III. Arrondissement de La Flèche
Il embrasse à peu près la moitié de l'extrémité S. 0. du département de la Sarthe; présente la forme d'un parallélogramme irrégulier, étendu, suivant sa longueur, du N. 0. au S. E. ; se subdivise en 7 cantons, 78 communes. Les 7 cantons sont: l°Brûlon; 2° La Flèche; 3° Le Lude; 4° Malicorne ; 5° Mayet ; 6° Pontvallain ; 7° Sablé.
La Flèche. — Sous-préfecture de la Sarthe, chef-lieu de ce troisième arrondissement, la ville de la Flèche, nommée Fiches par Ménage, et dont l'étymologie viendrait alors de sou château, désigné par Orderic Vital, et dans les anciennes chartes, par le titre de Fissa ; Flechiœ castrum ; tandis que d'autres l'attribuent à la flèche très-élevée que l'on voyait autrefois sur sa principale église.
Quoi qu'il en soit de son origine, cette ville est située sur la rive droite du Loir, dans une agréable et fertile vallée, à 40 kil. S. 0. du Mans ; elle offre une population de 5,917 habitants ; possédait autrefois trois paroisses, aujourd'hui réunies en une seule ; et dont l'église de Saint-Thomas, appartenant anciennement au prieuré de ce nom, située sur la place du Pilori, de construction massive, ne présente rien de bien remarquable. On v voit encore la base de la flèche ancienne et renommée,
de 80 pieds d'élévation, en partie dorée, soutenue par un groupe de chérubins, et qui, le 18 décembre 1725, fut, par un ouragan terrible , arrachée de sa base , portée à plus de 40 mètres, et complètement brisée dans sa chute ; on ajoute même qu'elle écrasa la maison d'un sieur Louis de Vives, capitaine d'artillerie, qui fut ainsi tué dans son lit.
Un vaste bâtiment faisant suite à l'église, ayant autrefois servi d'hospice, réunit aujourd'hui le tribunal civil, la justice de paix, les prisons, etc.
Les églises des deux paroisses supprimées sont : celle de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont ou des Carmes, la plus ancienne ayant appartenu aux religieux de ce nom, située près du vieux château, restée sans usage ; celle de Notre-Dame-des-Verlus, à l'extrémité nord-ouest de la ville, sorte de chapelle servant de station habituelle pour les processions.
Sous-préfecture, hôtel de la mairie, jolie salle de spectacle, halles, etc., réunis dans une belle construction, commencée en 1772, et terminée dans ces derniers temps ; hôpital, dans une ancienne communauté de la Visitation, à l'extrémité du faubourg Saint-Germain, au nord-ouest de la ville, avec cimetière particulier dans l'enclos, et chapelle édifiée en 1650. Les maisons de Y Ave Maria, dans la rue du faubourg de la Madeleine, habitée par des religieuses de cette congrégation ; de la Providence, dans le faubourg de la Boirie, pour les incurables, les vieillards, les pensionnaires infirmes, ayant une chapelle, et se trouvant enfermée dans l'une des îles du Loir , complètent l'ensemble des plus remarquables établissements actuels de La Flèche, en exceptant, bien entendu, celui avec lequel tous les autres ne peuvent entrer en aucune comparaison, auquel cette ville doit ses plus riches souvenirs et sa principale célébrité : le Prytanée militaire.
Avant d'en parler, ajoutons que La Flèche possède, entre les routes de Nantes et de Laval, un cimetière dont l'étendue, relativement à la population, est considérable ; en partie clos de murs, l'un des plus distingués du pays par le nombre, le bon goût de ses monuments funéraires , presque tous en
marbre ; le soigneux entretien des parterres qui les entourent ; ses belles plantations d'arbres, etc. Avantages précieux, sans doute, mais qui ne sauraient faire disparaître l'inconvénient essentiel et dangereux de sa position à l'ouest de la ville, déjà trop souvent exposée aux influences épidémiques des miasmes qui, plus d'une fois, l'ont frappée de graves maladies infectieuses.
Prytanée militaire de La Flèche. — En faisant l'histoire du moyen-âge, nous avons déjà vu combien la ville de La Flèche avait, marqué dans cette époque, surtout pour ce qui rentre dans les faits relatifs à la vie, aux exploits des premiers comtes héréditaires du Maine, des rois de France contemporains, et particulièrement de Henri IV.
Le vieux Château des premiers seigneurs de ce pays, en fut, avons-nous dit, le plus ancien édifice, puisque sa construction semble remonter au xe siècle. Elevée sur la rivière du Loir, cette forteresse était une des plus formidables de l'Anjou, dont cette ville faisait alors partie. On voit encore, dans la rivière, quelques vestiges des arches sur lesquelles était bâti le château. A l'une d'elles, on apercevait une issue nommée le Trouà-VÈvêque. Les vieilles traditions assurant, sans preuves suffisantes, que l'évêque du Mans Hoël n'avait trouvé que cette issue pour s'échapper, vers 1095, du vieux château dans lequel Hélie de La Flèche , vie comte héréditaire foncier du Maine, le retenait captif.
Quant au Château neuf, il ne fut construit qu'en 1540 par Françoise d'Alençon , aïeule de Henri IV, qui, vers 1603, comme nous l'avons dit, le donna aux Jésuites, avec ses dépendances, pour y fonder leur fameux collège, aujourd'hui le Prytanée militaire.
