I. Arrondissement du Mans
Placé au centre du département; comme lui, de forme à peu près circulaire, il se subdivise en 8 cantons, 115 communes. Les huit cantons sont : 1° Ballon ; 2° Conlie ; 3° Écommoy ; 4° Loué\ 5° Le Mans : 6° Montfort ; 7° Sillé-le-Guillaume ; 8° La Suze. Nous avons, pour compléter notre histoire locale, à résumer celle du chef-lieu de cet arrondissement qui est en même temps celui du département tout entier.
Le Mans. — L'une des plus importantes cités des Gaules, surtout avant l'invasion romaine, devint successivement : capi-
taie des Aulerces Génomans, dans la troisième Lyonnaise ; de l'ancienne province du Maine; enfin, chef-lieu du département delà Sarthe, sous les noms relatifs de : Suindinum, Cenomanum, Le Mans.
Cette ville est située par 48° 0\ 35, lat. N; et 2°, 8' 19, long, 0 ; à 214 kilom., S. 0, de Paris en suivant la route impériale ; à 211, par la voie ferrée; bâtie sur une agréable colline, dont sa partie nouvelle occupe entièrement le plateau ; l'ancienne, le versant 0., au pied duquel coule du N. au S. la Sarthe que l'on y traverse sur trois ponts en pierre, dans la cité ; sur un pont suspendu pour le faubourg S. 0. ; est, en France, de toutes les villes du même ordre, l'une des plus jolies, des plus saines, des plus riches, surtout en raison de la grande répartition des fortunes ; ses arrivées et ses promenades sont trèsbelles.
Sa population, depuis la réunion des communes de Sainte- Croix , Saint-Georges et Saint-Pavin-des-Champs , s'élève , d'après le dernier recensement, à 34,664 habilants. Cette population, en général active, industrieuse, économe, aisée, ne mérite pas, comme nous croyons l'avoir démontré par la puissance des chiffres, la réputation cauteleuse et processive que voulurent injustement lui faire des historiens jaloux, des poètes assez peu consciencieux pour sacrifier toute une province au futile plaisir de faire un bon mot.
Le territoire du département de la Sarthe forme, comme nous l'avons dit, un cercle irrégulier dont la ville du Mans occupe le centre, et d'où partent des rayons de 40 a 50 kilomètres ; parcourant un sol accidenté, pittoresque, varié dans sa nature et dans ses dispositions.
La capitale du Maine était, du temps de Charlemagne, une des plus grandes et des plus riches villes de France; mais elle fut tellement éprouvée dans toutes les phases de son existence, qu'elle perdit ensuite beaucoup de son importance relative, pour la reconquérir, enfin, par le concours des circonstances et de son industrie.
Ainsi, aux ixe et xc siècles, les excursions des Normands ;
au xr, les guerres des eomles de Normandie et d'Anjou ; aux xne, XIIIe, celles des rois d'Angleterre; aux xiv, w", xvi", xvne, et même antérieurement, les incendies, les famines, les épidémies, le pillage, la dévastation, etc., l'obligèrent à se placer, à se maintenir dans les conditions d'une citadelle toujours sur la défensive ; décimèrent ses habitants ; réduisirent, dans la même proportion, son étendue, ses moyens d'existence et de prospérité. Après ces époques désastreuses, elle reprit, au milieu des intervalles d'un calme réparateur, une activité nouvelle, des développements progressifs, les conditions d'une fortune croissante au moyen de ses fabrications remarquables de bougies, de toiles, d'étamines, et d'une exportation avantageuse de ces différents produits. Dès l'année 1789, on y comptait déjà 2,600 maisons, qui ne tardèrent pas à s'élever au nombre de 3,000, actuellement presque doublé.
Pont Napoléon. — Effectuée en 1809, sa construction offrit, comme particularité bien importante à noter, la découverte, en creusant les fondations, d'un grand nombre d'objets appartenant à l'époque gallo-romaine, et soigneusement recueillis pour notre musée par les soins de MM. Daudin, ingénieur en chef du département, et Maulni, naturaliste.
Parmi ces objets, nous indiquerons surtout les suivants : médailles des premiers empereurs, en or, argent, bronze ; styles pour écrire sur des tablettes enduites de cire; cuillers en ivoire, en cuivre, pour recueillir les larmes ; anneaux, épingles, agrafes de toilette; clefs en fer, en cuivre; boucles d'oreilles en or; couteaux, haches, fragments de lances ; petits pénates en pierre sculptée ; débris d'urnes, la plupart funéraires, offrant jusqu'à six anses, contenant du charbon, du bitume, des parties d'ossements humains calcinés; un bois de cerf; une statuette en bronze figurant un soldat romain; quadrupèdes en terre cuite ; petites pyramides surmontées d'un X à leur sommet, également en terre et servant de poids chez les Gallo-Romains ; poteries jaunes, rouges, noires, etc., avec un vernis intérieur métallique; des empreintes correctes de chasses, de traits tirés de la fable, d'animaux, avec les plus
riches ornements pour les frises; verres de couleur avec des bas-reliefs imprimés à l'état de fusion : procédé qui semble aujourd'hui perdu, ou pour le moins assez mal imité.
Nous rappellerons à cette occasion que des médailles romaines ont été trouvées presque partout dans notre province : ainsi, un meunier des environs de Saint-Gôme, près Bonnétable, en labourant son champ, découvrit, en 1793, un grand vase rempli de médailles romaines en or. Véron de Forbonnais, qu'il chargea de les vendre à Paris, en obtint une somme considérable, etc.
Dans son procès-verbal des fouilles du pont Napoléon, M. l'ingénieur en chef Daudin émet une opinion qui ne nous paraît pas sans probabilités, d'après les faits sur lesquels il cherche à l'établir. Nous citerons textuellement, sans prendre aucune responsabilité ni de ces faits, ni des inductions de l'auteur : « Le fini de la sculpture, qui n'a point été endommagée, dit M. Daudin, en parlant de ces fragments de poteries; l'extrême fraîcheur du coloris, de la couverte que n'effaceraient même pas des échantillons récemment sortis du fourneau, m'avaient fait soupçonner, dès le commencement des fouilles, que ces poteries, qui évidemment n'ont jamais servi, ne pouvaient être que les produits emmagasinés d'une grande manufacture , qu'une révolution quelconque aura détruite, et que les eaux de la Sarthe auront entraînés au milieu de 7 à 8 pieds de vase remontés au-dessus de son lit actuel. »
Des découvertes ultérieures donnent aux assertions de M. l'ingénieur un caractère beaucoup plus affirmatif : il assure avoir trouvé « des briques à fourneau portant les traces du vernis de ces mêmes poteries ; un pot contenant une certaine quantité de ce vernis, consistant en grains de quartz mêlés à une matière rouge pulvérulente calcinée, mais non vitrifiée. » Il fait observer que ces poteries noires, blanches, rouges, etc., « portent, au fond, le nom du fabricant toujours en latin : ainsi * Of. Severi, Bassi, Coci, Erani, Arasi, etc. » Il existe, du reste, entre ces poteries de la même fouille, au point de vue de la richesse, du fini de l'ornementation, tous les degrés de perfec-
tionnement qui se rencontrent, pour nos produits modernes du môme genre, entre l'ébauche grossière et le produit véritablement artistique.
Telle qu'on la voit aujourd'hui, la ville du Mans offre une importance réelle et surtout beaucoup d'avenir ; une simple énumération de ses parties les plus remarquables suffira pour le démontrer.
1° Paroisses. — En 1789, 16; actuellement, 4 principales : 1° Saint-Julien; 2° La Couture; 3° Saint-Benoît; 4° Le Pré, avec des circonscriptions nouvelles, adoptées en 1860.
Saint-Julien, — comprenant, en grande partie, l'ancienne cité, une certaine étendue de la nouvelle ; avec une population de 8,614 habitants, et, pour église, la belle cathédrale du môme nom, dont nous avons fait l'histoire.
La Couture, — embrassant une assez grande étendue de la ville nouvelle; offrant une population de 11,714 habitants; et Tune des plus remarquables églises du diocèse.
Saint-Benoît, — en grande proportion formée aux dépens de la vieille ville ; présentant une population de 3,98o habitants; une église ancienne, triste, sombre, et qui ne se trouve plus en harmonie avec la plupart des autres; conditions qui, dans un temps donné, la feront nécessairement remplacer par un édifice plus convenable et surtout mieux placé.
Le Pré, — en majorité formé par le faubourg ouest de la ville, sur la rive droite de la Sarthe; avec une population de 6,564 habitants ; une église ancienne, et dont les restaurations intelligentes, actuellement en voie d'exécution, feront un des temples chrétiens les mieux proportionnés et disposés de tout le diocèse du Mans.
II0 Établissements publics. — Sans offrir un cachet spécial, en général bien remarquable , ils sont, pour le plus grand nombre, assez largement constitués ; plusieurs môme peuvent être cités pour le développement et la beauté de leur construction.
Préfecture. — Établie dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de la Couture, elle n'offre pas un aspect bien conforme
à l'importance de sa destination; même depuis l'ouverture, par des déblaiements indispensables, de la petite place qui lui sert de parvis. Les appropriations intérieures sont plus convenables surtout pour l'installation des bureaux et les parties destinées à la réception. Indépendamment du service administratif, on y trouve réunis : la bibliothèque, le musée, les archives départementales.
Bibliothèque. — Avant 1790, les archives littéraires et scientifiques étaient riches au Mans et dans ses environs, mais nombreuses, disséminées, et, pour un très-grand nombre, plus ou moins inaccessibles aux investigations des hommes laborieux.
Les communautés religieuses, particulièrement celles des Bénédictins, offraient les plus remarquables de ces importantes collections interdites aux recherches du public. A celte époque, la révolution en fit des propriétés nationales. Plusieurs hommes éclairés, sages, dévoués à la conservation de ces précieux dépôts des connaissances humaines, les réunirent, les ordonnèrent avec soin, après les avoir sauvés du vendalisme populaire.
On vit alors se former cette magnifique bibliothèque municipale de la ville du Mans ; où les amis des sciences et des lettres peuvent exploiter à loisir les mines fécondes mises , chaque jour, à leur disposition, avec autant de générosité par l'autorité supérieure, que de dévouement et d'intelligence par les conservateurs de ce vaste répertoire des travaux du passé, comme de ceux du présent : car la munificence du gouvernement, de l'administration locale, des auteurs bienveillants et qui comprennent assez toute l'importance et l'utilité d'un pareil établissement, concourent, chaque jour, à l'augmentation de ses richesses, maintenant très-considérables.
En effet, la bibliothèque du Mans possède actuellement plus de 86,000 volumes ou pièces distincts, rangés, avec un ordre admirable, dans plusieurs salles de l'hôtel de la Préfecture, et divisés en trois grandes catégories : 1° livres imprimés, manuscrits, archives.
1° Livres imprimés. — Ils s'y trouvent au nombre de 45,000 volumes; représentant, comme produits typographiques, toutes les phases dudéveloppement de cet art, depuis la vieille bible d'Ulric Géring, de 1476, jusqu'aux plus magnifiques éditions de nos grands ouvrages modernes. La majeure partie des livres anciens étant venus des abbayes de Saint-Vincent, de la Couture, etc., des maisons religieuses de la Mission, de l'Oratoire, des diverses paroisses du diocèse et de plusieurs châteaux du département, il ne faut pas s'étonner d'en trouver la collection très-riche, surtout pour ce qui concerne la théologie, la jurisprudence épiscopale, seigneuriale ; le droit canonique, civil, féodal ; l'histoire ecclésiastique, la liturgie, la morale, etc. Du reste, les sciences, les arts, la littérature s'y trouvent, aussi, dignement et suffisamment représentés.
2° Manuscrits. — Au nombre de 6 à 700, de divers formats, ils constituent, pour une grande partie, des livres tels qu'on les possédait avant la précieuse invention de l'imprimerie ; et, par les modifications de leur écriture, de leurs dessins, de leurs enluminures, ont déjà le grand avantage de marquer, au point de vue de l'art, très-positivement les progrès de l'esquisse, de la miniature et de la calligraphie en général, dans le Maine en particulier: ces livres étant surtout l'œuvre des artistes du pays. Mais ils présentent l'utilité , plus grande encore , d'offrir des documents indispensables à l'histoire locale pour les temps anciens, le moyen-âge et même une partie des temps modernes.
3° Archives. — Récemment formées des archives communales de la ville du Mans, des acquisitions faites par ses administrateurs, des libéralités d'un assez grand nombre d'amis des sciences et des lettres, elles se composent d'environ 40,000 pièces manuscrites, dont le classement a dû coûter bien du travail au Conservateur actuel; et dont l'ensemble offrira désormais une mine féconde aux exploitations des écrivains laborieux qui voudront, dans cet ordre d'idées, présenter des notions exactes sur les hommes, les choses, les faits, les événements relatifs à la province du Maine.
