oublieux de leur conscience et de leurs véritables devoirs. Sentant sa fin prochaine, il invoqua les secours de la pénitence finale par les démonstrations d'un repentir qu'il faut croire sincère ; brûla soigneusement tous ses papiers : ce qui permet de supposer l'importance des documents qu'ils auraient pu fournir.
Voilà donc, en définitive, quels furent les résultats de cette grande et noble réaction de la Vendée : au point de vue religieux, le rétablissement du culte et du respect mérité par ses ministres : résultat immense, et surtout bien étonnant, au milieu même de cette puissance républicaine qui s'était prise à briser l'un, à massacrer les autres. Au point de vue politique, une pacification demandée par cette puissance arrivée cependant au dernier degré de son élévation ; conclue dans les ternies les plus honorables, avec des avantages et des privilèges particuliers pour le pays qui s'était montré le plus hostile aux iniques prétentions révolutionnaires : effet également utile, sans doute, s'il n'avait pas été conquis par tant de larmes, de sang et de souffrances !...
Lorsque les passions politiques et religieuses auront fait place à la raison, à la sagesse, à la vérité ; lorsque les esprits et les cœurs ne voudront plus s'inspirer que de la philosophie, de la morale divines, on ne donnera plus, sans doute, par une étymologie déjà passablement forcée, le nom de mala gens au pays des Mauges, à la Vendée ; celui de brigands à ses courageux et nobles défenseurs : alors, en effet, ces qualifications injustes retourneront à leur déplorable source : la réunion des Sans-Culottes de 1793 sera véritablement la mala gens; et les égorgeurs de cette affreuse époque, les brigands trop dignes de ce titre ! . . .
§ II. Guerres de l'Ouest.
Nous allons étudier, sous ce titre, les réactions particulières à la Bretagne, au Maine, à la Normandie, également sous l'in-
fluence d'une défense légitime autorisée par les terribles excès de la révolution de 1793. Ces réactions ont offert quelques points de contact avec celles de la Vendée, mais elles n'en sont ni le principe, ni surtout la conséquence, ainsi que Font avancé quelques historiens, par un défaut d'appréciation , dont les conséquences pourraient avoir le sérieux inconvénient de fausser l'intelligence de ces graves sujets.
La réaction des provinces de l'Ouest précéda celle de la Vendée, pour le moins de huit mois. En effet, elle éclata, comme nous le verrons, à Fouesnant en Bretagne, le 10 juillet 1792, tandis que l'autre ne se manifesta, comme nous l'avons dit, que le 12 mars 1793, à Saint-Florent, en Anjou.
Ces deux réactions diffèrent encore, essentiellement, dans presque tous leurs caractères principaux; ainsi : la réaction vendéenne est déterminée par une atteinte sérieuse portée à l'honneur des jeunes réquisitionnâmes; elle s'effectue par le soulèvement des hommes du peuple qui demandent, qui exigent des chefs ; ceux de la grande armée surtout sont admirables de dévouement et d'abnégation : c'est de la courtoisie chevaleresque dans ses plus nobles applications. Cette réaction se montre au grand jour, elle soutient et livre, avec science et gloire, des sièges, des batailles rangées. L'armée dont elle dispose est d'abord considérable : elle offre sa formidable artillerie, son matériel énorme, son encombrement périlleux de femmes, d'enfants, de vieillards, de traîneurs, etc., qu'elle promène à travers des populations étrangères; dans un pays qui n'est plus le sien; avec toutes les conditions d'un grand, d'un inévitable désastre. Enfin, môme après les tristes conséquences de ce dernier, elle traite avec le Consulat, de puissance à puissance; obtient une sérieuse, une très-honorable pacification.
La réaction bretonne, au contraire, est, comme nous allons le voir, précédée par des attaques bien différentes : aux droits ecclésiastiques, féodaux, monarchiques même, auxquels on reproche, dans leur exercice, un assez grand nombre d'abus; que les Armoricains, avec leur trempe rustique, leur caractère inflexible, attaquent, par les remontrances de leur parlement, II 22
des émeutes populaires, en prenant ainsi leur part très-aetive de la révolution de 1789, mais reculant devant celle de 1793. Ensuite, après un temps d'arrêt, attaquant, à sa manière, les prétentions et les actes du gouvernement républicain de cette dernière époque. Cette réaction bretonne est occasionnée par les énormes contributions dont un pouvoir arbitraire prétend écraser le pays; elle s'opère sur des plans médités à l'avance par des chefs qui la déterminent en soulevant, en organisant leurs soldats ; elle offre tous les caractères d'une guerre de partisans qui, le plus souvent, agissent dans l'ombre, par surprise; avec des forces qui se divisent presque toujours par détachements, sans unité de commandement, et sans action d'ensemble; disparaissent même quelquefois, soit en se cachant dans les souterrains, au milieu des forêts ; soit en se dissociant pour échapper aux poursuites, à la supériorité du nombre, mais avec un signal au moyen duquel s'effectue subitement la réorganisation. Ne s'embarrassantpoinld'un matériel onéreux, de sujets impropres aux combats; dès lors toujours préparées avantageusement pour une marche forcée, un coup de main audacieux, mais aussi ne sortant pas du pays, et conservant tous les avantages d'une aussi bonne précaution. Enfin, cette même réaction, après des trêves, des suspensions d'armes, souvent éludées ou violées des deux côtés, se termine par lassitude et par défaut d'éléments pour la soutenir.
