‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 32 sur 50 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Avec la nouvelle constitution, le président de la république, nommé pour dix ans par le suffrage universel de la nation, appuyé sur le dévouement de l'armée qu'il avait habilement conquis, possédait la puissance d'un souverain militaire, d'un empereur, le litre seul lui manquait vers la fin de 1852 ; il dut tout naturellement le réclamer dans les circonstances favorables qui venaient le lui offrir d'une manière d'autant plus pressante que le pays, toujours en garde contre les incessantes

et criminelles entreprises du socialisme, sentait le besoin d'un pouvoir énergique et résolu pour le protéger, le défendre et lui rendre enfin ce calme, cette paisible sécurité qu'il avait perdus depuis si longtemps, et qui devenait la première de ses aspirations.

Au milieu de ces favorables circonstances, le 4 novembre 1852, le jour môme où le sénat venait d'ouvrir sa première séance, le Président lui fait parvenir un message formulé dans ces termes significatifs : « Messieurs les Sénateurs, la nation vient de manifester la volonté de rétablir l'empire. Confiant dans votre patriotisme et vos lumières, je vous ai convoqués pour délibérer légalement sur cette grave question ; vous remettre le soin de régler ce nouvel ordre de choses, etc. »

Le sénat, comme il était facile de le prévoir, accueillit cette communication avec enthousiasme. Dans la séance du 7 novembre suivant il votait, à la majorité de 86 voix sur 87, un sénatusconsulte ainsi compris : « Le peuple français veut le rétablissement de la dignité impériale, dans la personne de Louis- Napoléon Bonaparte avec hérédité dans sa descendance directe, légitime ou adoptive, et lui donne le droit de régler l'ordre de succession au trône , dans la famille Bonaparte. »

Cette pièce est immédiatement portée à Saint-Cloud par le sénat, acceptée par Louis Bonaparte, et le jour même paraît ce décret : 1° Le peuple français est convoqué dans ses comices les 21 et 22 novembre présent mois, pour accepter ou rejeter le projet de plébiscite suivant, d'après le sénatus-consulte de ce jour 7 novembre 1852; 2° la dignité impériale est rétablie; 3° Louis- Napoléon Bonaparte est empereur sous le nom de Napoléon III, etc.

Cette grande et dernière épreuve du suffrage universel, relative à l'élévation de Charles-Louis Bonaparte au trône impérial de France, donne les résultats suivants :

Sarthe. -Votants : 112,027. —Pour : 108,449. —Contre : 2,601. —Bulletins nuls : 977.

Mayenne. — Votants : 78,996. —Pour : 75,400. —Contre : 2,989. - Bulletins nuls : 607.

Seine. — Votants : 270,701. — Pour : 208,658. — Contre : 53,753. — Bulletins nuls : 8,290.

Armée de terre. — Votants : 243,446. — Pour : 234,660. — Contre : 8,456.

Armée de mer. — Votants : 49,736. — Pour : 47,746. — Contre : 2,020.

Départements. — Votants régulièrement : 7,666,669. — Pour : 7,432,009. - Contre : 234,660.

Toute la France. — Votants : 7,959,524. — Pour : 7,714,385. - Contre : 245,436.

En conséquence de cet immense résultat du suffrage universel en faveur du plébiscite du 7 novembre 4852, le corps législatif porte le 2 décembre 4852, à Charles-Louis Bonaparte, cette expression du vœu populaire : et le Président de la république est salué du titre de : « Napoléon III Empereur des Français, par la grâce de Dieu et la volonté nationale. »

Ainsi finit la république du 24 février 1848, et commence l'empire du 2 décembre 1852, en signalant, par la puissance des chiffres du suffrage universel, combien le progrès de la popularité de Louis -Napoléon Bonaparte avait été rapide. 11 suffit en effet pour le démontrer de faire un simple rapprochement de ces chiffres aux trois grandes phases de son élévation. Ainsi :

1° Pour la simple présidence, 20 décembre 1848 : suffrages proclamés : 5,434,226;

2" Pour la présidence de 10 ans, avec des pouvoirs bien plus étendus, 31 décembre 1851 : suffrages proclamés : 7,439,216;

3° Enfin, pour l'empire héréditaire, 2 décembre 1852 : suffrages proclamés : 7,714,385.

Le nouvel empereur, qui jusqu'alors avait habité TËlysée- Bourbon, ne tarda pas à rendre le palais des Tuileries à son ancienne destination.

La France alors si fatiguée de révolutions, de guerres civiles, allait donc enfin respirer un instant; elle se rappelait, avec orgueil sans doute, ses brillants exploits, mais aussi avec

regrets , inquiétude, ses affreux désastres sous le premier empire ; les deux invasions étrangères qui les avaient suivies. Cette pensée fut devinée, comprise, et pour calmer, à l'avance, tout funeste pressentiment, on s'empressa de rassurer la conscience publique par cette noble formule qui, dans tout autre temps, n'eût peut-être pas été acceptée avec autant de confiance qu'elle le fut alors : « l'empire c'est la paix! »

Napoléon Ier avait relevé les autels renversés par l'impiété révolutionnaire : Napoléon III voulut, à son tour, donner à la religion des garanties solides, comprenant, ainsi que l'avait fait Napoléon Pr, qu'elle présente la base essentielle des trônes édifiés pour l'avenir. Aussi, dès le 26 septembre 1852, par conséquent trois mois avant son élévation au titre d'empereur dont il exerçait à peu près le pouvoir dans l'intérêt de la sécurité publique, le chef de l'État, en posant la première pierre de la cathédrale de Marseille, fit-il entendre ces mémorables paroles dont le souvenir a dû se graver dans tous les esprits sérieux :

« La religion est la base de toute société, de tout gouvernement qui a le sentiment de ses destinées. Partout où je puis, je m'efforce de soutenir, de propager les idées religieuses, les plus sublimes de toutes, puisqu'elles guident dans la fortune et consolent dans l'adversité. Mon gouvernement, je le dis avec orgueil, est un des seuls qui aient soutenu la religion pour elle-même : il la soutient, non comme instrument politique, non pour plaire à un parti, mais uniquement par conviction et par amour du rien qu'elle inspire , comme des vérités qu'elle enseigne. »

Ainsi, le règne de Napoléon III s'est inauguré sous les auspices les plus désirables : le maintien de la paix, la protection positive de la religion ; mais comme ce règne doit appartenir presque tout entier à l'avenir, qu'il n'est point encore du domaine de l'histoire actuelle, nous terminerons, en ce qui le concerne, la mission difficile que nous avons acceptée par la formule d'un vœu, d'une espérance également importante pour tous : Les promesses faites par Charles-Louis Bonaparte pré-

680 in I \n mi EMPIRE.

sident de la république, seront, autant qu'il dépendra de lui, fidèlement tenues par Napoléon III, empereur des Français. Nous ferons observer, avec une véritable satisfaction, que

dans ces derniers bouleversements politiques, dans ces graves modifications gouvernementales, administratives, les provinces de l'Ouest, celle du Maine en particulier, ont eu le bon esprit de ne pas entretenir l'insurrection, fomenter la guerre civile par des manifestations hostiles et pour le moins imprudentes. Aussi if ont-elles point subi les rigueurs de L'état de siège, imposé nécessairement à plusieurs autres : la Bretagne, la Vendée, le Maine ont bien pu s'insurger et combattre pour leurs souverains héréditaires, pour la religion, pour leur indépendance, pour leur défense légitime; jamais elles n'ont eu même la pensée d'effectuer une simple émeute pour l'établissement de l'anarchie!...

Nous devons donc, à cette occasion, rectifier une opinion fâcheuse, et que l'on a propagée, sans examen, vers ces derniers temps, sur le caractère des opinions politiques dans le département de la Sarthe : c'est une obligation d'historien consciencieux, et nous saurons la remplir.

On a dit et répété bien des fois, clans la province, à Paris même : « Que le département de la Sarthe avait des opinions détestables : anarchiques, ultra-républicaines , socialistes, etc. Rien n'est plus faux et plus injuste que cette grave accusation. Mais, comme il n'existe pas d'effet sans cause , nous devons constater celle de cette regrettable erreur.

Depuis 1818 surtout, les élections de la Sarthe ont à peu près, il est vrai, fourni constamment un député, mais un seul, dont le nom trop sonore, appartenant, comme drapeau de ralliement, au parti révolutionnaire, appelait à lui toute l'attention. Ainsi : en 1818, Lafayelte, le général. Plus tard, comme remplaçant de M. Ïhoré-Cohendet, qui n'avait pas accepté : Benjamin-Constant, en 1832; Cormenin, 1835; Garnier-Pagès, 1837 ; Garnier-Pagès, député sortant, 1839; Garnier-Pagès, idem; 1841, Ledru-Rollin, etc. Cette constante uniformité d'un vote révolutionnaire dans toutes les élections de la Sarthe,

et toujours dans le même collège, s'explique par les moyens qu'avaient pris, pour s'y réunir, tous les hommes du parti républicain, avec l'attention d'y voter ensuite, sans jamais détourner un seul suffrage de la candidature sur laquelle on s'était, à l'avance, positivement fixé.

Mais si l'on jette actuellement un simple coup d'œil sur la liste des autres députés nommés, en même temps que le républicain de la veille, dans toutes les élections de la Sarthe, on verra que l'opinion générale de ce département n'a jamais été socialiste, ultra-républicaine , anarchique, etc., et que soutenir une pareille calomnie, serait conclure de la partie au tout; de l'exception à la règle.

Du reste, nous allons voir, en terminant cette histoire de la province du Maine, tout le pays participer aux utiles progrès du siècle, en détournant ses efforts des funestes réactions politiques, afin de les appliquer aux développements avantageux des lettres , des sciences, des arts, des industries fructueuses ; nous allons voir nos campagnes s'enrichir des perfectionnements de l'agriculture, des voies de communication, de l'augmentation des échanges; nos villes principales, acquérir de l'importance, de la prospérité, du bien-être, de la fortune, par l'admirable concours des voies ferrées, des lignes télégraphiques, des établissements scientifiques, industriels, manufacturiers, artistiques, commerciaux, financiers, etc., dont elles ont été particulièrement favorisées dans ces derniers temps.

Afin d'exposer avec ordre les importantes considérations que nous avons encore h présenter pour compléter l'histoire de la province du Maine, étudiée à tous ses points de vue, nous diviserons ce dernier chapitre en cinq paragraphes : 1° État actuel de la province du Maine. 2° Sa division. 3° Département de la Sarthe. 4° Département de la Mayenne. 5° Conclusion.

§ I. État actuel de la province du Maine.

Aujourd'hui, la province du Maine, comme toutes celles de France, a perdu son unité primitive et ses caractères origi-

68Î DEUXIÈME EMPIHE.

naux, depuis la division républicaine du pays en départements. L'évêché du Mans lui-même, autrefois si vaste et si beau, n'a point échappé à cette espèce de monomanie du morcellement et de la division.

Si les nouvelles modifications ont quelques avantages administratifs, elles offrent de grands et nombreux inconvénients historiques, moraux et politiques, en détruisant ces liens territoriaux qui réunissaient les intérêts, les habitants de ces anciennes, de ces importantes circonscriptions; en faisaient comme une grande, une puissante famille, dont tous les membres concouraient au môme but : la défense, la gloire , le bien-être, la prospérité, le bonheur de la province; dont la physionomie, le caractère, les mœurs, les usages, avaient un cachet particulier qui la distinguait, et ne permettait pas de la confondre avec les autres.

Aujourd'hui, ces liens territoriaux sont rompus : avec eux ont disparu les usages, les mœurs, le caractère, la physionomie des provinces primitives; et, ce qui devient plus fâcheux encore, cette communauté d'intérêts qui maintenait l'union de ces grandes familles, protégeait leur présent, garantissait leur avenir. En effet, avec ce funeste système de division, tout s'affaiblit, tout s'étiole, tout arrive à ce fatal individualisme qui fait disparaître le caractère national, l'esprit de corps, la solidarité mutuelle : seule force réelle des populations; le concours intelligent et dévoué : seule puissance capable d'effectuer le véritable progrès : le plus froid, le plus mortel égoïsme tarissant, à leur foyer même, toutes les sources de la prospérité, du bonheur des peuples.

Les habitants d'une même contrée n'ont plus de rapports spéciaux avec ceux de l'ancienne circonscription dont ils faisaient partie : les départements, pris dans la même province, deviennent aussi étrangers entre eux qu'ils le sont avec les autres de leur voisinage : de telle sorte qu'il est, aujourd'hui, tout aussi difficile de trouver des types, des caractères nationaux bien établis, que des caractères, des types individuels parfaitement déterminés.

En fractionnant ainsi les parties primitives de la France, on a donc positivement affaibli son esprit national ; en morcelant son administration, on a rendu moins énergiques les justes résistances des gouvernés contre l'injuste envahissement des gouvernants : on a divisé pour régner, avec tous les inconvénients, avec toutes les regrettables ou funestes conséquences de ce fatal système. Ici nous n'avons qu'une crainte, mais elle est sérieuse et malheureusement fondée : c'est que l'avenir, dans cette grave matière, ne devienne un trop sévère enseignement.

Ces réflexions, qu'il ne dépend pas de nous de formuler d'une manière plus rassurante, prouvent, du reste, la nécessité de faire, avec exactitude et conscience, l'histoire de nos anciennes provinces , desquelles il ne restera bientôt plus qu'un vague souvenir: c'est un avantage dont nous devons, en conséquence, revendiquer le privilège pour celle du Maine, que nous allons terminer.

Si nous pouvions, en effet, reconstituer la province et le diocèse du Maine , tels qu'ils furent autrefois, combien nous les trouverions différents de ce qu'ils étaient au moyen-âge!

Le diocèse, alors si vaste, que, dans sa belle circonscription, il dépassait les limites primitives de la province; si riche en possessions, bénéfices, redevances, privilèges, etc., qu'il faisait de l'évêque un véritable souverain au milieu de ses États, n'offre plus aujourd'hui que deux sièges épiscopaux très-ordinaires, étroitement renfermés dans les bornes de chacun des départements de la Sarthe et de la Mayenne ; dépourvus de privilèges, redevances, bénéfices, possessions, etc.; les titulaires ne recevant, comme les autres chefs d'administration, qu'un simple traitement de l'État. Nous ne chercherons pas à savoir quel est, au sens des hommes réfléchis, le caractère véritable de cette grave et sérieuse modification : c'est une question brûlante, aujourd'hui même violemment controversée, mais dont nous ne sommes heureusement pas, comme historien, obligé de formuler ici la solution : nous constatons seulement un fait, dont la nature et les conséquences oui été faci-

lement appréciées : mais l'horizon politique et religieux nous semble actuellement trop gros d'orages, pour que nous entreprenions la discussion d'un tel problème, lorsque nous ne sommes pas même dans la nécessité de le poser.

La province du Maine, en grande partie, représentait primitivement une vaste foret entrecoupée de petits lacs, de marais, de bruyères, de terrains improductifs; arrosée de petites rivières, de ruisseaux nombreux, à peine couverte de quelques misérables cabanes, habitées par des peuplades sauvages, sans éducation, sans industrie, ne pouvant communiquer entre elles qu'au moyen de sentiers étroits, bien imparfaitement ouverts et frayés au milieu des ronces, des épines, des bourbiers ou des aspérités naturelles du terrain.

Dès l'invasion romaine, ces conditions étaient notablement améliorées; et César, dans ses Commentaires, nous montre la province du Maine comme un pays privilégié de la nature; déjà remarquable par la richesse de son territoire, l'abondance de ses produits, le nombre de ses habitants, l'importance et la valeur de ses bandes guerrières.

Vers la fin du moyen-âge, dans les temps modernes particulièrement, ces avantages prirent un accroissement admirable par les progrès des industries, des lettres, des sciences et des arts. Et si notre province n'a pas, au milieu de celles dont se composait la France, précisément joué le rôle important auquel cependant elle paraissait appelée par sa position et ses qualités spéciales, ce n'est pas assurément en conséquence du défaut de moyens de ses habitants, mais bien plutôt, comme nous l'avons déjà fait observer, de leur peu d'initiative et de résolution.

En effet, aux nombreux enfants du Maine, que nous avons déjà cités comme des hommes capables, dévoués, laborieux, utiles, viennent encore s'ajouter naturellement ici les suivants, dont nous pourrions augmenter beaucoup la nomenclature, si nous n'étions arrêté par la crainte légitime d'une trop ambitieuse et trop longue énumération.