Après avoir admiré les richesses particulières de la magnifique bibliothèque municipale du Mans, il est impossible de ne pas accorder un sentiment semblable à l'arrangement, à Tordre avec lesquels sont actuellement inventoriés et classés les nombreux matériaux de cet imposant édifice artistique, littéraire et scientifique ; arrangement, ordre tels, qu'au milieu de ces matériaux immenses, les recherches deviennent d'une facilité merveilleuse pour ceux qui ne savent pas avec quelle patience, quel art, quelle persévérance le savant Conservateur a dressé des catalogues aussi remarquables par l'intelligence du dispositif, que par l'habileté de l'exécution, et qui n'ont pas coûté moins de 26 ans d'assiduité, de travail à leur auteur.
Aussi, comme nous l'avons dit en parlant de M. Anjubault, la mention historique de ce modeste savant ne pouvait être dignement complétée qu'avec celle du bel établissement qu'il a, en quelque sorte, reconstitué par la base; au nom duquel son nom se trouvera désormais attaché par la reconnaissance du pays.
Musée. — Cet établissement, curieux à visiter, comprend deux salles et deux galeries. On peut ranger dans trois catégories les principaux objets qui s'y trouvent disposés avec intelligence, avec art : les tableaux, les objets d'histoire naturelle et les produits manufacturés. On dit que son principe remonte vers le 3 janvier 1799.
1° Tableaux. — Ils occupent deux galeries formées par des cloîtres du rez-de-chaussée de l'ancienne abbaye de la Couture ; galeries dont le jour n'est pas favorable à beaucoup d'entre eux. Aussi, malgré l'habileté de leur exposition, quelques-uns des plus grands perdraient-ils beaucoup de leurs avantages, sans l'ingénieuse pensée du Conservateur actuel, M. Dugasseau, de les rendre mobiles, sur des gonds, ainsi qu'il l'avait observé dans plusieurs musées d'Italie.
Les regards sont frappés, en entrant, par une collection de 18 tableaux représentant les scènes principales du Roman comique de Scarron. Cette collection de 18 toiles, d'un mètre sur 80 centimètres, unique dans son genre, est surtout précieuse
comme production locale. En effet, on l'attribue généralement à Goulomnic, que Ton présume artiste cénoman. Toutefois, il est certain qu'elle fut commandée par la famille de Tessé, pour le château de Vernie, que l'auteur du Roman comique fréquentait alors beaucoup ; et prise, dans la collection de ce château , par l'autorité révolutionnaire de 1792 , pour être déposée au musée du Mans. Ces tableaux, peints en esquisse, sont réellement très-remarquables par leur variété de composition, par le mouvement dont chacune des scènes paraît animée. On trouve ensuite plusieurs tableaux historiques de la famille de Tessé, provenant aussi des mêmes confiscations faites, soit au château de Vernie, soit à l'hôtel qu'elle possédait au Mans.
Au nombre des plus remarquables toiles, nous en citerons surtout une, provenant de l'abbaye de Vivoin, de la fin du xve siècle ; curieuse surtout comme servant à marquer la transition de l'art ; une sainte Catherine de Luiné; un Nicolas Poussin ; un grand tableau, œuvre capitale de Michel Ange de Caravage; un Vandick, étude de saint Sébastien ; Yhosanna de Lebrun, non terminé, mais dont quelques figures, à l'état d'ébauche, offrent, au point de vue de l'art, un avantage réel, celui de témoigner de la manière consciencieuse des peintres de cette époque, où l'artiste achevait de tracer exactement ses personnages, avant de les habiller définitivement au moyen de la couleur ; Diane chasseresse, de Le Sueur ; le crucifiement, de Ribera, très-remarquable par ses contrastes, et par des physionomies prises sur le fait : Orphée et Eurydice aux enfers, par Guerchin ; un tableau d'enfants plein de naïveté, par Ferdinand Bol ; une jolie tête, de Court ; la présentation au temple, par Jouvenet ; plusieurs portraits remarquables, comme appartenant au pays, entre autres, celui du marquis de Vibraye, parClouet; quelques-uns d'une expression saisissante et vraie, d'une facture supérieure ; celui surtout qu'on attribue à Rubens ; une très-belle tête de saint Jean ; un portrait de la Camargo, par Santerre, et venant probablement de la fameuse galerie de ce genre de beautés, que le Régent avait composée
de toutes ses connaissances intimes ; des tableaux d'armures par Kalf; des paysages de Pinaker, de Pierre Marilhat, etc., ajoutent à la valeur de cette importante collection, dont la pièce la plus précieuse et la plus renommée, parmi les savants, est sans doute le magnifique émail, haut de 63 centimètres, de la première moitié du xne siècle, portrait, sur cuivre, de Geoffroy Plantagenet, ayant autrefois été cloué sur le tombeau de ce valeureux comte du Maine, inhumé dans la cathédrale de Saint-Julien ; faits bien démontrés par notre savant collègue, M. Eugène Hucher.
Enfin, plusieurs artistes du Maine, ou qui lui ont appartenu dans leur existence laborieuse, ont aussi payé leur généreux tribut au musée du Mans , comme le prouvent assez deux jolies têtes de jeunes filles pauvres, par Monanteuil, et que l'on dit être les portraits de ses deux enfants; un beau paysage: le soleil couché, de M. Jolivard ; un autre, de M. Desjobert ; un intérieur, par Lecœur; une bien gracieuse peinture : les derniers instants de Sapho, par M. Dugasseau, etc. ; un tableau de Rigo, représentant le lieutenant Poidevin, notre compatriote, grièvement blessé sur le champ de bataille de l'Aima ; sont, avec beaucoup d'autres encore, des œuvres attachantes qui ne manqueront pas d'exciter l'intérêt et l'attention de ceux qui visiteront le musée du Mans.
Il nous est impossible de ne pas mentionner, en terminant cette simple énumération, un buste en terre cuite, portrait vivant de Mme de Fonville ; cette aimable et si gracieuse marquise, dont l'esprit, l'affabilité, l'enjouement firent, à la fin du xvme siècle, le charme de la haute société du Maine, comme son brillant hôtel de la place de l'Éperon était, au Mans, le rendez-vous habituel des acteurs, plus ou moins titrés, d'une petite régence provinciale. Cette physionomie, si fine et si discrètement galante, rend admirablement le caractère bien connu du modèle ; et jusqu'à la touchante , à l'indicible expression de la femme qui n'a plus cette candeur naïve de la première jeunesse, mais qui connaît mieux l'art de plaire et se fait un instrument de séduction même de l'empreinte d'une
légère fatigue laissée dans ses traits délicieux, par les entraînements du plaisir. Ceux qui voudront étudier ce petit chefd'œuvre, où la terre s'est faite chair, où le sentiment vit et respire, nous pardonneront ces détails appartenant à l'histoire locale de notre province, nous sauront gré de leur apprendre que ce précieux buste a récemment été donné au musée du Mans, par Mllc Villée de Bellefille, en vertu d'un article testamentaire ; et de citer cet acte généreux et conservateur des produits de l'art, comme un très-bon exemple à suivre. Ce buste est signé : de Fernex, 1759.
2° Objets d'histoire naturelle. — Ils se trouvent placés dans les deux salles et même dans les galeries, sous des vitrages bien disposés pour leur examen et leur étude. La collection minéralogique surtout est riche des produits du pays, euxmêmes très-nombreux et très-variés dans la province du Maine. Cette collection ne tardera pas à présenter une importance réelle, un véritable intérêt scientifique : elle est en effet en voie de se compléter, de se classer par ordre de formation, de stratification géologique, avec l'habile concours de M. Triger, si pratiquement versé dans cette branche principale de l'histoire naturelle. La réunion des coquilles marines et terrestres est également belle et nombreuse; la botanique, la zoologie s'y trouvent représentées avec moins de valeur. Cette seconde division du musée doit en grande partie sa formation au cabinet de M. Maulny, acquis par la ville; aux abondantes libéralités de M. le comte Max de Perrochel, etc.
3° Produits manufacturés. — Les plus remarquables sont des antiquités romaines importantes à l'histoire de la céramique dans les Gaules. Ils offrent une collection nombreuse de fragments plus ou moins volumineux de poteries en terre d'un beau rouge, pour la majeure partie ; noires, jaunes, grises, pour quelques-unes; trouvés au Mans, dans plusieurs fouilles, et particulièrement, vers 1809, en creusant les fondations du pont Napoléon. Des produits modernes, également en terre cuite : briques, tuiles, tuyaux de drainage, ustensiles de cuisine, etc., présentant le double avantage d'encourager ces
industries et de faire connaître, pour chaque localité, les matières premières les plus avantageuses à ce genre de fabrication. On trouve encore dans cette partie du musée des émaux précieux, des vitraux peints, du xvne siècle, parfaitement exécutés, etc.
Dans la succession des trois principaux conservateurs de notre musée du Mans, se trouve l'explication naturelle de l'état satisfaisant qu'il présente aujourd'hui. Le premier, M. Daudin, ingénieur du département, et qui n'était point étranger à la culture de l'archéologie, surtout à l'intérêt qu'elle mérite, a spécialement collectionné, mis en lumière les produits manufacturés. Le second, M. Narcisse Desportes, savant naturaliste, a particulièrement établi l'ordre dans la disposition des objets d'histoire naturelle; et, surtout, de h minéralogie, des coquillages, etc. Enfin, il était réservé au troisième, au Conservateur actuel : M. Dugasseau, peintre distingué, joignant beaucoup d'autres connaissances positives à celle de son art, ayant étudié, avec intelligence, l'arrangement des principaux musées de France, d'Italie, etc., de parfaitement disposer les tableaux de celui du Mans; d'en faire opérer, avec discernement les utiles réparations; de les entretenir avec soin; d'en augmenter le nombre par des acquisitions bien entendues, etc., parfaitement secondé, pour toutes ces importantes améliorations , par la généreuse intervention de l'administration municipale.
Archives départementales. — De nombreux et d'utiles documents, les uns manuscrits, les autres imprimés, la plus grande partie relative à l'administration du département de la Sarthe, existaient à la préfecture du Mans à l'état de confusion telle, qu'ils restaient alors sans emploi, sans importance.
Un jeune homme, archiviste par instinct, mais nous croyons pouvoir ajouter : archiviste modèle, M. Bilard, entreprit de débrouiller cet autre cahos, et le fit avec un si remarquable succès, que cet établissement, aujourd'hui d'une valeur incontestable, est à peu près envisagé comme l'œuvre de cet intelligent, de cet habile coordonnateur. A peine, dans ces dernières
années, M. Bilard avait-il achevé son grand et pénible travail que la mort vint le frapper, avant L'âge, au milieu des soins assidus qu'il donnait à son œuvre, laquelle fait une perte bien difficile à réparer : il fallait en effet, pour qu'elle ne fût pas trop profondément sentie, l'intelligence, le zèle et l'activité consciencieuse de M. Lepelleticr-Deslandes, archiviste actuel, qui déjà s'est honorablement distingué dans sa nouvelle carrière, en apportant d'utiles perfectionnements aux archives départementales, si bien constituées par son habile prédécesseur, et qui prendront un rang distingué parmi les établissements publics avantageux aux hommes laborieux du Maine, aux historiens locaux surtout, aussitôt que l'administration supérieure en ouvrira, pour les travailleurs, les parties où leurs investigations consciencieuses peuvent s'effectuer sans inconvénient et sans indiscrétion.
Mairie. — L'hôtel de ville actuel, bâti en 1757, sur l'emplacement de l'ancien palais des comtes du Maine, avec une certaine apparence extérieure, est loin de présenter les conditions que l'on pourrait souhaiter, et surtout les dispositions intérieures qui doivent se rencontrer dans un établissement de cette importance.
D'un autre côté, les abords en sont assez difficiles, sans dégagements; les issues encombrées de vieilles masures en ruines, qui, du côté de la place des Jacobins, lui donnent le plus malheureux et le plus triste aspect : on dirait les décombres d'un antique bâtiment qu'il est urgent de déblayer, de faire disparaître.
Avant 4790, cet hôtel était consacré aux tribunaux, à différentes gestions publiques; depuis cette époque il est devenu le siège de l'administration municipale, des bureaux de la police, des justices de paix, de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, dont la bibliothèque, réunissant au moins 2,000 volumes, occupe l'étage supérieur.
Salle de spectacle ancienne. — En 1775, M. Chesneau- Desportes, voulant obtenir, au Mans, l'établissement d'un théâtre dont il n'existait alors, pour toute représentation, que
l'appartement approprié par M. Bareau, dans la Grande-Rue, parvint à réunir un certain nombre d'actionnaires qui s'engagèrent à construire de leurs propres deniers une salle de spectacle, sur un terrain de la ville, à l'angle de la place des Jacobins et de la rue des Filles-Dieu. Il fut secondé puissamment, dans cette entreprise, par MM. le marquis de Vennevelle, Leriche de Vandy, directeur général des fermes, et Richar de de Fonville, receveur général des gabelles.
