ROYALISTES
Rétabli, pour la seconde fois, sur le trône de France, au milieu des circonstances les plus difficiles, et chaque fois, par le regrettable moyen d'une invasion étrangère, Louis XVIII aurait dû s'entourer d'hommes à la fois honorables, dignes, capables et sincèrement dévoués à sa gloire, à ses véritables intérêts, à ceux de la royauté, de la France ! Il avait, sans doute, bien des dévouements à récompenser, des dissentiments à mettre d'accord, des passions mauvaises, des ambitions perfides à maîtriser. Abandonné librement à ses inspirations, il eût peut-être accompli noblement la majeure partie de sa tâche; mais, environné de traîtres et d'espions, dominé par ses conseillers, par les comités royalistes, il méconnut, oublia ces dévouements, augmenta ces dissentiments, au lieu de les calmer; en fit même naître de nouveaux; trembla devant ces ambitions perfides et ces mauvaises passions ; se trouva maîtrisé par elles, au lieu de les réprimer en courageux souverain.
Ces faits sont d'une telle gravité, ces enseignements historiques nous paraissent, aujourd'hui même, si précieux, que nous tenons à bien établir les premiers, et surtout à présenter les seconds dans toute la vérité de leurs applications.
Fut-il jamais des caractères plus nobles, des cœurs plus généreux, plus dévoués à la religion, à la monarchie légitime, que ceux des trois héros de la Vendée militaire, des trois La Rochejacquelein ? Eh bien, voilà cependant l'étrange lettre que
574 RESTAURAI ION.
M. le duc de Feltre écrivait au nom de Louis XVIII, le 17 juillet 1815, à M. Louis de La Rochejacquelein , dont la nomination, comme généralissime des insurgés, n'avait pas été sollicitée par lui, mais effectuée à l'unanimité par les autres chefs ; enfin, qui était mort glorieusement sur le champ de bataille des Matles, le 4 juin 1815, pour la défense du trône : six semaines, par conséquent, avant l'envoi de cette déplorable lettre, qui ne pouvait plus avoir d'autre effet que celui désiré sans doute par le Comité : de faire de l'absolutisme, et de jeter la division, la discorde parmi les plus zélés partisans de la royauté !...
« Monsieur, écrivait le duc de Feltre, quoique satisfait de votre conduite et des preuves de dévouement que vous donnez, le roi ne peut approuver que vous ayez pris, même provisoirement, le titre de général en chef, parce que cela contribuerait plus à réveiller les anciennes jalousies qu'à les calmer. Le roi a donné à ce sujet des instructions à M. le duc de Bourbon: il veut quon les suive ponctuellement. » Nous avons déjà vu les avantages d'un tel choix, et les beaux résultats de ces instructions!...
Louis XVIII, dans un premier élan de reconnaissance, avait bien écrit de sa main aux vaillants soldats de l'Ouest et de la Vendée : « Si quelque chose peut m'alléger le fardeau que la Providence m'ordonne de porter, c'est d'être destiné, par cette Providence, à récompenser les plus grands services qu'un roi ait jamais reçus. » Mais cette promesse royale, si solennelle et si juste, n'était pour Talleyrand, Decazes, Fouché, etc., qu'un non-sens, une vaine formule sans aucune application : ces dépositaires du pouvoir avaient d'autres hommes à gratifier, et des créatures à placer dans les postes de faveur, avec avantage, à la fois, pour le protecteur et pour le protégé.