Verdier, Jean, — né à la Ferté-Bcrnard le 27 avril 1735,

fut à la fois médecin., avocat en Parlement à Paris, et se trouvait membre de la municipalité de cette ville, à la fameuse journée du 10 août 1792. Auteur de plusieurs ouvrages sur la jurisprudence médicale, sur l'éducation, la langue française, la chronologie, il mourut à Paris, le 6 juin 1820.

Ménard de là Groye, François, — né au Mans en 1742, fut successivement conseiller au présidial de cette ville, député de la Constituante en 1790; du conseil des Cinq-Cents, en 1798, pour le département de la Sarthe ; président de la cour d'appel d'Angers en 1808; premier président de la cour impériale de cette ville, de 1812 à 1813, époque à laquelle il y mourut, le 12 août de cette dernière année. Digne et modéré dans ses opinions libérales, il disparut naturellement de la scène politique pendant les mauvais jours de la république française ; et, dans les hautes magistratures qu'il exerça, pendant les temps meilleurs de ce gouvernement, et sous l'empire, se fit constamment remarquer par l'honorabilité de sa conduite et la sagesse de ses décisions.

Dumourier-Duperrier, Charles-François , — né au Mans, le 27 septembre 1743, ancien vicaire-général de ce diocèse, avait acquis, par l'aménité, la bienveillance de son caractère, la droiture de ses intentions, la sagesse de son jugement, sur tout le clergé du pays, une influence qu'il trouva l'heureuse occasion d'utiliser pendant les graves discussions du Concordat, et qui contribua surtout à le faire accepter, en garantissant l'évêché du Mans de ce malheureux schisme de la petite Église, dont ce pacte nécessaire, entre le Souverain-Pontife, Pie VII, et Bonaparte 1er consul, devint le regrettable prétexte. Appelé au siège épiscopal de Bayeux, Mgr Duniourier l'occupa de 1823 à 1827, en y portant l'application, toujours si fructueuse, de ses aimables qualités, et surtout de ses émincntes vertus. Il mourut à son poste, le 17 avril de cette dernière année.

Poté, Julien. — Né le 12 février 1746, au village de La Guierche, près Ballon, arrondissement du Mans, département de la Sarthe, Julien Poté fit des études sérieuses, et, de bonne heure, la tournure à la fois positive et déliée de son esprit, le

porta naturellement vers les sciences mathématiques et philosophiques, avec une prédilection fondée. Reçu docteur essciences, il entre dans la carrière de renseignement public ; devient, avec distinction, dans ces différentes étapes universitaires, professeur de philosophie à Périgueux, de mathématiques à Tccole militaire de La Flèche, à L'école centrale de la Sarthe: enseignement, qu'après la suppression de cette école, il continua, comme professeur particulier, au grand avantage des élèves, jusqu'à sa mort, arrivée au Mans, le 18 juin 1824.

M. Poté, d'un caractère honorable, doux, bienveillant, fut aimé des élèves, pour l'intelligence, la sûreté de son enseignement ; estimé des savants pour la solidité, la profondeur , la variété de ses connaissances. Il en reçut une preuve honorable dar la réponse explicative que lui fit Condillac sur une question de haute philosophie, et que l'on trouve sous ce titre dans les œuvres du célèbre dialecticien : « Éclaircissements que m'a demandés M. Poté, de la doctrine, professeur à Périgueux. »

Au nombre des écrits de M. Poté, nous indiquerons surtout ses Éloges historiques de : Belon, Mersenne, Lami, Bouvet, etc., que personne mieux que lui n'était en état d'apprécier; des discours sur le prix , l'emploi du temps; des mémoires sur plusieurs parties des sciences mathémathiques , sa véritable spécialité.

D'Oigny- Chauvin -Duponceau, René -François, — né au Mans, le 23 septembre 1749, fut un des littérateurs les plus distingués de notre province du Maine, et l'un des poètes les plus féconds en sérieuses compositions scéniques. En effet, indépendamment de plusieurs comédies, il fit les tragédies suivantes : Virginie, Marie Stuart, Lascaris, Pénélope, Henri III, Antigone, Cromwel, Ibraïm, Elisabeth de France, OEdipe-Roi, etc. Il mourut dans sa ville natale, le!8avril 1831 .

Renouard, Pierre, — né à Laval en 1753, ancien curé d'Izé, paroisse du Bas-Maine, quitta le ministère et devint, en 1803, conservateur de la bibliothèque municipale du Mans; place qu'il remplit avec zèle jusqu'en 1825 , époque de sa mort. D'un caractère facile, obligeant, il se montra toujours ami des

jeunes gens laborieux, qu'il encourageait de ses conseils, et favorisait, dans leurs travaux, des avantages de son expérience, au milieu de la riche collection dont il pouvait disposer en leur faveur.

Historien et biographe, M. Renouard était un des membres les plus zélés de la Société des arts du Mans; il composa plusieurs opuscules sur divers sujets, notamment quelques notices nécrologiques des membres de cette compagnie. Son travail le plus remarquable porte pour titre : « Essais historiques et littéraires sur la ci-devant province du Maine. » Ouvrage qui n'est assurément pas sans mérite, mais dont quelques aristarques, peut-être un peu sévères, ont blâmé l'esprit et les appréciations. M. Renouard mourut au Mans, le 9 décembre 1825.

Maulny, Louis-Jean-Gii arles, — né au Mans, le 12 décembre 1758, se livra particulièrement à l'étude locale de la botanique, de la minéralogie, de la numismatique. Ne trouvant pas alors, dans le Maine, d'antagonistes bien puissants, il y parvint à faire autorité sur ces matières, à devenir en histoire naturelle, contrairement au vieil adage, aux dispositions mêmes du caractère des habitants, presque prophète dans son pays. Il n'en fut pas tout à fait de môme auprès des corps savants : les limites de sa province ayant à peu près marqué celle de sa réputation. La science de M. Maulny s'appliquait en effet à beaucoup d'objets, mais elle n'était pas toujours sérieuse, et surtout assez profonde, assez réfléchie pour soutenir au loin toute l'autorité qu'on lui prêtait au milieu de nous. Il est juste d'ajouter, cependant, qu'il rendit par l'activité, le zèle de ses recherches, le travail de ses collections, les mémoires qu'il publia sur la botanique , la minéralogie , les médailles, les anciens monuments, etc., des services réels à l'histoire naturelle du Maine. Il mourut au Mans, le 18 mars 1815.

Ledru, Aindiîé-Pierre, — né à Ghantenay, paroisse du Haut- Maine, le 22 janvier 1761, lit de bonnes études, embrassa la carrière ecclésiastique, et devint curé de la paroisse de Notre- Dame-du-Pré, au Mans, poste qu'il occupa jusqu'en 1791.

Avant abandonné le ministère, il fat ensuite professeur de législation à l'école centrale de la Sarthe. De septembre 1796 à juin 1798, il lit, par ordre du gouvernement, un voyage scientifique aux Iles : Ténériffe, de la Trinité, Saint-Thomas, Sainte- Croix, Porto-Ricco, etc.; en rapporta des plantes, des minéraux, etc. En 1810, il publia son ouvrage en deux volumes sur l'histoire naturelle; avant et après, plusieurs savants mémoires ; fit à sa campagne, auprès du Mans, des cours de botanique et de physiologie végétale, que nous avons suivis avec beaucoup d'intérêt et de fruit ; fut un des membres les plus savants et les plus distingués de la Société royale des arts du Mans. D'un esprit remarquable et très-cultivé, d'un commerce doux, bienveillant, aimable, M. Ledru mourut, dans cette ville, le 11 juillet 1825.

Chappe, Claude, — né à Brûlon, paroisse du Haut-Maine. En 1763, l'abbé Chappe s'était déjà distingué par des travaux dans les sciences physiques, lorsqu'il rendit son nom célèbre par l'invention de la télégraphie aérienne, dont le premier essai, fait en 1793, fut pour annoncer la prise de Condé sur les Autrichiens qui s'en étaient emparés. Claude Chappe mourut à Paris, le 23 janvier 1805.

Hardouin-Duparc, François-Julien, — né à Mamers, ville du Haut-Maine, le 14 janvier 1770, avait fait de très-bonnes études, sous les Oratoriens de Paris, lorsqu'en 1790, bien apprécié, pour son mérite et son instruction, par le général de l'Ordre, il fut placé, comme professeur, dans la maison de Niort; l'année suivante, dans celle d'Angers. Il occupa ce poste avec distinction , jusqu'en 1792, époque à laquelle cette institution fut supprimée.

Doué d'un mérite vrai, d'un caractère loyal, bienveillant, essentiellement honorable, M. Hardouin ne resta pas longtemps sans emploi, mais fut progressivement nommé : en 1802, juge de paix à Sablé ; en 1812, juge au tribunal civil du Mans; en 1815, procureur du roi ; en 1816, président du tribunal civil de celte ville. Dans tous ces postes importants, quelquefois difficiles, M. Hardouin sut toujours concilie]' la dignité, la

sévérité môme de ses devoirs avec la douceur, la bonté de son caractère : de telle sorte que si réellement il sut faire craindre, il sut mieux encore faire aimer la justice. Il reçut, comme bien équitable récompense de ses travaux, le 6 mai 1838, les insignes et le brevet de la Légion d'honneur.

Dans toutes ses relations d'affaires, de famille, de société, M. Hardouin apporta constamment, sans travail, sans contrainte, sans calcul, par la seule impulsion d'une excellente nature, parfaitement cultivée : loyauté, franchise, intégrité, bienveillance, aménité si parfaites, qu'il sut toujours commander l'estime, inspirer l'affection ; et que ceux qui , surtout, vivaient dans son intimité n'éprouvaient, à son égard, que l'embarras de savoir auquel de ces deux sentiments, si bien mérités, ils devaient accorder la préférence.

Aussi, lorsqu'en 1847, où, sur sa demande, il fut mis à la retraite, et, comme distinction, aussi noble que bien acquise, nommé président honoraire, ses collègues du tribunal civil, comprenant la perte qu'ils venaient de faire dans la personne de leur chef, s'empressèrent-ils de réclamer, comme un dédommagement, comme une faveur, que son portrait fût immédiatement placé dans la chambre du conseil. Mais, à toutes ses bonnes qualités, M. Hardouin joignait encore la modestie; et bien que profondément touché de cette honorable requête, en ajourna l'exécution , comme celle d'un legs testamentaire aujourd'hui fidèlement et douloureusement exécuté par sa digne famille !

Aussi, le jour du décès de ce respectable et si bienveillant magistrat, le 16 janvier 1858, fut -il pour la ville du Mans, pour la province du Maine, un jour de deuil et de regrets !...

Lefebvhe deCheverus, Jean-Louis-Anne-Madeleine, — né à Mayenne, dans le Bas-Maine, le 28 janvier 1768, nous offre une de ces natures privilégiées, auxquelles Dieu semble prendre plaisir à donner une culture appropriée aux belles dispositions de leur âme; de manière à constituer des anges, pour en faire ultérieurement des saints.

En effet, le jeune de Cheverus trouva constamment, près de 1 1 U

690 DEUXIÈME EMI'IKE.

sa personne, les plus sûrs moyens d'effectuer l'heureux développement des éminentes qualités qui le distinguèrent tellement dans sa pieuse et noble carrière, qu'on ne tarda pas à le comparer au généreux, au bienveillant, au vertueux Fénelon. Dire que pendant toute son enfance il eut pour instituteur la meilleure, la plus sage, la plus chrétienne des mères; que, plus tard, le saint et courageux évèque de Dol, Mgr de Hercé, le traita comme un fils ; que Mgr deGonssans, évèque du Mans, le prit en affection, le favorisa d'une bourse au collège Louis-le-Grand, alors si remarquable par les hommes qu'il forma ; que l'abbé Legris-Duval y fut son émule et son ami le plus intime; l'abbé Auger, grand-vicaire de Paris, son directeur, c'est expliquer l'admirable développement de toutes ses grandes facultés morales, de cette aménité, de cette angélique douceur, de cette charité si chrétienne, qui lui concilièrent l'affection, l'estime générales; de cette foi profonde et sincère, qui le porta, dès son adolescence, et par la puissance d'une irrésistible vocation, au ministère sacré des autels, pour en faire l'une des plus grandes lumières de l'Église; l'un des plus pratiques, des plus persuasifs instituteurs de la morale, des vertus chrétiennes : un véritable apôtre !...

M. de Cheverus acheva ses études ecclésiastiques avec une si remarquable distinction, que Mgr l'évêque du Mans, en prévision des orages politiques, des persécutions religieuses dont il était alors permis de redouter les funestes développements, obtint, en sa faveur, une dispense d'âge, et le fit ordonner prêtre, le 18 décembre 1790. Il se rend à Mayenne, y célèbre sa première messe dans la nuit de Noël ; est réclamé comme vicaire par son oncle, vénérable curé de Notre-Dame de cette ville; est nommé chanoine de la cathédrale du Mans; refuse le serment à la Constitution, demandé le 15 août 1791, d'une manière officielle par l'autorité municipale, et dès lors est obligé d'exercer en secret les fonctions de son pieux ministère. En janvier 1792, à la mort de son digne oncle, M. de Cheverus est nommé, par l'évêque du Mans, pour le remplacer; mais la violence des poursuites républicaines l'oblige à se réfugier

en Angleterre. Par ces tristes débuts de sa carrière sacerdotale, on entrevit déjà ce qu'il devait être dans toute sa vie : le prêtre dévoué, consciencieux, charitable, sublime d'abnégation ; unissant l'amabilité, la candeur, la bienveillance de la jeunesse, à la sagesse, à la réflexion, à la gravité de l'âge mûr.

Dans ces affreuses conjonctures, où la France, livrée d'une manière si brutale et si périlleuse au régime de la Terreur, ne laissait plus, comme perspective, aux ecclésiastiques dignes de ce titre, que la morl ou l'exil, M. de Cheverus est appelé, par le respectable abbé Matignon, docteur et professeur de Sorbonne, aux États-Unis, pour évangéliser les peuplades sauvages. Il voit, dans cette requête amicale d'un homme qu'il vénérait, une mission de la Providence, et, rempli d'un pieux enthousiasme, abandonne à ses frères et sœurs les biens dont il pouvait disposer ; et, le 3 octobre 1796, arrive à Boston.

Raconter ce qu'il effectua dans cette nouvelle patrie, serait énumérer toutes les merveilles de bienfaisance, de philanthropie, de charité sublime, dont le génie, le dévouement d'une âme profondément chrétienne deviennent seuls capables. Aussi , dans tout le Nouveau-Monde , est-il bientôt vénéré comme un saint; et malgré toutes les résistances, toutes les protestations de sa modestie, sacré solennellement évêque de Boston, à Baltimore, le 1er novembre 1810.

Accablé sous le poids des fatigues et des travaux insépables d'une aussi difticile position, la santé de Mgr de Cheverus donne, plus tard, des inquiétudes sérieuses; et, comme si la Providence voulait prolonger les jours d'un ministre aussi précieux, l'arracher aux dangers d'un climat alors funeste pour sa constitution épuisée, des lettres du Saint -Père et du roi Louis XVIII s'unissent pour le presser de rentrer en France, et de venir occuper l'évêché de Montauban.

Toujours dévoué, toujours soumis avec la docilité d'un enfant, le digne pasteur abandonne tout ce qu'il possédait à son troupeau, dont il se sépare l'âme brisée ; laissant partout des regrets profonds et des larmes sincères. Il arriva dans sa véritable patrie vers la fin d'octobre 1823.

692 DEUXIÈME BMPIRE.

Son itinéraire en France devint une pieuse ovation ; et bien qu'il eût pris soin de n'entrer à Mayenne que vers le soir, pour éviter une réception d'apparat, aussitôt que les habitants furent prévenus de son approche, tous se précipitèrent en foule au-devant de lui ; toutes les cloches sonnèrent en grande volée; toute la ville s'illumina spontanément, comme pour l'expression de la joie publique, à l'occasion d'un événement des plus heureux.

Le 27 juillet 1824, il est reçu, avec le même enthousiasme, à Montauban, où s'effectua solennellement son installation.