Voici l'extrait de la lettre par laquelle Monsieur, comte apanagiste du Maine, concède aux actionnaires le terrain nécessaire à la construction : .< Considérant que le Mans est la seule ville considérable de l'apanage, qui soit privée d'une salle de spectacle; que la modicité des revenus patrimoniaux aurait toujours empêché le corps municipal de pouvoir donner cette satisfaction aux citoyens... Ouï le rapport du sieur Menard de Seillac, conseiller, intendant des maisons, domaines et finances de Monsieur ; ayant égard aux requêtes et délibérations, le conseil accorde aux souscripteurs le terrain nécessaire pour construire ladite salle et un café sur la place des Jacobins... A la charge d'un cens annuel de cinq sols envers le domaine... 20 mai 1775. »
Avec cette concession, l'association tontinière, au moyen de 120 actions, portées à 150 livres chacune, prises par 108 personnes, et donnant le total de 18,000 liv., fit construire le café, la salle, dont l'inauguration eut lieu le lundi de la Pentecôte : 27 mai 1776.
Malgré les éloges qu'en firent, alors et depuis, quelques écrivains mal renseignés, et notamment ceux de la France pittoresque, où Ton trouve textuellement : « qu'elle est une des plus jolies des départements de l'Ouest, » cette salle n'a jamais présenté qu'un édifice étroit, mesquin, mal compris, mal exécuté; où pas une place n'offre les dispositions nécessaires; et qui, dans son état actuel de déchéance, est tout au plus convenable aux destinations bien moins relevées auxquelles, aujourd'hui, l'abandonne l'autorité communale dont elle est maintenant la propriété.
Salle de spectacle nouvelle. — Construite avec les deniers publics, au moyen de frais bien autrement considérables; mais aussi plus vaste, incomparablement supérieure à l'ancienne, sous tous les rapports, elle fut commencée en 1839; inaugurée le!3 mai 1842, avec une remarquable solennité. Placée au milieu de la terrasse des promenades qui borde la place des Jacobins, sans avoir la majestueuse apparence de plusieurs autres salles de province, elle présente un assez bel aspect au milieu du feuillage des arbres qui l'environnent. L'étendue de sa façade est de 32 mètres, sa hauteur de 16. Le théâtre présente : largeur 19 mètres: profondeur, 13; le foyer : longueur 30 mètres; hauteur et largeur chacune 7. Les dégagements sont assez spacieux, et les décors de Cicéri. La salle peut contenir 900 spectateurs.
Les critiques blâment, avec plus ou moins de raison, dans cette construction à la fois jolie, commode, assez bien disposée pour l'acoustique et pour l'aspect scénique, la confusion architecturale de la façade et son défaut de majesté; l'absence d'avant-scènes, de loges fermées, l'excès d'élévation des étages, etc., qui, d'après eux, nuisent au caractère, au cachet de l'édifice ; rendent la construction de la salle un peu lourde, vers son point d'union avec la scène; privent les dames surtout d'un confortable, d'un chez-soi suffisants; nuisent au coup d'ceil de la salle au complet, etc. Les partisans de l'édifice répondent : qu'une salle de spectacle n'est pas un temple ; que les avantscènes étaient dans le plan ; que des raisons pécuniaires en ont amené la suppression ; que l'absence de loges fermées se rattache à la même cause, à l'économie; que l'élévation des étages rend le séjour de la salle plus sain, plus supportable dans les grandes chaleurs, etc.
Complètement étranger à ce débat, nous trouvons la nouvelle salle de spectacle du Mans assez convenablement appropriée à ses usages, aux besoins de notre localité.
Musée des monuments historiques. — L'initiative de cet établissement, qui, de l'avis même de ses directeurs, est plutôt un dépôt provisoire de souvenirs archéologiques précieux, qu'un
véritable musée, appartient au zèle de plusieurs membres de la Société Française pour la conservation des monuments ; au premier rang desquels, sous le rapport de cette création, nous devons placer M. Charles Drouet, qui, par délibération du conseil municipal, en date du 28 mai 1846, en fut nommé directeur, et M. Hucher, par une autre, du 5 août 1859, directeur adjoint.
Après bien des efforts infructueux, on fut obligé d'établir le musée des monuments historiques dans les soubassements de la nouvelle salle de spectacle ; tout en ne voyant, dans ce local incommode et peu convenable qu'un pis-aller d'urgence, dont l'administration municipale s'empresserait bien certainement d'effectuer la substitution, dans l'intérêt et pour l'honneur de la science.
Toutefois le nouveau musée ne tarda pas à s'enrichir d'un assez grand nombre d'objets curieux, quelques-uns même d'un véritable mérite, par les libéralités de généreux donateurs, au nombre desquels nous citerons particulièrement: les directeurs, les membres de la commission de l'établissement, comme ayant cédé gratuitement ou fait acquérir des objets plus ou moins importants : M. Hucher, un cabinet du temps de Louis XIII, offrant sur ses volets des scènes finement sculptées. De plus, il a fait acheter les statues des vicomtes de Beaumont, trouvées par lui à l'abbaye d'Étival; 'de Louis XIV, provenant du château de Vernie, de saint Roch, du prieuré de Gramont; sixcents médailles consulaires ou impériales, choisies sur environ 15,000, trouvées enl848 dans les jardins du collège du Mans; et dont plusieurs ont une assez grande valeur, etc. ; M. Armand Raison : — deux tableaux que l'on suppose d'origine flamande, et qui cependant figurent sous le titre de portraits du maréchal de Lavardin et de la maréchale ; trois statues en bois d'un style remarquable, etc. ; M. Leroy: plusieurs beaux vases; un plat hispano-arabe, curieux; M. A. d'Espaulart : plusieurs clefs de voûte ; des fragments de cuir de Cordoue ; des terres cuites espagnoles, objets d'un véritable mérite ; M. David, des fragments d'agrafes mérovingiennes. M. Moutié, de Ram-
bouillet: des débris d'armes, ustensiles, delà même époque, etc.
On trouve encore, dans le musée des monuments historiques, un grand nombre d'autres objets remarquables dus à la munificence de nos compatriotes, maisdontles mentions nominative nous entraîneraient au-delà des bornes d'un simple article : notamment les bustes de Ronsard, de Chappe, de Pierre Séguier, du maréchal de Mailly, de Mathieu de Vendôme, du général Négrier, etc. ; des autographes de plusieurs seigneurs du Maine ; un fauteuil de la marquise de Montespan ; un plan en relief des ruines gallo-romaines d'Allonnes , exécuté en bois de chêne, avec une remarquable précision, etc., etc.
Nous ne doutons point que, sous une direction aussi compétente, cette collection, déjà très-remarquable, ne s'accroisse encore beaucoup ; et favorisée par les avantages d'un local approprié, de subventions suffisantes, ne devienne un établissement très-utile, essentiellement favorable aux progrès de la science archologique dans notre pays.
Lycée impérial. L'établissement, qui sous le nom d'hôpital de Saint-Ouen, occupa d'abord l'emplacement du lycée actuel, avait été fondé par Harlemont 1er, XVe évêque du Mans, de 710 à 730 ; il devint successivement : prieuré , presbytère de la paroisse de Saint-Ouen-des-Fossés ; collège, séminaire, institué vers 1599, par Claude d'Argennes, XIXe évêque du Mans : et depuis 1624 , sous Charles de Beaumanoir, son successeur, fut dirigé par les Oratoriens jusqu'à la révolution ; collège national en 1792 ; école centrale en 1795; école secondaire en 1804, sous le régime universitaire ; collège communal ; enfin lycée impérial en 1851.
Situés à l'extrémité N. 0. de la place des Jacobins, dans une position agréable et saine, lesbâtiments, d'une certaine étendue, se ressentent malheureusement beaucoup, dans leur aspect et surtout dans leurs distributions intérieures, des additions successives, et sans plan d'ensemble, faites à la construction première pour les besoins du moment.
En effet, le corps de logis est de 1687 ; le grand bâtiment, de 1751 ; et les autres, annexes de ces derniers temps. La pre-
mière église, édifiée par Harlemont 1er, est de 720 ; celle qui sert actuellement de chapelle au lycée, de 1675.
Gomme institution enseignante, après des alternatives de décadence et de prospérité , le lycée impérial du Mans est aujourd'hui, sous tous les rapports, dans une bonne et judicieuse voie.
Comme établissements d'instruction publique, la ville du Mans présente encore : des écoles : 1° Normale, pour la formation des instituteurs primaires ; 2° Supérieure , pour les adultes qui se destinent aux industries ; 3° Mutuelle , 4° des Frères ; pour les enfants : toutes les deux communales primaires: toutes parfaitement dirigées, etc.
Établissements de charité. — Les uns sont relatifs au traitement des malades indigents, d'autres au soulagement des enfants, des vieillards, des pauvres livrés à la mendicité; d'autres enfin au traitement des aliénations mentales.
Hôtel-Dieu. — La ville du Mans s'est toujours distinguée par le nombre et le développement de ses établissements charitables : il n'en a pas été de même pourleur usage etleur bonne administration, surtout dans le moyen-âge. 11 faut en effet arriver jusqu'en 1765, époque à laquelle fut construit VHôtel-Bim proprement dit, pour trouver une assez bonne application des principes qui doivent régir ce genre d'établissements. Avant cette époque, ces maisons servaient moins au traitement régulier des maladies affectant les indigents et les ouvriers de la ville, que de refuge aux mendiants, aux pèlerins, aux enfants, aux vieillards abandonnés : c'étaient plutôt des maladreries , des dépôts de mendicité, que de véritables hôtels-Dieu. Depuis son utile fondation, celui du Mans a rendu les plus éminents services, et pris, dans ces dernières années, de grandes et belles proportions, parles annexes considérables bâties en 1854.
Hôpital général. — Il fut, dans la ville du Mans, précédé par un grand nombre d'établissements du même genre, beaucoup moins vastes, et dont les premières apparurent dès le vie siècle : ainsi :
1° Vhospicedu Sépulcre, fondé vers 540, par saint Innocent,
vme évêque du Mans , près le sépulcre ou cimetière des chrétiens.
2° U hospice de Gourdaine, établi vers 560 par la fondatrice du couvent de Sainte-Tenestine, dont il portait aussi le nom.
3° De Saint-Germain , sur la rive droite de la Sarthe , vers 596, par saint Bertrand, xie évoque du Mans.
4° De Sainte-Croix, à l'est de la ville, et dont la chapelle devint plus tard l'église de la paroisse du môme nom; par le même évoque.
5° De Saint-Martin, au sud-est de la cité, dans l'emplacement de l'ancienne église dePontlieue; également par saint Bertrand.
6° De Saint-Ouen, vers 720, par Harlemont Ier, sur l'emplacement du lycée impérial actuel.
7° De Saint- Aldric, au bas de la cité, près de la cathédrale.
8° De Coulaines, dans le bourg de ce nom.
9° De VEôpitau, dans la rue à laquelle il a donné son nom. Ces trois dernières fondations sont attribuées à saint Aldric, xxine évêque du Mans, et remontent à 840 ou 850.
10° De Saint-Biaise, au nord-est de la ville , au milieu des vignes de ce côté, pour les indigents qui les cultivaient ; institué par Hugues Ier, comte héréditaire du Maine, avec celte destination spéciale, vers 980.
11° Des Ardents, à l'angle du cloître Saint-Julien et de la Grande-Rue, fondé vers 1010, par Avesgaud, xxxe évêque du Mans, pour les sujets affectés du feu sacré ou mal des ardents; ensuite, également pour les aliénés.
12° Du Chapitre, au-dessous de la ville et du palais épiscopal, vers le même temps et par le même évêque, pour les chanoines et les confrères de Saint-Michel, infirmes.
13° De Coeffort, au sud-est de la ville, où se trouve aujourd'hui l'ancienne église de la Mission, vers 1180, par Henri II, né au Mans,xiecomte héréditaire du Maine, etroi d'Angleterre.
14° La maladrerie de Saint-Lazare, dans le faubourg sudouest du Mans, ou de Saint-Gilles; fondé vers xne siècle, sans qu'il soit possible d'en désigner exactement l'auteur ; mais
on sait qu'il fut doté richement et confié à l'administration des frères lazaristes.
15° Le Grabatoire, en face de la porte principale de la cathédrale de Saint-Julien, sur la place du Château ; particulièrement destiné à recevoir les enfants trouvés.
Tous ces refuges de la souffrance, du dénuement, et ceux que nous pourrions indiquer encore, avaient été suffisamment dotés, par leurs généreux fondateurs, de maisons, propriétés rurales et rentes plus ou moins considérables, qui nous expliquent la principale origine de la richesse, en immeubles, de F Hôpital-Général du Mans, auquel presque toutes ces dotations furent concédées, lors de son institution définitive, par la réunion de tous ces établissements dans un seul.
Un aussi grand nombre de fondations charitables dans la ville du Mans ou dans ses faubourgs ; les secours qu'y trou vaient les malades et dont ils étaient presque entièrement privés dans les campagnes, attirèrent, vers la capitale du Maine , un si grand nombre de mendiants et d'infirmes, que, dans l'année 1650, ne trouvant plus aucune place dans ces établissements, si multipliés cependant, ils couchaient sous les hangars, les halles, dans les églises, etc.