Des circulaires du baron Pasquier, du général Barbou, etc., faisaient savoir aux officiers, aux soldats royalistes, que Sa Majesté désirerait les placer dans l'armée, comme récompense de leurs services. Un grand nombre d'entre eux, dont les habitudes guerrières ne comportaient que très-difficilement l'apti-
tude à d'autres professions, en firent, en effet, pour eux, une double question de dévouement et d'avenir : mais quand ils se présentèrent, on leur dit tout simplement : « qu'ils arrivaient trop tard, que déjà l'on avait incorporé un grand nombre de Manceaux, de Bretons, de Vendéens, que les cadres des régiments étaient au complet, etc. »
Nous passerons sous silence une foule d'autres ingratitudes et d'autres injustices bien plus sévèrement relevées par des auteurs légitimistes, par M. Crétineau-Joly , surtout : voulant ici beaucoup moins formuler des récriminations fondées contre la Restauration, que rappeler un enseignement historique utile à tout gouvernement qui tient à s'assurer la paix, la prospérité, l'avenir. Aussi, ne citerons-nous, de cet auteur, dans l'ouvrage duquel surabondent les preuves à l'appui de la thèse qu'il intitule nettement : « Ingratitude de la Restauration envers la Vendée militaire, » que le parallèle suivant, bien fait pour exciter l'attention :
« Tandis que les héritiers du nom de Gathelineau végétaient dans une pauvreté accusatrice, dit M. Crétineau , la sœur de Robespierre touchait six mille francs de pension. De vieux régicides, d'anciens clubistes, d'avides courtisans, ou des favorites, luxe inutile d'un prince impotent, dévoraient les trésors de la liste civile. Afin d'offrir des gages à l'esprit révolutionnaire dont Fouché, Pasquier, Talleyrand et Decazes lui conseillaient d'apprivoiser l'exaspération, la Restauration se contraignait à l'ingratitude ; elle se déclarait déchue du privilège de récompenser ses amis ; mais, à ses adversaires non repentants, elle offrait un pardon qu'ils dédaignaient, et des faveurs qu'ils n'acceptaient qu'en avancement de trahison ! »
A côté de ce triste silence imposé au cœur d'un roi, pour le retour duquel s'étaient sacrifiés tant de généreux dévouements, immolées tant de nobles victimes, s'élevaient cependant, comme une terrible accusation, bien des infortunes, des misères, des dénuements ; beaucoup d'affreux et déchirants souvenirs!...
« D'après les relevés officiels faits par les administrations locales, ajoute M. Crétineau, l'on comptait, en 4816, dans la
Vendre militaire, plus de trente mille veuves encore vivantes. Le nombre des blessés et des orphelins dépassait cent quarante mille... Après la grande guerre, on voyait à Izernay, paroisse de l'Anjou, qui n'a pas plus de treize cents âmes, cent dix-neuf veuves réduites à la mendicité: leurs maris étaient morts aux combats, entre la première prise d'armes et la bataille de Savenay, dans l'espace de neuf mois. Six cents hommes de la paroisse de Gerisay suivirent l'armée au passage de la Loire : cinquante jours après, il n'en restait plus que trente-huit sur les cadres de la division. La paroisse de Ghanzeaux avait ourni cinq cents hommes à l'armée d'Outre-Loire, trente-cinq seulement revirent leurs foyers : le reste avait péri sous les drapeaux!... Enfin, pendant qu'on refusait aux courageux Bretons la simple solde qui seule pouvait les garantir de la mendicité, en motivant le refus par cette étrange fin de non-recevoir ; « Vous avez combattu sans mission ; » on l'accordait aux officiers, aux soldats des Cent-Jours, armés contre le roi. »
« Les Bourbons, ajoute M. Crétineau, qui salariaient ou courtisaient les débris vermoulus de la Convention, du Directoire et de l'Empire, eurent peur de ces traîneurs de sabre dont ils payaient les dettes, et de ces orateurs démagogues qui revenaient, par calcul, à des sentiments dynastiques... Dans la loi de l'indemnité, la Vendée militaire fut mise de côté comme un souvenir importun... Personne, alors, ne songea qu'il y avait, dans les provinces de l'Ouest, plus de trois cent mille familles dont les chaumières avaient été consumées par les flammes, et dont, pendant huit années, les terres n'avaient été fécondées que par leur sang; que souvent même ces terres étaient passées entre des mains spoliatrices ! »
Non-seulement on ne récompensait pas la Vendée militaire de son généreux dévouement, de ses immenses et continuels sacrifices à la royauté légitime; on semblait encore vouloir entièrement l'en éloigner en insultant ouvertement à ses plus nobles familles au nom de la Restauration.
