GUERRES DE L'OUEST
Sous l'assemblée législative, on envoie dans les provinces de l'Ouest, comme dans toutes celles de France, mais avec un luxe particulier d'intimidation, des commissaires, avec le double emploi d'arrêter les prêtres qui refusent le serment, et de percevoir les énormes impôts dont on écrase les campagnes. Dans les paroisses bretonnes, ces terribles agents sont escortés par les gardes nationaux, les soldats et même les canons de la république. Dans plusieurs communes où se trouvent jus-
qu'à vingt prêtres cachés, où des contributions modérées s'ac quittaient librement et sans embarras, ils emploient en vain l'intimidation, la menace, les dégradantes séductions; n'obtiennent, après toutes ces révoltantes manœuvres, ni victimes à sacrifier, ni même d'argent pour garnir leurs caisses.
Mais à Fouesnant, village maritime à trois lieues sud de Quimper , Finistère, s'allume enfin, le 10 juillet 1792, l'étincelle qui devait occasionner l'embrasement des provinces de l'Ouest : premier acte de toutes les réactions politiques et religieuses qui devaient se manifester contre les énormités de la révolution française de 1793.
Alain Nédélec, juge de paix du canton de Fouesnant, a rangé sous ses ordres cent braves des paroisses de Guesmach, Pluven, Clohars, Perguet, armés de fourches, de mauvais fusils, et du terrible pen-bas: il attend de pied-ferme les républicains arrivant le drapeau rouge en tête, avec de l'artillerie, et, comme premier, comme seul moyen de parlementer, faisant une décharge meurtrière. La riposte des paysans bretons est plus meurtrière encore ; ils tombent comme la foudre sur leurs oppresseurs qui sont, en quelques instants, ou tués ou mis en fuite. Le signal de la réaction armée venait d'être donné ; nous le verrons, comme un écho formidable, retentir dans toutes les campagnes de la vaillante Armorique, et dans les autres provinces de l'Ouest, qui viendront partager sa gloire, ses périls et ses calamités. Le courageux Nédélec, poursuivi sans relâche, est pris, condamné par le tribunal révolutionnaire de Quimper, exécuté le premier en Bretagne, sur ce terrible instrument dont le Comité de salut public va bientôt y faire un si désastreux usage. Quelques jours après le combat si décisif de Fouesnant, commençait à s'exécuter, par les soins de l'habile conspirateur La Rouerie, le plus vaste plan d'insurrection que l'on ait imaginé dans les guerres de l'Ouest.
Armand, Tuffin de La Rouerie, — ancien officier des gardes-françaises, était un de ces caractères exceptionnels qui, réunissant, dans leur constitution, les impulsions excentriques d'une nature passionnée, aux profondes réflexions d'un esprit
sérieux, passent, tout à coup, des folles et brillantes illusions de la jeunesse aux sages et solides réalités de l'âge mûr; quelquefois même aux sévérités excessives de l'ascétisme. Après les orages d'une vie sensuelle et désordonnée du grand monde, il va s'enfermer dans un couvent de la Trappe. Au premier bruit des guerres de l'indépendance américaine, il s'enrôle sous le drapeau de La Fayette et veut, sous celui de Washington, concourir à l'accomplissement de cette grande et mémorable entreprise. Quelques années plus tard, instruit à l'école positive de l'expérience, le gentilhomme breton, rentré dans le silence, le calme de son château de la Rouerie, près de Saint-Malo, fait de sages réflexions sur l'excellence des principes religieux, sur les avantages essentiels de la monarchie légitime, et devient, à partir de ce jour, l'un des plus zélés défenseurs de l'une et des autres.
En se chargeant, avec une profonde conviction, de ce rôle tout à la fois difficile et périlleux, il avait parfaitement apprécié l'esprit et le cœur de la Bretagne. Il avait compris que cette courageuse province accepterait, de la révolution, son affranchissement de la dîme, des droits féodaux, seigneuriaux, en un mot de tout ce qui blessait alors si douloureusement les sentiments d'indépendance et de fierté nationale, dont elle avait dans tous les temps fait preuve : mais qu'elle s'arrêterait à cette équitable satisfaction ; qu'elle resterait, comme nous l'avons déjà dit, monarchique et religieuse : et qu'après ce temps d'arrêt, elle prolesterait avec la droiture de son esprit, la vertu de son cœur, l'énergique ténacité de son caractère, contre toute atteinte portée à son roi, à ses prêtres, à sa religion ; que cette protestation deviendrait d'autant plus terrible contre les excès de 1793, qu'elle joindrait, aux puissantes causes de réaction, le dépit outrageant d'avoir été si tristement déçue par les fallacieuses promesses de 1789. Cette notion judicieuse et positive devint, pour le conspirateur breton, un levier puissant avec lequel il prétendit soulever le Morbihan et même toute la Bretagne.
Mais, comme certains agents de son parti, la Rouerie par-
fois crédule et surtout animé du désir de séduire ceux du parti contraire, ne comprit pas aussi bien qu'il est des hommes vicieux ou tarés avec lesquels on ne doit jamais faire alliance ni communauté d'action, même et surtout pour la défense, le soutien du trône et de l'autel. Nous le verrons sévèrement puni de son infraction à ce principe, auquel un honnête homme ne saurait manquer sans compromettre, à la fois, les intérêts de sa cause et la dignité de sa personne.
Les insurgés vulgaires commencent par le soulèvement et finissent par l'organisation : c'est ainsi qu'avaient procédé les paysans de la Vendée. La Rouerie suivit une marche contraire; il jeta les bases d'une vaste réaction seule capable de renverser la République, de reconstituer l'état social au double point de vue de la religion, de la politique; et dont la condition essentielle était la présence des émigrés, et d'un prince à leur tête pour les commander. Mais sentant bien alors qu'il lui devenait indispensable de se concerter avec les représentants de l'ancienne dynastie, il se rendit à Coblentz.
Les émigrés, dont les princes étaient alors entourés, offraient de la courtoisie, de la bravoure; ils en auraient, au besoin, fourni les preuves sur un champ de bataille; mais, pour la plupart, grands seigneurs jusque dans l'exil ; étrangers aux mouvements qui s'opéraient dans les masses, ils se faisaient illusion sur la gravité des événements, sur l'avenir de la France, et cherchaient à s'étourdir par les fêtes et les plaisirs dont ils pouvaient disposer. Ces nobles chevaliers, ayant à leur tête le comte d'Artois, étaient donc peu disposés à comprendre les plans sérieux de La Rouerie ; aussi ne lui fit-on que bien juste l'accueil gracieux et poli qu'on devait au moins à son dévouement, à son zèle.
Voyant qu'il n'était pas compris, il voulut, dans son mécontentement, prouver à toute cette cour, dansant avec tant d'insouciance au bord d'un abîme, qu'il n'était pas la dupe de ses vaines et stériles démonstrations. Il adresse donc le 13 janvier 1790, au comte d'Artois, un mémoire dont la raison, la sagesse et la franchise auraient dû porter de meilleurs fruits.