De cet entassement de la misère, de l'incurie qui l'accompagne toujours, surgit une épidémie si grave , que l'autorité locale en fut effrayée, de manière à comprendre la nécessité d'un établissement assez vaste pour mettre fin à ces misères publiques; réglementer, avec plus d'intelligence et de fruit, les secours à donner aux malades, aux indigents, et prévenir enfin le développement de ces maladies infectieuses qui désolaient alors si fréquemment les populations de notre ville, de ses environs, et même de toute la province : tels furent les puissants motifs qui déterminèrent la fondation de V Hôpital- Général du Mans.
Les échevins, le procureur syndic, les députés de la ville du Mans, après mûres et sérieuses délibérations, adressèrent au gouvernement, le 13 août 1657, une requête motivée, pour rétablissement d'un hôpital général dans cette ville , et dont
l'administration serait confiée au lieutenant-général de la sénéchaussée du Maine, au procureur du roi au même siège, et à huit bourgeois présentés par les députés de la ville. Le clergé lui-même, après quelques oppositions relatives à l'annexion, à celte grande fondation, de plusieurs établissements hospitaliers et religieux qu'il avait lui-même institués et dotés, appuya ce projet de toute son influence , en considération des précieux résultats qu'il promettait.
Aussi, la construction de F Hôpital-Général du Mans fut-elle définitivement autorisée par lettres patentes de Louis XIV, de septembre 1658; dont les principaux considérants font assez connaître les motifs, la destination, le caractère et les ressources de cette vaste fondation. On y verra que, dès cette époque, on sentait le besoin de réprimer, d'éteindre la mendicité ; qu'on la poursuivait alors par des lois pénales bien autrement sévères que celles d'aujourd'hui ; sans doute en raison des graves désordres qu'elle entraînait et qu'elle ne manquera jamais de produire.
« Louis, par la grâce, etc. Vu la résolution qu'ont prise, depuis quelques années,[plusieurs villes de notre royaume, de renfermer les mendiants, pour leur administrer, par un ordre de charité publique, toutes les choses nécessaires, tant au spirituel qu'au temporel ; arrêter les abus ^qu'avaient accoutumé de produire l'oisiveté et le libertinage ; cette résolution salutaire ayant donné beaucoup d'édification, excité les autres villes d'en imiter l'exemple, nos chers et bien-aimés le seigneur évêque, les doyens, etc, nous ont témoigné, d'un vœu commun, souhaiter le même établissement dans leur ville et y vouloir contribuer selon leur pouvoir, par la cession des hôpitaux de leur fondation : le revenu d'iceux ne pouvant être mieux employé;... en sorte qu'en y ajoutant les aumônes et autres charités que les communautés, les habitants de ladite ville et faubourgs du Mans ont accoutumé de faire aux pauvres mendiants; y joignant encore les franchises, libertés et immunités que nous avons accoutumé d'accorder aux hôpitaux généraux, on peut espérer un succès favorable de l'établissement qu'on
propose de faire, en ladite ville, d'un hôpital général, suivant les intentions communiquées au duc de Trême, gouverneur de la province du Maine, et le résultat de rassemblée générale du Mans du 13 août 1657... »
Suivent les dispositions relatives à la mendicité : « A ces causes, avons, par ces présentes, ordonné : Les pauvres valides et invalides trouvés dans la ville et faubourgs du Mans seront enfermés pour être employés aux ouvrages de manufactures et autres travaux, sans qu'ils puissent vaguer, à l'avenir; défense est faite à qui que ce soit d'y mendier; à peine du carcan pour la première fois ; du fouet, pour la deuxième ; des galères contre les hommes et garçons valides; du bannissement, contre les femmes et filles pour la troisième. »
Puis, les conventions par lesquelles toutes les autres fondations de ce genre, du Mans et des environs, se trouvent réunies dans celle de F Hôpital-Général. Enfin, les règlements administratifs, les prescriptions du régime intérieur de l'établissement nouveau, etc.
La rigueur déployée contre la mendicité va jusqu'à frapper légalement ceux qui voudraient la soutenir : « Défense est faite à toute personne de rien donner aux mendiants publiquement ou secrètement; de les recevoir et coucher, sous peine de confiscation des lits employés, et de 20 livres parisis d'amende contre les communautés, et de 4 livres contre les particuliers. »
L'église et les vastes bâtiments de l'Hôpital-Général, commencés en 1662, ne sont pas d'une belle construction, et coûtèrent environ 200,000 livres. On leur adjoignit un enclos, aujourd'hui compris entre la Sarthe, la promenade du Greffier, les rues Napoléon, de l'Hôpital, la place de l'Éperon, et comprenant l'Hôtel-Dieu.
En 1821, à la naissance du duc de Bordeaux, en commémoration de cet événement, une souscription fut ouverte, dans le département de la Sarthe, pour l'annexion, à lliôpital municipal du Mans, d'une maison destinée, sous le titre d'hôpital Dieudonné, a recevoir les malades et les infirmes de tout ce département, moyennant fondations ou pensions faites et
payées par les communes ou par des personnes charitables. Ce corps de bâtiment, qui fait suite à l'église, en descendant vers la rivière, terminé en 1822, occasionna des dépenses qui s'élevèrent à 50,000 fr.
La population des trois établissements flotte ordinairement entre 500 et 600 individus. Mais il y existe encore un vice d'administration relatif aux enfants trouvés ; au passage des adultes infirmes à L'état de vieillards, inhérents à la maison, etc., bien difficile à détruire; qui, malgré la richesse immobilière de V Hôpital-Général du Mans, les continuels efforts de l'administration intelligente et dévouée qui le dirige, absorbera de plus en plus toutes ses ressources annuelles, et finira par entamer le fonds. Espérons, cependant, qu'on trouvera le moyen de prévenir un aussi fâcheux résultat.
Dépôt de mendicité. — Sous une dénomination plus convenante, V Hôpital-Général offrit, en grande partie, cet usage dans les premiers temps de son institution qui, par degrés, entra plus complètement dans les attributions que nous lui voyons aujourd'hui. Mais l'idée si charitable et si morale : d'abolir entièrement la mendicité, ne devait pas s'éteindre. Un décret impérial du 5 juillet 1808 la remit en vigueur pour toute la France. La maison de la Mission devint, au Mans, celle que l'on désigna pour cet usage , en y faisant quelques appropriations bien insuffisantes. En 1814, à la Restauration, cet utile projet fut une seconde fois abandonné. Enfin, en 1854, le Conseil général de la Sarthe ayant voté l'acquisition du monastère laissé vacant par les dames du Sacré-Cœur, paroisse du Pré, rue Saint-Victeur , un refuge pour les mendiants, vagabonds, etc., y fut établi, sous le titre passablement impropre de Dépôt de mendicité, dont le but est parfait, mais dont les principes et les règlements d'institution sont loin d'offrir ce caractère ; dont l'objet paraît bien incomplètement rempli, si l'on en juge du moins par le nombre des vagabonds, des mendiants, etc., que l'on voit encore chaque jour parcourir les places publiques, les rues, assiéger les abords des églises avec plus d'importunité que jamais; dont une charité
mal entendue, mais assurément bien intentionnée, de quelques personnes, entretient la fainéantise et l'oisiveté ; lorsqu'il serait bien avantageux, dans leur intérêt moral et matériel, de les soustraire aux injures de l'air, à ces causes de perversité, par des travaux appropriés à leurs facultés, et que le plus grand nombre deviendrait bientôt si capable d'effectuer.
En voyant ces regrettables abus, on arrive à reconnaître l'opportunité des édits de Louis XIV qui poursuivaient une mendicité démoralisatrice, non-seulement dans les vagabonds qui l'exerçaient, mais encore dans les personnes dont la pitié mal comprise et dangereuse servait d'aliment à ce vice capital et père de tous les autres.
Asile de la Sarthe. — Notre ville, notre département, notre province sont restés bien longtemps et bien regrettablement arriérés au milieu des progrès si philanthropiques et si rationnels du traitement des aliénés en France. Il faut en effet atteindre l'année 1834, pour trouver une consolante application de ces utiles progrès.
Avant cette époque, les malheureux aliénés de la Sarthe se trouvaient, à l'hôpital général, comme ensevelis, par anticipation et sans aucun traitement spécial, dans les cabanons isolés, espèces de bouges plus ou moins infects, où ces tristes victimes d'une funeste incurie se roulaient dans la fange au milieu de leurs accès de fureur et de frénésie , trop souvent encore excités par l'impitoyable stupidité des visiteurs, qui, moyennant une faible rétribution, au profit des gardiens, allaient voir les fous, comme on va voir une ménagerie d'animaux.
Lorsqu'en 1821, nous prîmes la direction du service chirurgical de l'hôpital du Mans, il nous fut aisé d'obtenir, de la bienveillance d'une administration éclairée , la suppression d'un aussi révoltant abus. Mais aucun local n'étant alors convenablement disposé , le traitement particulier de ces malheureux ne put subir d'importantes améliorations.
Enfin, vers 1829, fut commencé, à 1,500 mètres S. 0. de la ville du Mans, près le hameau du Gué-de-Maulny , sur la rive gauche de la Sarthe, à peu de distance de son confluent avec
l'Huisnc, le magnifique Asile départemental que nous y voyons aujourd'hui, avec ses belles constructions et son vaste enclos; où les aliénés, divisés par catégories, sont, avec tant d'avantages, employés aux travaux du jardinage et de la culture des champs, suivant leurs aptitudes et leurs forces.
Ouvert le 18 août 1834, l'Asile de la Sarthe pouvait alors admettre 200 malades , hommes et femmes , indigents et pensionnaires ; était administré par une commission de cinq membres , sous la direction du préfet. Son personnel se trouvait ainsi composé : un receveur , un médecin , un aumônier , trois sœurs , un économe et les gens de service ; dont le concours intelligent et dévoué garantissait le traitement rationnel des malades, et la bonne tenue de l'établissement.
Depuis cette époque, l'Asile de la Sarthe n'a pas cessé de justifier la confiance qu'il avait inspirée ; de réaliser les grandes espérances que son utilité, son importance avaient fait concevoir. Aussi les plus remarquables développements prouvent-ils, aujourd'hui, mieux que tous les éloges, combien sont réels et constants les. services qu'il ne cesse de rendre aux malheureux aliénés, à leurs familles si douloureusement éprouvées.
La superficie de l'Asile comprend en effet, actuellement : 19 hectares : 4 pour les bâtiments, cours et jardins ': 15, pour le domaine agricole, offrant au travail, au service, à l'agrément des aliénés, tous les avantages d'une assez grande exploitation de ce genre. On comprendra, du reste, l'étendue des constructions qu'il a fallu progressivement ajouter aux premières, en apprenant que le nombre des malades est , en ce moment, de 433, des deux sexes.
Aujourd'hui, l'administration intérieure s'exerce par les soins d'un directeur, sous la surveillance d'une commission spéciale de cinq membres, et sous la haute direction de M. le Préfet. Le personnel est du reste ainsi composé : un directeur, un médecin en chef , un chirurgien , deux élèves internes rétribués , un aumônier , onze sœurs de la communauté
d'Évron, un receveur, un économe, des gens de service en proportion suffisante ; ce nombreux personnel est très convenablement logé dans rétablissement, qui, sous tous les autres rapports, ne laisse également rien à désirer, et vient actuellement se placer au premier rang, en France, parmi ceux du même genre.
Le premier directeur en titre fut M. Charles de Saint-Remy, dont le zèle intelligent, les efforts dévoués contribuèrent trèsutilement à la bonne administration intérieure, aux accroissements de l'institution. Il nous est donc impossible de ne pas regretter sa mise à la retraite, peut-être, après d'aussi longs, d'aussi bons services, un peu brusquement effectuée; de ne pas désirer, surtout dans l'intérêt des malades et de l'établissement, que les excellentes mesures de ce digne administrateur, qui faisaient, des travaux agricoles, un fondement essentiel de l'hygiène des aliénés, soient, par continuation, sérieusement appliquées dans l'avenir comme par le passé.
Notre appréciation, dictée par un sentiment d'équité, se trouve, du reste, complètement justifiée par celle de la commission du Conseil général de la Sarthe, à l'occasion de l'état satisfaisant de l'Asile des aliénés : « On aime, dit cette commission, session de 1861, à rapporter en partie l'honneur de ce bon état de choses au regrettable M. de Saint-Remy, l'ancien directeur de l'Asile. Avec quel dévouement de tous les instants, avec quelle rare intelligence, il tenait de difficiles et délicates fonctions ! Combien il avait rendu, et pouvait rendre encore de services à cet établissement, dont il était en quelque sorte l'âme; et combien les traditions qu'il y a laissées seront toujours bonnes à imiter !... »
Le premier médecin fut M. le docteur Étoc-Démazy, qui sut organiser le service médical, et le dirige encore avec tant de bienveillance et d'habileté, que son nom, désormais, ne pourra plus être séparé de ce magnifique établissement dans l'estime et la reconnaissance du pays ; car l'Asile départemental de la Sarthe a réalisé le philanthropique et sublime problème, posé par l'illustre et vénérable Pinel : donner aux aliénés , à cette
classe la plus intéressante et la plus malheureuse de notre société, les soins, les consolations, le soulagement, et, s'il est possible, la guérison qu'ils réclament, en brisant les liens barbares au milieu desquels on les tenait autrefois si cruellement enchaînés !...