Ainsi, l'illustre veuve de deux héros vendéens : Lescure et Louis de La Rochejacquelein, celle du magnanime Bonchamp,
Mlles de La Rochejacquelein, etc., se trouvèrent en surveillance dans leur si digne et si malheureux pays ! La police de Fouché, par des fouilles inquisitoriales, n'eut pas même la décence d'excepter de ses violations, de ses souillures, les habitations que les plus illustres enfants du Bocage avaient, en quelque sorte, consacrées parleur naissance!...
La province du Maine eut également à souffrir des ingratitudes et même des persécutions. Pour les autoriser et les justifier au besoin, on improvisa, dans le Conseil, un complot royaliste dirigé contre les favoris du souverain , contre le monarque lui-même : complot, du reste, qu'il fut d'autant plus facile d'accréditer, qu'il était plus faux et plus absurde. D'après les conciliabules ministériels et ceux de leur Comité : « Les Manceaux préparaient une conspiration, une véritable insurrection dont les membres avaient déjà leur costume d'uniforme : cocardes, habits verts, etc. » Pour donner plus de consistance à cette perfide supposition, on ne recula pas devant l'inqualifiable moyen des faux chouans, dont le mot d'ordre était de détrôner Louis XVIII pour mettre le comte d'Artois à sa place; et sans même prévoir les conséquences d'un pareil mensonge, pour les bonnes relations de la famille royale!
« Bouteloup, dit M. Crétineau-Joly, reçut des propositions dans ce sens; mais, trop habile pour s'y laisser prendre, il déjoua de pareilles manœuvres. Il fut pourtant mandé à Laval : le préfet de la Mayenne le somma de s'expliquer; il le menaça même de le désarmer. A ce mot, le chouan s'écrie : « Oui, venez avec vos gendarmes; je me rends dans la Gharnie, et là, si vous pouvez me désarmer, on dira du moins que jamais Bouteloup n'a pu l'être que du fait et sous le règne des Bourbons ! » Ce langage étonna l'autorité ,qui cessa ses persécutions et peut-être ses intrigues. »
Déjà, comme fatale application de ce périlleux système de réaction politique, la loi du 20 décembre 1815 avait établi dans oute la France les terribles cours prévôtales. Elles ne lardèrent malheureusement pas, dans la Sarthe, à trouver une triste Il 37
occasion de légitimer la répulsion et l'effroi que leur absolutisme passionné devait naturellement inspirer.
Martin Leroy, meunier au moulin de Chcrré, commune d'Aubigné, à deux lieues ouest de Ghâteau-du-Loir, avait un
fils, nommé Pierre Leroy, ex-soldat de l'Empire. Ce militaire, à la tête de neuf paysans armés de fusils, s'échappe du domicile paternel le 31 janvier 1816, pour aller, dans les communes voisines, exciter à la révolte contre l'autorité royale, annonçant, sous trois mois, le retour de l'Empereur.
La bande réactionnaire était évidemment formée de fanatiques insensés qui, dans leur fatal délire, avaient pris le titre passablement ambitieux de : Vautours de Bonaparte. Cette folle et ridicule échauffourée ne pouvait avoir aucune autre suite que l'arrestation et le désarmement de ces frénétiques, de ces fous, dont la place était à Gharenton.
Mais la cour prévôtale, saisie de cette déplorable affaire, jugea les choses tout autrement : elle vit un crime d'État dans un acte de véritable démence et vint ouvrir ses assises dans la ville du Lude avec un appareil militaire encore plus exorbitant que l'entreprise des Vautours de Bonaparte n'avait été ridicule.