Nommé à l'archevêché de Bordeaux, en 1826, malgré sa résistance, les plus sincères et les plus humbles protestations , il ne manqua pas de laisser à Montauban, comme à Boston, des regrets et des larmes; et de trouver dans sa nouvelle résidence les plus sympathiques et les plus cordiales démonstrations, auxquelles il répondit avec tant d'âme et d'à-propos, qu'il excita, dès le premier jour de son arrivée, le 13 décembre 1826, l'admiration et l'enthousiasme des populations, accourues au-devant de cet éminent archevêque.

Bien différent de ces administrateurs mal inspirés , qui s'imaginent prouver leur supériorité par des innovations , quelquefois même en adoptant une marche opposée à celle qu'a suivie leur prédécesseur, Mgr de Gheverus prit au contraire à tache, assurément honorable et méritoire, de se placer au-dessous de Mgr d'Aviau du Bois de Sauzai, archevêque si vénérable, auquel il succédait , et de rechercher, avec une admirable délicatesse, jusqu'aux derniers vestiges de ses intentions, pour les remplir avec un respect noble, consciencieux, de manière à ne rien changer, volontairement du moins, dans la voie qu'il avait tracée ; de la suivre au contraire toujours, avec la religieuse attention que l'homme de cœur met à ne pas s'écarter de l'accomplissement rigoureux d'un vœu testamentaire.

Nommé successivement pair de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, en 1830, par Charles X; cardinal en 1836, Mgr de Gheverus parut devenir, s'il est possible de le

dire, plus affectueux pour les indigents, plus modeste, plus humble à chaque promotion. Sa table était constamment à la disposition de ses amis, de son clergé; sa bourse, et même son mobilier, au service des pauvres.

Lorsque le choléra vint menacer Bordeaux, il fit, de son palais, un hôpital, avec cette inscription au-dessus de l'entrée principale : Maison de secours.

Un jour que, par faveur, il allait baptiser lui-même l'enfant d'une riche créole, Monseigneur aperçoitune famille nécessiteuse retirée dans un endroit obscur de l'église, attendant la fin de la cérémonie pour obtenir la même faveur de l'un des vicaires de la paroisse. Il fait approcher cette famille; déclare qu'il veut aussi donner le baptême à l'enfant pauvre; qu'il a, devant Dieu, les mêmes droits que l'enfant riche, que l'un et l'autre peuvent arriver au même degré d'élévation dans le ciel : l'enfant riche, par la charité, l'aumône, les bonnes œuvres ; l'enfant pauvre, par la reconnaissance , le dévouement et la prière. Il poursuit le parallèle avec tant d'onction et de vérité, qu'il arrive à prouver que celte communauté du même sacrement, administré par lui à ces deux enfants, établit entreeux une sorte de fraternité particulière qui, dans la suite, amena, pour la satisfaction des deux familles, pour l'édification de tous, les précieux résultats que le saint archevêque avait si bien fait comprendre et si charitablement préparés.

Lorsqu'il sortait à pied dans les rues de Bordeaux, il était ordinairement accompagné d'un secrétaire portant la bourse des abondantes aumônes qu'il répandait, souvent bien au-delà de ses propres moyens. Un jour, le distributeur éconduit, avec un peu de sécheresse, le premier mendiant qui se présente; le bon archevêque s'en aperçoit : « Mais accordezdonc une pièce de monnaie à ce malheureux. » « Monseigneur, cet homme est un Juif, dit le secrétaire. » « Alors, donnez toute la bourse, repartit l'excellent pasteur: comment voulez-vous que, sans la charité, nous fassions aimer la religion ?... »

Quel sérieux enseignement pour ces chrétiens mal appris

694 m I MÊME EMPIRE.

qui veuleni imposer de pareilles distinctions, même dans la répartition des secours accordés à l'indigence! Qu'ils écoutent, et qu'ils se corrigent. Le saint archevêque répétait bien souvent cette maxime, dont il suivait si consciencieusement le précepte : « Donnez à qui demande et qui prie : car, au seuil de l'éternité, il n'est qu'un mot que Fange entende et qui fesse ouvrir : Charité!... »

Il nous serait impossible de rapporter ici toutes les scènes admirables de ce genre, qui firent de la vie si pure, si bien remplie de Mgr de Cheverus, un véritable cours de morale pratique, un enseignement chrétien tellement vrai, complet, rempli d'œuvres méritoires, sublimes, que le rapprochement fait, dans les premières années de son ministère si pieux, si distingué, si bienveillant, avec l'aimable et généreux Fénelon, ne suffit plus ; c'est au premier apôtre de nos temps modernes, à ce grand consolateur de toutes les souffrances, dont l'âme était embrasée d'une charité prodigieuse : à saint Vincent de Paul, qu'il faut actuellement le comparer!

Cet éloge, auprès duquel tous les autres viendraient s'éclipser, ne semble-t-il pas d'ailleurs admirablement sanctionné par les décrets de la Providence, lorsque nous voyons l'excellent archevêque de Bordeaux rendre sa belle âme à Dieu, le 19 juillet 1836, le jour même de la fête de saint Vincent de Paul, au moment de l'élévation ; pendant le sacrifice divin, qu'on célébrait dans la chambre du mourant, et lorsque ce Dieu de bonté venait lui-môme reprendre, à la terre, cette nature angëlique, et, pour prix d'aussi nobles vertus, l'envelopper éternellement de son amour!...

Dans ce moment suprême, comme on l'a dit avec raison, l'Église de France avait perdu l'une de ses gloires ; l'cpiscopat, une lumière; le clergé catholique, un modèle; la métropole de Bordeaux, sa couronne ; les orphelins, un appui ; les pauvres, une providence : le ciel avait acquis un nouveau saint!...

La ville de Mayenne, heureuse et fière de compter, au nombre de ses enfants, un interprète aussi parfait de toutes

les vertus évangéliques , dont chacune des actions fut un bienfait; auquel les États-Unis et la France doivent une grande partie de leurs plus belles institutions philanthropiques et charitables; fit élever, sur Tune de ses places, à réminent archevêque de Bordeaux, un monument digne de celui dont il consacre la mémoire : c'est la statue en bronze du cardinal, plus grande que nature, et placée debout, avec ses insignes, sur un magnifique piédestal, offrant cette devise touchante : « Laissez venir à moi les petits enfants ; » et des bas-reliefs, qui rappellent quelques admirables traits de la vie d'un aussi bon père.

Moreau de la Sarthe, Jacques-Louis, — né à Montfort, bourg du Haut-Maine, le 28 janvier 1771, embrassa la carrière médicale; s'y fit avantageusement connaître, mais seulement par des travaux relatifs à la littérature de cet art. Laborieux, érudit, mais plus habile en théorie qu'en pratique; moins original que savant, il devint conservateur de la bibliothèque de l'école; publia d'assez nombreux travaux; entre autres: Une Histoire naturelle de la femme; l'édition des Éloges historiques de Vicq-d'Azir; et mourut à Paris, le 13 juin 1826.

Renvoizé, René, — originaire de Lombron , paroisse du Haut-Maine, à 4 kilomètres nord-est de Montfort, naquit le 4 janvier 1772; après avoir fait de bonnes études, suivit, avec succès, la carrière de l'enseignement; professa très-bien la rhétorique pendant plusieurs années au collège du Mans, dont il devint sous-principal. D'une conduite exemplaire, d'un naturel parfait, bienveillant et sincère, il offrait le type, malheureusement très-rare aujourd'hui, de cette naïveté patriarcale de l'homme du bon vieux temps. Versificateur plutôt consciencieux que brillant ; optimiste par excellence; toujours satisfait de sa position, il ne récrimina jamais contre aucun gouvernement; on le vit au contraire chanter tour à tour, avec la même franchise, le même entrain : Napoléon, le roi de Rome, les Bourbons, le duc de Bordeaux, Louis-Philippe ; la Pitié, la Charité, la sainte Vierge, etc. Ce digne professeur, dont nous

avons conservé le plus honorable souvenir, mourut au collège du Mans, le 10 juin 1838.

Moiré, Isaac, — généralement connu dans notre pays sous le titre de poète rémouleur, né au Mans, le 9 octobre 1771, exerçait en effet cette profession dans sa ville natale, et cultivait en même temps son petit coin du Parnasse. 11 attira l'attention des littérateurs, pour la facilité, l'originalité même de quelques-unes de ses versifications, nous pourrions presque ajouter : de ses poésies; devint, au Mans, ce qu'avait été maître Adam, le poète menuisier, à Nevers ; seulement avec moins d'ampleur, de génie dans ses compositions; enfin, obtint chez nous cette favorable mais indulgente appréciation, que Ton ne manque jamais d'accorder aux hommes qui, livrés à leurs propres moyens, ont acquis l'art sans avoir pu s'initier à la science; et dont le principal et véritable mérite se trouve dans la capacité d'avoir pu se former eux-mêmes. Indépendamment d'un certain nombre de pièces fugitives : Elégies, Romances, etc., notre versificateur manceau composa deux petits poèmes : l'un portant pour titre : Le Greffier, du nom de l'une de nos belles promenades; l'autre : Les Souris, en huit chants, et représentant son principal ouvrage.

Meinard de la Groye, François-Jean-Baptiste, — né au Mans, le 2 mai 1775; fils aîné de M. Menard, président à la cour royale d'Angers, fit de bonnes études et montra, dès sa jeunesse, une aptitude remarquable, un goût prononcé pour la culture de l'histoire naturelle ; devint l'un des meilleurs élèves de Cuvier, que, dans son absence, il remplaça même plusieurs fois comme professeur. Membre correspondant de l'académie des sciences, notre estimable compatriote se livra surtout à l'étude particulière des faits, aux travaux utiles et fructueux des collections ; s'occupa très-peu des généralisations théoriques. Ainsi que le plus grand nombre des savants de ce caractère, plus occupés à s'enrichir de connaissances qu'à les transmettre par leurs écrits , il n'a publié, sur l'histoire naturelle, qu'il possédait bien, que des Opuscules, des Mémoires !rès-utiles, sans doute, mais qui ne sont point en proportion

des ouvrages qu'il aurait pu mettre au jour, au moyen de ses notes inédites, restées en très-grand nombre, offrant le seul résultat de prouver qu'il savait étudier avec intelligence et voyager avec fruit. M. Menard est mori à Fercé, bourg de la Sarthe, le 30 septembre 1827, laissant après lui l'honorable réputation d'un naturaliste savant et distingué.

Pesche, Julien-Remi, — né à Souvigné , paroisse du Haut- Maine, à une lieue nord de la Ferté-Bernard, le 1er octobre 1780, exerça d'abord la pharmacie dans plusieurs villes; et, plus tard, abandonna cette profession pour entrer à la Préfecture comme chef de division dans les bureaux; se livrer ensuite à des études historiques sur le département de la Sarthe, et publier enfin un énorme travail en six volumes, sous le titre de : « Dictionnaire topographique, historique et statistique du département delà Sarthe, » destiné à remplacer le Dictionnaire topographique, historique, généalogique et bibliographique du Maine, par Le Paige, en deux volumes; édité vers 1777, et qui présente pour nous le grand avantage d'embrasser notre province entière.

Avec des erreurs assez nombreuses, graves, même au point de vue de la chronologie, des événements, des faits ; malgré des étymologies pour le moins hasardées , plusieurs appréciations fausses, marquées au coin d'un esprit frondeur, contraire aux idées sages en politique , en religion , l'ouvrage de M. Pesche n'en restera pas moins comme le riche, l'utile dépôt d'immenses recherches sur le département de la Sarthe, et dans lequel puiseront avec réserve, mais avec fruit , ceux qui s'occuperont de l'histoire de ce pays. M.| Julien Pesche est mort assez loin de sa patrie, en laissant au milieu de la lettre B la « Biographie et la Bibliographie » qu'il avait entreprises comme utile complément de son Dictionnaire.

Etoc-Démazy, François, — né à la Ferté-Bernard, le 4 septembre 1781, lit de bonnes études, qu'il dirigea particulièrement vers les sciences naturelles; aussi, doué d'un esprit pénétrant, d'un sens droit, d'une conscience honorable, devintil un des meilleurs pharmaciens du Mans. Toutefois, son

amour de l'étude ne lui permettait pas de se renfermer exclusivement dans la sphère de son art; aussi, tous ses moments de loisir, mieux employés que dans les vains plaisirs du inonde, se trouvaient-ils utilisés par de fructueuses excursions dans le domaine des lettres, de l'histoire locale, etc. L'un des membres les plus zélés de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, il y prouva son dévouement et sa capacité par des travaux importants et nombreux , au milieu desquels nous citerons particulièrement ses Études sur les Cénomans, les Diablintes et les Arviens, etc. Ses uniques délassements étaient de bonnes , d'affectueuses relations de famille, d'intimité, dans lesquelles il savait toujours associer la douceur, l'amabilité du caractère, aux ressources de l'esprit, aux excellentes qualités du cœur. Il mourut au Mans, le 15 mai 1846, sincèrement regretté de sa famille, de ses amis, de ses concitoyens.

Duchemin-Descépaux, Jacques, — né à Laval, en 1784, se distingua de bonne heure par la portée de son esprit, la bienveillance de son caractère, et son inviolable attachement aux saines doctrines. Rédacteur du journal La Quotidienne et du Rénovateur, il se livra, vers la fin de sa carrière, aux plus consciencieuses recherches des faits relatifs aux guerres de l'Ouest, sur le théâtre même de ces guerres, et près de ceux qui vivaient encore, après avoir tant de fois et si courageusement exposé leur vie pour la défense de la religion et du trône. De toutes ces données politiques, jusqu'alors inconnues ou mal appréciées, il fit un très-bon ouvrage historique sur V origine de la Chouannerie, les Chouans du Bas-Maine. M. Descépaux est mort en 1859, emportant l'affection de sa famille et l'estime de ses nombreux amis.

Coutard , Louis-François, comte de. — Né à Ballon, petite vlile du Haut-Maine , le 19 février 1769, de bons agriculteurs du pays, «. Louis-François Coutard, dit M. de Riancey, son biographe, se destinait à l'état ecclésiastique ; une malice et un coup de tête en décidèrent autrement, et le jetèrent dans le métier des armes. »

En effet, alors qu'il terminait sa réthorique, une espièglerie de collège, suivie d'une forte réprimande, occasionna son engagement spontané dans le 26me régiment d'infanterie, en 1787, alors qu'il avait à peine 18 ans.

Revenu à Ballon en 1791, il s'enrôla dans les volontaires du 1er bataillon de la Sarlhe, où se montrèrent, avec distinction, plusieurs autres enfants du Maine ; et dans lequel il rentra bientôt, après une courte apparition aux gardes à pied de Louis XVI.

Payant partout de son dévouement et de sa personne, il monta rapidement en grade, au milieu des armées républicaines. Ses principes religieux et ses opinions politiques devaient quelquefois lui rendre un pareil service difficile et même pénible. Mais, loyal soldat, il suivit son drapeau, voyant avant tout la défense du pays; et nous devons le dire, à sa justification, près de ceux qui voudraient ici l'accuser, en conciliant toujours les devoirs d'un militaire avec ceux d'un homme de cœur et d'un chrétien. Il en fournit surtout la preuve, dans le Bas-Maine, après la bataille du Mans, alors qu'il commandait la garnison de Laval et de la Mayenne, en sauvant un grand nombre de victimes de la guerre civile.

M. Coutard fait une partie des campagnes de l'empire; est nommé général de division, baron, par l'empereur. A la Restauration, il entre dans une voie plus conforme à ses opinions, à ses croyances ; est nommé commandeur de la Légion d'honneur, dont il avait mérité de franchir successivement les premiers degrés ; en 1816, comte; en 1821, grand-officier de l'ordre; en 1822, commandant de la lre division militaire, à Paris ; en 1824, grand-croix de Saint-Louis, gentilhomme de la chambre du roi, chargé de la garde des enfants de France ; en 1826, sous Charles X, commandant supérieur de Paris; en 1828, député delà Sarthe; en 1829, grand'-croix de la Légion d'honneur. En 1830, il donna sa démission de toutes les places qui le mettaient en rapport avec le gouvernement de Juillet; rentra dans la vie privée pour n'en plus sortir, et mourut le 19 mars 1852.