Maison de refuge des vieillards indigents. En 1854, Mmela baronne de Jean donne, à l'institution des Petites-Sœurs des pauvres, la maison située dans le faubourg N. E. de la ville, rue des Mailels, 14, avec ses grands jardins, pour y fonder une maison de refuge à l'usage de la vieillesse indigente, hommes et femmes. Déjà cet établissement charitable a pris un assez grand développement ; d'importantes constructions viennent de s'y trouver édifiées. Le but en est excellent, autant qu'il ne sera point dépassé ; tant que son administration ne s'y laissera pas entraîner à des accroissements dont le double péril serait de le mettre aux charges de la charité publique, après avoir épuisé les sources de la charité particulière; et d'enlever, par la trop grande facilité des admissions, à la majorité des ouvriers, ce précieux sentiment de la prévoyance, seul capable de les prémunir contre les folles dissipations du présent, en assurant les utiles ressources de l'avenir.
Établissements religieux. — Les deux principaux sont : l'évêché , le grand-séminaire , assez remarquables par leur situation avantageuse, et par l'importance de leurs constructions.
Évêché. — L'ancienne habitation des évoques du Mans se trouvait sur la paroisse du Crucifix, près de la chapelle Saint- Michel. Vers 1210, sous l'épiscopat d'Hamelin, elle fut transportée, de l'autre côté de la cathédrale, dans le prolongement accordé par Philippe-Auguste au-delà des murs de ville ; et, d'après les écrivains du temps, méritait alors le nom de palais. Reconstruit en 1778, l'évêché fut vendu par la république, en 1794, au député Bardou-Boisquetin, qui paya tout au plus les belles grilles de clôture, et ne laissa debout que la maison connue sous le titre de secrétariat ; revendue à d'autres acquéreurs; où se trouve aujourd'hui la Psallette.
Après la révolution de 1793, lors du rétablissement des évêques, en 1801, celui du Mans reçut, comme habitation, Thôtel situé entre les rues Neuves-Saint-Louis et Dorée, n° 18 ; et nommé, par les uns, hôtel de Fonville ; d'Orcé, par les autres. Enfin, de 1844 à 1848, fut construit le beau palais épiscopal actuel, rue de Tessé, sur l'emplacement de l'ancien hôtel de ce nom.
Grand Séminaire. — Établi d'abord au prieuré de Saint- Ouen; transféré, vers la fin du xvie siècle, dans la maison conventuelle de la Mission, dirigée par les Lazaristes, il fut détruit à la révolution de 1789.
Après la signature du Concordat, le séminaire de la Mission se trouva remplacé par celui de l'abbaye des Bénédictins, dans le quartier Saint-Vincent.
Nous avons déjà vu les principales phases de l'édification et des vicissitudes fâcheuses de ce bel établissement religieux. 572, fondation et premières constructions, par saint Domnole, ixe évêque du Mans; ensuite, ravages des Normands, des Anglais, des Bretons, etc.; réparation par les évêques; Avesgaud, le xxxe, consacre l'ancienne église, l'an 1000. Grands travaux par Philippe de Luxembourg, Lxme évoque, de 1477 à 1519. Il ne reste rien de ces premières constructions.
1690, commencement, par les Bénédictins, et sur un vaste plan d'ensemble, des belles constructions actuelles ; continuation, 1736, 1759 ; suspension en 1790 ; construction, en 1815, de la chapelle, mal située, d'une architecture massive, déparant l'harmonie de ce bel édifice , et destinée à remplacer l'église ancienne , démolie pendant la révolution, alors que cette abbaye servait de caserne aux troupes de la garnison du Mans ; 1851, achèvement, sous l'épiscopat de Mgr Bouvier, du plan complet de ce magnifique bâtiment, qui présente aujourd'hui l'un des plus beaux séminaires de France.
Communautés. — Beaucoup moins nombreuses, moins riches qu'au moyen-âge, les principales communautés religieuses du Mans, et de ses faubourgs, se trouvent, aujourd'hui, réduites aux suivantes : hommes, Notre-Dame de Sainte-Croix,
1835, faubourg est; femmes, Visitation, 1829, rue Champ- Garreau ; Carmélites, 1833, faubourg sud-est, sur la route de Paris ; Adoration perpétuelle, faubourg nord, rue des Maillets; Bon-Pasteur, faubourg ouest, sur la rive droite de la Sarthe, etc.
Établissements civils. — Nous comprenons particulièrement sous ce litre les constructions spécialement consacrées aux besoins du commerce, des industries publiques et particulières : halles au blé, au chanvre , abattoir et boucherie, poissonnerie, grenier d'abondance, fontaines publiques, etc.
Halle au blé. — Celle qui existe actuellement, à peu près au milieu de la place de ce nom, fit disparaître le vaste hangar affecté à des usages semblables et qui resta sur cette place, vers l'angle sud-est, de 1568 à 1826.
De forme ronde, occupant le centre d'un quadrilatère irrégulier, plantée trop bas, ce qui rend à peu près toutes ses caves impropres à leur destination ; et lui donne, surtout, vue de la partie supérieure de cette place, quelque chose de lourd, d'écrasé ; offrant à l'intérieur des piliers massifs, qui gênent la circulation : cette halle nouvelle, aux graves inconvénients d'une construction chère, disgracieuse par sa forme relative à la disposition de l'emplacement, réunit encore ceux d'être peu commode pour le service habituel, d'avoir détruit la beauté des étalages qui s'effectuaient à l'époque de nos foires principales ; ainsi que l'agrément des promenades qui s'y faisaient par les nombreux visiteurs, à tel point, que la plupart de ces derniers sont arrivés à regretter l'ancien hangar, bien misérable, sans doute, mais sous lequel, du moins, ces promenades étaient faciles et ces étalages véritablement beaux dans leur ensemble. Aujourd'hui l'on ne voit, à la fois, qu'une trèspetite partie de ces magasins, et l'on se retire seulement avec la fatigue d'avoir incessamment tourné dans cette espèce de cage, avec la préoccupation continuelle de ne pas se heurter contre les piliers obstruant le passage, et sans avoir en aucune façon joui du coup-d'œil des toilettes et des expositions : les unes et les autres ayant d'ailleurs en grande partie disparu, par la
crainte fondée, nous devons en convenir, de ne plus y faire leurs frais.
L1auteur du Dictionnaire topo graphique, historique, etc., de la Sarthe, a signalé plusieurs de ces inconvénients, proposé, dans l'intention de les faire disparaître, plusieurs moyens dont l'application serait assez défectueuse pour que le remède employé devînt pire que le mal. C'est assurément le cas de regretter une construction plus intelligente, mieux appropriée, mais de laisser les choses dans l'état actuel, au lieu de les empirer surtout par de nouvelles dépenses, encore plus mal employées que les anciennes.
Halle aux chanvres. — Jusqu'en 1843, le commerce des chanvres et des toiles n'avait point offert un local en mesure de son importance, au Mans. Successivement établi sur diverses places de la ville, dans les anciennes boucheries, sur le marché aux grains, autour des halles qui s'y trouvaient. A cette époque, il fut mis en possession du bel établissement spécial que l'on voit actuellement sur la rive gauche de la Sarthe, dans le voisinage du port ; et dont le développement se trouve en proportion de celui qu'a pris, depuis vingt ans, ce genre de commerce, dans la ville du Mans, et même dans la plus grande partie du département de la Sarthe.
Arattoir et rouciieries. — Les règlements sur le débit des viandes ont éprouvé de grandes modifications, comme nous l'avons dit en faisant l'histoire du moyen-âge, du vieux bâtiment construit, pour cet usage, en 1693, et que l'on voit encore à l'extrémité ouest de la rue des Bas-Fossés. Aujourd'hui, ces règlements sont parfaitement institués; les bouchers distingués en débitants de lre, 2e et 3e classe, avec des obligations relatives à la position qu'ils ont prise. Les animaux sont abattus et dépecés dans un vaste et commode établissement spécial, bâti en 1846, près la rive droite de l'Huisne, à 2 kilomètres sud de la ville. Le débit s'effectue chez les bouchers, sur des étaux propres et bien disposés.
On comprendra surtout l'importance et le mérite positif de cet établissement, en le comparant à l'abattoir mesquin et mal
placé que Ton avait, il y a trente ou quarante ans, fait si regrettablement alors construire dans la rue de L'Hôpital, précisément en face de l'Hôtel-Dieu du Mans, et que ces graves inconvénients firent aussitôt abandonner pour y transporter, sans plus d'opportunité, l'école d'enseignement mutuel.
Poissonnerie. — Actuellement établie, comme nous l'avons dit, sur la place de l'Éperon, recevant le trop-plein de plusieurs des anciennes fontaines; elle remplit assez bien son but, sans rien offrir de remarquable.
Grenier d'arondance ; Boulangerie. — Cette industrie vient d'être complètement réglementée dans la ville du Mans. L'administration municipale y prépare l'exécution d'un grand projet, à l'approbation de l'État, sous le titre de : « Création d'une caisse de service, et de magasins généraux de la boulangerie. » Destinée à fournir, aux boulangers, la facilité de remplir les conditions imposées, par le décret du 16 novembre 1858, sur les farines à tenir en réserve.
On vient à cet effet de terminer, sur l'ancienne promenade du Greffier, un vaste bâtiment à trois étages, offrant 40 mètres de façade sur 25 de profondeur, pouvant contenir 9,000 sacs de farine de 157 kilog. chacun : ou 1,413,000 kilog.; quantité suffisante pour l'alimentation de la ville pendant 3 mois.
Une caisse de secours au capital de 100,000 fr. votés par cette ville, avec le concours bienveillant de la succursale de la banque de France, présenteront les moyens de faire, aux boulangers du Mans, des avances portées aux quatre cinquièmes de la valeur des farines qu'ils auront déposées, et de tenir ces dernières dans un bon état de conservation pour les besoins delà cité.
Un projet de cette nature bien conduit peut offrir d'incontestables avantages; mais il est à craindre, peut-être, que son exécution n'entraîne de sérieuses difficultés.
En terminant cet article, nous ne pensions pas que nos tristes pressentiments fussent aussitôt réalisés. Aujourd'hui, le projet semble complètement abandonné; l'édifice en demeure de recevoir une autre destination qui bien certainement ne pré-
sentera pas une appropriation avantageuse; comme il arrive nécessairement toujours, en pareille circonstance, pour les constructions ainsi faites d'après une indication trop spéciale. On essaie d'en faire actuellement une caserne., pour les troupes de passage. Qe local offre-t-il bien les conditions hygiéniques, essentielles à cet usage?... L'expérience décidera.
Fontaines publiques. — Pendant la domination romaine, ainsi que nous l'avons déjà vu, la ville du Mans se trouvait assez bien approvisionnée d'eau par des aqueducs puisant à plusieurs sources et jusqu'à 7 ou 8 kilomètres de distance. Insensiblement détruits, ces aqueducs furent successivement remplacés par quelques autres , dus à la généreuse prévoyance de plusieurs évêques et particulièrement de saint Aldric. Mais les fontaines qu'ils alimentaient, même avec le secours des différents puits publics dont nous avons également parlé, se trouvant bien insuffisantes aux besoins de la ville, on dut rechercher un moyen de satisfaire à cette impérieuse nécessité.
On tenta vainement la perforation de puits artésiens sur la place des Jacobins, dans la commune de Sainte-Croix, à Test et tout près du Mans. Le projet de faire monter l'eau de la Sarthe sur le plateau de Saint-Vincent, point culminant de la ville, au moyen d'une machine hydraulique mue par la rivière elle-même, fut également abandonné.
Enfin, vers 1859, deux machines à vapeur, de la force, l'une de six; l'autre, de douze chevaux, furent établies à l'Abattoir, puisant l'eau dans un vaste réservoir, au besoin dans l'Huisne même, pour la verser, par de larges conduits en fonte, dans un autre bassin placé près du nouvel évêché; d'où cette eau descend ensuite naturellement aux bornes-fontaines, aux habitations particulières, auxquelles une concession rétribuée se trouve journellement faite par l'administration municipale.
Éclairage public — En 1697, par édit du roi Louis XIV, des lanternes furent placées dans les rues du Mans. La ville ne tarda pas à s'affranchir de cette obligation; et ce ne fut qu'au mois de janvier 1781 que, sur la demande collective des principaux habitants de la cité, M. Chesneau-Desportes fit un projet
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pour rétablissement do 500 becs de réverbères, dont la dépense fut estimée à 6,000 livres. On divisa cette somme en 500 billets qui devaient être souscrits par les propriétaires voisins de chacun de ces réverbères. Le projet ne se réalisa qu'en partie; l'éclairage ne fut définitivement complété que vers 1789. En 1840, il se composait de 235 réverbères, portant 616 becs.