On fit venir, du Mans, plusieurs compagnies de la garde nationale et du canon comme pour une bataille rangée. Enfin le 27 juin 1816, la terrible cour prononce le verdict suivant : « Sont condamnés : Leroy fils, à la peine de mort ; Leroy père, à 20 ans de travaux forcés ; un troisième, à 10 ; les sept autres, à cinq ans d'emprisonnement. » L'exécution eut lieu sur la place publique du Lude. « Le sang des Vautours, ajoute M. Pesche , fut offert en holocauste aux passions et aux exigences du moment. »
Tous ces abus d'un pouvoir absolu, malgré la Charte dite constitutionnelle, et les efforts du roi pour lutter contre son frère le comte d'Artois, contre les émigrés sans expérience, le Comité royaliste, etc., préparaient, à la dynastie légitime, une chute d'autant plus certaine, qu'elle allait être bientôt favorisée non-seulement par toutes ces influences réunies, mais encore par la mort de Louis XVIII arrivée le 16 septembre 1824, et
par l'avènement de Charles X au trône de France, déjà tant de fois et si profondément ébranlé.
Pendant les six dernières années du règne de Louis XVIII, l'administration départementale de la Sarthe avait été successivement confiée à MM. les préfets: d'Estourmel, 11 août 1818; Pépin de Bélille, 18 février 1819; de Breteuil, 17 août 1820; de Nugent, 10 février 1822; d'Arbelles, 3 février 1823. Ce dernier, renversé violemment par le choc d'un cheval mal dirigé, lors du passage, au Mans, de M. de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, mourut quelques heures après, justement regretté de ceux qui purent apprécier les bonnes qualités de ce bienveillant administrateur.
§ IV. Règne de Charles X,
Louis XVIII avait enrayé, clans une proportion décroissante, en raison des progrès de l'âge et des infirmités, le fatal mouvement qui poussait la monarchie légitime vers sa chute. Nous ajouterons même que cette influence protectrice ne fut peutêtre bien comprise, chez nous surtout, qu'au moment où la fit alors entièrement disparaître l'avènement de Charles X au trône de France.
Quelques mots heureux, des formes courtoises, même un peu chevaleresques, du goût de la nation, semblèrent, un instant, promettre assez de popularité sans abus, assez de liberté sans licence, pour effectuer, entre les sujets et le souverain, un rapprochement que par ineptie, maladresse royaliste ou perfidie, trahison républicaine, tout le monde avait semblé prendre à lâche d'éloigner et même de rendre impossible. Mais bientôt l'ex-chef de la faction ultra-royaliste, le faible et crédule prince de nie-Dieu, de Quiberon ; le pensionnaire du cabinet anglais à Holy-Rood; le signataire des traités onéreux faits avec l'invasion étrangère, d'une manière si précipitée, que Louis XVIII fut le premier à les blâmer sévèrement après son intronisation,
repril ses allures naturelles oi marcha désormais de faute en faute, de catastrophe en catastrophe, jusqu'à celle de 1830.
Sacré à Reims le 25 mai 1825, Charles X eut encore à cel instant la mémoire du cœur; nous croyons même qu'avec sa nature essentiellement bienveillante et bonne, cette mémoire jamais ne lui eût fait défaut, au milieu d'un autre entoura^ par un sentiment d'exquise délicatesse, il voulut que, pendant les cérémonies de son couronnement, la ville de Reims fût commandée par le général vendéen Aimé du Boisguy, dont le dévouement, et le courage s'étaient, avec honneur, tant de fois manifestés pour la défense du trône légitime. Du reste, cette noble satisfaction, donnée si justement aux braves armées royalistes de l'Ouest et du Bocage, fut blâmée dans les conciliabules ministériels du souverain, qui s'arrangèrent de manière à le détourner entièrement de la voie consciencieuse et digne dans laquelle il semblait vouloir s'engager.