Les deux réactions : Bretonne et Vendéenne, offrent un fond, un but commun, V antipathie de la révolution de 1793, le rétablissement du trône et de l'autel , mais avec les différences nécessairement apportées dans la nature, l'application de leurs moyens par les conditions du pays et le caractère de ses habitants. Confondre ces deux réactions, ou même les regarder comme ayant des rapports essentiels de cause à effet, serait donc une faute grave, surtout au sérieux point de vue de la morale et de la philosophie de l'histoire.
Aiin de retracer les guerres de l'Ouest avec la précision qu'elles exigent dans leur exposition, et l'intérêt qu'elles méritent par leur importance, nous en diviserons ainsi l'ensemble :
1° Etat politique, religieux, moral et philosophique de la province du Maine, de 1789 à 1800; 2° causes déterminantes, origine, développements des guerres de V Ouest; 3° Phases de la Chouannerie ; ses résultats. Nous donnerons naturellement plus d'extension au développement des faits spécialement relatifs à cette partie de notre Histoire.
1° État politique, religieux, moral et philosophique de la province du maine de 1789 a 1800.
Pour bien apprécier les réactions politiques et religieuses des provinces de l'Ouest, les guerres qu'elles occasionnèrent et dont le Maine offrit le principal théâtre, nous devons préciser les conditions où se trouvait alors notre province à ce double point de vue. Nous le ferons d'après les documents les plus positifs que nous possédons en grand nombre, mais dont nous n'userons qu'avec une extrême discrétion, et seulement dans la mesure des exigences nécessaire à la vérité de l'histoire.
Ceux qui voudraient, ou vérifier nos citations, ou connaître les documents que, par un sentiment dont appréciera la discrétion, la réserve, nous n'avons pas trouvé convenable de faire entrer dans notre histoire locale, dont ils font cependant partie, les trouveront à la bibliothèque municipale du Mans, parfaitement classés par son laborieux et savant conservateur, M. Anjubault, qui nous autorise à cette utile communication. Comme toutes les provinces de France, le Maine offrit parmi les républicains des hommes sages, consciencieux, honnêtes, mais hallucinés par les prestiges d'une révolution dont ils n'avaient pas prévu les sanglantes extrémités. Aussi les verrons-nous se retirer des affaires publiques sous le régime de la Terreur, pour n'y reparaître qu'après l'épouvantable règne du Comité de salut public; et dès lors si leurs noms se trouvent cités comme garantie de l'authenticité des documents officiels qu'ils auront signés, ce ne sera plus assurément avec
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le caractère et surtout l'intention d'une accusation sérieuse que nous serions le premier à condamner.
Dans la province du Maine, comme dans toute la France, les illusions de 1789 ne tardèrent pas à se dissiper : des craintes sérieuses, des misères, des perturbations graves, même entre les adeptes révolutionnaires, vinrent, dès la première année de \à république, prendre la place de cette fraternité, de cette égalité, de cette liberté, jurées par ses plus chers enfants!...
« L'état de la France devient de jour à autre plus alarmant. Nous vivons dans le sein d'une paix apparente et nous faisons tous les frais de la guerre. Des entraves sans nombre arrêtent la marche du gouvernement; et, au milieu des cris du patriotisme et de la raison, on entend partout la voix de Végoïsme et de l'intérêt personnel. Tous les citoyens votent pour la liberté, mais en avançant tous en sens contraire. Us font, sans y penser ce qui est en leur pouvoir pour perpétuer le trouble et V anarchie. Les meilleurs citoyens ne sont pas aujourd'hui les plus éclairés ; et, malheureusement, c'est dans leurs mains que flottent depuis six mois les rênes du pouvoir. En prononçant sans cesse les mots sacrés de liberté, de patriotisme et de philosophie, ils agissent souvent comme s'ils ne les avaient jamais connus. » Affiches du Mans, 5 mars 1792.
Des réflexions aussi judicieuses, dans la bouche d'honnêtes républicains , n'ont assurément pas besoin de commentaires. Seulement nous n'aurions jamais espéré de semblables aveux de leur part.
Un autre document nous prouve, d'une manière bien plus énergique assurément, combien on trouvait déjà, même dans notre province, d'animosités entre ces excellents patriotes, qui, sur leur grand théâtre, finirent par se dévorer les uns les autres!...
« Les administrateurs du conseil général de la Sarthe à leurs concitoyens, le 30 novembre 1792 : Citoyens, nos frères versent leur sang pour la patrie; et nous, nous nous disputons jusqu'aux moyens de notre subsistance! Qu'est donc devenue cette fraternité républicaine, qui, d'une grande nation, ne devait former
qu'une seule et même famille ? Concitoyens, vos administrateurs veulent vous l'apprendre : ils sont les organes de la loi; la loi seule peut faire votre bonheur : cessez de l'enfreindre; et bientôt la paix succédera au tumulte; l'abondance, à la famine; et si des sentiments d'indignation vous agitent encore, loin de la tourner contre vous-mêmes, vous en ferez retomber les fureurs sur les tyrans qui veulent vous rendre vos chaînes, etc. » Signé : Cornillau, président; Potier, secrétaire général.