ET RELIGIEUSES. 3o9
« J'ai déjà, plus d'une fois eu l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Altesse la situation du royaume, et le parti que, dans l'intérêt de la monarchie si profondément ébranlée, on peut tirer des provinces de l'Ouest, de la Bretagne surtout. Je crains, Monseigneur, que ceux par lesquels vous êtes entouré ne conçoivent pas parfaitement la position des choses : elle est néanmoins bien claire, et je crois de mon honneur de la retracer aux yeux de Votre Altesse. De grandes fautes ont été commises ; de plus grandes encore se préparent. »
L'auteur de ces équitables observations signale, comme rentrant d'une manière spéciale dans cet ordre de faits à regretter : l'éloignement des populations de la noblesse qu'on leur signalait comme son ennemie; la réclamation de l'intervention étrangère pour conquérir, asservir de nouveau la France au profit des privilèges ; en légitimant par ces accusa tions motivées la spoliation des nobles qui ne protègent même pas leurs propriétés , et préfèrent, à la défense du sol, une émigration presque passée chez eux à l'état d'une mode bien portée. Tandis qu'il faudrait au moins ne pas abandonner ces partisans dévoués, qui par le seul, mais noble motif de défendre le trône et l'autel, sacrifient si généreusement leur vie; celle de leurs familles. Puis il continue : « Il faudrait donc, Monseigneur, s opposer à ce que le nombre des émigrants augmentât. A Goblentz, ainsi qu'en Angleterre, ils ne sont d'aucune utilité ; dans les provinces, ils peuvent reconquérir leur influence de famille et au besoin combattre avec les hommes qui se dévouent pour eux. Il y aura peut-être des attentats contre leurs personnes ; mais plus on nous verra nombreux et bien décidés, moins on essaiera de nous attaquer. »
Ainsi le principe essentiel de la vaste conspiration organisée par La Rouerie était de ne pas déserter sa propre cause ; de payer de sa personne, de faire soi-même ses affaires, de ne pas les confier aux étrangers; surtout, comme on le faisait, au perfide cabinet de l'Angleterre. Les déceptions ou les désastres de Granville, de Quibcron, de l'Ile-Dieu, vinrent un peu plus tard prouver la portée, les sages prévisions d'un utile
document auquel, dans leur inconcevable sécurité, les princes ne firent aucune attention.
Sans se laisser décourager par tant d'inconséquence et de légèreté, La Rouerie continue son œuvre avec plus de succès dans la Bretagne, où se trouvaient des intelligences mieux faites pour comprendre, des volontés plus énergiques pour exécuter ; et lorsqu'il se croit bien assuré du succès, il revient à Coblentz vers les premiers jours de décembre 1791. Les princes approuvèrent , le S de ce mois , un projet qu'ils avaient presque ruiné par leur inadvertance et leur indécision.
Le 2 mars 4792, il obtient des pouvoirs illimités, avec des encouragements à poursuivre l'exécution de son plan, dont on a fini par apprécier l'importance. Vers le 30 mai 1792, il réunit à son château de La Rouerie, près de Saint-Malo, tous les principaux chefs de la réaction ; ménageant, dans les discussions qui s'ouvrirent , l'amour-propre de ces différents seigneurs de paroisse ; laissant croire à chacun d'eux qu'il ne suivait que ses inspirations et confiait à lui seul tout le secret de la grande conspiration ; qui cependant fut enfin soupçonnée par les républicains de Saint-Malo, de Saint-Servan, dont la garde nationale s'empara du château de La Rouerie, mais sans pouvoir arrêter le propriétaire et ses amis qui s'étaient enfuis par des voies souterraines.
Une vingtaine de personnes suspectes se trouvèrent mises en jugement, exécutées; ce qui jeta l'épouvante au milieu de la Bretagne, et rendit l'ensemble de l'insurrection d'autant plus difficile que le chef des conférences n'avait pas assez travaillé l'esprit des campagnes , et que la découverte du complot obligeait d'en précipiter l'exécution.
Pour y parvenir plus sûrement, et réparer tout à la fois l'omission grave dont il reconnaissait ici l'importance , La Rouerie s'adresse directement aux hommes du peuple, et surtout à deux classes particulières , les mieux disposées à servir sa cause : les mendiants et les faux-sauniers, d'où nous verrons en effet sortir les meilleurs chefs et les soldats les plus valeureux de cette réaction.
Les Mendiants étaient nombreux en Bretagne et dans le Bas-Maine surtout. Ils étaient partieulièrement secourus par les couvents, les presbytères, par les fermiers royalistes et chrétiens : ils connaissaient parfaitement le pays ; ils avaient tout perdu à la révolution qui rudoyait et ne secourait pas leur misère.
Les Faux-Sauiniers, qui formaient une population véritable sur les frontières de la môme province ; qui, toujours en guerre avec les commis de la gabelle, avaient dès lors acquis une véritable habileté dans ces combats de tirailleurs ; dont une disposition législative avait détruit l'industrie , de même que celle des employés du fisc, offraient autant de soldats qu'il était facile d'enrôler sous une bannière opposée à celle de la république française qui les ruinait : La Rouerie le comprit et s'empara du plus grand nombre.
La révolution de 1789 avait jeté son masque, ou, pour ceux qui l'aimeront mieux, elle était dépassée, comme elle devait l'être ; elle se trouvait mortellement prise dans ses propres filets ; déjà la religion était proscrite, et la monarchie sur le chemin de l'échafaud : tout appelait, tout allait favoriser la grande réaction de l'Ouest, dans une guerre de légitime défense. Mais l'Angleterre veille : il lui faut les misères, le sang, les souffrances, la destruction de la France ; un retour à la religion, à la monarchie légitime ne saurait lui convenir : elle trouvera bien les moyens de l'empêcher.
« Le conspirateur breton, dit M. Crétineau-Joly, se rendait compte de ces manœuvres que de mensongères déclamations ne pouvaient plus cacher; il les guettait depuis longtemps; il allait en profiter, mais la révolution, qui s'entend si bien à tromper les royalistes, avait pris les devants. Au moment décisif, l'impulsion et l'union manquent à ces volontés éparses dont lui seul connaît le secret de former un tout, La Rouerie est en proie à une fièvre brûlante; il n'a plus l'énergie nécessaire pour agir. C'est à peine s'il lui reste assez de forces pour échapper aux embûches que le gouvernement anglais lui fait tendre par la police de la Convention nationale. »
3(î2 RÉACTIONS POLITIQUES
Afin de surprendre plus facilement tous les secrets politiques de La Rouerie, pour le conduire plus sûrement à sa perte, à la ruine de son périlleux système, on eut l'infamie d'employer, comme intermédiaire, l'un de ses amis intimes : Latouche Chestel, jeune médecin de Bazouges, lequel voulut bien accepter l'infamie plus grande encore d'employer le masque de l'amitié pour tromper et conduire à l'échafaud celui qui daignait en faire le dépositaire de ses plus secrètes pensées!...