La presse la plus sincèrement légitimiste ne fut pas ellemême à l'abri de l'ingratitude et même de la persécution. « On agit, dit M. Crétineau-Joly, avec une si merveilleuse inaptitude, que, par de sourdes persécutions, on découragea les écrivains. On leur apprit à douter d'une dynastie qui ne savait pas se défendre, qui ne voulait pas être défendue, et qui reniait ses défenseurs. »
Sous la fin du règne précédent, et pendant les six années que celui-ci put à peine compléter, les administrations épiscopale et préfectorale se renouvelèrent, dans le Maine, au milieu d'événements locaux peu remarquables.
L'évêché du Mans, comprenant la Sarthe et la Mayenne, avait, ainsi que nous l'avons dit, été bien sagement et bien saintement dirigé, de 1802 à 1819, par l'excellent prélat, Mgr Michel-Joseph de Pidoll; il va, de 1820 à 1828, se trouver sous l'administration d'un bien digne successeur.
De la Myre-Mori, Claude-Madeleine, lxx\° évèque du Mans. — Né à Paris, le 17 août 1755, M. Claude-Madeleine de la Myre-Mori, fut grand vicaire à Carcassonne, abbé commendataire dePruilly, diocèse de Tours ; de l'Assemblée du clergé,
en 1785; prieur de Saint-Biaise, commune d'Oizé, Haut-Maine, à 9 kilomètres N.-O. de Pontvallain, et conserva ce titre jusqu'à la révolution ; émigra en Allemagne. Lorsque Napoléon voulut s'assurer un héritier direct à l'empiré de France, M. de la Myre, étant alors grand vicaire à Paris, fit partie de la Commission ecclésiastique dont la décision autorisa le divorce de Bonaparte avec Joséphine, 16 décembre 1809 ; et son mariage avec Marie-Louise, lîlle de François II, 1er avril 1810. Elevé au siège épiscopal du Mans, le nouveau prélat fut sacré le 19 mars 1820.
Mgr de la Myre, d'un caractère bienveillant et bon , d'un esprit distingué, d'un commerce très-agréable, avait la tenue, les manières, l'aménité du véritable grand seigneur. Soignée dans son élocution, sa parole offrait presque toujours quelque chose d'étudié, de solennel qui, cependant, n'excluait pas les plaisanteries de bon goût, la délicate et fine raillerie qui donnent du charme à la conversation, sans jamais la rendre offensive. Aucun évoque n'officiait mieux , avec plus de majesté réelle et sans emphase.
D'une conduite exemplaire et d'une tolérance vraiment chrétienne, il savait maintenir, dans son clergé, cette harmonie, cette discipline régulière, cette pratique du bon exemple qui constituent réellement sa force et son pouvoir. Moins simple, moins communicatif peut-être que Mgr de Pidoll, il tenait quelquefois à distance un peu marquée ses bons prêtres des paroisses rurales, et cela venait seulement de son genre d'éducation, des relations de toute sa vie dans le grand monde ; mais il réunissait bien souvent ses ecclésiastiques de l'ordre supérieur, et se montrait, au milieu d'eux, plutôt avec l'aménité d'un père qu'avec la sévérité d'un évoque.
Tant que la santé le lui permit, Mgr de la Myre fit, avec un zèle bienveillant, ses visites diocésaines, et remplit avec autant de dignité que d'exactitude les autres fonctions de son ministère, donnant partout les pieux enseignements d'une morale douce et d'une religion bien comprise.
Frappé d'une attaque d'apoplexie hémiplégique , et dans
l'impossibilité de continuer ses utiles et nobles travaux, le bon évêque donna sa démission en 1828; fut nommé., par le roi Charles X, chanoine de première classe au chapitre de Saint- Denis, et mourut à Congïs, à deux lieues nord-est de Meaux, Seine-et-Marne, le 8 septembre 1829.