D'un caractère généreux, d'un esprit élevé, d'un mérite vrai, bien différent de ces nullités si ridiculement prétentieuses qui « se sont donne la peine de naître, » ou de ces parvenus sans valeur, qui n'ont du leur apparente élévation qu'aux chances du hasard , M. Coutard ne reculait pas, à l'occasion, pour donner aux uns et aux autres les leçons qu'ils méritent si bien. Nous n'en citerons qu'un exemple, mais de nature à ne pas rester sans enseignement,

Un jour, aux Tuileries, en présence du Dauphin et d'une partie de la Cour, le général parlait de son origine, et répétait hautement qu'il était fils d'un simple paysan : « Comte Coutard, lui dit, avec le ton du reproche, l'un des courtisans du prince, il n'est pas besoin de rappeler ces particularités. » « Mais, Monsieur le duc, repartit le général avec l'accent de la plus noble franchise : est-ce que d'hasard vous croyez que je le fais par modestie? » Il était difficile de répondre plus juste et plus à propos.

Dubois de Montulé, Edouard-Renè-Pierre-Charles, — né au Mans, le 12 mai 1792, embrassa la carrière militaire, et devint officier dans les armées françaises. Retiré du service, il entreprit plusieurs voyages éloignés, dont il a donné des relations assez intéressantes pour exciter le regret que l'auteur n'eut pas suffisamment étudié les sciences physiques, chimiques, naturelles, etc., dont il fait, dans ses récits, des applications quelquefois hasardées, ou mômes fautives. De 1816 à 1819, il visita l'Amérique, l'Italie, la Sicile, l'Egypte; de 1821 à 1823, l'Angleterre, la Russie, etc. Il joignit au texte de ses ouvrages des atlas curieux, et mourut au Mans, le 1er mars 1828.

Jolivard, André, né au Mans, vers 1787, montra de bonne heure les plus heureuses dispositions pour la peinture, surtout dans le genre du paysage, qu'il devait enrichir de ses tableaux nombreux et d'un vrai mérite. Élève du célèbre Bertin, peintre de paysages historiques, et chez lequel on vit souvent, avec la correction du dessin, l'inconvénient « de jeter la nature dans un moule uniforme et de convention, » il eut le bon esprit de

s'approprier les qualités de son maître en évitant ses défauts ; et même en créant, pour ainsi dire, un genre complètement opposé au sien.

Aussi, les paysages de M. Jolivard se distinguent-ils, surtout, par la naïveté, la vérité de l'expression. La nature ne s'y trouve jamais travestie, défigurée par les afféteries de Tari; on pourrait presque dire qu'elle y néglige quelquefois jusqu'aux plus simples ornements, afin de paraître dans toute sa réalité. Pour ceux qui jugent par instinct et sans préoccupation artistique, c'est un mérite incontestable. En effet, c'est un portrait exact de la chose représentée, où le peintre ne permet aucune confusion des sites, des arbres et môme des plantes en végétation sur le sol.

On a reproché quelquefois à M. Jolivard la sévérité, le défaut d'éclat de ses compositions, sans réfléchir qu'elles ont été faites dans le Bas-Maine, où les paysages ont un aspect sévère ; dans l'automne, où le feuillage a perdu ses teintes brillantes; que ces compositions sont des portraits sérieux et non des tableaux de fantaisie ; enfin que l'auteur, à la fois naïf et mélancolique, a dû leur imprimer tout naturellement le cachet de son caractère. Affectueux et bon, M. Jolivard, comme tous les hommes d'un talent véritable, modeste et même timide, a mieux su travailler que faire valoir ses œuvres, dont les qualités essentielles seront, peut-être, dans l'avenir, mieux appréciées de ceux qui préfèrent, aux illusions les plus brillantes, la vérité dans toute la simplicité de son expression. M. Jolivard est mort, à Paris, des suites d'un coup de feu reçu à sa fenêtre, pendant l'insurrection occasionnée par le coup d'Etat, au 2 décembre 1851.

Lalande, Julien-Pieure-Ainne, — né au Mans, le 13 janvier 1787, fit de solides études et montra, de bonne heure, un goût prononcé pour les travaux sérieux. Entré dans la marine militaire, il y parcourut sa carrière avec distinction, pour arriver au grade élevé de vice-amiral ; et, par les degrés successifs, au titre de grand'eroix de la Légion d'honneur. Il était membre du Conseil de l'amirauté ; commandait l'escadre fran-

çaise dans POrient,en 1840. Jouissant de raffection,de l'estime de ses concitoyens, il fut nommé député du Finistère, membre du Conseil général de la Sarthe; et, dans toutes les relations publiques ou privées qu'il eut occasion d'entretenir, se lit constamment remarquer par la distinction de son esprit, la solidité de son jugement, la loyauté de son caractère et la bonté de son cœur. Il mourut, à Paris, le 2 mars 1844.

Guillois, Ambroise, — né à Laval, en 1796, embrassa l'étal ecclésiastique, devint curé de Notre-Dame-du-Pré, au Mans ; se distingua par son amour de l'étude et du travail. Publia, sur la religion, plusieurs ouvrages utiles, entre autres : « La nouvelle Explication du Catéchisme, » enseignement pratiqueront le succès justifie le mérite. M. Guillois mourut, au Mans, le 8 décembre 1853.

Vallée, Platon, — né à Rouez-en-Champagne, commune à 5 kilomètres sud de Sillé-le-Guillaume, Sarthe, le 27 mai 1794, fut heureusement doué de la nature, entouré, dès son berceau, par les soins les plus tendres, les plus intelligents : car une mère parfaite, sous tous les rapports, lui donna cette première éducation de l'enfant, que rien ne remplace et qui décide bien souvent de l'avenir de l'homme ; car son oncle, M. Vallée, respectable curé de Neuvillette, paroisse voisine de celle de Rouez , se chargea plus tard du facile développement des qualités de son esprit, de son cœur, et lit, pour son jeune élève, ce que le père de Montaigne avait effectué pour son fils, en mêlant au charme de la littérature celui de la musique, dans son affectueux enseignement; ce qui nous explique le goût particulier que P. Vallée conserva pour l'une et pour l'autre pendant toute sa vie, dont elles devinrent les plus agréables distractions, au milieu des ennuis et des fatigues d'une profession quelquefois bien pénible.

Vers 1805, il entre au collège de Vendôme, et s'y distingue de manière à laisser, dans cet établissement justement renommé, les plus honorables souvenirs. Pour échapper à ce broiement de la jeunesse par les roues du char triomphal de l'empire, P. Vallée, dont la vocation médicale s'était déjà

prononcée, fut obligé d'entrer provisoirement dans la carrière de renseignement, et se fit, en 1811, recevoir à l'École normale.

En 1814, libre de suivre sa première impulsion, il vint étudier la médecine à Paris, et reçut le diplôme de docteur, le 30 septembre 1820. Ce fut ensuite au Mans, au milieu de sa digne famille et de ses nombreux amis, qu'il voulut exercer les fonctions si difficiles de son art avec zèle, dévouement et distinction ; ne mesurant môme pas toujours, sur la faiblesse de sa constitution physique, les fatigues de sa profession, les préoccupations sociales et politiques auxquelles il s'exposait ; d'où résultèrent des atteintes graves à la santé de cet excellent philanthrope, qui jointes, à celles plus pénibles encore, des cruels chagrins du cœur, précipitèrent sa chute, et l'entraînèrent avant l'âge. Platon Vallée mourut, au Mans, le 14 juillet 1856, justement regretté de sa bonne famille, de ses amis, de ses nombreux clients et des pauvres dont il se montra le consolateur et l'appui.

Triger, Jules, — né à Mamers, département de la Sarthe, le 11 mars 1801, fit des études sérieuses dans les collèges de cette ville, de La Flèche et de Paris. Porté, comme tous les hommes d'une vocation spéciale, vers ses travaux de prédilection, il suivit assidûment les cours du savant Gordier, en 1825, sur la géologie, science aux utiles et grandes applications, par lesquelles il devait lui-môme acquérir de véritables et légitimes droits à la reconnaissance du pays ; en devenant, par le fait, ingénieur civil môme avant la création du corps, en 1830.

En 1833 et 1834, M. Triger fit au Mans des cours de géologie pratique suivis par un auditoire nombreux et capable. Ces cours ont répandu le goût d'une aussi belle science dans toute la province du Maine, laissé d'honorables et précieux souvenirs. En 1834, il exécute un tracé positif entre les villes du Mans et d'Àlençon, pour la canalisation de la Sarthe, avec approbation des hommes les plus compétents : tracé qui se trouve conforme à celui que suit aujourd'hui le chemin de fer dans le môme parcours.

Chargé d'exécuter la carte géologique du département de la Sarthe, notre habile compatriote remplit, avec un véritable talent, celle grande et dit'lieile tâche, en adoptant un quarantemillième comme échelle de proportion, plus grande, par conséquent, ici, que dans les autres cartes du même genre, et permettant à Fauteur de plus intéressants et plus nombreux détails.

Ce beau travail a présenté déjà, comme plus utiles conséquences pratiques : 1° la connaissance positive des nombreuses couches géologiques du département de la Sarthe, avec les applications industrielles, scientifiques, etc., qu'elle doit amener; 2° l'exploitation des pierres meulières exportées à l'étranger ; 3° la fabrication du sel d'Epsom au moyen de la dolomie, découverte en 1835, aux environs de Fresnay ; 4° l'ouverture de différentes mines, dont il créa lui-même plusieurs établisse ments dans le Maine, etc.

Audacieux dans ses conceptions, comme tous les hommes qui comptent, pour l'exécution, sur les ressources de leur intelligence, M. Triger, après avoir sérieusement étudié le bassin houiller de Châlonne, Maine-et-Loire, propose à M. le comte de Las Cases l'exploitation d'une mine de charbon sous le lit même du fleuve. Les difficultés d'une pareille entreprise offrirent le remarquable avantage d'amener, par nécessité, notre savant géologue, à sa belle et précieuse découverte de l'air comprimé dans ses applications fécondes aux grands travaux de ce genre. Aussi ne tarda-t-elle pas à se trouver employée au sauvetage des navires, en France, en Belgique, en Angleterre, etc., d'après les instructions données par l'auteur; aux fondations des ponts, des aqueducs, etc.

Cette invention remarquable est tellement aujourd'hui regardée comme l'imprescriptible propriété de notre compatriote, qu'en Belgique, dans les écoles centrales des mines, on la mentionne toujours sous le titre do Procède Triger ; que, lors de son emploi dans la construction, sur le Rhin, à Kehl, des fondations du pont destiné au chemin de fer, les ingénieurs, par erreur sans doute, l'ayant présentée comme une décou-

verte anglaise, plusieurs membres de l'Académie des sciences réclamèrent en faveur de M. Triger, par la voie du Moniteur ; enfin, qu'en 1852, l'auteur obtint, pour cette découverte, le grand prix de mécanique. Il avait, en 1844, été nommé chevalier de la Légion d'honneur.

M. Triger, aujourd'hui correspondant du ministère de l'instruction publique, pour la Sarthe, se distingue à la fois par les qualités pratiques de ses connaissances profondes en géologie ; par l'obligeance, l'aménité, la bienveillance de ses relations. Différent, en effet, du plus grand nombre des spécialités célèbres, il se met naturellement à la disposition de ceux qui réclament les conseils de son expérience ; aux risques même de voir ses idées et ses découvertes exploitées par d'autres. Toujours beaucoup plus occupé de la diffusion, des progrès de a science, que des intérêts et des succès d'amour-propre du savant.

Gendron, Esprit, — né à Château-du-Loir, Sarlhe, le 3 juillet 1794, après avoir fait de bonnes études, vint à Paris suivre les cours de la faculté de médecine, et ne tarda pas à donner des preuves incontestables de son aptitude et de son véritable savoir, dans les concours des hôpitaux et dans ceux de l'école pratique dont il fut un des lauréats.

De retour dans sa ville natale avec le titre de docteur, brillamment conquis, il acquit bientôt la réputation d'un habile et savant praticien, non-seulement en médecine, mais encore en chirurgie; non-seulement dans les environs de sa résidence, mais encore dans toute la province du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, etc.

Entré dans les voies administratives , il devint maire de Château-du-Loir pendant longues années; membre du Conseil général de la Sarthe jusqu'à son décès. Il reçut la croix de la Légion d'honneur, comme une bien juste récompense des nombreux services qu'il avait rendus par ses travaux administratifs et surtout des succès importants obtenus dans son exercice de la chirurgie, de la médecine pratiques.

Apprécié comme un homme de valeur positive par ceux qui il 45

jugent sans prévention, M. Gendron a laissé les souvenirs de son exercice en médecine, et plusieurs ouvrages importants sur cet art, comme des preuves incontestables à l'appui de cette consciencieuse appréciation. Cet honorable praticien est mort victime de son zèle, dans la force de son talent, le 19 décembre 1860, à Ghâteau-du-Loir, laissant un vide réel dans la science; dans l'affection, l'estime de sa famille et de ses amis.

Aisjubault, Prosper-Auguste, — né au Mans, le 19 janvier 1797, y fit de solides études et s'engagea dans la carrière du notariat. Mais son amour de la science, du travail; son esprit essentiellement observateur; son goût particulier pour l'histoire naturelle, devaient en décider autrement; et, comme pour tous les caractères appelés vers un but spécial, ici la vocation l'emporta sur les arrangements de famille et d'intérêt.

Autant qu'il put, en remplissant tous ses devoirs auprès de son patron, employer ses loisirs aux recherches sérieuses qu'il affectionnait , au mutuel échange de ses connaissances pratiques avec celles des naturalistes du pays, M. Anjubault supporta la diversion que le soin des affaires imposait à ses occupations favorites ; mais une fois notaire vers 1832, relégué dans la petite localité de Vallon, il comprit, par la force même des choses, que là n'était pas sa place ; et non par instabilité de caractère, mais dominé par une impérieuse vocation, négocia de sa charge, après un an d'exercice; revint au Mans pour y reprendre, avec plus de liberté, ses études privilégiées et son commerce avec les savants.

Cette généreuse décision fut une bonne fortune pour la botanique, la zoologie, et spécialement pour l'entomologie, l'ichtyologie du Maine ; pour notre magnifique bibliothèque départementale, dont il devint, en 1834, l'habile et si dévoué conservateur, que sa mention biographique, pour éviter les répétitions, ne pourra se compléter dignement qu'avec l'histoire abrégée de ce bel établissement, où, depuis plus de 26 ans, il a mis un tel ordre, un si parfait arrangement, qu'il nous est permis d'affirmer que si quelques-uns eussent pu faire aussi bien, nul assurément n'eût fait mieux que lui.

M. Anjubault, l'un des membres les plus distingués et les plus utiles de notre Société d'agriculture, sciences et arts, n'a pas cessé d'enrichir ses bulletins de travaux essentiellement pratiques, au nombre desquels nous remarquons surtout : l'historique de cette Société; des observations nouvelles sur les animaux vertébrés; des recherches savantes sur les causes de l'improduction des pommiers à cidre, etc.

Coquereau, Félix, — né à Laval, Mayenne, le 27 novembre 1808, de M. Coquereau, conseiller de préfecture de cette ville, ayant combattu très-honorablement sous l'empire, et comme les biographes n'ont point manqué d'en faire le rapprochement : « ayant donné sa démission en 1830, pour ne pas prêter serment à la royauté citoyenne, que son fils consentit à servir avec tant de dévouement et de prédilection. » Ils ont encore ajouté que M. Félix Coquereau était allié par sa mère, Mlle de Cormerey, à MM. de Hercé, évêque de Nantes, de Gheverus, archevêque de Bordeaux; et, par son père, à plusieurs chefs de ce nom, qui s'étaient rendus fameux dans les guerres de l'Ouest, entreprises pour la défense de la religion et du trône légitime : faits qui, d'après eux, ne diminuent pas l'importance et l'opportunité du rapprochement entre la conduite du père et celle du lils.

M. Coquereau, livré d'abord à l'étude suivie du droit, avait été reçu avocat, se faisait remarquer, dans le monde élégant de son pays, parle soin étudié de sa mise et la recherche prétentieuse de ses manières; lorsque tout à coup, et sans transition appréciable, on apprend, avec le plus grand étonnement, qu'il est entré au séminaire de Vannes; qu'il a quitté l'habit du fashionable pour la soutane du prêtre.