Connaissant le côté faible de son client, de son ami La Rouerie, Latouche, avec une insigne perfidie, l'attaque dans ce point et lui persuade aisément que Danton, effrayé des progrès de la révolution, sera facile à séduire et deviendra, pour leur parti, l'un des plus utiles agents. Danton, l'ami de Latouche Chestel!... En fallait-il davantage que cet aveu pour éloigner d'un tel homme? La Rouerie était monomane au point de vue d'aussi monstrueuses alliances : il devait être, il fut complètement halluciné par cette profession de foi, signée de la main d'un aussi monstrueux régicide : « Si tout ce que M. Latouche Chestel m'a dit des dispositions de M. de La Rouerie et de la Bretagne a quelque fondement, j'estime que pour sauver la France du mauvais pas dans lequel on l'a engagée, les hommes qui ne veulent pas la ruine du pays doivent se réunir dans un commun effort. Il ne s'agit plus ici de discussions de principes plus ou moins contestables : il faut sauver le trône constitutionnel et l'intégrité du territoire. Dans le cas probable où la Bretagne pourrait offrir quelque réalité à un mouvement combiné sur ces bases, j'autorise le porteur de la présente à traiter en mon nom et en celui de mes amis qui, comme moi, ne veulent pas s'enfoncer jusqu'au fond de l'anarchie. »
La Rouerie, d'abord, fut malheureusement dupe de Latouche et môme de Danton ; mais cette illusion ne pouvait être de longue durée chez un homme aussi intelligent : il soupçonne bientôt l'un et l'autre de la plus noire perfidie. Pour s'en assurer, il délègue un agent secret en Angleterre où Latouche Chestel recevait les instructions, ourdissait la trame de ses
criminelles intrigues. Les soupçons devinrent alors d'affreuses réalités : Latouche et son compère Danton étaient deux méprisables traîtres ; et le second, membre du Conseil exécutif, ministre de la justice , craignant d'être sérieusement compromis par le double jeu qu'il venait de jouer, dénonça tout le complot, et sollicita contre ses auteurs la plus cruelle sévérité du gouvernement républicain.
Voici la proclamation qu'il signa, fit afficher partout, en réponse aux imprudentes communications de la Rouerie : « Encore une fois, citoyens, aux armes : que toute la France soit hérissée de piques, de baïonnettes, de canons, de poignards. Que tout soit soldat. Enfonçons les rangs de ces vils esclaves de la tyrannie; que, dans les villes, le sang de tous les traîtres soit le premier holocauste offert à la liberté ; afin qu'en avançant à l'ennemi commun, nous n'en laissions derrière nous aucun qui puisse nous inquiéter. »
Tel fut le dénouement de la grande conspiration bretonne, dans laquelle Danton resta ce qu'il était; Latouche Chestel devint infâme ; La Rouerie victime de sa mésalliance, de sa crédulité ; forcé, pour éviter les poursuites acharnées de ses derniers associés, de ses plus mortels ennemis , de se cacher dans les bois, les souterrains, les réduits les plus sauvages de la Bretagne; jusqu'au moment où, ne pouvant plus supporter une aussi cruelle existence, il vint mourir de fatigue, de chagrin, d'épuisement et de désespoir, au château de la Guyomarais, près de Lamballe, Côtes-du-Nord, le 30 janvier 1793.
« Il était de l'intérêt britannique, dit M. Crétineau-Joly, de faire échouer un complot qui, en cas de réussite, lui enlevait ses moyens d'action sur les destinées de la France... Le gouvernement anglais appela les grands moyens à son aide. Il découvrit la retraite de la Rouerie..., prit ses mesures pour l'apprendre aux amis de la Constitution de Londres, toujours en correspondance avec les clubs des Jacobins. Ce fut par cette filière que le pouvoir de Paris apprit que La Rouerie était caché dans les environs de Lamballe. »
A la date du 25 janvier 1793, le major américain Chafner
écrivait, de Londres, au comte Silz, ami commun de La Rouerie : « J'apprends, de la source la plus certaine, que le pauvre La Rouerie est vendu, qu'il va être livré... Le club de la Constitution de Londres, incessamment en correspondance avec les meneurs révolutionnaires de Paris, est parvenu à découvrir l'endroit où se cache Armand. On m'assure que c'est par le gouvernement anglais, qui a tant de voies détournées à sa disposition... Je sors de voir lord Moira : je lui ai appris toutes ces turpitudes ; il a gardé le silence, auquel sa position officielle l'obligeait : mais ce silence même est une preuve. »
Latouche Chestel, Danton, le cabinet anglais avaient en effet vendu à la Convention un chef réactionnaire qui la faisait trembler: ils ne purentlui livrer qu'un cadavre; mais, parviolation de sépulture, un cadavre avec les papiers du vivant!...
Sur les indices précis de l'Angleterre, les espions du Comité de salut public, protégés par toute une véritable armée républicaine, s'emparent, la nuit, du château de la Guyomarais, dont ils arrêtent, comme suspects, les maîtres et les domestiques. Le jardinier, sous la menace d'être immédiatement fusillé dans le cas où il refuserait de faire connaître la retraite de La Rouerie, désigne le pied d'un cerisier : on y fouille; on trouve Je cadavre du chef et les documents de la conspiration. C'était une mine féconde ouverte aux instincts, aux satisfactions sanguinaires du Comité de salut public : sa terrible et dévorante activité ne sut que trop bien l'exploiter.
Des exécutions iniques, nombreuses, ne suffisent pas à ce détestable et criminel pouvoir; il porte sa brutale et périlleuse prétention jusqu'à pousser a bout la patience et la résignation bretonnes : c'était maladroitement et sans aucun motif jouer bien gros jeu avec un tel peuple ; chez lequel on comprendra mieux que pour tout autre les réactions désespérées auxquelles on va si dangereusement le porter.
Voici, du reste, dans quels termes Barthe et Morillon, dignes agents du Comité de salut public, après l'exhumation de La Rouerie, formulent, par les plus cyniques rapports, leurs sentiments et leurs projets politiques, le 5 mars 1703, au citoyen
Pache, ministre de la guerre : « La ci-devant province de Bretagne est paisible : il n'y a rien à craindre d'elle pour la république; nous pouvons en dire autant des départements limitrophes : la calotte et les vieux parchemins sont vaincus; mais il faut élever ce peuple ignorant à la hauteur de notre belle révolution; nous devons le contraindre à savoir être libre. » Après ces contradictoires et si ridicules assertions, on imaginera peut-être que leurs auteurs vont entrer dans une voie de conciliation et de paix? Voyons comment ces dignes agents de la république prétendent gouverner un pays : « dont ils ri ont rien à craindre; » et traiter un peuple : « dont ils veulent élever V ignorance à la hauteur de leur belle révolution ! »
Écoutons la suite :
« Nous allons nous mettre à la chasse des prêtres et des nobles qui n'ont pas encore expié leur incivisme par l'exil ou par la guillotine. Cette œuvre de sans-culotisme ne sera pas longue à accomplir. Nous connaissons les terriers où se cachent ces hideux soutiens des tyrans... Que les levées s'effectuent avec du canon et des coups de fusil , et personne ne songera à se révolter, nous vous le garantissons sur notre foi de bons républicains et de sans-culottes. » Nous le demandons aux hommes sageswintelligents, de toutes les opinions : est-il possible de pousser plus loin , dans un document officiel des plus tristes époques, l'inconséquence, l'ineptie, le cynisme et la brutalité ?