Il ne manquait ici que l'autorité de l'exemple, mais le conseil était bon dans une grande partie de ses formules. On trouvera, par la citation suivante, une preuve de cette panique enfantant des armées souvent imaginaires, et voulant inspirer, à notre brave jeunesse, des sentiments belliqueux dont on ne se montrait pas toujours, soi-même, bien empressé de réaliser les transports.
« 9 septembre 1792 , l'an IV de la liberté , et le Ier de V égalité. Les membres du Conseil général du département à leurs concitoyens : Liberté, Égalité, ou la Mort!... Voilà notre partage. L ennemi s'avance pour nous charger de nouvelles chaînes : il n'est plus à nos portes, il ravage nos propriétés; et nos frères sont déjà les malheureuses victimes de sa rage effrénée. Apprenez à ces satellites du despotisme et de la tyrannie que le sentiment de la liberté ne peut s'éteindre qu'avec la vie. Volez au secours de vos frères succombant sous le fer de ces nouveaux bourreaux. Entendez leurs dernières paroles : Nous périssons pour conserver votre liberté ! nous sommes satisfaits, etc. Signé : Bonvoust l'aîné, président; Goupil, secrétaire. » Il s'agissait ici, par de chaleureuses déclamations, d'exciter les passions vindicatives de la jeunesse en la provoquant à la guerre civile.
Pour faire diversion, sans doute, à ces graves et sinistres proclamations de nos autorités locales, un Génoman facétieux raconte, à sa manière, une de ces belliqueuses expéditions dont il faisait partie, et prouve mieux qu'on ne le ferait sérieusement tout le ridicule et toute la vanité de ces terreurs pusillanimes.
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« Le Mans, 6 mars 1792. M. le rédacteur des Affiches du Mans, vos lecteurs seront peut-être curieux de connaître les détails de la dernière expédition de la garde nationale du Mans; témoin oculaire de ce qui s'est passé, je vais en présenter l'historique .
« L'armée, composée d'environ 400 hommes, se mit en mar • che samedi sur les neuf heures et demie du matin. L'objet positif de ces forces militaires était inconnu ; mais en soldats persuadés que la subordination et la confiance dans les chefs sont essentielles pour le succès, nous partîmes sans balancer. Une pluie assez forte nous avait arrosé les épaules sur la place des Jacobins... Mais nous arrivâmes à Savigné,à midi, presque sans une goutte d'eau.
« La halte fut ordonnée ; l'armée fut rangée sur deux lignes; le procureur de la commune, accompagné d'un officier municipal, et décoré des marques constitutionnelles, se rendit au centre et dit : Messieurs, l'hospitalité est le plus saint des devoirs ; mais c'est une fête lorsqu'il s'agit de recevoir des frères, des amis !... Après cet impromptu, que je savourai beaucoup, nous fûmes distribués dans les auberges pour dîner.
« A une heure, les tambours battent le départ; l'armée s'assemble, s'achemine et parvient vis-à-vis Beaufay ; elle s'arrête par ordre du général et fait face à Beaufay. C'est ici que commence la chaîne de nos pénibles travaux!... On nous dit que Beaufay, Courcemont et les environs étaient le théâtre des attroupements qui s'étaient permis d'arrêter les grains ; que c'étaient les lieux où nous allions.
« Je demandai alors à mon voisin, loti d'une jolie femme, si le cœur ne lui battait point, et s'il ne regrettait pas d'avoir quitté sa jeune épouse ? « Mon cœur, me dit-il, bat la victoire!... Quant à mon épouse, elle ne sera pas fâchée de cette campagne : car je sais que les femmes aiment à revoir leurs maris dans un état victorieux /... »
« Le signal est donné, nous nous lançons à travers mares et bouillons et gagnons Beaufay. Quelle est notre surprise! partout nous ne voyons que des visages pacifiques L„ Nous
passons outre pour nous rendre à Courcemont, véritable lieu de l'arrestation des blés : des chemins dont il est difficile de se faire une idée ne peuvent dompter notre ardeur ! Nous nous trouvons à Courcemont avant la nuit; là, le général, tout bien considéré, remet V action au lendemain. En conséquence on nous envoie camper, partie au ci-devant château de la Davière, partie au Chesnay. » Ici l'historien raconte plusieurs gaillardises assez inconvenantes, que nous laissons dans l'ombre. « Il était 7 heures et les vivres n'étaient pas venus ; 8, 9, 10 heures se passent,point de vivres encore. Un grand nombre, en attendant, va chercher Morphée dans le foin; d'autres, plus heureux, sur la plume... Toute la nuit, je ne rêvai que batailles!... Les tambours battent: nous marchons sur Courcemont ; dans un clin-d'œil la conquête projetée est faite. Les blés arrêtés sont chargés et conduits au Mans, sans autre difficulté que celle des chemins, que la pluie de la nuit avait rendus plus affreux. » Affiches du Mans, 12 mars 1792.
Combien, depuis ce temps, jusqu'en 1848 inclusivement, n'avons-nous pas vu de ces excursions belliqueuses, patriotiques, dont les héros, moins bien repus et moins heureux dans leurs captures si faciles, rentraient au chef-lieu dépourvus de souliers, les pieds déchirés, les vêtements en lambeaux; sans avoir eu d'autres ennemis à combattre que les cailloux de la route et les ronces des fossés! Mais c'est bien assez d'une citation dans ce genre.