Ordonné en 1833, il exerça le ministère dans la Sarthe pendant deux ans, pour aller ensuite, comme vicaire, à Laval. Des critiques trop sévères, nous le croyons du moins, ont dit qu'il avait alors plutôt les manières délibérées d'un aumônier de régiment , que la sérieuse réserve d'un ecclésiastique de paroisse; et prenant acte de quelques propos indiscrets, inconsidérés, d'une jeunesse inexpérimentée, sont allés jusqu'à pré-

tendre qu'avant de s'engager dans une carrière aussi grave il n'avait pas suffisamment cousulté son caractère et sa vocation. Toutefois d'autres ont rendu plus de justice à ses bonnes qualités : « Sa vivacité, dit l'auteur de la Biographie du clergé contemporain , s'était dirigée tout entière vers le goût des bonnes œuvres. Ses condisciples n'ont pas oublié combien il était affectueux et dévoué : la piété, chez lui, était pleine d'aménité. »

Il fallait, à cet homme remuant et passionné, du mouvement, du bruit, de l'espace et de l'imprévu ; le calme et les étroites limites d'une cure de campagne ne pouvaient lui convenir. Sans réunir toutes les qualités d'un grand orateur chrétien, il en possédait assez pour se livrer à la prédication, d'ailleurs dans ses goûts ; il en fit son occupation essentielle avec assez de fruit, de bonheur surtout.

« Ce jeune orateur, dit le biographe déjà cité, n'est point classique, il s'en faut beaucoup. Il appartient plus à l'école de M. Victor Hugo qu'à celle de M. Frayssinous. Ses hardiesses n'ont point de terme, lorsqu'il s'en permet; il verse à flots, plutôt qu'il ne distribue avec art, les couleurs de la poésie, si elles lui tombent sous la main : le fracas séduit son imagination. » De 1837 à 1839, il prêcha des stations à Brest, à Nantes, à Lorient, etc. Le biographe ajoute, à cette occasion : a Son genre d'éloquence, sa bonhomie juvénile, la simplicité quelque peu cavalière de ses habitudes, l'avaient rendu singulièrement cher aux populations qu'il évangélisait... Son caractère, bizarrement mélangé de fougue et de laisser-aller, avait séduit les officiers et les soldats de la marine, qui tous disaient de lui : C'est un bon enfant. »

Les esprits sévères ne manquaient pas, au contraire, de faire observer : « Qu'on n'achète une pareille popularité qu'aux dépens de sa dignité sacerdotale ; qu'en fréquentant les soldats, M. Coquereau prenait leur allure; qu'il était de trop bonne composition pour les banquets; portait trop joyeusement ses toasts; qu'il avait en chaire des façons communes ou préten-

tieuses; recevait ses visites en robe de chambre, la pipe à la bouche, etc. »

Ces reproches, même en y faisant la part d'un peu de rigueur, n'étaient malheureusement pas sans portée ; le caractère sérieux du prêtre eut quelquefois à souffrir des libertés du prédicateur, qui cependant eut assez de succès pour qu'en 1840 V abbé Bon-Enfant obtînt sa nomination d'aumônier de la Belle- Poule, frégate chargée de rapporter les cendres de Napoléon à Paris, sous le commandement du prince de Joinville; et qu'en 1841, après un sermon à Saint-Roch, il fut, par Louis-Philippe, aux pressantes sollicitations de Marie- Amélie, nommé chanoine de Saint-Denis.

Les reproches faits jusqu'ici a M. Coquereau n'ont porté que sur des excentricités de caractère ; mais il en est un beaucoup plus sérieux que viennent adresser à sa conscience les biographes mécontents de ce qu'il écrivait dans sa relation du voyage de Sainte-Hélène, sans doute enivré des succès qu'il venait d'obtenir. Comment en effet l'abbé Coquereau, en opposition avec les nobles résolutions de son père, les actes méritoires de sa famille, ses premières opinions politiques, religieuses, le sacré caractère dont il est revêtu, s'est-il assez oublié pour tracer inconsidérément ces lignes si regrettables, à l'occasion de quelques oppositions relatives à l'expédition de Sainte- Hélène?

« Aussi, sauf quelques malheureuses organisations à qui le sens de ce qui est juste et louable semble avoir été refusé, tous applaudirent à ce projet du Gouvernement. » L'auteur de la Biographie du clergé comtemporain s'empresse de répondre à cette inqualifiable apostrophe par ces justes réflexions : « Les légitimistes n'avaient rien à faire ici : l'injure est assez vive, assez gratuite, assez inutile pour qu'on la repousse au nom de la délicatesse, du patriotisme et des principes du style. J'aime à croire que Louis-Philippe ne demandait pas qu'on ravalât ses adversaires pour le relever :si M. Coquereau s'imagine lui avoir failun sacrifice agréable, il s'est probablement trompé: il a dès lors commis non-seulement une faute, mais une maladresse. »

Lorsque l'on sait d'ailleurs que des hommes tels que Chateaubriand, Lamartine, etc., s'étaient montrés au nombre de ces opposants qui ne voulaient pas qu'on dépossédât Napoléon de son rocher de Sainte-Hélène, on se demande alors, en lisant l'étrange appréciation de M. l'abbé Goquereau, de quel côté se trouvent réellement « les organisations malheureuses à qui le sens de ce gui est juste et louable semble avoir été refusé? »

Après avoir apprécié notre compatriote au point de vue de l'orateur, le même biographe l'envisage avec aussi peu d'indulgence comme écrivain. A propos des Souvenirs de Sainte- Hélène, il ajoute en effet : « Ce n'est point là, il faut en convenir, son plus beau côté. Voici la première chose qui se remarque à l'ouverture du livre : l'auteur n'a pas l'habitude d'écrire. Sa phrase est faible et pénible; sa pensée a peine à se faire jour sous l'écorce mal polie de l'expression; il est emphatique, surabondant; et la grammaire elle-même éprouve des affronts... Les Souvenirs ne sont pas le fruit de longues veilles... On n'arrive en tout, à la vraie science, qu'après de grandes initiations, et la publicité maltraite ceux qui jouent avec elle. »

C'est peut-être en effet le plus grand tort de M. l'abbé Coquereau, pendant toute sa vie; celui qui certes a le plus contribué au succès de ses contradicteurs; mais comme les chances trèsheureuses de son élévation ont dû presque nécessairement lui susciter des envieux, il faut, pour être équitable dans l'appréciation positive d'un semblable personnage , prendre un juste milieu entre les critiques exagérées de ses détracteurs, et les éloges excessifs de ses panégyristes. M. Coquereau est aumônier en chef de la flotte, membre de la Légion d'honneur, etc.

Voisin, Auguste, — né àSaint-Calais, le 12 juin 1813, sentit, dès son enfance, une vocation particulière pour l'état ecclésiastique, sous les inspirations et les enseignements du vénérable curé de cette ville : M. Beucher-du-Bourgneuf. Il entre au petit séminaire de Tessô en 1830; est ordonné prêtre en 1837. Poussé par un amour de l'étude, qui sera toujours sa passion dominante, il se fait, en 1841, recevoir moine à l'abbaye de

Solesmes, pour y travailler plus à loisir et sans distraction. De 1843 à 1845, il fait le voyage de Rome pour s'instruire dans les sciences liturgiques et monumentales surtout. Revient à Saint-Benoît du Mans exercer les fonctions de vicaire; et, vers 1854 , est nommé curé de Maisoncelles, paroisse de la Sarthe. En 1857, il se fixe définitivement au Mans; s'y livre particulièrement aux études archéologiques, littéraires, historiques, avec l'assiduité, la patience d'un bénédictin, comme il faisait antrefois à Solesmes; concourant, avec obligeance, par ses utiles recherches, aux progrès intellectuels de notre province.

Membre de plusieurs Sociétés savantes, M. l'abbé Voisin a payé son tribut dans chacune d'elles par des travaux consciencieux sur l'histoire locale du bas Vendômois, du Maine, de la ville du Mans, etc ; sur l'archéologie de ses localités : objet de ses continuelles études. Au nombre de ses publications nous signalerons particulièrement : « Les Génomans anciens et modernes, une Notice historique sur le Vendômois, les Vies de saint Julien, saint Calais, etc. »

Guéranger, Edouard-Auguste-François. —Né à Sablé-sur- Sarthe, le 6 avril 1801 , M. Edouard Guéranger fit de bonnes éludes classiques, et fut conduit, par une vocation, par une aptitude spéciales, à celle des sciences naturelles. Reçu pharmacien, avec distinction, vers 1823, il exerça jusqu'en 1845, de la manière la plus honorable, cette utile et consciencieuse profession ; que l'altération d'une santé délicate le força d'abandonner aux soins, également habiles et si dévoués, de son digne successeur : M. Jules Bonhommet.

Dégagé des fatigues incessantes que cette profession imposait à sou louable zèle, M. Guéranger consacra désormais tout son temps à ses études privilégiées et s'empressa de rendre, par la ihéorie, d'importants services, comme il l'avait déjà fait parla pratique, en ouvrant et professant, pour les hommes studieux, des cours gratuits de chimie appliquée aux arts ; de géologie, de paléontologie, etc.

Collaborateur du Journal de Chimie Médicale, etc., M. Guéranger y fit insérer, ainsi que dans plusieurs autres journaux

712 h ki xiï.mi: BMPIRE.

scientifiques, un grand nombre d'articles utiles sur l'histoire

naturelle, et particulièrement sur la chimie médicale, judiciaire, industrielle, agricole, etc. Parmi ses publications, nous distinguerons surtout : Leçons de chimie appliquée à l'agriculture; brochure sur la Flore de la Sarthe ; les Irrigations; la Paléontologie du département; Faction du Sel en agriculture, etc. Membre de la Société de Chimie médicale de Paris, des Sociétés scientifiques de FYonne, d'Angers, de la Sarthe. dont il a plusieurs foisété président, etc., M. Edouard Guéranger ne pouvait manquer, par ses importants et consciencieux travaux, d'obtenir plusieurs distinctions honorifiques, prix mérités de 1828 à 1860 dans plusieurs concours : à Paris, chimie médicale, médaille d'argent ; à Toulouse médaille d'or ; au Mans, agriculture pratique, médaille d'argent, par le comice agricole ; horticulture, médaille d'argent, etc.

Toujours utilement occupé de ces diverses branches des sciences naturelles, M. Edouard Guéranger pourra, nous l'espérons du moins, rendre longtemps encore, sous ce rapport essentiel, de véritables services à son pays.

Voisin, Félix, — né au Mans, le 30 novembre 1794, fit de bonnes études classiques et médicales ; fut reçu docteur en 1819. Elève distingué de Pinel et d'Esquirol, maîtres illustres dans l'importante spécialité des aliénations mentales, dont ils ont éclairé si puissamment la théorie; dont ils ont véritablement créé la pratique en la rendant, à la fois, logique? humaine et fructueuse, M. Félix Voisin se trouva naturellement porté vers l'observation particulière de ces maladies. Avec une aptitude remarquable, avec d'aussi précieuses leçons, il ne tarda pas à devenir lui-même une autorité sérieuse dans cette utile et noble carrière. Aussi, dès l'année 1821, eut-il l'heureuse pensée de s'associer au savant , à l'excellent docteur Falret, élève éminent des mêmes professeurs, pour fonder à Vanvres, près Paris, un magnifique établissement de santé pour les aliénés : établissement dont les grands succès ont justifié l'excellente renommée.

Décoré en 1841, médecin des hôpitaux de Paris, suivant

avec fruit la route honorable qu'il s'est tracée, M. Félix Voisin, au premier rang de ses nombreux travaux, a publié plusieurs bons ouvrages sur l'aliénation mentale, sur les maladies nerveuses, la philosophie médicale, etc.

Houdbert, Victor-Michel, — né à Paris, le 7 février 1800, fit de très-bonnes études classiques au collège du Mans, suivit les cours de droit à l'Ecole de Paris, fut reçu licencié en 1823, entra dans la magistrature et remplit les fonctions de substitut, ensuite de juge au tribunal civil du Mans de 1827 à 1860.

L'un des membres les plus distingués de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, M. Victor Houdbert a pris une part active aux travaux de cette compagnie, payé son tribut d'une manière avantageuse par différentes brochures et comptes rendus sur la littérature, les sciences, les arts, l'histoire locale, etc. : travaux intéressants, utiles, où se font remarquer la valeur du fond et la correction de la forme.

Au nombre de ces publications, nous indiquerons surtout : un Rapport sur les travaux delà SociétéPhilharmonique,1836; Esquisse sur l'histoire scientifique, littéraire et artistique de Maine , 1840 ; du Genre burlesque et des Œuvres de Scarron, compte rendu pour un concours, 1850 ; Projet de réunion à la ville du Mans des communes de Sainte-Croix, de Saint-Pavin et de Saint-Georges, 1853; Rapports sur les travaux de la Société de Saint-Vincent-de-Paul , depuis son institution au Mans, 1 vol. in-8° ; Routade sur le jeu du Wist, formant le spirituel et facétieux pendant à celle de M. Houdbert père sur le jeu de Roston, remarquable, ainsi que plusieurs autres pièces de vers du même auteur, parla finesse des aperçus et par la grande facilité d'exécution.

Guéranger, ï)om Prosper-Louis-Pascal. — Né à Sablé-sur- Sarthe, le 6 avril 1805, M. Prosper Guéranger embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique ; ordonné prêtre, il devint secrétaire particulier de Monseigneur de la Myre, évoque du Mans, qui l'affectionnait beaucoup. Fort de ses bonnes éludes et poussé par un grand amour du travail, il se constitua le res-

DEl MliME EMPIRE.

tauratcur de l'ordre des Bénédictins de France ; et le 11 juillet 1833 prit, comme nous l'avons dit, possession de l'antique monastère de Solesmes, dont il fut prieur pendant quatre années; secondé, pour celte noble entreprise, par neuf religieux voués à la règle de saint Benoît. Vers le 1er septembre 1837, il reçut le titre d'abbé, lorsqu'à cette date, le prieuré de Solesmes fut élevé au rang d'abbaye, par un bref de Grégoire XVI.

Dom Guéranger, écrivain religieux, moraliste, laborieux comme tous ceux de cet Ordre, est auteur de plusieurs ouvrages estimés , au nombre desquels nous citerons surtout : « de l'Élection et la Nomination des Évoques, 1 vol. in-8"; Origines de l'Église Romaine, 1 vol. in-4°; Institutions liturgiques, 3 vol. in-8°; Essai sur le Naturalisme contemporain , 1 vol. in- 8° ; Histoire de sainte Cécile, 1 vol. in-12; l'Année liturgique, 12 vol. in-12, en voie de publication. »

Nommé, par le vénérable Pie IX, membre de la Société des Rites, notre savant abbé de Solesmes s'est encore avantageusement révélé par des brochures, des articles, dans les revues, les journaux, sur diverses questions religieuses.

L'Histoire de l'Église du Mans, dont la publication est très-avancée, par domPiolin, est encore un des ouvrages, qui, d'après son étendue, son importance, font honneur à l'abbaye de Solesmes.

Etoc-Démazy, Gustave-François, — né au Mans, le 30 juillet 1806, après avoir fait de fortes études dans le collège de cette ville, embrasse la carrière médicale, et s'y fait bientôt remarquer par son amour du travail et de la science. Esprit sérieux, réfléchi, caractère persévérant, doué de ce tact particulier qui ne se donne pas, mais qui se développe et se perfectionne, après avoir acquis les solides connaissances du véritable savant, il ne tarde pas à manifester les aptitudes assez rares d'un bon, d'un utile praticien. Son goût et les circonstances le portèrent plus spécialement vers le traitement des aliénations mentales. Nommé, en 1830, médecin en chef du magnifique Asile de la Sarthe, il remplit cette pénible et difficile mission, comme il

aurait fait toute autre dans son art, avee intelligence, habileté, conscience et dévouement. M. Étoc-Demazy est auteur de plusieurs ouvrages très-estimés sur les aliénations mentales.