Ce collège, dont nous avons suivi les différentes phases de développement et les diverses mutations, compta des professeurs et des élèves célèbres , parmi lesquels nous devons rappeler encore l'un des plus aimables poètes français, Jean- Baptiste-Louis Gresset; né à Amiens, en 1709, mort en 1777. Il était en effet entré chez les Jésuites à l'âge de 16 ans, et vers
1731, en raison de la naïve liberté de ses idées, se trouvait, par ses supérieurs, comme en retenue dans leur collège de La Flèche, pour y professer les humanités.
La pénitence ne produisit pas les résultats qu'espéraient les bons pères, si Ton en juge par le badin et gracieux enjouement du délicieux petit poëme de Vert-Vert, que l'auteur paraît avoir composé dans ce collège, à l'âge de 24 ans. Il ne maltraita pas non plus, dans ses écrits, par des expressions dures, étrangères à son naturel tout à la fois malicieux et doux, le lieu de l'espèce d'exil qu'on lui faisait alors supporter, comme on peut le voir dans cette inoffensive et spirituelle boutade :
« La Flèche pourrait être aimable, — S'il était de belles prisons. — Un climat assez agréable, — De petits bois assez mignons ; — Un petit vin assez potable, — De petits concerts assez bons; — Un petit monde assez passable : — La Flèche pourrait être aimable, — S'il était de belles prisons. »
Le magnifique établissement de La Flèche, successivement collège, école royale, Prytanée militaire, offre, de l'est à l'ouest, un bel édifice de 300 mètres de façade , au sud, dans la rue qui porte son nom ; de 90 en profondeur, au nord, sur un vaste et très-beau parc entouré de murs d'une assez grande élévation.
Le parallélogramme formé par l'ensemble de cette vaste construction est coupé, dans toute sa largeur, par quatre principaux corps de bâtiments qui le divisent en cinq belles cours de 51 mètres sur 46, et que l'on nomme, d'après leur destination particulière et le caractère des appartements auxquels elles servent de dégagement :
1° Royale, avec beau péristyle, grand escalier, salons vastes, richement décorés, beaux appartements, destinés aux chefs des institutions successives ;
2° Des classes, qui toutes sont voûtées;
3° Du pensionnat : au rez-de-chaussée, cuisines, réfectoires, salles d'étude : à chacun des quatre angles, un escalier qui conduit aux dortoirs^placés au premier, au second étages ;
4° La basse-cour de l'est : remises, écuries, magasins de fourrages, etc. ;
5° Enfin, basse-cour de l'ouest : manège, bûchers, hangars, boulangerie, etc.; moulin à blé, avec un cours d'eau, appartenant en propre à cet immense établissement.
En 1770, sous Louis XV, les administrateurs de l'école militaire de La Flèche prirent cette eau dans le bois de la Garenne-des-Cerfs ou par corruption des Sa7^s, à la source même du ruisseau de ce nom, à trois kilomètres nord de la ville, sur le plateau qui couronne les hauteurs de Saint-Germain-du-Val, et qui se trouve à 17 mètres au-dessus du niveau du sol de rétablissement. Cette prise d'eau fut effectuée par un aqueduc en pierre d'un kilomètre, et versée par des canaux en fonte, de 2 kilomètres, dans un réservoir de cet établissement, élevé à 5 mètres, pouvant en contenir 37 mètres cubes. La distribution se fait ensuite naturellement, pour les besoins ordinaires, dans les cuisines, buanderies, lavoirs, bassins du parc, des jardins, etc.
D'autres canaux, partant des mêmes sources, alimentent également la fontaine publique de la place du Pilori.
L'église du Prytanée, l'une des plus jolies de ce genre, servit au précieux dépôt des cœurs de Henri IV et de la reine Marie de Médicis, jusqu'en 1793, époque funeste où s'effectua, comme affreux complément de toutes les violations, celle des sépultures; où ces royales dépouilles furent brûlées sur la place de la Révolution, en présence de Thirion, le digne représentant du peuple souverain.
Gomme le plus grand nombre des établissements bâtis à l'époque de sa construction par les grandes communautés religieuses, et pour leur usage, le collège de La Flèche fut édifié sur une échelle tellement vaste qu'il pouvait aisément recevoir de 1,000 à 1,200 élèves , et commodément loger tout le personnel de l'établissement. La bibliothèque du Prytanée est assez remarquable, et contient au moins 20,000 volumes.
Au nombre des objets curieux observés dans les collections de quelques amateurs de La Flèche, on cite ceux du cabinet
d'antiquités d'un ancien professeur d'escrime ; surtout : une partie de l'armure de Henri IV; la clef dorée qui lui fut respectueusement offerte par les échevins, lors de son entrée au Mans; un pistolet d'arçon à sept coups, « qui. au moyen d'un cylindre placé entre le canon et la batterie, rapporte chacun des coups à la lumière du bassinet. » Ne seinble-t-il pas naturel de penser qu'une telle arme a du mettre bien positivement sur la voie de l'invention du pistolet revolver?
Dans le cimetière de la commune de Gré, arrondissement de La Flèche, à 6 kilomètres sud-ouest de cette ville, sur la rive gauche du Loir, « on remarque près de la croix, dit J.-R. Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, une tombe en pierre à l'un des bouts de laquelle on lit cette inscription : « Cy git honorable personne maître René Leroyer, sieur de Boistaillé, qui décéda le 29 novembre 1689, âgé de 133 ans. » La tradition prétend que «Y honorable personne, que recouvre cette tombe, a subi la peine de cent ans de galères, pour faux commis dans l'exercice de sa charge de tabellion. Que revenue à Cré, après l'expiration du temps de sa peine, elle a plaidé contre ses héritiers pour rentrer dans la possession de ses biens, et qu'elle y est morte trois ans après son retour. On montre encore près du cimetière la maison de cet ancien tabellion. »