Dès le mois d'avril 1792, l'horizon politique se rembrunissait encore davantage dans le Maine ; et les honnêtes républicains se voyaient déjà cruellement dépassés. L'un deux écrivait, le 2, au rédacteur des Affiches du Maine : « Notre position est vraiment critique; dans tous les points de l'empire, les symptômes de V anarchie se manifestent d'une manière plus ou moins effrayante ; et pour parler de faits récents et passés sous nos yeux, cette ville a été dernièrement le théâtre de divers attroupements populaires, dont le résultat a été la destruction des trois sociétés littéraires ! Ces désordres tiennent au relâchement ou plutôt à la nullité de la foret1 publique. »
;5 \ i RÉACTIONS POLITIQUES
Mais qui peut arrêter la marche de l'ouragan révolution*
naire? Malheur à ceux qui le déchaînent : il entraîne tout dans sa marche, même les hommes de sens et que leur caractère devrait au moins jeter à l'écart!
« Au rédacteur des Affiches du Maine, 18 juin 1792. Monsieur, l'Assemblée nationale, interprète du vœu de tous les Français, a déclaré la guerre aux tyrans qui ont conçu le chimérique espoir de nous asservir. L'étendard de Bellone flotte sur nos frontières et rassemble autour de lui une portion nombreuse de nos concitoyens armés pour défendre notre liberté naissante. Tandis que ces généreux soldats donnent leur sang à la patrie, nous devons lui offrir notre or pour leur fournir du pain et des armes. Pénétrée de ces sentiments, la société des Amis de la Constitution, et plusieurs autres bons citoyens du Mans, ont déposé le 13 mai dernier, sur l'autel de la Patrie, une somme de 2,139 liv. 10 sols en numéraire. Voulez-vous bien, Monsieur, suppléer au silence des papiers publics en insérant ma lettre dans vos feuilles, pour apprendre, à nos frères de ce département, que notre ville renferme dans son sein un trèsgrand nombre de citoyens déterminés à faire tous les sacrifices pour le succès de la plus juste des causes et le triomphe d'une Constitution qu'ils ont tous juré de défendre jusqu'au dernier soupir? Signé : Ledru, curé du Pré, membre de la Société des Amis de la Constitution. »
Le Mans n'était pas la seule ville du Maine à faire des adresses chaleureuses à la Convention ; entre plusieurs preuves, nous citerons la suivante. Affiches du Mans, 5 novembre 1792.
« Adresse des citoyens de Château-du-Loir à la Convention nationale. Législateurs républicains , Rome n'est plus dans Borne, elle est toute où vous êtes !... Vous avez aboli la royauté. Cette grande mesure, cettemesure indispensable, était digne de vous, digne du peuple français qui la sanctionne avec transport. Ce sublime décret remplit d'allégresse tous les cœurs des hommes libres : les cendres des Brutus en tressaillent de joie dans leurs tombeaux ! Législateurs, continuez à bien faire ;
vous avez proscrit la royauté, proscrivez l'anarchie, laites respecter votre pouvoir souverain ; confondez les projets des Appius, des Octave et des Sylla. Nous ne voulons d'autre maître que les lois et la République. Nous jurons d'y être fidèles, et, s'il le faut, de périr en les défendant. Signé : Goussault, président ; Pichon et Lepetit, secrétaires ; Benoist-Lamothe, secrétaire-rédacteur. »
Ce fut le 22 janvier 1793 que l'autorité mit en adjudication, au Mans, la fourniture des armesdestinées au bataillon âepiquiers, organisé par le ministère d'après un plan dont les considérants sont tellement étranges que nous en citerons un passage pour donner à nos lecteurs le désir de connaître, en entier , cet admirable document :
« La pique est l'arme la plus redoutable qu'on connaisse quand elle est confiée à une troupe courageuse, et dont la valeur est guidée par une sagesse intrépide !... C'était aussi l'arme des Grecs et des Macédoniens !... Ne nous laissons, en effet, abuser ni par les mots ni par les coutumes : Qu'est-ce quun fusil? une fronde perfectionnée!... Qu'est-ce qu'une pique? une lance perfectionnée, etc. Signé : J. Servan, ministre de la guerre.»