En 1841, une usine à gaz, par les soins d'une Société d'actionnaires, s'établit à l'extrémité du quai Napoléon, près du port, au sud-ouest, rive droite de la Sarthe, et se trouve actuellement en mesure d'éclairer les principales rues de la ville et la plupart de leurs magasins d'une certaine importance, moyennant une rétribution annuelle, soldée par la ville pour l'éclairage public; et, par les habitants, pour l'éclairage particulier.
Etablissements financiers. — Depuis quelques années, surtout, ils fonctionnent, au Mans, de manière à favoriser beaucoup les transactions et les opérations commerciales dans tout le pays. La Succursale de la banque de France, établie dans cette ville le 12 octobre 1846, a toujours marché d'une manière progressive; et, pour l'importance des résultats, occupe le milieu entre les autres. Parmi les 48 établissements de ce genre, existant actuellement en France, elle porte le n° 23. Produits bruts : 1857 : 328,410 fr. — 1858 : 151,762. Différence expliquée par la diminution du mouvement des affaires ; surtout du commerce des chanvres, des céréales, etc. Taux de l'escompte graduellement descendu de 5 p. 0/0, janvier, à 3 p. 0/0. 24 septembre 1858. Cinq banques particulières , inspirant actuellement une confiance méritée, complètent l'ensemble des établissements financiers.
Établissements locaux de pbévoyance. — Deux compagnies d'assurance contre l'incendie ont leur siège principal au Mans; et des associations de secours mutuels entre les ouvriers s'y font particulièrement remarquer par leurs bons résultats.
Assurance mutuelle immobilière. — Instituée le 1er juin 1828; approuvée par ordonnance royale du 25 mai 1828; prorogée, par décret impérial du 1er mars 1856, jusqu'en 1888, cette compagnie présente actuellement, 1860, nombre des
assurés : 119,562; valeurs garanties : 721,890,700 fr. Sinistres, jusqu'en 1859 : 4,200 ; dont le prix de remboursement s'est élevé à 2,300,000 fr.; fonds social et de réserve : 400,000 fr.; qui permettra d'abaisser le chiffre de cotisation, et de le rendre à peu près fixe pour l'avenir. Primitivement établie pour les départements de la Mayenne, de Maine-et-Loire, cette assu. rance peut aujourd'hui s'étendre à 17 autres départements.
Assurance mutuelle mobilière. —Fondée sous le patronage de la précédente, mais sans aucune solidarité réciproque ; autorisée par ordonnance royale du 11 juin 1842, par décret impérial du 26 avril 1852; en exercice au 1er juillet 1842; instituée pour les trois départements de la Sarthe, de la Mayenne, de Maine-et-Loire, avec faculté de s'étendre à 17 autres ; offrant actuellement : fonds social ou de prévoyance : 304,938 fr., plus un fonds de garantie de : 888,433 fr. ; nombre des assurés : 66,000; valeurs garanties : 400,769,884; sinistres au 1er juillet 1859 : 6,436; prix de leur remboursement : 1,842,339 fr., ayant donné lieu, terme moyen, pour les 17 années à des cotisations annuelles de 16 centimes pour 1 ,000 fr.
Association de secours mutuels entre les ouvriers. — Fondée en 1835 par les ouvriers typographes; ultérieurement étendue à tous les corps d'états ; autorisée par le ministre de l'intérieur en 1836, de nouveau en 1844; ayant mis sur la voie de celle actuelle des Secours mutuels ; association approuvée par M. le préfet de la Sarthe; morale, philanthropique dans son objet; comptant un grand nombre d'associés au moyen d'une petite cotisation; de généreux patrons, garantissant, à chaque travailleur agrégé, des secours pécuniaires et médicaux, pendant la durée des maladies qui l'empêchent de se livrer à l'exercice de sa profession; donnant enfin, sous tous les rapports, les plus utiles et les plus fructueux résultats.
Etablissements industriels. — Les industries manufacturières de la ville du Mans s'exercent, en grande partie, sur des produits du pays. Ces industries sont nombreuses, variées; en général, assez lucratives.
Cire et rougies. — L'industrie relative à la confection des
ouvrages en cire : fleurs, fruits, cierges, bougies, etc., fut, pendant longtemps, Tune des plus remarquables spécialités de la ville du Mans. Établie, comme nous l'avons dit, en 1600, par Hallai, dans la capitale du Maine, elle y comptait encore, vers 1789, cinq blanchisseries fabriquant, par année, 1 50,000 kil. de cire et bougies, dont le tiers de ces dernières était exporté dans toutes les cours d'Europe, les Indes, etc.; le reste consommé en France. Aujourd'hui, ces établissements, réduits à deux, produisent à peine 50,000 kilog. de cire blanche, dont la majeure partie se trouve employée à la fabrication des cierges: celle des bougies ayant été presque détruite par l'éclairage à l'huile, au gaz, et surtout par l'invention des bougies stéariques, sous le patronage du bon marché.
Fabrication des tissus. — Nous avons déjà vu qu'autrefois celle des étamines ou véronnes, créées, vers 1640, dans la ville du Mans, par François Véron, employait, dans cette ville et dans ses environs, un grand nombre de métiers , dont les produits, exportés au loin chez les différentes nations, faisaient une des principales richesses de la province du Maine. Cette fabrication est aujourd'hui remplacée par celle des toiles de toute espèce, occupant, dans le pays, des populations entières, et trouvant, en raison de l'excellence de ses résultats, les débouchés nécessaires et proportionnés à son développement.
Engraissement des volailles. — Les poulardes et les chapons du Mans sont généralement et justement réputés depuis un temps immémorial, figurent avec des avantages si positifs sur les tables parfaitement servies, que leur confection, industrie locale, soutenue par la puissance gastronomique de toutes les époques et de tous les pays, ne peut manquer de s'accroître et de prospérer. L'engraissement se fait principalement avec le sarrasin. Les plus beaux et les meilleurs produits viennent de l'arrondissement de la Flèche, et spécialement de la commune de Mézeray, où l'on élève une espèce de poules si bien disposées à la transformation qu'on leur fait subir, quelles ont remplacé les chapons dans ce genre de commerce.
Typographie. — Elle ne s'établit au Mans que vers 1529,
plus de 63 ans après son invention. On compte aujourd'hui, dans cette ville, trois imprimeries qui, depuis quelques années surtout, se font remarquer parla bonne exécution de leurs travaux.
Fonderies. — Depuis vingt ans, ces opérations métallur giques ont pris une grande extension, au Mans et dans ses faubourgs, sous l'intelligente impulsion de simples ouvriers devenus des artistes habiles. Ainsi, la fonderie des cloches déjà renommée, non-seulement en France, mais à l'étranger, par la direction si capable de son instituteur : M. Bolée, a fourni de belles sonneries non-seulement à la cathédrale du Mans, en 1859 ; mais encore, avant et depuis cette époque , aux principales métropoles de l'empire. Les autres fonderies savent donner au cuivre, à la fonte, etc., ces dispositions et ces formes variées que réclament les arts, les industries, la mécanique, etc.
Fabrique de vitraux peints. — Les procédés au moyen desquels ont été faites ces admirables verrières du moyen-âge, et dont nous pouvons apprécier les merveilleuses traditions à notre belle cathédrale du Mans, complètement perdues, nous assurent les artistes compétents, ne paraissent pas, ajoutent les mêmes autorités, avoir encore été retrouvés. Toutefois un moderne établissement de ce genre fondé, par les soins de M. Delarue, dans son habitation, aurait sans doute offert des résultats satisfaisants par le concours de MM. Chatel, Hucher, Fialeix ; mais ce dernier l'ayant privé de cette habile coopération, transporté à Mayet, il en sortit des produits d'une valeur moins réellement artistique ; mais qui, s'ils n'égalent pas encore le mérite, la perfection des anciens, peuvent du moins en réparer convenablement les avaries et même se placer à côté d'eux, sans trop souffrir de cette périlleuse comparaison.
Pisciculture. — Cette industrie, naissante dans le Maine, est actuellement en voie d'expérimentation régulière, sous la direc tion de l'autorité. Mais, en lui supposant les plus fructueux résultats, ils seront en grande partie détruits par la dépopulation incessamment effectuée, depuis quelques années surtout, dans
la Sarthc et dans ses affluents, sous la progression fatale des abus du rouissage des chanvres.
Sociétés savantes, artistiques, industrielles. — Aujourd'hui, dans la ville du Mans, les industries, les arts, les sciences présentent des associations utiles , et qui ne manqueront pas, avec un peu d'initiative et de zèle , de concourir au progrès des lumières, à l'accroissement du bien-être dans tout le département : nous indiquerons seulement les principales.
Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe. — Le 24 février 1761, la généralité de Touraine, par édit royal, fut, comme les autres, mise en possession d'une Société d'agriculture, composée de trois bureaux : Tours, Angers, Le Mans : telle fut l'origine de celle que la capitale du Maine devait présenter ultérieurement en propre, et sans les gênantes entraves d'une dépendance hiérarchique.
M. Samson de Lorchères, lieutenant général de la sénéchaussée du Maine, directeur de ce dernier bureau, le réunit pour la première fois dans son hôtel, Grande-Rue, n° 97, et qui s'y voit encore au n° 105. M. François-Louis-Véron, sieur Duverger, négociant, , fut nommé secrétaire perpétuel. Au nombre des vingt premiers titulaires, élus par le roi, l'on comptait six ecclésiastiques, les autres appartenant à la noblesse, au tiers état. Soixante associés complétèrent cette première liste des membres du bureau du Mans.
En 1763, la compagnie entière publia ses mémoires à Tours ; presque tous avaient l'agriculture pour objet spécial.
En 1775, M. Rottier de Madrelles, abbé de Moncé, membre associé de ce troisième bureau, conçut et réalisa le projet de rédiger un Précis historique de tous ses travaux depuis 1761: l'auteur, qui avait au plus vingt ans, fit un volume manuscrit de 797 pages, bien compris et bien exécuté.
« Nous n'avons pas, dit M. Anjubault, auquel nous devons ces détails, d'ouvrage aussi riche en documents précis et authentiques sur l'histoire de l'économie rurale dans le Maine, et de ses rapports avec le droit féodal et coutumicr. » Cet ouvrage
fut, du reste, accueilli très-favorablement par le bureau, qui proposa de l'imprimer au moyen d'une souscription: utile initiative qui resta sans effet.
Un résultat aussi regrettable ne découragea pas les zélés et laborieux membres du bureau, parmi lesquels se distinguèrent surtout MM. Véron-Duverger, d'Amigné, Froger, curé de Mayet;dc Blanchardon, Véron-Forbonnais, Davelu, supérieur du séminaire; de Gennes, bibliothécaire de l'abbaye de Saint- Vincent; l'abbé Janvier, de Mozé, commissaire des guerres; de Bellisle , Rottier de Madrelle, de Lozé, etc. Ces généreux et constants efforts pour vulgariser les arts et les sciences, étaient d'autant plus honorables et méritoires, qu'ils n'avaient, pour les soutenir et les favoriser , d'autres organes publics, dans la presse, que ceux du Calendrier du Maine, de la Feuille d'annonces, etc. , fondés par les soins intelligents et dévoués de M. Ch. Monnoyer, imprimeur.
Le bureau d'agriculture du Mans continua ses utiles et laborieux travaux jusqu'en 1793, époque désastreuse à laquelle ses membres furent si violemment dispersés par l'ouragan révolutionnaire ; et, pendant ses 33 années d'existence, rendit les plus incontestables services aux progrès, dans la province du Maine, des sciences agricoles, manufacturières, morales, industrielles, commerciales ; à ceux des lettres, de la civilisation, du bienêtre des populations, etc.
Avec le retour du calme, de la raison, de l'ordre, devait avoir lieu celui des sociétés savantes, conséquence et principe de ces bienfaits sociaux. En 1794, diverses commissions furent instituées, au Mans, pour l'organisation de la bibliothèque publique, du musée, les besoins des arts, des industries, du commerce, etc. ; et de la réunion de ces différentes commissions, naquit en 1795, la Société centrale de correspondance des arts, près la municipalité du Mans.
En 1799, un règlement de cette compagnie fut positivement admis, et comme pour établir nettement le caractère de son indépendance, elle prit le titre de : « Société libre des arts. » Avec ce titre qui semblait un peu la détourner de l'objet essen-
tiel de son institution, elle conserva cependant, sous l'impulsion d'un sentiment raisonnable et généreux, une prédilection particulière pour renseignement de l'économie rurale pratique; et plus tard, le 9 juillet 1839, en conséquence du même sentiment et peut-être aussi pour légitimer la subvention annuelle que le Conseil général s'empressa de lui voter, elle remania son règlement, pour la troisième fois, et prit définitivement le titre de : « Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, » qu'elle conserve encore aujourd'hui.