L'application suivit de près l'exposition de la théorie : les terribles scènes que nous avons signalées à Saint-Florent, en Anjou, le 12 mars 1793, se reproduisent deux et trois jours après dans toute la Bretagne; également à l'occasion de la levée des 300,000 hommes.
Ainsi, le 14, à Plourai, à Pluméliau, à Langouëlan, etc.; les 15 et 16 à Port-Navalo, Ambon, Pénerf, etc., Morbihan, le recrutement s'accompagne des gardes nationales, des troupes de ligne avec du canon. Les jeunes paysans, indignés, se précipitent sur les pièces dont ils s'emparent, niellent les assaillants en fuite après un combat meurtrier, et font un feu de
joie des papiers et registres de la réquisition. Bientôt on entend le tocsin retentir dans toutes les paroisses; l'insurrection s'étend, comme un orage terrible, dans rille-et-Vilaine, la Loire-Inférieure, etc. Le chevalier de Silz est à la tète des paysans de ces contrées; et pendant qu'il maintient la discipline la plus sévère, empêche le pillage, les massacres des femmes, des enfants, des vieillards, des hommes désarmés; sa tête et celles de ses principaux officiers sont mises à prix. Les agents du Comité de salut public formulent ainsi leur premier arrêté : « Tout citoyen qui aura connaissance de la retraite des frères de Silz et de Francheville, sera tenu de les faire arrêter et conduire dans la maison d'arrêt la plus voisine. Il aura six cents francs de récompense pour chacun de ces trois chefs de brigands : s'il ne peut parvenir à les saisir vivants, il est autorisé à les mettre à mort : il recevra la même somme. Quiconque sera convaincu d'avoir recelé ces scélérats, sera livré à toute la rigueur des lois révolutionnaires!... » On sait que cela veut dire : condamné, sans jugement, à la peine de mort ! Ce que l'on ignorait peut-être , c'est que la république payât aussi généreusement ses bourreaux?...
En présence des succès de la Vendée militaire , de la réaction qui se développe dans les provinces de l'Ouest, la Convention s'inquiète ; et, comme dans toutes les occasions où la peur s'en empare , elle feint de vouloir entrer dans les voies de l'indulgence et des concessions. C'est au milieu de ces perfides manifestations, que le général Canclaux écrit, le 3 avril 1793, aux représentants du peuple Sevestre et Billaud-Varennes, une lettre dans laquelle il fait bon marché du caractère des sansculottes, dont il était loin de partager les opinions et d'approuver les excès.
« La révolte qui vient d'éclater dans l'Ouest, dit il, tient à deux causes : à la persécution contre les prêtres, et au refus des paysans de prendre fait et cause pour la république. Ils veulent rester catholiques, et ne pas servir. C'est à vous de voir maintenant si vous pouvez leur accorder en silence et presque en cachette l'objet de leurs vœux. Il est facile de s'entendre
avec les prêtres : de leur dire de retourner dans leurs paroisses, où ils ne seront plus persécutés; et de persuader aux jeunes gens qu'ils ne partiront pour la frontière que lorsqu'ils en témoigneront le désir. Les patriotes exaltés se plaindront peut-être de cette tolérance : ils sont dangereux et lâches pour la plupart; n allant jamais au combat quà contre-cœur, et s'emvrant autant de sang que d'eau-de-vie!... Les clubs nous traiteront de républicains tièdes...; mais proposez-leur de marcher seuls contre les rebelles, ils reculeront, je les connais. Par leur manière d'agir, ils ont compromis la cause nationale : si on n'eût pas laissé tous ces hurleurs de patriotisme faire de la liberté en vexant les consciences, en persécutant les nobles et les hommes paisibles, la nation ne serait pas obligée de songer à une guerre civile, toujours affreuse, quels qu'en soient les résultats. »
Il nous semble impossible de mieux justifier les provinces de l'Ouest et la Vendée militaire de la réaction à laquelle Messieurs les sans-culottes les ont forcées; d'apprécier, à leur plus juste valeur ces dignes héros de la révolution de 1793 : un aussi précieux document historique offre donc le double avantage d'être à la fois parfaitement exact, et de ne présenter aucun soupçon de partialité.
Nous arrivons, ainsi, tout naturellement, aux réactions politiques et religieuses de la province du Maine; réactions déjà préparées, comme nous venons de le voir, par celles de la Bretagne, et surtout par le mouvement que La Rouerie s'était efforcé de communiquer aux mendiants, aux contrebandiers de cette province.
C'est dans notre pays qu'ont en effet eu lieu les premières démonstrations armées auxquelles on a donné le titre général de Chouanerie. Nous chercherons à préciser l'origine de cette dénomination, a laquelle on voudrait bien infliger, sans aucune raison, comme nous l'établirons, un sens défavorable. Du reste, cette réaction politique et religieuse ayant offert plusieurs périodes assez différentes par leurs caractères et par leurs effets, nous devons étudier séparément chacune de ces périodes.
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111° Chouannerie, ses phases principales..
La chouannerie commença, dans le Bas-Maine, vers le 15 août 1792, et se continua, dans toute la province, jusqu'en 1815 ; avec des modifications qui légitiment sa distinction en quatre phases principales : la première : de l'origine, au désastre du Mans, où Ton voit se terminer la réunion des chouans à la grande armée véendéenne, depuis la prise de Laval jusqu'à ce désastre consommé le 13 décembre 1793; la deuxième: depuis cette époque où Jean Chouan revint, avec ses gars, dans les bois de Misdon, jusqu'au traité de la Mabilais, du 9 avril 1795 ; la troisième : dite des mécontents, avec invasion du Mans en 1799; et qui se prolongea péniblement jusqu'en 1803; la quatrième: en 1815, pendant les Cent- Jours. D'autres projets d'insurrection royaliste se manifestèrent depuis, mais partiellement, et sans mériter le nom de sérieuse réaction politique et religieuse.
Première chouannerie.
« Les paysans du Maine, dit M. Crétineau-Joly, ne s'étaient pas endormis dans cette fatale apathie qui empêche de soutenir un ami, sous prétexte de ne pas exaspérer son adversaire. Ces paysans ne comprenaient pas les misérables calculs de la bourgeoisie, et cet instinct d'égoïsme qui place l'homme dans un juste milieu impossible : ils accoururent de toutes les campagnes voisines, offrant leur bonne volonté et leurs bras... couverts de leurs peaux de chèvre et cachant, sous des chapeaux à larges bords, leurs longs cheveux plats : armés de fusils de chasse, plus souvent de fourches ou de bâtons. »
Dans le Bas-Maine, sur les confins de celte province et de la Bretagne, à deux lieues de Laval, dans la paroisse de Saint- Ouen-des-ïoits, à la closerie des Poiriers, vivait une famille
du nom de Gottereau ; composée de la mère, veuve depuis longtemps; de quatre frères et de deux jeunes sœurs. L'aïeul et le père de cette famille, sabotiers de profession, exerçant leur industrie dans les bois, menaient une vie rude et presque nomade.