Indépendamment de ces avantages qui suffiraient à la réputation d'un médecin très-distingué , M. Ëtoe-Démazy nous en offre encore d'autres, qu'il est impossible de ne pas au moins énumérer, puisqu'ils complètent son caractère d'homme de cœur, de dévouement et de résolution. En 1830, au concours pour l'internat des hôpitaux, il fut reçu le premier : titre qui prouve, à notre sens, un peu plus que le diplôme de docteur. En 1832, il fit si courageusement, à la Salpétrière , le service médical pendant le désastreuse épidémie du choléra, qu'une médaille lui fut décernée. En 1837, l'académie royale de médecine l'admit au nombre de ses membres correspondants. Successivement nommé président du conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Sarthe ; du comité consultatif de la médecine cantonale. Après avoir fait , pendant 23 années, gratuitement, le service de médecin des épidémies, d'après son rapport sur celle de 1854, il reçut une médaille du ministère, sur présentation de l'académie. Enfin, M. Etoc- Démazy a tant et si bien fait pour notre Asile départemental , si bien dirigé , que sa mention biographique ne pourra dignement se compléter qu'à l'article de cet utile et bel établissement. Qu'il nous soit du reste permis d'exprimer ici toute notre satisfaction d'avoir eu pour élève un médecin remarquable par le talent, plus remarquable encore par les qualités du cœur, puisqu'il nous impose l'obligation de rappeler un aussi bon souvenir.

Montesson, Charles-Raoul, comte de, — né au Mans, le 27 septembre 1811, après avoir fait de consciencieuses, de très-bonnes études générales et spéciales, fut admis à l'école militaire de Saint -Gyr en 1829, reçu sous-lieutenant en 1831 ; lieutenant d'état major en 1833.

Tant qu'il ne se trouva point obligé de passer de la théorie à la pratique, le jeune militaire consentit, au milieu même des conditions politiques de l'époque, à ne pas briser sa carrière si

711) nu MÊME EMPIRE.

bien commencée ; mais, ce moment arrivé, sa démission, en 1834, fut immédiatement donnée, par des raisons assez faciles à comprendre ; et par des motifs Irop honorables pour avoir besoin de commentaires.

Mais d'un esprit élevé, d'une intelligence cultivée, M. de M «m tesson n'était pas un gentilhomme à dépenser toute sa vie dans les ennuis du inonde, les fatigues et les désœuvrements de la dissipation ; il chercha des consolations dans l'étude, il y trouva Futile emploi du temps, et des résultats avantageux à l'histoire locale de son pays.

Caractère franc, loyal, affable, sérieux au besoin; s'il ne s'est pas improvisé denombreuxindifférents àl'usage du monde, il s'est fait, ce qui vaut un peu mieux, des amis intimes, sincères et dévoués.

Nous remarquons surtout au nombre des travaux littéraires de M. Raoul de Montesson : « YHistoire de Vallon : » grande commune de la Sarthe ; « Le Vocabulaire du Haut-Maine, » contenant un grand nombre d'anciennes expressions en usage dans le vieux dialecte, et se retrouvant, encore aujourd'hui même, dans la plupart des communes rurales de cette province ; avec des considérations grammaticales utiles pour élucider l'origine et les développements de notre idiome actuel. Ouvrage qui joint de plus, à cet incontestable mérite, celui d'être, pour le Haut-Maine, le seul dans ce genre.

Hamon, René-Amédée. — Né au Mans, le 28 février 1814, M. Hamon fit, au lycée d'Angers, de fortes et consciencieuses études. Libre de suivre l'impulsion qui le porta de bonne heure vers la carrière administrative, il travailla son droit en homme sérieux, et fut, en 1836, reçu docteur avec distinction à la faculté de Paris.

Dès l'année 1833, il se fait avantageusement connaître par une étude remarquable de l'état des colonies, et sur la législation qu'il croit la plus utile pour en régler équilablement les intérêts souvent opposés à ceux de la France, particulièrement au point de vue de l'industrie sucrière.

Il est successivement nommé: en 1841, attaché au ministère

des affaires étrangères; en 1842, auditeur au conseil d'état, 2me, en 1846, lre classe; en 1843, chevalier de la légion d'honneur.

Plusieurs missions lui sont confiées par son ministère, en 1845, au Maroc; en 1847, en Espagne, en Suisse; il s'en acquitte, chaque fois, en homme intelligent et laborieux.

Ramené dans sa province par les dernières commotions révolutionnaires; incapable d'y languir dans une indolente et stérile inertie, M. Hamont y met ses diverses connaissances pratiques en administration à la disposition de ses concitoyens, qui le nomment successivement, de 1851 à 1860, membre du conseil municipal du Mans ; en 1848, en 1852, en 1858, membre du conseil général de la Sarthe; dont il n'a pas cessé de faire partie, dont il a rempli les fonctions, souvent même celles de secrétaire, avec autant de zèle que d'habileté. Depuis 1850, il est membre du conseil académique départemental d'instruction publique de la Sarthe. De 1843 à 1846, il a publié divers mémoires sur les études particulières des voies ferrées de ce déparlement.

Le mérite incontestable, à notre sens, de M. Amédée Hamon, est d'avoir préféré aux douceurs de l'existence oisive et si facile que permet la fortune, la vie souvent rude, pénible d'un travail consciencieux, utile au pays ; et de s'être montré, toujours, par son zèle et son aptitude administrative, à la hauteur des délégations que lui confièrent ses compatriotes et le gouvernement.

Grimault, Théodore. — Né à Marolles-les-Braults, Sarthe, le 3 juillet 1815, M. Grimault fait de solides études au collège du Mans. Entraîné de bonne heure par la tournure sérieuse de son esprit vers la magistrature , il suit les cours de droit, à Paris; est reçu docteur en 1836, d'une manière trèsdistinguée.

Nommé en 1841 substitut du procureur du roi, au Mans, il ne tarda pas à faire pressentir les succès que lui promettaient une intelligence nette, précise, un jugement sûr, un sentiment consciencieux , une élocution positive et facile. Aussi , le

20 février 1848, fut-il désigné comme procureur du roi à Mayenne : poste qu'il n'accepta point, en raison d'un motif honorable, qu'il n'est pas nécessaire de préciser ; il donna même entièrement sa démission, au commencement de 1849.

Justement estimé dans son pays, il est, en 1841, nommé membre du conseil général de la Sarthe, en remplacement de son père, décédé ; et depuis cette époque n'a pascessé d'en faire partie, comme l'un de ses plus dignes et de ses plus utiles représentants; aussi fut-il secrétaire de ce conseil de 1845 à 1848; et président, de 1848 à 1852.

Nommé en 1849, par la Sarthe, député de l'Assemblée législative, il en devint secrétaire en 1851.

En 1853, il rentre dans la magistrature, avec le titre de conseiller à la cour impériale d'Angers; et depuis 1855, avec mission de présider les assises dans le ressort de cette cour.

C'est particulièrement dans ce poste si difficile et si périlleux, même pour les magistrats d'un véritable talent, que M. Grimault a révélé toute la portée du sien: dignilé, précision, calme, patience , équité dans la tenue des audiences ; prudence , lucidité, raison, impartialité dans le résumé des débats, voilà ce qui le distingue, surtout dans ces grandes occasions.

M. Grimault est assurément un de ces hommes d'un mérite vrai, sans ostentation, que les distinctions oublieuses peuvent bien faire attendre, mais aux bons services desquels il faut nécessairement finir par céder, comme nous venons d'en avoir la preuve satisfaisante, au mois d'août 1861, par sa nomination au titre de chevalier de la légion d'honneur.

Carpentier, Marie-Joséphine-Olinde, Pape, — née à La Flèche, le 10 septembre 1815, manifesta, bien jeune encore, un sentiment poétique vrai, gracieux, mélancolique, et se fit remarquer ensuite par des compositions dans ce genre, où l'on trouve plus qu'un simple talent de versification.

Mais ce qui lui valut des éloges plus généraux et mieux mérités encore, furent son dévouement, son zèle, sa remarquable capacité pour le succès de l'œuvre si éminemment utile et fructueuse des Salles d'asile.

Une fois dans cette voie, Marie Garpentier ne cessa d'y marcher avec toute la puissance, l'autorité d'une femme supérieure, d'une femme chrétienne. Et bientôt, forte de son expérience et des nobles impulsions de son âme, publia, sous le modeste et simple titre de Manuel, un véritable enseignement à l'usage de ses collaborateurs. Dans ce touchant opuscule, dont chaque mot exprime une heureuse idée; chaque phrase, une maxime édifiante et pratique, on retrouve le cœur et l'esprit de l'auteur : c'est le plus bel éloge que nous puissions en faire ; éloge d'ailleurs bien dignement sanctionné par la couronne que lui décerna le premier Corps savant de France.

Aussi trouvera-t-on que Mme Pape, née Marie Garpentier, occupe la place qu'elle mérite si bien, en apprenant qu'elle est aujourd'hui directrice de YEcole normale des Salles d'asile de Paris.

Legeay, Fortuné, — né à Mayet, arrondissement de La Flèche, département de la Sarthe, le 28 mars 1820, fit de bonnes études au collège du Mans.

Animé du désir de s'instruire et d'occuper ensuite une place utile dans l'ordre social , il voulut faire son droit pour se frayer une carrière conforme à sa vocation.

Mais, bien jeune encore, ayant perdu son père, et se trouvant, fils unique, sous la direction d'une mère qui n'eut pas le courage de s'en séparer, il fut arrêté dans sa marche et perdit ses plus belles années sans mobile et sans impulsion.

Toutefois, rendu plus tard à son indépendance, il consacra dignement ses loisirs à des recherches historiques locales ; publia successivement plusieurs ouvrages très-utiles, notamment ses Recherches sur le canton de Mayet, son Almanach- Guide en 1860, enfin Le Guide du Voyageur au Mans, 1861.

D'un caractère franc, loyal, obligeant ; vrai, consciencieux dans ses travaux, il s'est concilié l'estime générale, au double titre d'homme et d'historien.

Après ces mentions biographiques des écrivains remarquables nés dans la province du Maine, doivent tout naturellement venir celles de plusieurs des enfants adoptifs de celte

province; et que nos lecteurs, en raison des services rendus au pays, nous sauront gré de n'avoir pas laissés étrangers à

son histoire.

Cauvin, Thomas, — né à Caen, le y juillet 1762, entra dans la congrégation de l'Oratoire, devint professeur d'histoire naturelle à l'École centrale de la Sarthe ; de mathématiques, au lycée d'Angers; des sciences physiques, à Pontivy ; revint enfin au Mans, pour ne plus le quitter et consacrer tous les instants d'une retraite honorable à des recherches historiques, littéraires, et statistiques surtout, que son assiduité, sa patience au travail lui rendaient plus faciles. Nous lui devons celles du Mans, de la Sarthe, et plusieurs autres consciencieux travaux dont il enrichit les archives de la Société d'agriculture , sciences et arts de la Sarthe, à laquelle il appartenait comme l'un de ses membres les plus dévoués et les plus laborieux.

D'un caractère obligeant, sérieux et même austère, mais honorable et sûr dans ses relations, M. Cauvin mourut, au Mans, le 7 janvier 1846.

Desportes, Narcisse-Heisri-François, — né, le 4 décembre 1776, à Ghamprond, bourg du Perche, fit de bonnes études qu'il dirigea surtout vers l'histoire naturelle, et plus spécialement encore vers la botanique, dans laquelle il ne tarda pas à se distinguer par des connaissances positives.

Etabli dans la ville du Mans, avec une partie de sa famille, il continue de s'y livrer à ses travaux de prédilection ; publie, comme fruit de savantes et consciencieuses recherches, une Flore de la Sarthe et de la Mayenne.

M. Desportes, également distingué par son érudition, fait ensuite paraître la Biographie bibliographique des écrivains du Maine, et devient conservateur du Musée départemental du Mans.

D'un caractère doux, bienveillant, aimable, d'une intelligence facile et distinguée, d'une science vraie, par conséquent modeste, il mourut, dans cette ville, le 6 juin 1856.

Edom, Jacques, — né à Alençon, le 28 août 1797, fit, de 1810 à 1815, de très-bonnes études au collège du Mans. D'un

caractère doux, bienveillant, d'une intelligence capable et réfléchie ; laborieux, assidu, zélé pour l'accomplissement de ses devoirs, ami des sciences, des lettres surtout, il comprit de bonne heure que la carrière de l'enseignement était celle qu'il pouvait fournir avec le plus de succès et d'ulilité. Aussi ne balança-t-il pas un instant pour entrer, dès l'année 1816, à l'Ecole Normale supérieure, et chacun de ses pas, dans cette belle carrière, devint-il un succès, un avancement honorable autant que mérité.

Gomme les faits ont ici bien plus de portée que les paroles, nous ferons, pour justifier nos dires, une simple énumération de ses principaux états de service. 1819, professeur de rhétorique, au collège royal d'Avranches ; 1822, professeur d'humanités, au collège royal de Caen ; 1825, censeur des études au même collège ; 1830, proviseur du collège royal d'Angers; 1831, inspecteur de l'académie de Caen ; 1848, recteur des académies de Grenoble, de Reims ; 1850, recteur de l'académie départementale de la Sarthe.

Comme témoignage de la satisfaction de l'autorité supérieure, le titulaire de toutes ces places, bien et si honorablement remplies, fut nommé progressivement, en 1831, officier de l'Université ; en 1844, membre de la Légion d'honneur ; en 1854, haut titulaire de l'Université.

Désormais fixé dans notre pays, qui devient aujourd'hui sa patrie adoptive, M. Édom prend une part active et fructueuse aux travaux littéraires et scientifiques de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, dont il est membre. Indépendamment d'un grand nombre de discours, notices historiques, biographies, etc., il a publié sur l'histoire sainte, la mythologie élémentaire, la géographie industrielle, commerciale des départements de la Sarthe, de la Manche, des ouvrages, approuvés par le Conseil de l'instruction publique, à l'usage de l'enseignement.

Wismes, Blocquel de Croix, Olivier, baron de. — Issu d'une ancienne famille du Cambrésis, de M. le vicomte de Wismes ; appartenant par sa mère à la maison de Polignac Il 46

branche cadette; neveu de M. le baron de Wismes, qui marqua, d'une manière si honorable, son passage, sous la Restauration,

dans les préfectures de Maine-et-Loire, de l'Aube, de la Côted'Or; M. le baron Olivier de Wismes, naquit à Paris, le 16 septembre 1814 ; fit au collège Saint-Louis de fortes études; et, comprenant de bonne heure les avantages du travail pour échapper aux funestes illusions de la jeunesse, acquérir une valeur personnelle, dont il recueille aujourd'hui les fruits par la réalité de son talent, l'honorabilité, la bienveillance, la bonté de son caractère, n'accorde pas un instant au désœuvrement, aux folles dissipations. En 1832, il est reçu à l'école de Saint-Cyr, mais, par des motifs que ses opinions expliquent, il ne suit pas la carrière militaire. Vers 1837, il obtient le titre de licencié en droit ; suit, avec fruit, les cours littéraires et scientifiques du collège de France, de la Sorbonne; les ateliers de sculpture, de dessin, de peinture; y devient un savant estimable, un dessinateur habile, dont les eau-fortes ont été mentionnées avec beaucoup d'honneur aux expositions de 1857, 1859 et 1861.

Porté, par la nature de ses études et par ses goûts, aux travaux historiques, littéraires, archéologiques, M. le baron de Wismes s'en occupa d'une manière d'autant plus utile qu'avec son remarquable talent graphique, il pouvait joindre, à l'exposition des faits, la représentation des objets qui s'y rapportaient essentiellement. Ce fut ainsi qu'il s'engagea dans une suite de belles et d'importantes publications ; notamment de « La Vendée historique, pittoresque et monumentale, » à sa deuxième édition ; de « L'Anjou, du Maine historique, archéologique et pittoresque ; » ouvrage d'une riche et belle exécution, bien capable de justifier, d'une manière plus que suffisante, l'introduction de l'auteur au milieu des plus honorables enfants adoptifs de notre province.

Par un grand nombre de mémoires, d'articles, de comptesrendus, soit dans les journaux scientifiques, littéraires, soit dans ses belles publications, M. le baron Olivier de W'ismes

nous prouve, en effet, qu'il n'est pas plus étranger à l'art de bien écrire qu'à celui de parfaitement dessiner.

Hucher, Eugène-Fréderic-Ferdinand, — né à Sarrelouis, Moselle, le 28 mars 1814, fit de bonnes études, et, comme tous les hommes à vocation instinctive, impérieuse, se trouva, dès son enfance, irrésistiblement entraîné vers les recherches de la numismatique et de l'archéologie.

Depuis Tâge de huit ans, il ne cessa pas de collectionner, des médailles surtout, et de chercher à reproduire, par le crayon ou le pinceau, les objets qu'il désirait connaître et conserver.