La Société libre des arts jouissant en effet alors de toute son indépendance; établie sur des bases fixes; composée d'un assez grand nombre de savants laborieux, zélés, dévoués à leur pays, comprit mieux encore la nécessité de se mettre, avec nos populations, en relations habituelles et faciles. D'un autre côté, la Feuille d'annonces avait pris de l'extension ; le Calendrier du Maine avait acquis, en 1800, une importance réelle sous le nom d'Annuaire de la Sarthe, et M. Monnoyer continuait à mettre les pages de l'une et de l'autre, avec le plus généreux désintéressement, à la disposition de la Société pour ses plus utiles publications; mais il manquait à cette compagnie le secours indispensable d'un journal particulier.
Le premier N° d'une publication de ce genre parut, en avril 1817, sous le titre : « d'Extraits des journaux et ouvrages périodiques concernant V économie rurale et domestique, etc.; résumés par MM. les membres de la Société royale des arts séant au Mans. » M. Houdbert, secrétaire de la Société, fit presque à lui seul, avec autant de zèle que d'intelligence, tous les frais de ce recueil périodique mensuel, dont M. le préfet étendit l'abonnement à toutes les communes du département, et dont le produit, pendant les cinq années de sa publication, suspendue en 1821, finit par acquérir, à la compagnie, un fonds social de de deux mille francs au moins : c'était alors le temps des économies.
De son côté, M. l'abbé Ledru, conservateur de sa bibliothèque particulière, qui commençait à présenter une véritable importance, entreprit de publier l'analyse des travaux de la
Société royale des arts, de 1794 à 1819. La première partie de ce travail utile : « Sciences mathématiques et physiques, » parut en 1820, mais ne fut pas suivie des autres.
En 1833, la Société royale des arts, qui ne communiquait plus directement avec la population qu'au moyen de séances générales annuelles, qui, souvent encore, faisaient défaut, sembla reprendre une vigueur nouvelle, augmenta le nombre de ses membres titulaires, étendit la sphère de ses correspondants, et commença plus sérieusement encore la publication de ses travaux, dans un journal trimestriel portant pour titre : « Bulletin de la Société royale d'agriculture, sciences et arts du Mans, » dont l'impression s'est, avec quelques vicissitudes, jusqu'ici continuée sans véritable interruption.
Enfin, comme nous l'avons déjà dit par anticipation, la compagnie, sous l'empire d'un nouveau règlement, essentiellement différent du premier, mais sans lui devenir, au sens de plusieurs, essentiellement supérieur et préférable, prit en définitive, le 9 juillet 1839, le titre de : « Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe. »
En 1855, on trouva bon de substituer aux séances publiques annuelles, en usage dans toutes les Sociétés scientifiques d'une certaine importance, goûtées par le public intelligent qu'elles mettaient en communication avec la Société, comme dans une fête de famille, des séances destinées aux discussions publiques sur des sujets arrêtés à l'avance dans un programme.
Nous comprenons facilement tous les inconvénients que peuvent entraîner, pour la Société, ces innovations peut-être un peu hasardées; l'expérience, il faut bien en convenir, n'a pas encore fait la preuve des grands avantages que l'on semblait en espérer. Avant de prononcer, nous laisserons donc à ce juge suprême le temps de prendre et de formuler ses conclusions entre l'ancien et le nouveau régime.
Sans vouloir admettre ici des rapports de cause à effet, entre l'établissement de ces révélations modernes et la décadence financière de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, nous constaterons, comme faits positifs dont nous ne
prétendons, au reste, inférer aucune induction : qu'avant ces derniers temps, la compagnie possédait un fonds social de 2,000 fr., recevait une bonne allocation du Conseil général, était assez riche pour ne rien exiger de ses membres titulaires, etc. Que, depuis ces derniers temps, le fonds social s'est trouvé complètement absorbé, par des dépenses très-utiles sans doute, mais enfin il n'existe plus ; que le Conseil général, sans doute aussi par quelque raison majeure que nous n'avons pas à produire, s'est pris à diminuer sérieusement le chiffre de l'allocation particulière de la Société; enfin, que celle-ci ne pouvant plus fonctionner comme autrefois, par défaut de moyens pécuniaires , s'est trouvée dans la nécessité, pénible sans doute pour elle, d'exiger de chacun de ses membres titulaires, même de ceux qu'elle avait admis sans cette nouvelle condition, et qui cependant n'avaient pour alternative que de l'accepter ou de donner leur démission immédiate, une cotisation assez faible, il est vrai, mais enfin qui n'avait jamais été imposée même dans les époques les plus difficiles de la Société libre des arts.
Espérons dans les heureux effets de ces innovations ; mais évitons de nous exposer à des déceptions toujours pénibles en prenant ici de mobiles espérances pour de solides réalités. Nous bornerons ces observations à l'exposition consciencieuse des faits; de V expérience du passé '.L'expérience, les faits de l'avenir décideront.
Société d'horticulture. — Formée en 1851 par un assez grand nombre de souscripteurs livrés, les uns par goût, les autres par état, à l'aménagement des jardins, cette Société paraît s'être imposé, pour tâche, assurément très-utile à remplir, de développer et perfectionner la culture non-seulement des fleurs, mais encore des légumes, des fruits, etc. Les belles et brillantes expositions qu'elle fait chaque année des remarquables produits obtenus dans ces différents genres, prouvent, mieux que tous les discours, la manière intelligente et capable dont elle remplit sa mission.
La Société d'horticulture faisant à la fois preuve d'un bien
louable zèle, vient, en 1856, d'acquérir un terrain, à Test de la ville, pour en former, sous le titre de Jardin d'essai, le lieu de ses expérimentations dans les différents genres de culture dont elle s'est proposé l'étude consciencieuse et pratique.
Société du Matériel agricole. — Née dans le sein et sous les auspices de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, le 29 août 1857 , cette institution s'annonça d'abord avec la seule prétention d'offrir comme objet spécial, exclusif, l'enseignement expérimental du fonctionnement des machines employées surtout à l'agriculture ; et l'indication de celles qui présentent, soit absolument, soit relativement, le plus d'avantages. En voyant cette Société, d'abord si modeste, prendre sous la tutelle de sa sœur aînée, dont elle n'aurait dû raisonnablement présenter qu'une section, prendre en grandissant, des allures indépendantes, se formuler un règlement, se nommer un président, un bureau particulier, recevoir des subventions spéciales, vouloir marcher d'égale à égale avec celle qui l'avait patronée, soutenue dans ses premiers pas, il n'était plus possible de douter de la vérité des prévisions de ceux qui, tout d'abord, avaient déclaré « que la Société du Matériel agricole était une seconde Société d'Agriculture, s" élevant aux dépens, à côté de la première, avec certitude que, dans un temps donné, cet état de choses persistant, l'une absorberait nécessairement l'autre. »
La succession des événements qui devaient entraîner ce fâcheux résultat devint si rapide, que, dès la fin de 1859, les plus zélés partisans de cette marche parallèle des deux Sociétés, réunies en apparence, virent leurs illusions détruites, jetèrent le cri d'alarme, et -qu'enfin celle d'Agriculture prononça, par un vote imposant mais pénible, son entière séparation de celle du Matériel agricole.
Ces trois Sociétés : du Matériel agricole, d'Horticulture, d 'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, peuvent, sans doute, marcher dans l'état d'indépendance et d'isolement complet où maintenant elles se trouvent. Mais, nous le demandons à ceux qui portent à chacune l'intérêt qu'elles méritent si bien;
à ceux qui font marcher les avantages, le progrès de la science avant les petites considérations personnelles, croient-ils que dans une localité de Tordre de la nôtre, d'après cet immuable principe : « VUnion fait la force, » des résultats bien autrement avantageux et positifs ne seraient pas obtenus aujourd'hui, dans la ville du Mans, dans le département de la Sarthe, au point de vue si précieux de l'économie horticole et rurale, si, pour maintenir l'unité si nécessaire en pareille occurrence, les intérêts des trois compagnies n'eussent pas été séparés ; que les Sociétés d'Horticulture et du Matériel agricole eussent été constituées, dès le principe de leur formation, comme les deux premières sections de la Société d'agriculture , sciences et arts de la Sarthe?
Société de Médecine. — Fondée le 27 avril 1827 ; autorisée par décision ministérielle du 19 mars 1828, sous le titre de : « Société de Médecine du département de la Sarthe ; » cette compagnie, sans avoir à sa disposition les ressources que les sciences médicales trouvent dans les grands centres de population, n'en poursuit pas moins son œuvre utile et difficile avec un zèle honorable, en se révélant par des publications consciencieuses ; et que, dans l'intérêt de l'art, il serait à désirer de voir plus souvent se reproduire, malgré les sérieuses difficultés dont elles sont environnées dans toutes nos cités de de moyen ordre.
Société de Pharmacie. — De formation postérieure à la précédente, elle paie, comme elle, son tribut aux progrès de la science; entretient le goût du Jravail, conserve les bonnes traditions de cet art essentiellement utile; dételle sorte que notre ville est aujourd'hui, comme autrefois, l'une des villes de France où la pharmacie pratique est exercée avec le plus de savoir, de conscience et d'habileté.
Société Philharmonique. — Instituée depuis assez longtemps, au chef-lieu de la Sarthe, pour entretenir et développer, dans ce pays, le goût d'un art généralement apprécié ; cette association, dirigée par des hommes habiles ne reculant pas devant les difficultés, les sacrifices ; offrant chaque jour
des preuves du plus généreux zèle, en même temps qu'elle remplit dignement son objet, concourt, par les concerts qu'elle donne , aux plus agréables délassements de toute la contrée.
Commerce. — Il prend chaque jour, au Mans, plus d'extension et plus d'importance. Il s'exerce particulièrement sur les productions locales, soit naturelles, soit manufacturées : ainsi, chanvres , toiles, cordages, céréales de toutes espèces, farines, graine de trèfle, poulardes, gibier, cire, bougies, noix, marrons, pommes, cidre, fruits cuits, miel, peaux, gants, bois à brûler, de construction, pour la marine, le bâtiment, un certain nombre d'industies ; fer, fontes, pierres de taille, moellon, chaux, briques, tuiles, grosses poteries, ardoises, verres, bouteilles, vitraux peints ; chevaux, moutons, porcs , vaches, bœufs, etc. Sur le marché du Mans et des principales villes de la Sarthe, chaque année, la vente de ces derniers donne, en moyenne, 5,000 têtes, offrant une valeur approximative de 1,500,000 fr.
Il existe, au Mans, un tribunal ; une chambre de commerce. Cette dernière fut instituée par décret impérial du 23 octobre 1856, avec faculté d'initiative pour les besoins et dans l'intérêt des affaires. Un conseil de prudhommes, etc.
Foires et Marchés. — On tient, au Mans, quatre foires principales: 1° le quatrième vendredi avant Pâques, dite de la Mi-Carême, et qui dure trois jours : importante surtout par la grande quantité de bœufs maigres qui s'y vendent pour les herbages du Maine et de la Normandie. 2- Le mardi de la Pentecôte, foire importante de ce nom ; huit jours, et spécialement remarquable par le commerce de chevaux. 3° A la fin d'août : foire aux Oignons, indiquant la marchandise qui s'y livre particulièrement ; un jour. 4° Le surlendemain de la Toussaint, quand ce jour n'est pas un dimanche; foire également importante : huit jours. Le marché du vendredi prend encore, tous les quinze jours, le nom de petite foire.
Maisons anciennes. — Comme toutes les villes dontl'origine remonte aux premiers siècles, celle du Mans offre encore,
dans la vieille cité, plusieurs anciennes maisons curieuses à visiter pour les archéologues; et dont le nombre serait plus considérable sans les incendies, les ravages, les dévastations du moyen âge; sans le vandalisme ou l'ignorance des propriétaires qui sacrifient, détruisent, chaque jour, ces précieux souvenirs du passé , dans le but de quelques appropriations souvent très-mal entendues. Parmi ces maisons anciennes on remarque surtout les suivantes :
Grande-Rue. — La principale, et Tune des premières de la cité gallo-romaine, cette rue présente en conséquence les plus nombreuses et les plus originales constructions dont il s'agit ici. Là se trouvent, en effet, ces maisons en bois avec des ressauts à chacun des étages, de telle sorte que le second s'avance au delà du premier; le troisième, du second; avec des sculptures du xve siècle que l'on voit également sur plusieurs maisons en pierre. Les plus curieuses sont auxnos3,7, 10; 12, surtout, occupée, d'après la tradition, par la reine Bérengère; fait contesté par les savants qui ne pensent pas qu'on puisse reporter la construction de ce bâtiment au delà du xve siècle; et qui trouvent, dans les croisettes conservées sur l'un des pilastres, une partie des armes de Jérusalem à laquelle on sait que les comtes du Maine ont fourni des rois; nos 14, 15, 17, 42 , 72, en pierre, où la scène du Paradis terrestre se trouve reproduite au-dessus de la porte d'entrée, etc.