Le premier, d'un caractère naturellement sauvage et taciturne, se tenait ordinairement à l'écart, isolé comme le hibou dans son trou solitaire ; ce qui, dans un pays où les sobriquets sont en grand usage, lui fit donner le surnom de Chat-Huant; par corruption, Chouan; qui devint celui de toute la famille, et, par extension, de tous ceux qui prirent les armes dans cette contrée en faveur de la réaction dont les frères Gottereau donnèrent le signal.
Nous avons obtenu cette explication sur les lieux mêmes, d'une tradition positive; aussi la présentons-nous comme devant faire disparaître toutes celles que l'on a voulu fonder sur des étymologïes fautives, sur des rapprochements sans réalité. Du reste, ce nom de Chouayis, que l'on a jeté comme une insulte aux défenseurs de l'autel et du trône dans les provinces de l'Ouest, comme on avait appelés Brigands ceux de la Vendée; celui de Chouannerie, par lequel, dans la même intention, les patriotes ont voulu désigner cette réaction armée dans le Maine, la Normandie, la Bretagne, etc., ne nous paraissant d'ailleurs offrir aucune signification véritable, nous avons préféré le titre de guerres de VOuest, pour mieux caractériser la réaction politique et religieuse de ces provinces. Les frères Gottereau, dits Chouans, ayant été les premiers acteurs sérieux de la réaction politique et religieuse du Maine, il importe à notre histoire locale de les bien faire connaître.
Le père Gottereau mourut jeune, laissant une veuve et six enfants: quatre garçons : Pierre, Jean, François et René; deux filles : Perrine et Renée. Pierre, l'aîné, d'un caractère paisible et timide, conserva l'état de sabotier ; les trois autres, déterminés et résolus, se firent contrebandiers pour la vente du sel, ou Faux-Sauniers. M. J. Duchemin-Descépeaux, dans sa consciencieuse histoire de : La Chouannerie du Maine, fait
observer, avec beaucoup de sens, que le mauvais, le regrettable vernis jeté sur les Chouans, tient surtout à ce que Leurs premières histoires furent écrites par des révolutionnaires; et qu'on s'efforça de faire prendre le change sur le véritable caractère des contrebandiers , qui devinrent les premiers chefs de l'insurrection royaliste de cette province. Du reste, son judicieux ouvrage, d'une part; et, de l'autre, l'explication qu'il donne à cette occasion, sont plus que suffisants pour éclairer ceux chez lesquels ces calomnies intéressées ne sont pas un parti pris sans examen.
En Bretagne, le sel, affranchi de tout impôt, se vendait un sol la livre : dans le Bas-Maine, qui touche la Bretagne, il en valait 13. Ainsi, le passer de cette province dans l'autre, à l'insu des employés de la gabelle, assurait un bénéfice assez considérable pour devenir une profession lucrative, mais illégale et périlleuse. Ceux qui l'exerçaient, qu'on appelait fauxsauniers, et qui souvent n'en avaient pas d'autre pour faire vivre leurs vieux parents, leur petite famille, ne croyaient pas d'ailleurs porter préjudice à l'État, mais seulement, dans leur manière de voir un peu trop indulgente , s'affranchir des exigences fiscales d'un droit excessivement onéreux pour les populations : la gabelle était affermée à des entrepreneurs particuliers dont l'amour du gain n'avait pas toujours d'équitables et justes bornes. Aussi les faux-sauniers étaient-ils généralement aimés, estimés dans les campagnes ; tandis que les gabeleurs ou gabeloux, toujours sur pied et bien armés, contre lesquels ils avaient incessamment à se défendre, étaient méprisés, haïs de tous : « Aussi, comme le dit ici M. Descépeaux, la Révolution nous a montré des contrebandiers religieux, royalistes ; des gabeleurs terroristes, impies. » Les faits qui vont suivre démontreront cette importante vérité jusqu'à l'évidence.
Jean Cottereau, dit Chouan, second fils de Pierre Cottereau, portant le même sobriquet, dont les gens du pays avaient baptisé pour la première fois son père, naquit, de Jeanne Moyné, dans la forêt de Concise, paroisse de Saint-
Berlhevin, Mayenne, à 3 lieues ouest de Laval, le 30 octobre 1767. Faux-saunier dès l'enfance, il est pris, encore trèsjeune, par les gabeleurs, et mis en prison. Alors, sans calculer ni la distance ni les difficultés, sa mère, courageuse et digne femme., se rend à Paris, fait à pied 70 lieues en cinq jours; se jette aux pieds de Louis XVI, obtient la grâce de son fils. L'un et l'autre n'oublieront jamais la bonté de l'excellent roi : la vie de toute la famille lui sera dévouée comme un noble tribut de reconnaissance !...
Après la mort de Pierre Gotlereau, sa veuve, obligée d'abandonner la forêt de Concise où cet honnête ouvrier faisait des sabots, vint habiter, avec sa nombreuse et jeune famille, la closerie des Poiriers, son modeste héritage, dans la paroisse de Saint-Ouen-des-Toits, à trois lieues nord-ouest de Laval ; quelque temps après, Jean Gottereau s'engage dans le régiment de Turenne.
Depuis un an sous les drapeaux, il reçoit une lettre qui lui inspire de sérieuses inquiétudes sur le sort de sa famille ; il déserte, sans penser aux graves conséquences d'une pareille détermination ; est heureusement reçu dans une maison d'arrêt à Rennes, où des protecteurs bienveillants le font oublier pendant à peu près deux années. Mais, incapable de supporter plus longtemps une pareille inaction, il brave tous les dangers qui poursuivent un déserteur ; et, de retour au pays natal, fait, le premier dans le Bas-Maine, un appel aux armes pour le soutien du trône et de l'autel, vers le 15 août 1792 : enrôlant sous sa bannière ses deux frères : François, René, avec tous les jeunes gens de la contrée qui ne voulaient pas servir la république.
Ce nouveau capitaine, ainsi brusquement improvisé, réunissait du reste les qualités essentielles d'un chef de partisans. Agé de 25 ans à peine, il était d'une taille imposante, d'une force, d'une agilité remarquables ; brave, résolu dans le péril; circonspect et prudent au besoin ; il offrait un rare discernement pour tout prévoir, tout calculer à l'avance. Aussi réunissait-il, sans exception, la confiance, l'estime, l'affection de
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ceux qu'il commandait, et qui d'après leur expression si naïve: « servaient d'amitié sous ses ordres. » Quand il avait enfin prononcé résolument sa phrase favorite : « // ri y a pas de danger, » tout le monde avançait avec une entière sécurité. Mais, comme plus d'une fois, dans cette guerre de surprise et de coups de main, la solennelle prédiction ne s'était pas vérifiée, ses compagnons d'armes l'avaient, toujours par amitié, surnommé le gars mentoux, ou le grand menteur; dénomination qu'il avait acceptée dans le même sentiment, et dont il riait à l'occasion.
Jean Cottereau portail, comme ses soldats, le costume traditionnel du Bas-Maine ; dont le chapeau rond, à larges bords, la longue veste ou bielle, la culotte courte, les guêtres, le pardessus en peau de chèvre, etc. ; formaient les principaux caractères. Leurs signes distinctifs étaient le scapulaire, le chapelet, une croix, un cœur, sur la poitrine, etc. Leurs armes, un fusil, un sabre, des pistolets, et quelquefois, seulement, ces longs bâtons mis en usage par les faux-sauniers , pour franchir les haies, les fossés, et qui, sous le nom de fertes, devenaient toujours, entre leurs mains, des instruments de combat redoutables.