La grande catastrophe approche, les plus sinistres adresses la font douloureusement pressentir dans notre ville, dans notre province. On en jugera parla lettre suivante « du départemental la Sarthe à ses concitoyens. Arrêté en Conseil général le 9 janvier 1793 : « Citoyens frères et amis, la dernière heure des despotes agonisants est sonnée. Les braves qui ont porté le premier coup à leur puissance demandent à l'anéantir : quand les rois conspirent l'asservissement des peuples, la France écrase les rois !... et brise les fers des nations... Oui, frères et amis, en vain l'Europe entière tramerait notre ruine: la République sera toujours plus forte que l'Europe. Signé : Cornillau, président ; Hamard, secrétaire. »
A quelques jours de là, le 24 janvier 1793, la môme administration complétait son enseignement avec un effrayant laconisme : « A la Convention. Citoyens, les Spartiates par-
laient peu, mais ils agissaient. Nous prouverons, comme eux, notre républicanisme par des actions et non par des paroles : obéissance à la loi, respect aux législateurs, bras levés pour la défense de la Patrie. Parlez, et, dans V instant tous les factieux seront exterminés , ou nous périrons !... Signé: Cornillau, président; Hamard, secrétaire. »
Il ne suffisait pas à la Convention d'avoir aboli tous les privilèges, la noblesse, la royauté même, il lui fallait encore la satisfaction d'exciter le pauvre contre le riche, afin de moissonner ensuite plus à son aise. Dans notre pays, ce fut Garnier de Saintes qui se chargea d'un tel soin à l'occasion de l'établissement du maximum, le 18 frimaire an II : « Citoyens, dit-il aux administrateurs de la Sarthe, le peuple, fatigué par Voppression des riches, a fait entendre ses plaintes à la Convention nationale. Elle a vu que le malheur des pauvres n'était que le fruit de la froide spéculation des riches; et, avec une loi bienfaisante, elle a fixé le maximum de toutes les denrées, etc. »
Parmi les nombreuses fêtes patriotiques du Mans, nous devons citer d'abord celle du 10 août 1793, assurément bien remarquable par le fond, par la forme, et même par le style de la relation qui s'en trouve dans le numéro du 19 août 1793 des Affiches du Mans.
« L'intrigue déjouée, la malveillance confondue, le patriotisme triomphant , la république assurée sur des rases inébranlables, tel est le résultat heureux d'une fête dont les factieux semblaient nous menacer, comme devant entraîner après elle les troubles auxquels aspire leur scélératesse.
« Le 10 août, jour à jamais mémorable, a vu célébrer la fête de l'unité ! et de V indivisibilité de la république, avec cette pompe et cette solennité simple et touchante qui caractérisent un peuple libre et républicain. A huit heures du matin, les gardes nationales du district du Mans s'étaient rangées en bataille sur la place des Halles. A dix heures, un détachement de cent hommes se rendit au lieu des séances du département, pour accompagner la société populaire et les autorités consti-
tuées, qui se rendirent sur la place. Une salve de cinq coups de canon annonça leur arrivée. Tous se rangèrent autour d'une fontaine ; ses eaux étaient pures : elles coulèrent dans la coupe de l'égalité !... Le président du département la prit, fit une libation, arrosa le sol de la liberté! et but le premier, puis la remit au plus ancien des commissaires des dix cantons du district; celui-ci la fit passer : tous en burent en signe de fraternité !
« Après que tous les commissaires eurent bu et se furent donné le baiser fraternel, on se rendit dans la prairie désignée pour la fête ; on entoura l'autel de la Patrie, appuyé sur quatre jeunes peupliers!... Trois coups de canon se font entendre : on écoute, on se recueille, on garde un profond silence !... Le président reçoit des mains d'un enfant les droits de l'homme, etc., en fait la lecture. Un coup de canon annonce le repos-, » on fraternise. Un coup de canon rappelle chacun à son poste. On fait un feu de joie « des parchemins, armoiries, habits, bannières de la féodalité ; chacune des autorités constituées s'empresse de l'allumer. » Au dernier coup de canon , chacun rentre chez soi rempli d'allégresse. « Ainsi s'est terminée une fête touchante par sa simplicité; embellie par un jour serein !... Il serait peut-être utile d'ajouter, comme enseignement, qu'indépendamment de sa naïveté remarquable, elle offrait encore, et surtout, le mérite assez rare du bon marché!...
Au milieu de ces apparences de candeur et ^innocence, de ces inqualifiables démonstrations , la violence révolutionnaire avait son cours ; et Thirion, ce digne représentant du Comité de salut public, arrivé au Mans vers la fin de septembre 1793, offrait toutes les qualités nécessaires pour activer les persécutions et les désastres.
« Français, disait-il aux Sarthois, le 23 de ce mois, arrêtez successivement, dans tous les lieux où la sédition s'est manifestée, tous ceux qui paraîtront en avoir été les auteurs et les instigateurs; faites-les conduire au Mans provisoirement. Faites-en de même à l'égard des femmes et des enfants de ceux (pli se trouveraient absents de leurs foyers et que vous présu-
merez être dans les attroupements en rébellion. Ce sera autant d'otages qui nous répondront de leur conduite... Dans le cas de résistance de leur part, nous prendrons des mesures pour que les rebelles ne les revoient jamais!... Si ces derniers se cachent dans les bois, et que vous croyiez utile d'y porter l'incendie pour les en déloger, je vous y autorise , et vous requiers même très-expressément de le faire!... etc. »
Les déclamations incendiaires, les menaces terribles vont croissant et ne laissent rien à désirer dans ce document officiel, signé Richard, adressé aux habitants de Précigné, Auvers, Avessé, Chevillé, Mareil-en-Champagne, Brûlon, etc., Affiches du Mans, 23 septembre 1793. « Citoyens, nous vous comptions au nombre des républicains français ; en cette qualité, nous vous avions appelés pour combattre, avec nous, les royalistes de la Vendée : nous nous sommes trompés : vous partagez leurs principes criminels', vous suivez leur exemple; eh bien ! vous éprouverez leur sort! Sachez qu'en ce moment deux cent mille hommes entourent la Vendée, y portent la flamme et le fer ; que les villes et les villages ne sont plus que des monceaux de cendres!... etc. »
Le décadi, 20 brumaire, an II de la république, 2 novembre 1793 , encore une fête révolutionnaire , mais cette fois, véritable parodie burlesque des solennités du paganisme, où plusieurs de nos concitoyennes , plus que légèrement vêtues, figurent pour V édification des fervents patriotes, exclusivement! Les grands-prêtres de cette pompeuse exhibition étaient les dignes représentants du peuple : Garnier de Saintes etThirion ; l'ordonnateur de la fête, le citoyen Pottier, maire, etc. Comme on le voit, rien n'y manquait.