Soumis aux volontés de sa famille, il fit, à Paris, un surnumérariat bien contraire à ses goûts, dans la carrière de l'enregistrement, où se trouvait son père. Mais les richesses artistiques de la capitale offraient, à sa jeune et vive intelligence, un aliment bien autrement apprécié que celui d'une comptabilité fastidieuse, et pour laquelle il n'éprouvait aucun entraînement. Ce contact des hommes et des choses, si favorable au développement d'une première vocation, décida positivement de l'avenir du jeune Hucher : il devait être archéologue et numismate.

En 1838, M. Hucher fut envoyé dans la Sarthe, comme vérificateur des domaines. Il y remplit les devoirs de sa charge avec une consciencieuse exactitude; mais combien il regrettait le temps qu'il ne pouvait accorder à ses études favorites, privilégiées!...

Sa première publication fut : « VEssai sur les monnaies du Maine, » que suivirent un grand nombre d'articles sur la numismatique, gauloise surtout, aux solides notions de laquelle il s'est particulièrement appliqué; sur les monuments de la province du Maine, les vitraux, émaux, enseignes, sceaux, etc.

« Les Études sur l'histoire et les monuments du département de la Sarthe, et l'Histoire du Jeton, sont deux ouvrages remarquables ; dont le second, au concours des antiquités nationales pour 1859, a reçu, de l'Institut de France, les honneurs d'une mention très-honorable.

Mais l'ouvrage de M. Hucher, qui dépasse en importance,

un beauté d'exécution chromographique, toute proportion au

milieu des reproductions de ce genre effectuées par la presse provinciale, est assurément sa magnifique entreprise : des Calques des vitraux peints de la cathédrale du Mans. Entreprise gigantesque, pour l'exécution de laquelle toute la vie d'un homme semblerait devoir à peine suffire : car l'ouvrage complet formera cent planches grand-colombier, et vingt feuilles de texte, même format : il arrive actuellement aux deux tiers de l'exécution.

Par cet admirable travail, les vitraux peints de notre imposante cathédrale ne seront plus en danger d'une destruction entière, par les ouragans et les grêles qui les ont déjà si regrettablement dévastés, même de nos jours, tant la reproduction est parfaite. Aussi M. Hucher, consciencieux avant tout, ne voulant pas négliger les devoirs de sa charge, et craignant que le temps ou les forces ne lui fissent défaut pour l'accomplissement d'une pareille tâche, oubliant ses propres intérêts, s'est-il mis en disponibilité.

A partir de ce jour, il ne fut plus simplement un amateur habile, remarquable par ses travaux; il devint un véritable artiste, que la province du Maine s'honore, dès aujourd'hui, de compter au nombre de ses enfants adoptifs les plus distingués. Ajoutons, pour compléter le mérite de son œuvre, qu'elle est entreprise aux frais, aux risques et périls de l'auteur.

Nous ne pouvions mieux terminer l'Histoire de la province du Maine, envisagée dans sa belle unité primitive, qu'en faisant l'énumération des hommes qui, dans nos temps modernes, ont déjà payé leur tribut d'utilité particulière au pays qui les a vus naître, ou qui s'est empressé de les adopter comme ses enfants. Pour compléter notre œuvre , nous allons dire quelques mots sur cette même province, étudiée dans sa nouvelle disposition territoriale.

Mais, avant de passer à l'examen de cette fâcheuse division de la province du Maine, signalons, avec ses avantages et ses inconvénients, une ancienne coutume, passée dans les mœurs

de ses habitants, avec des modifications qui la rendent nuisible aux villes, sans lui conserver toute Futilité qu'elle offrait autrefois pour les campagnes.

Habitation des champs pendant la belle saison. — Dans les villes du Haut-Maine particulièrement, dans celle du Mans surtout, la classe rentière et riche abandonne la cité vers Pâques, allant habiter son manoir de la campagne jusqu'à la fin de l'automne. Les villes paraissent ainsi désertes, se trouvant réduites à ceux que leurs professions, leurs intérêts et leurs fonctions y retiennent alors dans une sorte de captivité ; mais dont un assez grand nombre s'en dédommagent souvent par des voyages à Paris, des excursions à la mer, etc.

Ces déplacements habituels et prolongés sont aujourd'hui très-nuisibles aux intérêts des cités, sans présenter, en compensation, les avantages que jadis on les voyait porter dans les champs.

De nos jours, en effet, où la cordiale philanthropie se trouve si fatalement combattue par l'égoïsme, on ne rencontre plus guère cette bonne et si douce vie de château, par laquelle on pouvait, sans se ruiner, entretenir dans un échange mutuel et constant d'excellentes relations hospitalières, cette joyeuse et franche intimité des familles amies. Un luxe prétentieux, l'onéreux cérémonial des réceptions, ont presque détruit ces antiques et cordiales habitudes ; en substituant une existence égoïste, isolée, à l'existence généreuse et patriarcale d'une époque moins brillante peut-être, mais assurément plus heureuse.

Le séjour des propriétaires à la campagne, dans ces conditions d'une sociabilité mieux comprise, avait encore d'autres avantages qu'elle présente beaucoup moins aujourd'hui. Elle entretenait des relations affectueuses, utiles, entre le maître et le fermier ; propageait, dans les campagnes, les principes d'une meilleure éducation, d'une instruction favorable aux progrès de l'agriculture, des industries, de l'hygiène publique, du bien-être, etc.; ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre, en voyant combien sont encore arriérées, sous tous ces rapports,

7!2t) DEUXIÈME EMPIRE.

les parties du Bas-Maine, ei surtout do la Bretagne, où L'habitation des propriétaires à ta campagne fut toujours à l'étal d'exception.

§ II. Division de la Province du Maine.

Toutes les innovations de la révolution française de 4789 sont loin d'avoir, après expérience, réalisé les avantages qu'on avait cru, dans un moment de chaleureux enthousiasme, pouvoir essentiellement en espérer.

Cette réflexion assez triste, sous plus d'un rapport, s'applique malheureusement trop bien à la division administrative de la France en départements , décrétée , par rassemblée constituante, le 15 janvier 1790.

On donna pour motifs de cette mesure la nécessité de substituer des divisions uniformes, réglées par des institutions identiques, à des circonscriptions disparates, sans proportion , rivales, perpétuant la diversité des coutumes, des mœurs, des intérêts, du langage. Mais, nous l'avons dit, nous ne saurions trop le répéter : la raison capitale, celle qu'on ne voulait pas avouer, était dépasser le grand niveau républicain sur les pays comme sur les hommes', de matérialiser, d'abrutir, de diviser pour imposer, plus sûrement, à la masse entière, le joug du plus immoral despotisme !

Ce but criminel fut heureusement dépassé : l'excès des abus et des perturbations ramena Tordre gouvernemental, administif, et jusqu'au rétablissement passager de la royauté légitime; sans faire, toutefois, disparaître l'égoïsme politique, individuel ; sans ressusciter le caractère, l'intérêt, l'esprit des provinces, détruits avec elles; ni même le génie public, le patriotisme national, ensevelis sous les débris sanglants de la l'évolution française de 1793.

La province du Maine subit, comme toutes les autres, ces nécessaires et fatales conséquences d'un affreux bouleversement, dont les retentissements sinistres auront des échos tris-

tement prolongés dans l'avenir!... Elle est aujourd'hui complètement déchue de son antique importance, de son valeureux pouvoir; et le nom des Cénomans, établi jadis au-delà des Alpes, redouté des autres nations, n'existe déjà plus que dans les souvenirs du passé !

Qu'on ne vienne pas surtout nous reprocher des regrets superflus, exagérés : les nôtres ne s'étendent point jusqu'aux abus de l'ancien temps, qui présenta les siens, même trèsnombreux et très-graves; comme le présent a ses abus, comme l'avenir offrira les siens, plus graves, plus nombreux peutêtre?...

Nous conviendrons, au contraire, que, dans les premières phases de la royauté légitime; lorsque le souverain n'avait pas une puissance en réalité plus forte que celle de ses grands vassaux, l'indépendance provinciale amenait souvent des conflits regrettables entre ces orgueilleux despotes ; et même des rébellions plus dangereuses contre le pouvoir suprême, alors incapable de maintenir l'harmonie si nécessaire entre ces petits gouvernements , et surtout de faire suffisamment respecter son autorité supérieure.

Mais, lorsque la royauté fut assez puissante pour dominer tous ses vassaux, pour juger ou prévenir leurs différends, leurs prétentions exorbitantes; les inconvénients de l'intérêt, de l'esprit, du caractère provincial, disparurent pour n'en laisser apparaître que les avantages de donner, à chacune des circonscriptions territoriales, un sentiment plus élevé de leur personnalité politique, de leur faculté de lutter, avec plus de vigueur et de succès, contre l'oppression du pouvoir; de rendre enfin les révolutions moins fréquentes et plus difficiles : Paris ne pouvant pas alors dicter des lois absolues à toute la France.

Dès lors, autant nous avons approuvé l'œuvre des rois dans l'abolition de la féodalité, autant nous avons peu compris, autant nous blâmons l'inconséquence du peuple dans la destruction de l'esprit des provinces ; dans le partage de ces dernières en départements.

Notre pays, si riche d'anciens souvenirs, eut particulièrement à regretter cette fâcheuse mutilation. En effet, au milieu de ceux que nous avons déjà cités, qui attestent le passage du grand peuple et les généreux efforts d'affranchissement des Cénomans envahis, nous pourrions citer encore un grand nombre de curieuses découvertes, faites, dans nos temps modernes, sur presque tous les villages de notre antique province.

Ainsi, en 1791, le fermier du lieu de TAnciennerie, commune de Sainte-Jammes-sur-Sarthe, trouva, dans son jardin, à 1 m. 30 c. de profondeur, un vase en tere contenant 840 médailles grand bronze, toutes du Haut-Empire et très-bien conservées.

Vers 1800, dans un champ de la ferme des Mortrais, commune de Saint-Gervais-en-Belin, Sarthe, on découvrit un autre vase, également en terre cuite, renfermant 50 médailles grand bronze, la plupart de ïrajan, Adrien, Antonin, etc.

Vers la même époque, au bas de la butte d'Oigny , commune de Saint-Remy-de-Sillé, un grand nombre de médailles, grand et moyen bronze, de Trajan, Adrien, Antonin, Faustine, etc.

En 1778, un meunier, nommé Chéreau, en labourant dans le champ de l'Église, près du bourg de Contres, commune voisine de Saint-Côme-de-Vair, Sarthe, brise un vase en terre contenant 200 médailles en or ; une très-rare de Marc-Antoine; les autres d'Auguste, de Tibère, de Caligula, de Claude, etc. On évalue de douze à quatorze mille francs le prix de cette découverte. Plusieurs autres médailles semblables ayant été rencontrées depuis , dans le même local, on donna, dans le pays, à ce précieux champ, le nom de : Ville-Romaine ^ de Ville-Dorée.

Nous aurions à faire rénumération d'à peu près toutes les communes du Maine, si nous voulions indiquer toutes celles où des rencontres analogues ont été faites. Ainsi, en novembre 1827, dans la partie de la forêt de Sillé comprise par la commune de Mont-Saint-Jean, assez près du chemin qui con-

duit de ce bourg à la ville de Sillé, sur la gauche, on trouva, par milliers, des médailles romaines en bronze, petit module; quelques-unes en argent, en or, qui ont été achetées par le musée du Mans. La plupart de ces médailles se rencontraient à la surface du sol, à peine recouvertes par les feuilles tombées des arbres, et par les mousses qui croissent naturellement sur ces terrains incultes.

Le Maine, plus que toute autre division ancienne de la France, eut à souffrir de cette mesure : il était autrefois puissant, renommé : depuis 1790, il a perdu ses avantages ; il est rentré dans la communauté départementale. Aussi les écrivains qui ne Font envisagée qu'à titre de Sarthe et de Mayenne, ontils été dans l'impossibilité d'en retracer les caractères essentiels, ne l'ayant étudiée qu'après sa mutilation; aussi les considérations que nous avons actuellement à présenter, sous ce double titre, ne seront-elles que le fâcheux mais indispensable complément de son histoire.

La province du Maine, avons-nous dit, par décret de l'assemblée constituante, 15 janvier 1790, fut divisée en deux départements : celui de la Sarthe, formé du Haut-Maine, d'une partie de l'Anjou, etc. ; celui de la Mayenne, du Bas-Maine, principalement. L'évêché du Mans, par une suite nécessaire des principes de cette regrettable mesure, partagé en ceux du Mans et de Laval; occupés l'un et l'autre, vers 1791, par des évoques assermentés : pour le premier, par M. Prud'homme de la Boussinière, curé de la paroisse du Crucifix; pour le second, par M. de Villar, principal du collège de La Flèche ; deux ans après, par M. Dorlodot, curé de Saint-Vénérand à Laval; aux termes du concordat, rétabli dans son unité primitive; occupé vers 1802 par Mgr de Pidoll ; enfin divisé de nouveau, en 1835, d'après les instances réitérées des habitants de la Mayenne, avec direction, pour celui du Mans, par Mgr J.-J. Nanquette, alors curé de Sedan; et, pour celui de Laval, par Mgr Wicart, évoque de Fréjus.

Nanquette, Jean-Jacques, lxxxiii6 évêque du Mains. — Né à Fumay, déparlement des Ardennes, le 6 décembre 1807,

730 DBI MÊME EMPIRE.

I\J. Nanquette se trouvait curé de Sedan, lorsqu'il fui élevé au siège épiscopal du Mans le 30 août 1855; installé le 28 novembre de la même année. D'un caractère doux, bienveillant, d'une piété sincère, niais d'une santé profondément altérée; aux piàses, depuis longtemps, avec une maladie chronique intérieure, dont chaque jour marquait tristement les progrès sur toute sa constitution physique et morale, ce digne prélat ne put entreprendre et mener à leur fin toutes les bonnes œuvres que son noble et charitable zèle ne manqua jamais de lui venir inspirer. Il mourut au Mans le 19 novembre 1861, à l'âge de 54 ans, en achevant la sixième année de son paisible épiscopat; et fut inhumé le 22 du môme mois, avec la pompe ordinaire, dans l'un des caveaux de la cathédrale.

M. Heurtebize, vicaire capitulairc, dans son digne mandement du 26 novembre 1861, signale, comme actes principaux de l'épiscopat de notre pieux évêque : l'inauguration, dans le diocèse du Mans, delà liturgie romaine, « annoncée et préparée par son vénérable prédécesseur; » son voyage à Rome, pour y rendre compte au Saint-Père de quatre années d'administration, 1857, etc.; les grands travaux de dégagement entrepris dans le chœur de la cathédrale; « l'établissement d'une maison de missionnaires à Notre-Dame-du-Chêne; ses bienveillantes relations avec son clergé, etc. »

§ III. Département de la Sartre.

Le département de la Sarthe, l'un des plus favorablement disposés de France, par sa position géographique, la nature de son climat, la richesse, la variété de ses cultures, de ses produits, de son commerce, le nombre de ses cours d'eau, de ses voies ferrées, de ses grandes routes, de ses chemins vicinaux ; le bon état, l'entretien satisfaisant de tous ces moyens de communication; la situation à peu près centrale de son chef-lieu; se trouve aujourd'hui formé du Haut-Maine, moins quelques petites concessions en échange desquelles il a reçu plusieurs

communes faisant autrefois partie du Haut-Anjou, du Bas- Perche, de la Normandie. Sa population est de 470,535 habitants.

De figure à peu près circulaire ; traversé, dans son plus grand diamètre, du nord au sud, par le 2e degré de longitude occidentale du méridien de Paris; dans son plus petit, par le 48e degré de latitude septentrionale; l'un des départements de l'ouest de la France, prolongeant le bassin de la Loire; ce département est borné : à l'ouest, par celui de la Mayenne; au sud, par Maine-et-Loire, Indre-et-Loire; à Test par Loiret-Cher, Eure-et-Loir ; au nord, par l'Orne.

Sa superficie bocagère, ondulée, n'offre cependant aucun de ces accidents considérables de terrain qui forment les hautes montagnes et les profondes vallées. Ainsi dans la commune de Saint-Léonard -des -Bois et dans ses environs, canton de Fresnay, arrondissement de Mamers, particulièrement; au nord-ouest du département de la Sarthe, où se trouvent les soulèvements les plus nombreux, les plus rapprochés, les plus remarquables, de manière à former, comme on Ta dit, une petite Suisse bien curieuse à visiter, aux aspects délicieux, au milieu de laquelle serpente la Sarthe; aucun de ces soulèvements, auxquels, dans le pays on donne le titre ambitieux de montagnes, ne présente au-delà de 130 à 140 mètres d'élévation. Le point culminant de la circonscription départementale se trouve à son extrémité nord, au Signal, dans la forêt de Perseigne : il s'élève à 340 m. 50 c. au-dessus du niveau de la mer.