Armés pour la défense de la religion, de ses temples, de ses ministres; de la monarchie, de ses fidèles serviteurs; des habitants du pays, des propriétés, des villages royalistes, Jean Chouan et les siens se multipliaient pour l'accomplissement de cette périlleuse et noble mission. Tantôt en sentinelles à la porte d'une église, ils y protégeaient le service divin contre les brutales agressions des sans-culottes ; tantôt appelés au secours d'une closerie dévastée par les exacteurs des districts; d'un bourg livré au pillage, au meurtre, à l'incendie révolutionnaires, ils y combattaient vaillamment pour la défense des faibles et des opprimés.
Le 15 août 1792, plusieurs membres mal famés, de l'administration de Laval, accompagnés d'une populace émeutière, soutenus par un corps de gendarmes, se rendent à Saint- Ouen-des-Toils, chef-lieu de canton, à trois lieues nord-ouest
de cette ville ; s'installent sans aucun respect dans l'église, à l'effet de nommer une députation des principaux habitants, pour aller au chef-lieu, prendre et ramener avec pompe, à Saint-Ouen, le curé constitutionnel que les femmes et les enfants avaient chassé de cette paroisse; pour intimer, aux jeunes gens, l'ordre de s'enrôler, comme volontaires, dans les armées de la République. Au lieu de répondre servilement à ces injonctions, le village tout entier s'écrie : « A bas les patauds, point d'intrus, point de volontaires de la Révolution ! »
Une collision terrible et sanglante allait s'engager, lorsqu'un homme rempli de respect, de reconnaissance pour Louis XVI, apparaît avec autorité, s'élance entre les deux partis : « Non, répète cet homme, de sa voix mâle, accompagné d'un geste de commandement : « Point d'intrus ; mais lorsque le roi nous demandera lui-même, nous serons tous sous les armes. » Cet homme était Jean Gottereau dont l'énergie, le courage, la force en imposent à l'autorité de Laval, aux gendarmes, au misérable cortège qui les avait suivis. En même temps la population, exaltée par l'attitude impérative de son chef, redit à l'unisson : « Oui, tout pour le roi, mais seulement pour le roi : hors du saint lieu tous les misérables qui le profanent par leur présence ! » Et, dans un instant , cette multitude cynique et lâche est culbutée, chassée, mise en fuite.
Quelques révolutionnaires de la Baconnière, d'Andouillé, de la Brulalte, ayant à leur tête Grassin, juge de paix, capitaine de la garde nationale de cette paroisse, s'étaient emparés du drapeau tricolore envoyé de Laval pour Sainl-Ouen, et l'emportaient comme un trophée. Jean Gottereau secondé par ses amis du même village, d'Ollivet, du Genest, les arrête dans leur marche victorieuse; d'un coup de sa longue ferle brise le sabre dont Grassin cherche à le frapper, arrache de ses mains le drapeau dont il était si lier, et le rapporte à Saint-Ouen. « Déjà, dit alors dans sa noble simplicité ce digne soutien de la religion et de la monarchie, nos femmes, nos enfants ont chassé l'intrus; c'est à nous, les gars, qu'il appartient de ramener les bons prêtres. »
A partir (Je et; moment, la réaction politique et religieuse du Maine était proclamée. Les principaux acteurs de cette réaction Armée furent, dans le principe, trois des frères Cottereau : Jean, François et René, de Saint-Ouen-des-Toits; trois frères Pinçon, de Bourgon ; Michel Huet, garde-chasse ; Delaunay- Villiers; Delière, du Bourgneuf, etc. Tous faisaient déjà partie de-la coalition organisée par La Rouerie, et devinrent officiers sous les ordres de Jean Chouan.
Le premier combat un peu sérieux des royalistes du Maine contre les républicains fut celui du Bourgneuf, près de Saint- Ouen-des-Toits, dans lequel, une troupe de paysans armés de fourches, de bâtons, de faux, attaquèrent des révolutionnaires plus nombreux, qui venaient de piller le château de Fresnay, Mayenne, et ses environs ; leur tuèrent dix-huit soldats, en blessèrent vingt-cinq ou trente, mirent le reste en fuite et s'emparèrent de leur butin.
Dans un second engagement, sur la chaussée de l'étang de la Chaîne, les royalistes, écrasés par le nombre et par deux pièces de canon chargées à mitraille, ont plusieurs hommes tués ou blessés; quelques-uns pris, enfermés dans les prisons de Laval, avec un assez grand nombre d'habitants suspects, des paroisses de Bourgneuf, Saint-Ouen, etc. Jean Cottereau luimême blessé à la tète ne cède cependant que le dernier, en tuant un gendarme qui venait de tirer sur lui. Dénoncé par Grassin, ce fameux juge de paix de la Brulatte, il est décrété d'accusation, et condamné à mort, par contumace, en qualité de chef des insurgés.
Il n'en veilla pas moins à la sécurité des prêtres déportés que l'on dirigeait sur Granville ; empêchant que, dans le trajet, ils ne fussent maltraités par leurs escortes. Mais pour éviter les recherches de la justice révolutionnaire et ne pas compromettre leurs familles, Jean Chouan et ses compagnons établirent aussitôt leur quartier-général dans le bois de Misdon, à trois lieues nord-ouest de Laval, près des bourgs d'Ollivet et de Saint-Ouen-des-Toits. Ce bois , qui n'offre pas plus de quatre kilomètres de long sur deux de large, est un ancien
taillis, très-fourré, planté de hêtres, de chênes, de bouleaux, formant une sorte de labyrinthe à sentiers étroits, obscurs, tortueux, dans lequel il est aisé de s'égarer, même pour ceux qui l'ont parcouru plusieurs fois.
Près de sa lisière se trouvent les deux hameaux de Lorière et de la Piue-de-Beau, dont les pauvres habitants furent toujours dévoués aux partisans royalistes. Conditions favorables à la retraite mystérieuse de ces derniers; et qui nous expliquent très-bien comment ils y vécurent en sûreté ; n'y furent jamais traqués, ni trahis, malgré le peu d'étendue de ce bois et son voisinage de deux bourgs et du chef-lieu. Jean Gottereau choisit, pour l'établissement de sa troupe, l'endroit le plus épais du taillis. Chacun y creusa, le plus soigneusement et avec le moins d'apparence possible, sa hutte ou plutôt son terrier. Pour plus de liberté, de sécurité même, le chef, avec trois aides-de-camp, fit disposer le sien à quelque distance du commun bivouac ; ce quartier-général portait les noms de boulevard central, de place royale.