Pendant sa bienveillante administration épiscopale, il régla, de concert avec le Chapitre, un nouveau tarif pour le clergé du diocèse; fonda vers 1821, au Mans, une communauté du Sacré-Cœur, dont les importants services rendus à l'éducation des jeunes personnes de toutes les conditions, et même de la classe pauvre, ont fait justement regretter la suppression volontaire en 1852 ; favorisa rétablissement des religieuses de la Visitation, au Mans; de la Miséricorde, à Château-Gontier ; de la Providence, à Sainte-Colombe, près La Flèche, etc.
Carron, Philippe, Marie, Thérèse, Gui, lxxxi6 évêque du Mans. — Né à Rennes, le 13 décembre 1788, d'une famille très-honorable, neveu du vénérable abbé Carron, auteur d'un grand nombre d'ouvrages de morale pratique, et dont toute la vie de dévouement fut consacrée à des œuvres charitables et philanthropiques, Mgr Carron se destina, dès l'enfance, à l'état ecclésiastique; fit ses études à Paris, au séminaire de Saint- Sulpice; et de retour dans le diocèse de Rennes, y fut nommé vicaire, ensuite curé de la paroisse de Saint -Germain de cette ville : où déjà se révélèrent ses excellentes qualités comme prêtre et comme administrateur.
En 1823, il suivit, à Nevers,M. Millaux, quittant, pour cetle résidence, le séminairede Rennes, dont il était supérieur. Nommé vicaire-général par ce prélat, M. Carron justifia sa confiance par la manière dont il s'acquitta des hautes fonctions de l'administration diocésaine qui lui furent départies. Suivant les traces de son oncle, digne modèle qu'il semblait avoir toujours sous les yeux, il employait entièrement ses instants de loisir à la prédication, à la direction des communautés religieuses, à la pratique des bonnes œuvres.
En 1829, par ordonnance royale de Charles X, du 15 avril, M. Philippe, Marie, Thérèse, Gui Carron fut nommé évêque du
Mans, en remplacement de Mgr de la Myre, démissionnaire. Sacré dans la chapelle dn Sacré-Cœur, à Paris, le 8 novembre suivant, il fut installé au Mans le 21 du même mois.
D'un caractère à la fois doux, bienveillant, aimable, énergique, ferme et résolu ; d'un esprit élevé, pénétrant, observateur, distingué, rempli d'une instruction solide et bien dirigée, le nouveau prélat embrassa d"un puissant regard toute retendue, toute l'importance et toutes les difficultés de sa tâche; et pour la remplir avec une entière connaissance de cause, il entreprit immédiatement la visite générale de toutes les paroisses, communautés, établissements religieux de son vaste diocèse. « Les soins qu'il prodiguait ainsi au dehors, ajoute l'auteur de l'Histoire des évêques du Mans, ne l'empêchaient point d'entrer dans tous les détails de l'administration épiscopale; et sa correspondance, qui s'étendait à tout, est restée comme un modèle de goût et de raisonnement, de fermeté, de justes égards, de bonté, de douceur paternelle. »
La catastrophe politique de 1830, sans ébranler son courage, sans déconcerter ses utiles projets d'améliorations pieuses dans la métropole du Maine, et dans toute la province, lui suscita bien des embarras, des tracasseries, des ennuis et des tribulations de toute nature, sous la déplorable et vexatoire administration de M. le préfet Tourangin.
Sans même parler de la constante et pénible opposition qu'il eut à soutenir contre les prétentions insensées et ridicules de plusieurs personnes, même absolument contraires aux nouvelles idées politiques ; protecteur courageux et résolu de son clergé, le digne évêque eut encore à souffrir de la persécution, de l'emprisonnement de plusieurs de ses prêtres les plus dévoués.