Rue des Chanoines. — N° 1. On croit que cette maison fut bâtie par Jacques Gourthardy, archidiacre de l'Église du Mans, et que Louis XI y logea pendant son séjour dans cette ville, en 1467; d'autres pensent qu'elle est au contraire du temps de François Ier ou de Henri II, de la première moitié du xvie siècle. Dans toute hypothèse, on y remarque, aux pieds-droits des fenêtres, des sculptures en pierre parfaitement exécutées; une élégante et gracieuse tourelle comme suspendue à l'angle des Pans-de-Gorron et de la rue des Chanoines, etc.; les numéros 10, 34, etc.
Place Saint-Michel. — N° 1 . Maison qui n'a rien de bien remarquable par elle-même, et que nous indiquons seulement parce
qu'elle fat, d'après les chroniques du temps, habitée par Scarron.
Rue de Saint-Pavin-de-la-Cité. — N° 9. Porte ogivale, lancéolée ; vieille tour, formant la cage d'un escalier, etc.
Cimetières. — Avant le vie siècle, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, on n'enterrait pas dans l'enceinte des villes, encore moins dans les églises. A partir de cette époque, les règlements d'une police hygiénique aussi prudente, aussi rationnelle, furent insensiblement négligés, et frappés d'une bien regrettable désuétude.
Les inhumations se firent d'abord au pied des temples chrétiens, et ne tardèrent pas à produire, dans le sanctuaire luimême, un tel encombrement de cadavres, que l'autorité fut obligée d'intervenir pour mettre un terme à d'aussi périlleux abus. Mais l'habitude et la routine offrirent ici, comme partout, une puissance plus grande que celle des lois ; et dans quelques localités, nous voyons encore aujourd'hui la persévérance de ces abus avec tous leurs inconvénients et tous leurs dangers.
Au Mans, la marche des événements fut, sous ce rapport, un peu moins illogique et moins routinière, sans devenir, toutefois, absolument irréprochable. Ainsi, avant la révolution de 1793, les nombreuses paroisses de la ville et des faubourgs avaient chacune son cimetière particulier. A partir de cette époque, ces lieux d'inhumation se réduisirent à deux :
1° Le Grand-Cimetière, au sud-ouest et près de la ville : double condition qui, jointe à son exiguïté, dissimulée sous une qualification impropre, le rendait essentiellement défectueux.
2° Le cimetière du Pré, un peu plus éloigné vers l'ouestnord ; l'un et l'autre clos de murs, fermés, d'après les prescriptions du concile de Bourges, tenu en 1528.
Ils ont été remplacés par le cimetière actuel, consacré en 1834 par Mgr Bouvier, et placé dans un beau terrain de 5 hectares, au sol graveleux, situé à plus d'un kilomètre nord-ouest de la ville ; bien fermé, clos de murs ; où des concessions sont
faites aux familles, à perpétuité, par l'autorité municipale: remplissant, par conséquent, avec de grands avantages, le but qu'il fallait atteindre.
Un second cimetière, placé à Test, dans la commune de Sainte-Croix, fut ouvert depuis; et, d'après la réunion de cette commune, pourra servir à l'inhumation des habitants de la paroisse de la Couture, en conséquence des vœux ou des désirs exprimés.
Voies de communication. — Il est peu de villes aussi favorisées, sous ce rapport, que la ville du Mans : ce qui la rend progressivement le centre d'un mouvement industriel et commercial chaque jour plus actif et plus important.
Routes. — Six routes impériales, de 2me et 3me classes, mettent le chef-lieu de la Sarthe en communication directe avec Laval, Alençon, Mortagne, Chartres, Tours, Angers; offrant, dans ce département, un réseau de 408 kilomètres. Dix routes départementales, établissent des relations faciles dans tout le Haut-Maine, au moyen d'un second réseau de 581 kilomètres. 1,244 chemins vicinaux, de grande, moyenne et petite communication, parcourent encore le département sur une étendue de 4,292,680 mètres, et dans un état de parfait entretien.
Le roulage, sur les grandes routes, effectué à des prix variables, suivant les lieux, les temps, les saisons, n'a pas éprouvé, sur toutes ces voies, les mêmes influences de l'établissement des chemins de fer. Les routes voisines, et parallèles à ces derniers, ont perdu ; d'autres, plus éloignées, sont restées à peu près dans le même état; d'autres, enfin, paraissent avoir gagné par l'impulsion que l'ouverture des voies ferrées est venue donner aux transactions, au commerce, au mouvement des voyageurs.
Navigation de la Sarthe. — Quelques écrivains du Maine ont avancé que : sous Philippe de Valois, c'est-à-dire de 1338 à 1350, la Sarthe était navigable, comme le prouvent diverses ordonnances relatives aux droits de péage, tant par terre que par eau ; que, plus tard, des attérissements vinrent mettre obstacle a cette navigation.
Cette assertion de M. Richelet : « Le Mans ancien et moderne, » aurait bien besoin, pour être admise, de preuves incontestables; et, pour la soutenir, d'un commentaire qui ferait nettement connaître ce que Ton entend ici par navigation.
Ce qu'il est permis d'ajouter, comme beaucoup plus positif, c'est qu'elle fut mise en projet sous François Ier, Henri II; que ce projet fut pris en grande faveur et considération dans une assemblée de notables habitants, avec demande au roi de s'imposer, à cet effet, d'une somme de 15,000 livres ; chiffre auquel montait alors le devis des ingénieurs. En conséquence, dès l'année 1543, d'après l'autorisation de François Ier, les habitants du Mans furent, par arrêt du conseil privé, dans la possibilité de percevoir une taxe de 15,000 livres tournois, pour l'établissement de la navigation de la Sarthe, depuis Malicorne jusqu'au Mans.
Mais c'est seulement le 27 mai 1549, sous Henri II, que les travaux sont adjugés au rabais à Jean Ami, pour la somme de 14,800 livres ; exécutés et reçus le 12 octobre 1551.
A la demande formelle de l'entrepreneur, en 1552, eut lieu, devant M. Taron, lieutenant-général, avec le concours de plusieurs bateliers, une expertise : « pour éprouver la descente de plusieurs bateaux de sel et autres marchandises. Les bateliers affirmèrent que la rivière était bien entretenue de chaussées, portes, et assez puissante pour porter leurs bateaux chargés. Ils déclarèrent, en outre, que les portes étaient bien faites depuis Malicorne jusqu'au Mans, et qu'ils n'avaient trouvé aucun empêchement. »
Pendant les guerres de la Ligue, l'entretien de ces ouvrages fut si négligé, qu'ils périclitèrent, et que la Sarthe cessa d'être navigable. Depuis cette époque, des travaux infructueux se trouvèrent entrepris, contrariés ou suspendus par l'opposition des riverains, le malheur des temps, etc.
Ainsi, en 1611, David d'Orléans, d'après un marché passé avec l'administration, devait, moyennant un droit de péage, se charger, à ses frais, de toutes les constructions nécessaires II 50
pour assurer, par eau, le transport des marchandises d'Angers au Mans.
En 1627, François Aubert prit les charges de l'adjudicataire, découragé par les difficultés d'exécution ; dépensa, pour cette entreprise, 12,000 liv. sans résultat.
En 1634, une compagnie d'ingénieurs proposa de rendre la Sarthe et l'Huisne parfaitement navigables, mais à des conditions tellement onéreuses, qu'elles ne purent être acceptées.
En 1740, même proposition par une société de commerçants; même résultat par les conditions ruineuses qu'on prétendit leur imposer. Sous l'empire, on dépensa des sommes assez considérables aux travaux de Chaoué, sans plus de succès.
Ce ne fut, en définitive , que vers 1827 que la navigation de la Sarthe devint l'objet d'études sérieuses, et de travaux jusqu'alors insuffisants, bien que très-dispendieux, surtout en ne les envisageant qu'au point de vue des avantages directs qu'ils sont appelés à réaliser depuis l'ouverture des voies ferrées, et particulièrement lorsque celle du Mans à Angers se trouvera prochainement livrée à la circulation. Mais l'administration supérieure a pensé que ces travaux devaient cependant être continués, en raison des avantages indirects qu'offrira toujours la navigation de la Sarthe, en s'opposant aux conséquences du monopole que, sans elle, pour les transports effectués dans nos contrées , le chemin de fer ne manquerait assurément pas d'exercer.
Aujourd'hui, cette navigation part du Mans vers Angers; présente, sur le département de la Sarthe, un parcours de 75 kilomètres 348 mètres ; une pente de 21 m. 40 c, rachetée par 24 barrages. Elle est desservie par des bateaux à vapeur et par des gabares à voiles, dont les dimensions et le tonnage sont nécessairement limités par l'étendue commune des portes marinières, offrant seulement 4 m. 70 c. d'ouverture ; et, du Mans à Malicorne, l'étiage des hauts-fonds s'abaissant jusqu'à 1 m. 20 c, lorsqu'il faudrait au moins, pour des bateaux ordinaires, un passage de 5 m. 10 c, un tirant d'eau de 1 m. 50 c.
On s'occupe activement de faire disparaître ces obstacles et leurs graves inconvénients, en substituant les écluses aux portes marinières; en draguant quelques bancs de sable, sur ces hauts fonds.
Au milieu de ces imperfections et de ces difficultés, la durée des voyages entre Angers et Le Mans est, actuellement, en moyenne, suivant la force et la direction des vents, pour les gabares à voiles, de 4 à 8 jours, à la descente ; de 11 à 15 à la remonte. Les principales marchandises transportées dans la première direction, sont : chanvres, toiles, cordages, céréales, farines, cire, bougies, miel, marrons, marbres, plâtre, bois de chauffage, de construction, pour le bâtiment, la marine, qui, parle flottage surtout, en reçoit du département seul, de 400 à 500 stères chaque année. Dans la seconde direction : ardoise, tuffeau, charbon, vin, sel, résine, sucre, épiceries, etc. Le prix du fret, de 12 centimes par tonne et par kilom., sur les bateaux à vapeur, est, sur gabares à voiles, de 4 à 25 centimes, pour la descente ; de 6 à 45 pour la remonte. Les arrivages ont été en 1857 de : 386 bateaux ; le Tonnage, descente : de 3,000 à 7,000.; remonte, de 6,000 à 14,000.
Voies ferrées. — La ville du Mansoffre, sous ce rapport, une situation exceptionnelle, et que l'on nerencontre,même entièrement,pour aucune des villes de France. Elle occupe, en effet, le centre d'une étoile à cinq rayons, qui la mettent en communication directe avec les chefs-lieux des cinq départements limitrophes : Tours, Chartres, Alençon, Laval, Angers ; au moyen d'un réseau de voies ferrées, de 265 kilom., pour le départetement delà Sarthe. Par cette heureuse et favorable disposition, Le Mans se trouve en relations promptes et faciles avec Paris, la Bretagne, la Normandie, la Touraine, l'Anjou, etc. ; par conséquent dans les meilleures conditions d'un progrès industriel, commercial, etc., qui doit ici fixer notre attention dans l'une de ses causes principales. ,
Gare du Mans. — Inaugurée le 1er juin 1854, cette gare a pris de suite une grande importance relative. Pour 1858, elle a présenté comme résultats d'expédition: voyageurs, 145,631.
— Chevaux. 1,990. —Bœufs el vaches, 14,675. Porcs, 64,496.
— Marchandises, tonnes de 1,000 kilog., 45,484. — Produit brut: 1,871,370 fr. Augmentation sur 1847 : 116,351 fr.
Ces résultats, dont l'importance augmentera nécessairement beaucoup, lorsque la ligne d'Angers se trouvera mise en circulation, donnent à la gare du Mans la 2e place dans le vaste réseau de l'Ouest , offrant maintenant un parcours de 2,275 k. dont 1 ,145 en exploitation, et 1,130 kil. en voie d'être prochainement livrés au public.
La gare du Mans, étant actuellement chargée de l'expédition directe et indirecte des courants de trafic aboutissant au centre, qu'elle établit, se trouve aujourd'hui dans une condition remarquablement exceptionnelle. En effet , les autres gares de France qui présentent les mômes dispositions offrent une exploitation décomposée; c'est-à-dire que les compagnies cherchent, autant que possible, à dégager de leur centre de manutention, par l'établissement d'une gare voisine annexée, le matériel chargé de marchandises qui doivent transiter sans transbordement. De plus, le service des voyageurs et celui des marchandises, dans la plupart des autres gares, est distinct; tandis qu'à la gare du Mans, devenue le point de départ et d'arrivée des trains mixtes de marchandises et de voyageurs, le nœud d'organisation est d'autant plus serré, que ces trains se trouvent composés des éléments de la petite et de la grande vitesse.
Des considérations d'un aussi grand intérêt pour l'avenir politique, industriel de notre cité, nous conduiront naturellement à l'explication du progrès considérable que sa gare a fait instantanément, au point de vue de son importance relative, dans l'ensemble des voies ferrées; surtout depuis l'ouverture de la ligne de Tours, qui l'a rendue l'un des principaux confluents de la circulation commerciale par ces grandes voies du mouvement industriel.
Si l'on veut ensuite connaître l'importance non-seulement absolue, mais relative, des autres principales gares du département de la Sarthe, le tableau ci-joint offrira cette notion, à la fois utile et curieuse.