Après avoir achevé cette installation , Jean Gottereau, ses courageux compagnons y déposent les objets qu'ils désirent conserver, et se rendent furtivement dans leurs closeries pour en effectuer les plus urgentes cultures. En rentrant à Misdon, il n'y trouvent que dévastation, pillage; et ne tardent pas à savoir que les voleurs sont dix-sept forgerons du Port-Brillet. Mais Jean Gottereau n'était pas homme à supporter paisiblement une pareille insulte ; et, pour châtier les dix-sept malfaiteurs, qui s'enivraient à ses dépens dans un cabaret isolé sur les landes d'Ollivet, il prend seulement avec lui trois hommes déterminés : son frère François , Julien Peillon , armés de fusils; et le terrible Miélette, de sa redoutable ferte. Ces quatre braves tombent comme la foudre sur le lieu de l'orgie. Miélette, d'un seul coup, renverse la sentinelle que les forgerons avaient mise à la porte ; l'un d'eux blesse François d'une balle à la cuisse; le meurtrier tombe assommé d'un second coup de la ferte; les assiégés se barricadent; un troisième coup enfonce la porte. Saisis d'effroi, les forgerons abandon-
lient armes et bagages, montent dans un grenier, tirent Péchelle, ferment la trappe sous leurs pieds. Jean Cottereau. dans sa juste mais sage vengeance, n'en voulait pas davantage que désarmer ces voleurs et reprendre son butin, qu'il rapporta paisiblement à Misdon. Nous citons ce fait pour démontrer combien il existait de noblesse et de générosité dans le premier chef des chouans du Maine ; ceux qui vont suivre prouveront sa résolution et son courage.
Le lendemain, on vint l'informer que ces forgerons, qu'il avait forcés à restitution, mais qu'il avait ménagés du reste, forcenés républicains, s'étaient réunis à quatre-vingts gardes nationaux pour l'attaquer par surprise et l'écraser sous le nombre : « Tant mieux, dit Jean Cottereau ; mais il ne faut pas les attendre : nous devons prendre l'offensive : il n'y a pas de danger. » A la tôle de trente des siens et de treize jeunes réfractaires arrivés la nuit même à son quartier général, il marche en silence vers les landes d'Ollivet, où les républicains venaient à peine de se réunir; tourne adroitement ces braves patriotes, qui se trouvaient plus de deux contre un, les attaque avec tant de précision et d'ensemble, que, saisis d'une véritable panique, ils s'enfuient, abandonnant leurs armes, qu'ils n'avaient pas même pris le temps de décharger. De cette manière, ses anciens soldats, comme ses nouvelles recrues, se trouvèrent pourvus de très-bons fusils. '
Vers la fin de janvier 1793, des pluies continuelles avaient rendu l'habitation du bois de Misdon complètement impossible; il fallut donc y renoncer et chercher un abri chez les métayers ennemis de la révolution. La terreur était partout, même chez les plus zélés patriotes, qui, sous l'empire de la crainte que leur inspirait. Jean Cottereau, avaient abandonné les bourgs des environs pour se réfugier dans les villes.
Ce chef, aussi prévoyant que brave, profita de son changement d'organisation pour aller, dans la Bretagne, s'entendre avec La Rouerie, qui, déjà, l'avait initié à ses projets, et qu'il trouva, comme nous l'avons déjà vu. mort d'épuisement, de maladie, du coup terrible que lui porta l'assassinat de
Louis XVI. La réponse que firent les bons paysans du Bas- Maine au chef qui leur confiait la vie de ses amis dont il s'éloignait un moment, prouve du reste assez le courage et le cordial dévouement de cette excellente population : « Les paysans, ajoute M. Descépeaux, qui savaient parfaitement à quoi ils s'exposaient en recevant des chouans sous leur toit, lui dirent tous avec une générosité qui faisait l'éloge à la fois de ceux qui recevaient et de ceux qui étaient reçus : « Envoyez-nous vos gars, il y aura la soupe pour eux ; et, s'il plaît au bon Dieu, on s'arrangera de sorte qu'ils n'aient pas de mal, ni nous aussi. » Jean Cottereau, que la mort de la Rouerie venait d'affliger profondément, sans toutefois abattre son mâle courage, rentrait à Misdon , lorsqu'il apprend que tous les réquisitionnaires du canton de Saint-Ouen-des-Toits ont refusé l'enrôlement. Prévoyant les suites graves de ce refus pour toute cette brave jeunesse, il lui donne rendez-vous, à minuit, sous le gros châtaignier des landes de la Brossinière. 87 hommes y sont incorporés. A peine le chef a-t-il passé l'inspection des armes et distribué les cartouches , qu'il est assailli par 300 républicains. Mais le commandant royaliste, par ses habiles manœuvres; les soldats, par une valeur admirable, triomphèrent du nombre ; et le Combat de la Brossinière demeura toujours, dans la mémoire des deux partis , comme un glorieux souvenir de la capacité militaire du chef, et de l'indomptable courage des soldats, que l'on prétendait avilir par le titre de chouans.
Au temps de la moisson, Jean Chouan et ses hommes voulurent seconder leurs parents et leurs amis dans les pénibles travaux de cette saison ; mais le gouvernement républicain avait donné sa consigne. Disséminés dans les closeries, ils furent traqués, poursuivis, fusillés, et contraints de reprendre leur attitude agressive ou défensive de partisans armés.
Vers la môme époque, apparut, dans la Bretagne et le Bas- Maine, un de ces hommes ambitieux et remuants qui, sous prétexte de servir la cause religieuse et monarchique, ne firent que la compromettre et lui nuire, en agissant presque toujours au point de vue d'un intérêt de caste, souvent même d'égoïsme,
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d'orgueil individuel; en associant l'Angleterre à leurs dangereux complots.
Le comte Joseph de Puisaye, né à Mortagne, dans le Perche, le 26 mars 1755, après avoir étudié au séminaire de Saint- Sulpice à Paris, abandonne l'état ecclésiastique pour s'engager dans la carrière militaire. Grand, bien fait, distingué, savant, d'une intelligence et d'une activité remarquables, d'une éloquence facile et persuasive, il offrait bien plutôt les qualités d'un habile diplomate que celles d'un valeureux chef de partisans. Aussi tous ses efforts se consumèrent en vain pour obtenir le premier rang au milieu des principaux acteurs de la réaction politique et religieuse : les circonstances qui demandaient, avant tout, des hommes d'action, le rejetèrent constamment au second; en humiliant son orgueil, en lui faisant employer des moyens que n'approuvaient pas toujours la sagesse, la raison, les véritables intérêts de la cause qu'il prétendait servir.
Progressivement officier dans les dragons, les cent-suisses, député de la noblesse du Perche aux états-généraux de 1789, maréchal de camp , commandant de la garde nationale d'Evreux, directeur des fédéralistes de l'Eure, après plusieurs échecs sérieux, il vint, en juin 1793, se réfugier en Bretagne, pour essayer d'y renouer les fils de la grande conspiration organisée par la Rouerie.
Nous verrons ce noble coureur d'aventures politiques, sans cesse en action, se mêlant à tous les complots royalistes; intriguant auprès des princes, du comité monarchique de Paris; s'imposant, voulant dominer partout; concourant aux divisions qui favorisèrent le désastre de Quiberon ; toujours aux ordres, d'autres ont dit, à la solde même de l'Angleterre, après avoir gaspillé sa fortune au service de son orgueil ; repoussé par les royalistes de l'Ouest, sous l'inculpation formelle de trahison ; obtenant du ministère britannique un établissement au Canada; se faisant naturaliser Anglais après 1814; et mourant, en 1827, àHammersmilh, près de Londres, dans un état voisin de la misère.