Un aussi grand nombre de funestes influences, agissant à la fois sur l'organisation impressionnable et nerveuse de l'excellent prélat, y produisit bientôt des ravages d'autant plus profonds et dangereux, qu'il concentrait ses chagrins par discrétion, pour s'en réserver à lui seul toute la souffrance. Aussi, dès l'année 1831, des symptômes positifs de lésions organiques
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du foie, de l'estomac, se manifestèrent; et, désormais incurables, minèrent insensiblement sa constitution, et compliquées d'une maladie grave, que Ton croit avoir été une angine aqueuse, occasionnèrent la mort de ce bon pasteur, le 27 août 1833, à l'âge de 44 ans.
Il faut avoir, comme nous, vécu dans l'intimité de Monseigneur Carron, pour savoir tout ce qu'il offrait d'affectueux, d'aimable, d'essentiellement distingué dans ses relations, et pour comprendre la perte que firent sa famille, ses amis, le diocèse tout entier, le jour d'une mort aussi triste, aussi prématurée.
Pendant les quatre années de son épiscopat, il fonda la communauté des Carmélites ; une caisse de Retraite ecclésiastique, en faveur des prêtres infirmes ou très-vieux ; établissement de prévoyance bien charitable, et qui. depuis février 1833, a rendu les plus importants services au sacerdoce. Il favorisa l'institution du Bon-Pasteur ; fit exécuter des travaux utiles à la cathédrale du Mans; et, par sa puissante et courageuse intervention, prévint, au Mans, la suppression imminente de la maison des Frères de la doctrine chrétienne; où les enfants pauvres et les ouvriers adultes reçoivent chaque jour une instruction sage, fondée sur une bonne éducation morale et religieuse. « Pasteur laborieux, zélé, bon administrateur, grand dans ses vues et dans ses entreprises, d'un caractère ferme, sans inconstance, dit l'historien déjà cité, M. Carron réunissait les qualités qui font les grands évêques : le temps seul lui a manqué.»
Ses restes mortels, déposés d'abord avec solennité, dans l'ancien cimetière de la ville, ont ensuite été transférés, en grande cérémonie, dans l'un des caveaux de la cathédrale affectés à la sépulture des évêques.
En retraçant quelques-unes des vertus de notre digne pasteur, le dernier de la Restauration, nous avons déjà fait pressentir la fatale révolution de 1830, où le vaisseau de la monarchie légitime devait faire un dernier naufrage; incapable de résister aux efforts des nautonniers inhabiles ou perfides qui, d'un commun accord, le poussaient à la dérive.
Le ministère avait enfin trouvé le moyen de refroidir à peu près tous les dévouements, de molester ou d'aigrir tous les écrivains royalistes, de désarmer tous les véritables défenseurs du trône, d'irriter la susceptibilité des indifférents, quand on sait les oublier à propos.
Tous ces ressentiments divers montant, comme un orage, du ministère au souverain, au principe même du gouvernement légitime, l'entraînèrent dans la violence de leur mouvement, en précipitant la chute entière de la monarchie. « Le talent, dit M. Crétineau-Joly, fut mis à l'index ; le pouvoir accorda ses faveurs à des parasites qui, installés dans les administrations, ne surent que s'arranger une petite fortune, en compromettant celle de la royauté, en cherchant à rendre suspects le zèle des uns, l'énergie des autres, le talent de tous. Au lieu de tenter des conquêtes morales dans le camp ennemi, on s'isola dans le sien ; on proposa d'acheter ceux qui ne demandaient pas mieux que de se donner... On froissa les amours-propres, on surexcita les passions, on refroidit le zèle, on divisa les royalistes, on envenima toutes les questions. Decazes avait voulu sciemment perdre la monarchie. Par des excès de prudence, par aveuglement ou par des mesures bonnes en ellesmêmes, mais mal appliquées, Villèle l'exposa, sans pilote, sur une mer féconde en naufrages. Martignac amena la Restauration au bord de l'abîme ; Polignac l'y précipita. »
L'heure fatale avait sonné : la monarchie légitime avait retndu ses funestes ordonnances du 25 juillet ; la monarchie légitime venait de formuler sa condamnation, de prononcer elle-même son arrêt de mort !...