Ce grand citoyen annonce •: « Que le vieil édifice de Terreur allait être renversé; qu'au lieu de fêtes superstitieuses, on allait célébrer une fête digne de l'homme rendu à la raison, à la liberté. » « Rassemblé autour de l'arbre consacré à cette nouvelle divinité de la France, transporté d'un saint enthousiasme, le peuple lui adresse ses vœux et ses hommages; l'hymne sacré des Marseillais est chanté, et les cris mille fois
répétés de vivo la liberté, vive la Montagne, font reculer d'épouvante l'hydre du mensonge qui osait encore se montrer. »
On se dirige vers la cathédrale : « ci-devant église métropole, à l'entrée de laquelle était cette inscription : Temple de la vérité !... Au fond du choeur s'élève une montagne, « au sommet de laquelle est une jeune citoyenne représentant la liberté! Elle tient, d'une main, une pique; et, de l'autre, un bonnet rouge! A ses côtés sont assis deux enfants ; l'un tient ouvert le livre sacré des droits de V homme ; l'autre porte de la main droite une massue; et, de la gauche, le flambeau de la raison!... Au bas de la Montagne sont assises deux jeunes citoyennes représentant la vérité et la justice! »
Ces trois jeunes citoyennes étaient, avons-nous dit, Mlles B..., L..., et Mme G... Rempli d'enthousiasme à la vue de si belles choses, Garnier de Saintes, au comble de l'admiration, s'écrie, après avoir fait, du fanatisme, le plus éloquent tableau : « Toi, ô nature, reçois favorablement les prières de tes enfants ; nous ne confierons plus, à des prêtres imposteurs, le soin de te présenter nos hommages : un enfant s"1 est-il jamais servi de V intermédiaire de sa nourrice pour faire des caresses à sa mère ! » Voilà bien le sublime du genre!...
Au milieu de ces belles démonstrations de la liberté, de la raison, de la vérité, les sociétés populaires d'Écommoy, de Ballon, etc., dépouillaient les églises de leurs ornements, de leurs croix, de leurs vases sacrés, pour les déposer généreusement, à titre de dons patriotiques, sur l'autel de la Patrie! a Affiches du Mans, 22e jour de pluviôse, IIe année de la république française, une et indivisible.
L'administration actuelle du district du Mans ne dissimule pas, du reste, la profession de ses principes révolutionnaires. « Les principes triomphent de toutes parts, dit-elle ; partout le républicanisme fait rejaillir son influence; et l'attachement du peuple à la révolution égale sa haine pour le fanatisme. Toutes les autorités constituées de ce district sont à la hauteur de la montagne!... Chacune d'elles se dispute, à l'envi, la gloire de se surpasser en philosophie, comme en patriotisme. »
Nous terminerons rénumération de ces tristes saturnales de notre principale cité, par quelques extraits du procès-verbal officiel « de la fête célébrée dans la commune du Mans en l'honneur de l'Être suprême; Tan II de la république, une et indivisible, » 8 mai 1794.
Ce document précieux nous offrira, sous plusieurs points de vue de la plus haute importance, des enseignements que nous chercherions vainement ailleurs avec la même portée. Nous verrons, en effet, dans les principaux acteurs du drame, non plus ces républicains de 1793, déclamateurs sans logique, sans raison et sans discernement ; compromettant, partout, même les principes qu'ils voulaient défendre; mais des républicains de 1789, alors complètement dépassés dans l'application de leurs croyances politiques, morales, philosophiques; mais n'osant pas s'arrêter dans la voie révolutionnaire en présence du fonctionnement si terrible de la loi des suspects ; confondant alors, avec les dogmes si vrais, si purs du christianisme, la superstition, le fanatisme et les erreurs dont on l'a, malheureusement, plus d'une fois environné; rendant ainsi, par inadvertance, V œuvre divine responsable des sophistications humaines,
C'est donc, et nous éprouvons le besoin de l'affirmer ici positivement, pour honorer ces hommes victimes des préjugés de l'époque, et non pour leur infliger un blâme, que nous transcrirons textuellement une partie de ce document qu'il nous ont laissé.