A l'époque vers laquelle Puisaye arrivait en Bretagne, des armements royalistes nombreux s'y faisaient par les soins et sous les ordres positifs de Duboisguy, l'un des plus capables et des plus valeureux chefs de l'insurrection. Jean Cottereau se trouvait alors dans la forêt du Pertre, Ille-et-Vilaine, où ces deux généraux lui avaient donné rendez-vous; lorsque le 23 octobre 1793, vers le soir, averti par une sourde et lointaine détonation, il se couche, l'oreille contre terre, et parfaitement renseigné sur la nature des explosions qui se font entendre, se relève en bondissant de joie : Camarades, s'écrie-t-il, Dieu nous vient en aide; c'est le canon de nos frères les Vendéens qui gronde aux portes de Laval : nous n'avons pas un instant à perdre; volons où les intérêts de la religion et de la monarchie nous appellent; allons joindre nos efforts à ceux des défenseurs du trône et de l'autel! Ace noble signal on marche surMisdon, où la troupe entière est bientôt sous les armes ; tous les gars des communes voisines viennent s'y réunir et forment un effectif de plus de quatre cents hommes bien déterminés.
En marchant sur Laval, on passe par la Brulatte. On y précipite le drapeau tricolore du haut du clocher. Jean Cottereau se rend chez Grassin qui l'avait fait condamner à mort. Le juge de paix, qui déjà se croit fusillé, tombe à genoux au pied du chouan, lui demande humblement la vie, qu'il veut acheter au prix de toute sa fortune. Le généreux chef, qui pouvait aisément disposer de Tune et de l'autre, se borne à des reproches mérités, et, pour toute rançon, prend un cheval dont il avait besoin; sans vouloir même accepter des vêtements qu'on lui proposait, en remplacement des siens qui se trouvaient dans le plus mauvais état.
Les Vendéens avaient en effet pris Laval le 23 : Jean Chouan y faisait son entrée le 25 octobre 1793, drapeau blanc déployé, au milieu d'une véritable ovation et des cris chaleureusement répétés de : « Vive le roi, vive Jean Cottereau! » Il parvient au quartier-général du prince de Talmont, qui le reçoit de la manière la plus cordiale; passe en revue la brave légion qui venait se mettre sous ses ordres et, comme témoignage bien
honorable pour ces paysans manceaux, lui donne le nom de Petite-Vendée. Voyant son chef à peine couvert par des vêtements déchirés, le prince, dans un mouvement à la fois compatissant et généreux, se dépouille, pour l'abriter, d'un manteau qui, depuis, fut troué bien des fois par les balles et par le sabre des ennemis.
Sur la route, un grand nombre de volontaires s'étaient joints à cette petite armée. Là se trouvaient en effet alors, comme principaux chouans du Maine : MM. de Berset, Besnier de Chambray, Hoisnard-Malonières, Le Moine, Ollivier, Mouton, les frères Dudouet, Louis de Hercé, de la Raitrie, Noël, Dupuy, Le Comte, Allard, etc. La ville de Laval fournit, à elle seule, deux compagnies dont MM. l'Épine et Genêt furent nommés capitaines.
Cette Petite-Vendée réunit un effectif de 5,000 hommes et mérita constamment la distinction dont M. le prince de ïalmont l'avait honorée, en marchant toujours soit à l'avant-garde pour attaquer, soit à l'arrière-garde pour protéger la retraite. On proposa de lui donner pour chef particulier M. Besnier de Chambray; Jean Cottereau lui-même se prêtait de bonne grâce à cet arrangement, qui le plaçait en sous ordre. Mais les gars du Bas-Maine protestèrent avec autant de force que d'unanimité : « Non, dirent-ils d'une commune voix : c'est Jean Chouan qui nous a amenés; nous lui obéissons d'amitié; c'est lui qui nous commandera, ou nous ne partirons pas. »
Les généraux de l'armée vendéenne avaient trop de cœur» trop de noblesse dans l'âme pour ne pas comprendre une aussi touchante allocution, pour ne pas respecter un désir aussi légitime : Jean Cottereau fut donc maintenu dans son commandement et se montra toujours digne de la réputation qu'il avait acquise dans toute l'armée.
Telle fut l'union passagère de la réaction de l'Ouest à celle de la Vendée militaire : la Bretagne ayant aussi fourni son contingent ; et ces nouvelles recrues de la grande armée royaliste la soutinrent avec autant de fidélité que de valeur dans ses victoires comme dans ses désastres.
Les chouans étaient si déterminés, si braves, qu'ils allaient, pendant la nuit, s'approvisionner de cartouches dans les caissons des républicains de l'armée du terrible Westermann. « Jean Bezier dit Moustache, d'après M. Descépeaux, y retourna jusqu'à trois fois dans la môme expédition. »
Dans plusieurs occasions importantes , entre autres dans celle des landes de la Croix-Bataille, où nous avons vu La Rochejacquelein battre le général l'Échelle qui commandait 25,000 hommes bien aguerris, Jean Cottereau, d'après sa tactique ordinaire de tourner habilement l'ennemi pour l'attaquer à l'improviste, en flanc, détermina la victoire.
A Fougères, on organisa les recrues du Maine en laissant aux gars de cette province le soin de nommer eux-mêmes leurs officiers, seulement avec l'approbation du prince de Talmont : les plus marquants furent : Morière, de Saint-Ouen ; Delière, du Bourgneuf; Pinçon, de Bourgon; Huet, de Launay-Villiers, Bois-Nouveau, et Gribier, de Saint-Germain-des-Fouilloux ; Jean-Louis Treton, que nous verrons bientôt, sous le nom de Jambe-d' Argent, donner tant de preuves d'intelligence et de courage dans la seconde chouannerie. Jean Cottereau les avait tous sous ses ordres.
Le prince de Talmont , entraîné par son courage beaucoup trop loin à la bataille de Dol, fut sauvé par l'héroïsme de Jean Chouan et de sa Petite-Vendée. Il en fut si reconnaissant que n'ayant rien à sa disposition pour la récompense d'un si grand et si courageux service, il donna par écrit au chef l'autorisation de prendre dans la foret du Maine, dont le taillis de Misdon, appartenant aux seigneurs de La Trimoille, faisait partie, le bois dont il aurait besoin pour lui et pour sa famille. Ce titre est conservé dans la maison Cottereau, comme une preuve honorable de la bravoure et du dévouement si connus de Jean Chouan.
Ce valeureux chef des premiers partisans de notre province était avec sa mère et son frère François à la désastreuse bataille du Mans. Comme partout, il s'y montra courageux et résolu; sa mère périt écrasée, sur la place des Halles, par les roues
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d'un chariot. Le terrible Miélette, frappé d'une balle dans la cuisse, ne cessa pas de combattre ; et cet homme de fer, après que toute résistance devint impossible, put encore à pied regagner la route de Laval, où Jean Gottereau. qui termina la bataille, rallia ceux qui restaient de sa Petite-Vendée pour les ramènera Misdon, et voler à de nouveaux etpérilleux exploits.