Le plus grand diamètre de l'ovoïde qu'elle forme est du nord mu sud, et mesure environ 100 kilomètres : le plus petit, de l'est à l'ouest, 82. L'un et l'autre, passant par le centre, se coupent à angle droit; la ville du Mans, chef-lieu, se trouve trèslégèrement à l'ouest de ce point d'intersection.

La superficie du département de la Sarthe est de 621,600 hectares; offrant, dans une forte proportion, des terres en culture de très-bonne qualité, surtout au nord, à l'ouest; plus légères, plus sablonneuses à l'est, au sud; mais dont l'aménagement

aujourd'hui bien entendu, retire, par 1rs plantations de pins, un revenu presque aussi considérable que celui des bonnes terres. Cette culture du pin maritime a pris, dans ces contrées, depuis 40 ans au moins, une telle extension, que Ton y a déjà tenté quelques essais pour extraire la résine de ces pins, au moyen du gemmage, comme, depuis longtemps, on le pratique dans les landes de Bordeaux. Le reste offre des forets, bois, prairies; et, vers le sud, quelques vignobles passables. L'étendue des eaux est de 3,930 hectares.

Il résulte naturellement de ces heureuses dispositions que le département de la Sarthe, en raison de la richesse, de la diversité du sol qu'il présente, offre des productions abondantes et variées : en effet, il donne du chanvre, en quantité plus considérable peut-être que dans aucun des autres départements de France; de la graine de trèfle, des fruits, des pommes de terre, des céréales de toute espèce. Il a produit, en 1858, froment : 1,154,432 hect.; - seigle : 294,444; — méteil : 460,944; — orge : 562,840; - avoine : 326,990 ; - sarrasin : 17,810; — maïs . 6,750; — pommes de terre : 1,455,240; — châtaignes : 23,000 : résultats au-dessous de la moyenne.

Au nombre des principales industries qui s'y rencontrent nous rappellerons surtout celles qui sont le plus en rapport avec ces produits :

Papeteries. — Il en existe six principales dans le département : quatre sur le Loir, une sur la Vègre, une sur l'Huisne, pouvant fabriquer en moyenne, par an, pour 2,000,000 fr. de beau papier.

Minoteries. — Elles sont aujourd'hui, dans la Sarthe, assez nombreuses et justement réputées. Parmi les plus remarquables, nous indiquerons celles de Bouches-l'Huisne , près le Mans, de Noyen, de La Suze, etc. Autrefois, l'agriculture du pays livrait ses blés au commerce qui les expédiait en nature; actuellement, convertis, par l'industrie locale, en farines trèsestimées, ces blés se trouvent, pour la plus grande partie, vendus à ce dernier état.

Agriculture. — Elle réunit, dans ce département, à la pra-

tique intelligente, la théorie bien raisonnée; mise à la portée des cultivateurs parla Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, du matériel agricole pour le fonctionnement des machines; les comices agricoles, la ferme-école fondée en 1848, etc. Dans cette partie du Maine, elle offre, en général, pour caractère la petite et moyenne culture avec d'excellents résultats, encore favorisés, dans ces derniers temps, pour les terrains appropriés, par le drainage et les irrigations.

Horticulture. — Elle a fait de véritables et d'utiles progrès dans la Sarthe, surtout depuis rétablissement, au chef-lieu, d'une Société particulièrement instituée pour le perfectionnement de la culture des Heurs, des fruits; de l'industrie maraîchère , avec des expositions publiques annuelles très-remarquables.

On trouve encore : grosses forges, 5; filatures, blanchisseries, 10; tanneries, 59; tuileries, 73; faïenceries, 31; moulins à farine par eau, 786; à vent, 8; à papier, 11; à tan, 37; à foulon, 27 ; imprimeries, 8; brasseries, 2, etc.

Ce département est arrosé par quatre principales rivières et parleurs nombreux affluents, sur le cours desquels on remarque cinq grosses forges principales : 1° de l'Aune, sur l'Orthe, commune de Douillet; 2° de la Gaudinière, sur la Sarthe, à Sougé-le-Ganelon; 3° de Cormorin, sur la Brave, à Champron; 4° d' Antoigny , sur Sarthe, à Sainle-Jammes; 5° de Chemiré- en-Char nie, sur le Palais. Ces forges fabriquent annuellement plus d'un million de kilogrammes de fer pliant. On voit en outre, sur ces divers affluents et rivières, des usines variées, des moulins a blé, a foulon, à papier, etc. Les bords de ces cours d'eau sont enrichis de grands herbages, de belles prairies naturelles qui favorisent l'élève du bétail, également trèsproductif dans ce pays : ces rivières sont la Sarthe, le Loir, VHuisne et la Vègre.

1° La Sarthe, — dont le département tire son nom, prend sa source dans celui de l'Orne, au nord de Mortagne, dans une fontaine du village de Somme-Sarthe; coule du nord au sud, puis au sud-ouest; entre dans le département de la Sarthe,

734 DEUXIÈME MFIRB.

sur la commune de Roullée, sort de limite aux deux départements de» la Sarthe et de l'Orne, jusqu'à Saint-Léonard-des- Bois qu'elle sépare de Saint-Cénery ; coule ensuite du nord au sud-est, passe à Fresuay, Beaumont, le Mans; reprend les directions sud, sud-ouest, ouest; traverse Sablé; sort du département de la Sarthe à Précigné; entre dans eelui de Maineet-Loire ; va se jeter dans la Mayenne à Cantenay, à 6 kil. nord d'Angers, après un parcours entier de 275 kil., dont 212 pour le département de la Sarthe.

Pendant ce trajet, ses principaux affluents sont, indépendamment de plusieurs petites rivières et d'un grand nombre de ruisseaux : l'Orthe, à Douillet; la Bienne, à Piacé; VQrthon, à Beaumont; la Longueve, à Assé-le-Riboul ; VOrne-Saosnoise, à Montbizot; VHuime&w Mans, à 1,500 mètres sud; le Rhône, à Guécélard; l 'Orne-Champenoise , à Roëzé; La Gée, entre Fercé et Noyen ; la Vègre, entre Avoise et Juigné; YErve, la Vaige, à Sablé; le Loir à Briolay, à 10 kil. au-dessus d'Angers.

Il résulte naturellement de cette disposition que tous les ruisseaux et rivières qui arrosent le département de la Sarthe, vont, en définitive, directement ou médiatement, se jeter dans la rivière à laquelle il doit son nom. Et cependant, jusqu'au Mans surtout, le cours de cette rivière est assez faible dans les temps de sécheresse, pour ne donner, en amont, qu'un filet d'eau; pour ne présenter, en aval, qu'une faible et difficile navigation, malgré les dépenses déjà faites, comme nous le verrons en faisant l'histoire du chef-lieu.

Mais, dans l'hiver, lorsque l'automne a présenté des pluies abondantes, la Sarthe offre quelquefois des crues assez considérables pour incommoder et même inquiéter les populations riveraines : c'est ainsi que, le 27 janvier 1846, elle s'éleva tout à coup à 3m 50 au-dessus de son niveau moyen, avec inondation d'une partie de la paroisse du Pré, au Mans, et submersion des terrains bas dans tout le parcours de cette rivière.

Toutefois les géologues, en raison des inégalités de son

encaissement, du volume des blocs énormes qu'elle a roulés, etc., pensent que, dans les temps anciens, elle a dû présenter un volume d'eau bien plus considérable ; mais ils ne peuvent émettre cette opinion qu'à titre de simple conjecture. On estime sa pente entière depuis Roullée, son entrée dans le département, jusqu'à Précigné, sa sortie, à 88 m. 79 c.

II0 Le Loir, — est la seconde rivière de ce département; il en deviendrait même la première par ses conditions essentielles, si la Sarthe n'avait pas, avec le territoire, des rapports beaucoup plus élendus et plus importants. Il prend sa source dans les étangs des Corvées et de Gernay, Loir-et-Cher ; sert de limite aux départements de Loir-et-Cher et de la Sarthe, depuis Bessé jusqu'à Lavenay; pénètre dans ce dernier département, y coule de l'E. au S. 0.; passe à La Chartre, un peu au sud de Château-du-Loir, au Lude, à La Flèche, et sort du département à l'E. deDurtal, pour entrer dans Maine-et-Loire, et se jeter dans la Sarthe à Briolay, comme nous l'avons dit. Son cours entier est de 300 kil., dont 98 seulement appartiennent au département de la Sarthe. Dans ce dernier parcours, ses principaux affluents sont : La Braije, à Lavenay ; La Veuve, à l'ouest et près de la Chartre ; La Fare, un peu au nord de la Chapelle-aux-Ghoux ; la petite rivière des Cartes, tout près et au nord de Thorée, etc. ; sa chute, de Lavenay à Duretal, est estimée à 28 m. Le Loir, dont les bords sont charmants, est en général assez large, profond, bien encaissé, rapide; flottable de Lavenay à Château-du-Loir; navigable ensuite jusqu'à son embouchure.

III0 l'Huisine, — troisième rivière du département de la Sarthe, lui appartient en très-grande partie; elle prend sa source dans la commune de Saint-Hilaire-le-Soisay, Orne, vers le milieu de la foret de Bellème, près et au N. 0. de cette ville ; à huit lieues S. de celle de la Sarthe ; se dirige au N. et à l'O., ensuite au S., de manière à former un demi-cercle; passe à Regmalard, Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir ; entre dans le département de la Sarthe, près le bourg d'Avézé ; parcourt l'un des rayons de ce département, du N. 0. au S. ()., passe à la

Fer té-Bernard, à Connerré, au Pont-de-Gennes, près Montfort;

par les bourgs d'Yvré, Pontlieue, pour se jeter dans la Sarlhe, à 4,500 mètres S. de la ville du Mans. Son cours entier est au moins de 140 kilom : dont 64 pour le département de la Sarthe.

Dans ce dernier trajet, ses principaux affluents sont : la Même, à 1,200 mètres S. O. de La Ferté-Bernard ; le Gradon, en face de la précédente ; ieRosay,k 4 k. S. E. de Saint-Aubindes-Coudrais ; la Barbe-d'Orge, à 4,200 mètres N. de Sceaux; la Chéronne, en face de Vouvray ; le Due, à Connerré; le N avais, à 1 kilom. au N. 0. de Saint Mars-la-Brière ; la Vive- Parence, à 3 kil. N. E. d'Yvré-l'Évêque. L'Huisne, assez profonde et large, offre un bon encaissement, un cours tranquille, des eaux plus limpides que celles de la Sarthe, roulant sur un sol plus graveleux.

IV0 La Vègre, — est, par son importance, la quatrième rivière du département de la Sarthe. Elle doit son origine à plusieurs sources apparaissant à l'extrémité méridionale de la forêt de Sillé-le-Guillaume, particulièrement dans la commune de Rouessé-Vassé ; coule d'abord de l'O. au S. 0. ; ensuite presque directement du N. au S. En parcourant plus du tiers moyen de la partie 0. du département. Elle passe à Rouessé- Vassé, Tennie , Bernay , Ruillé, Chassillé, Loué, Brûlon, Poillé, Asnières, et se jette dans la Sarthe, entre Avoise et Juigné, après un trajet de 60 kil., en raison des courbures nombreuses qu'elle décrit.

Ses principaux affluents sont : le Végronneau, entre Parennes et Tennie ; le Berdin, au N. et près de ce dernier bourg ; la Gironde, à 1 kil. S. du même village ; la Chaussée, entre Tennie et Bernay; VEssart, près et à TE. d'Épineu-le-Chevreuil ; le Palais, à 1 kil, S. 0. de Mareil, etc.

La Vègre pourrait devenir flottable dans une grande partie de son cours : disposition utile aux transports des bois, marbres, etc., que cette contrée fournit en abondance. Elle était renommée par l'excellence du poisson qu'on y péchait

en quantité considérable avant sa destruction par l'abus et les mauvaises dispositions du rouissage des chanvres.

Les rivières du département de la Sarthe, surtout les deux premières, y favorisent les communications, les transports, comme nous le verrons en étudiant sa navigation : dispositions plus complètement établies encore par les routes nombreuses que nous avons signalées dans la province du Maine, et dont il possède la majeure partie ; enfin par les voies ferrées qui, dans ces derniers temps , l'ont favorisé d'une manière tout exceptionnelle, comme nous allons le prouver, en faisant l'histoire actuelle de son chef lieu.

L'étendue cultivée du département de la Sarthe est ainsi répartie: froment, 45,016 hectares; méteil, 34,933; seigle, 36,777 ; orge , 49,039 ; avoine , 29,157 ; sarrasin , 4,669 ; maïs et millet, 3,569 ; chanvre, 7,880 ; lin, 108 ; pommes de terre , 27,881 ; vignes , 9,525 ; prairies naturelles, 70,152 ; artificielles.. 42,339; forêts, 67,291; bois de pins, 16,802; produit moyen de l'hectare, 28 f.16 c. — Animaux domestiques, déclarés en 1839 : Races : Bovine, 123,294 ; Chevaline, 60,107; Porcine , 76,226 ; Ovine , 122,892 ; chèvres, 19,812. Revenu territorial , 19,596,000 fr.

Les Forêts du département de la Sarthe se trouvent ainsi distribuées entre les quatre arrondissements : — 1er arrondissement : Le Mans : — 19,380 hectares ; Grande-Char nie, 1,391 h. : communes de Neuvillette, de Saint-Denis-d'Orques, dans la Sarthe ; de Viviers, de Torcé-en-Gharnie, dans la Mayenne. Petite-Charnie: 100 h., commune de Saint-Symphorien. Forêt de Mézières : 600 h., communes de Mézières , Sainte-Sabine, Saint-Jean-d'Assé. De Sillé : 3,063 h., communes de Grez, Sillé-le-Guillaume, Saint-Rémy, Montreuil-le- Chétif, Mont-Saint-Jean, Pezé, dans la Sarthe; Saint-Pierre-la- Cour , Vimarcé, Saint-Georges-Sur-Erve, dans la Mayenne. IIe Arrondissement : La Flèche : — 16,459 h. Forêts : de Douvereau, commune de Thorée ; le reste en Maine-et-Loire. De Malpaire ou de Précigné : 1,430 h. ; commune de Louailles, de la Ghapelle-d'Aligné, de Lepé, de Précigné. De Mélinais : II 47

592 h., commune de Sainte-Colombe. De Vadré ou de Courcelles : 545 h., commune de Courcelles, de La Fontaine- Saint-Martin , de Ligron. IIIe ARRONDISSEMENT : Hamers : 47,653 h. Forêts : de Bonnétable : 1,318; commune de Bonnétable. De Hallais oudela Goguette: 277 h., commune deNogentle-Bernard. De Montmirail : 920 h.; commune de Melleray, 52 h. ; le reste dans Eure-et-Loir et Loir-et-Cher. De Perseigne, 4,970 h. Communes d'Ancinnes, de Beauvoir, de la Fresnaye, de Louzes , de Neufchâtel, de Saint-Rigomer-des-Bois, de Villaines-la-Carelle, Allières, etc. IVe Arrondissement : Saint- Calais : 13,799 h. ; Forêts : de Bersay ou de Jupilles, 5,433 h. : — Communes de Chahaignes, Thoiré , Beaumont-Pied-de- Bœuf, Jupilles, Saint-Pierre-du-Lorouer, Saint-Vincent, Pruillé- TÉguillé, Marigné, Mayet, Lavernat. De Vibraye : 1,400 h. Communes de Vibraye, Semur, Berfay.

Les sapinières de la Sarthe donnent: Arrondissements : 1er, 8,697 hect. ; IIe, 5,120 h. ; IIIe, 1,044 ; IVe, 1,939.

Par l'organisation de 1790, le département de la Sarthe se trouvait divisé en 9 districts ; 53 cantons ; 424 communes. Il se partage actuellement en 4 arrondissements : 1° Le Mans, %°Mamers, 3° La Flèche, 4° Saint-Calais ; 33 cantons, 389 communes.

Page 1