«Le canon se fait entendre; les tambours roulent; les citoyens se rassemblent; le cortège se forme. Une bannière, portée par un vénérable vétéran, s'avance au milieu d'un détachement de garde nationale et ouvre la marche. D'un côté sont inscrits ces mots : Adore un Dieu, sois juste, et chéris la Patrie; et de l'autre : Hommage rendu à F Être suprême. On marche sur deux files dans le plus bel ordre. Les citoyens à droite, les citoyennes à gauche. Chaque âge se correspond : les enfants paraissent les premiers. Les fonctionnaires publics sont confondus avec leurs frères : un bouquet de fleurs et d'épis, symbole d'une heureuse administration, les distingue
seulement des autres. Chacun porte en main des fleurs ou des branches de verdure. Les femmes, parées d'une manière simple, mais élégante, offrent, aux yeux enchantés, le plus beau spectacle. Une musique harmonieuse, au centre du cortège, flatte de temps en temps les oreilles républicaines, par les airs chéris des hommes libres. De petits bergers , couverts de rubans et de fleurs, la houlette à la main , conduisant de tendres agneaux ; une charrue traînée par deux bœufs; les instruments de l'agriculture portés par de respectables cultivateurs : tous ces objets rappellent, à l'imagination, les charmes de l'âge d'or, et font éprouver au cœur de délicieuses jouissances : l'aimable hilarité de la vertu est peinte sur tous les visages... Prêtres de l'erreur! vantez -nous maintenant la pompe de vos processions et la gaieté de vos chants et de vos litanies. Quel contraste frappant! Peuples, choisissez entre le culte de l'Éternel et celui de la superstition !...
« Cependant, on arrive sur la place des Halles. On se range en cercle autour de l'arbre de la liberté. L'effigie d'un athée menaçant le ciel d'une flèche s'élevait dans V enceinte du cercle. Le citoyen Menard, maire, prononce le discours suivant :
« Citoyens, jamais il ne fut célébré de fête plus auguste que celle qui nous rassemble en ce jour solennel : c'est à l'Être suprême que nous allons adresser nos hommages. Nous ne pouvons concevoir ce qu'il est; mais l'univers est plein de sa puissance, et partout nous voyons éclater sa bonté. Il se manifeste par les merveilles qu'il produit sous nos yeux, et par le sentiment qu'il grave dans nos cœurs. Le culte qu'il exige est la pratique des vertus : le code de ses lois est écrit en caractères ineffaçables dans la conscience de tous les humains disséminés sur la surface de la terre. » Louis Racine et J.-B. Rousseau avaient-ils beaucoup mieux dit, en vers, sur le même sujet?
a La conscience, citoyens, est un sanctuaire que chaque homme porte au-dedans de lui-même et qu'il ne peut profaner : là réside un moteur secret qui le trouble et l'épouvante, lorsqu'il veut commettre une action mauvaise ; et qui, s'il commet cette action, le livre à des remords cuisants. Au contraire,
il ne laisse aucun acte de vertu sans récompense, et toujours il le paie d'un sentiment délectable. Par qui, citoyens, est placé cet agent indicible? D'où vient cet instinct moral, guide incorruptible, qu'on peut bien égarer par de faux raisonnements, mais qu'on ne peut faire consentir à ce qu'il trouve injuste, et qui toujours est indépendant de notre volonté? N'est-ce pas de Dieu qu'il émane? Et cet instinct, lui seul, ne serait-il pas suffisant pour démontrer l'immortalité de l'âme ?...
« La vertu, sous quelque face qu'on la considère, est un sacrifice de soi-même. Pourrait-on se résoudre à se sacrifier par le seul désir de remplir son devoir, quand il s'agirait de le faire secrètement, et sans nul témoin? Mais quel vaste champ est ouvert à la vertu, lorsqu'on imagine un Dieu qui la contemple, un Dieu qui promet d'en être rémunérateur? Alors nul sacrifice n'est coûteux. Alors on se dévoue aussi bien en secret qu'en présence de nombreux témoins ! »
Voilà, jusqu'ici, le langage de l'homme honnête, digne et véritablement consciencieux: Socrate n'eût pas mieux parlé!... Dans ce qui suivra, nous allons, avec regret, entendre le magistrat égaré par une philosophie spécieuse, que du reste il va lui-même condamner avec une sévérité de principes qui lui fait honneur ; le magistrat écrivant sous le coup de la Terreur brutale, car son affreux instituteur n'était pas encore tombé!...
« Voilà, citoyens, la religion du sage; celle que sa raison lui enseigne. Il ne trouve, au-delà, que vaines illusions, que fables grossières, qu'absurdes mensonges, etc.. La raison publique, marchant à pas lents, au milieu des siècles, est enfin parvenue à démasquer, à réprouver ces prêtres menteurs!...
« Mais, à côté d'eux, se sont élevés quelques philosophes qui, prenant un chemin opposé, sont arrivés à l'excès contraire : ceux-ci sont allés jusquà nier la divinité!... Malheureux, quelle est votre affreuse doctrine!... Fuyons, citoyens, la superstition et V athéisme, mais surtout ce dernier encore plus odieux!...
« Bénissons, citoyens, bénissons à jamais l'Être suprême qui nous donne le pouvoir de nous rendre heureux par la vertu, et
qui nous a créés pour la liberté. Périsse l'athéisme, ce monstre destructeur du bonheur public ! »
Tout devait ici finir avec ces graves paroles ; mais comme si la république éprouvait le besoin d'avoir toujours un côté burlesque dans ses plus sérieuses manifestations , le narrateur ajoute :
« Il dit : et aussitôt il met le feu à un dragon qui, avec la rapidité de réclair, parcourt un assez long espace, et foudroie le monstre, avec fracas ! Il tombe dans les flammes où il est consumé aux cris de vive la république, et pendant les chants des vrais adorateurs de l'Être-Suprême!... » Signé : Menard, maire; Ghaplain, secrétaire.
Enfin Robespierre a subi le châtiment de ses crimes; une fermentation assez active se manifeste dans notre ville et môme dans plusieurs autres du département. Un certain nombre de démagogues sont arrêtés, et la sécurité se manifeste au Mans par ces réflexions simples mais significatives : Affiches, ^fructidor an III. « Les assemblées primaires ont eu lieu le 20 de ce mois; dans toutes les sections, la nouvelle Constitution y a été acceptée à l'unanimité. On a procédé de suite à la nomination des électeurs, et l'on voit avec plaisir que le scrutin n'a donné que des citoyens probes dont le patriotisme, soutenu depuis 1789, ne s'est point déshonoré sous le règne de la tyrannie. Cette nomination est un pronostic heureux pour le choix qu'ils feront des membres de la nouvelle législature. Voici leurs noms : les citoyens Menard la Groye, Lodreau, Mortier-Duparc, Varassum, Livré, Goupil, Ysambart, Chenon, de Beaumont, Thoré, Guy, Le Faucheux, Rousseau.
« Après trois ans de troubles et d'anarchie, nous allons donc reposer sous l'égide de la Constitution. A l'arbitraire des volontés individuelles, va succéder la volonté légale de tous. Il est temps que le règne de la justice succède aux horreurs de V anarchie ! »
Le même journal ajoute, le 5 messidor an IV : « La paix règne enfin dans les cantons de notre département. Les chouans viennent tous les jours se rendre avec armes et reconnaître la Il 23
république. Les routes, depuis si Longtemps désertes, sont actuellement remplies de citoyens qui viennent aux marchés et voyagent librement pour leurs affaires. La joie éclate sur tous les visages : ce n'est plus que jeux dans les communes. Il semble que nous soyons dans un nouveau monde. Cette tranquillité est due aux sages mesures qui ont été prises par le général Watrin qui commande dans le département. » Nous prenons acte de cette libre déclaration à l'appui des principes que nous aurons à développer en étudiant les causes principales des guerres de l'Ouest. En effet, tous les dépositaires du pouvoir n'auront pas la sage et prudente circonspection du général Watrin ; et dans les époques suivantes nous verrons encore bien des provocations regrettables à la guerre civile.
Ainsi, le 21 janvier 1799. le président de l'administration centrale du département ne craignait pas de prononcer le discours incendiaire suivant.
« Depuis 15 siècles, la royauté pesait sur la France. Un roi, des prêtres, des nobles, avaient envahi le pouvoir, les honneurs et la substance du peuple. L'ignorance et le fanatisme, la force et la politique avaient rivé les fers de cet esclavage, si cruel qu'un de nos modernes écrivains ne balançait pas à préférer le sort d'un paysan russe ou turc à celui de la majeure partie des Français... « Au 10 août commença la démolition du colosse énorme ; au 21 janvier il est complètement détruit. Dans ce jour à jamais célèbre pour les archives de notre histoire, le dernier roi des Français a expié sur lécha faud ses crimes et ceux de la royauté !
« Insensés, qui regrettez la royauté! mais réfléchissez donc sur les maux innombrables dont elle enveloppa les générations passées. Regardez donc autour de vous et voyez ses lâches attentats se diriger en tous sens sur les peuples qui L'environnent. » Puis accusation de toutes les guerres au dehors; au dedans; des assassinats de Maguin, Bergue, « de l'intéressant Salé, du vertueux Cosnard , de V incorruptible L'Héritier, Rabeau-Trigolet, Martin, Le Monnier, Duvivier, Coutard, Fillon, etc. Je jure haine à la royauté et à l'anarchie; attache-
ment et fidélité à la république, à la Constitution de Fan III. Signé : Besnard, président de l'administration centrale. »
Enfin, le 28 décembre 1799, les consuls eux-mêmes jettent l'insulte aux rois, le défi à leurs défenseurs dans cette proclamation aux habitants des départements de l'Ouest :
« Une guerre impie menace d'embraser une seconde fois les départements de l'Ouest. Le devoir des premiers magistrats de la république est d'en arrêter les progrès et d'en éteindre la cause à son foyer. Mais ils ne veulent déployer la force, qu'après avoir épuisé les voies de la persuasion et de la justice. Les artisans de ces troubles sont les partisans i?ise?isés de deux hommes qui n'ont su honorer ni leur rang par des vertus; ni leur malheur, par des exploits. Méprisés de l'étranger dont ils ont armé la haine, sans avoir su lui inspirer d'intérêt. Ce sont encore des traîtres vendus à l'Anglais, et instruments de ses fureurs, ou des brigands qui ne cherchent, daus les discordes civiles, que l'aliment et l'impunité de leurs forfaits. »
Telles étaient les conditions politiques, religieuses, morales et philosophiques au milieu desquelles allaient, particulièrement dans le Maine, se produire et se développer les guerres de ïOuest. Ces notions, bien établies, nous faciliteront beaucoup l'intelligence de leurs causes, de leurs progrès dans notre pays.
II0 Causes déterminantes, origine, développements des