‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 38 sur 50 · IV. DÉPARTEMENT DE LA MAYENNE · texte numérisé non relu

IV. DÉPARTEMENT DE LA MAYENNE

Le département de la Mayenne, comprenant la partie occidentale de la province du Maine, à laquelle on donnait, avant 1790, le nom de Bas-Maine, présente la forme d'un parallélogramme assez régulier, étendu, suivant son plus grand diamètre, du nord au sud. Il est borné, à l'est, par celui de la Sarthe; à l'ouest, par Ille-et-Vilaine; au nord, par la Manche et l'Orne; au sud, par Maine-et-Loire. Sa population est de 378,841 habitants ; sa superficie couverte, en partie, de bois, prairies, terrains cultivés, en général assez fertiles ; entrecoupés d'étangs et de cours d'eau nombreux, est de 513,841 hectares. Son revenu territorial est de 13,993,000 fr. ; son étendue cultivée se répartit à peu près ainsi : hectares : froment : 57,765; méteil : 10,575; seigle : 25,297; avoine : 22,165; orge : 15,246; sarrasin : 35,545; chanvre : 1,812 ; lin : 3,675; pommes de terre : 7,330; vignes : 52; prairies naturelles : 66,223; prairies artificielles : 20,199. Produit moyen de la terre labourable : 24 fr. 78 c. par hectare. Animaux déclarés en 1859 : espèces bovine : 181,753; chevaline : 51,485; porcine : 48,293; ovine : 141,752; chèvres : 4,700.

La superficie en forêts et bois-taillis se trouve ainsi répartie entre les trois arrondissements de la Mayenne.

1er Arrondissement : Laval: - Superficie : 12,957 hectares, où se trouvent comprises les forets de Bourgon, 578 hectares, dans les communes de Montourtier, Belgeard. De Concise, commune de Saint-Berlhevin, etc.

2e Arrondissement : Mayenne : — Superficie : 12,225 hectares. Présentant les forêts : de Mayenne : 2,856 hectares : communes d'Alexain, de la Bigottière, de Placé, de Chailland, de Vautorte, de Saint-Georges-Bulavent. De Pail : 1,318 hectares : communes d'Averton, de Vilaines-la-Juhel, de Gevres, de Crannes et de Villepail. De Monnoye : — Commune de Lignières-la-Doucelle.

3e Arrondissement : Chateau-Gontier : — Superficie : 4,742 hectares, renfermant les forêls : de Belle-Branche : commune de Saint-Brice. De Craon : communes de Livré, Ballots, La Roë. De Louzze : communes de Renazé. De Vallès : - 200 hectares, commune d'Ampoigné.

Le département de la Mayenne présente 5 routes royales, 11 départementales, 38 stratégiques; 27 chemins de grande communication. Il est traversé, dans sa longueur, par le 3e degré de longitude occidentale du méridien de Paris; et dans sa largeur, par le 48e degré de latitude septentrionale. Il forme l'un des départements de l'ouest de la France, prolongeant aussi le bassin de la Loire; son grand diamètre est environ de 100 kilom., du nord au sud; le plus petit, de Test à l'ouest, de 72. Il produit des céréales en abondance, du lin, du chanvre, surtout dans ses arrondissements du sud-ouest; du bois, des fourrages, des marbres estimés, de l'ardoise, du minerai de fer assez riche, exploité dans plusieurs forges importantes. L'agriculture, depuis trente ans, y fait chaque jour des progrès utiles, et dont, les résultats, par le défrichement, le drainage, un meilleur assolement, ont changé l'aspect du pays, augmenté son bien-être et sa richesse. On y élève des chevaux, bœufs, vaches, moutons, chèvres, abeilles, etc., dont la proportion relative à celle des autres départements est remarquable; on y trouve également, en suffisante quantité, du gibier, de la volaille, du beurre, du miel, de la cire, etc.

Pour bien comprendre les immenses progrès de cette partie du Maine, depuis cinquante ans, surtout au point de vue de l'agriculture, il suffit de se rappeler que, dans les temps anciens, elle était presque entièrement couverte d'une immense forêt, aujourd'hui défrichée dans sa plus grande étendue, puisqu'on n'y trouve plus que celles de Boère, disparaissant par la culture ; de Concise, à une lieue de Laval ; de Misdon, près de La Gravelle; de Bourgon, et quelques-unes plus éloignées du cheflieu, que nous avons déjà nommées. Ces bois, dont une assez grande partie se trouve en coupes réglées, alimentent cinq grosses forges :1° deChailland, sur l'Ernée; 2" du Port-Brillet,

en Olivet, sur les étangs traversés par le Vicoin; 3° d'Aron, en Aron, sur l'étang ; 4° dCOrthe, sur Orlhe; 5° ^ Moncor, sur l'Erve.

En 1685, la moitié du département de la Mayenne était encore en taillis, landes, bruyères; et, dans les plus grandes métairies, on voyait à peine vingt journaux de terres ensemencées chaque année. On laissait les bonnes terres se reposer pendant cinq ans; les mauvaises pendant dix et même quinze. Elles se couvraient alors d'une forêt de genêts favorables à la propagation du gibier; mais un genre de culture aussi défectueux ne donnait que des récoltes insuffisantes à l'alimentation du pays, ce qui nous explique la fréquence des famines dont il était alors si cruellement affecté. Les vignes, d'abord assez nombreuses, mais ne produisant qu'un vin souvent impotable, furent à peu près toutes arrachées. On voyait peu de fermes de 300 livres de revenu ; on en comptait deux ou trois de 600 livres ; encore étaient-elles écrasées d'impôts qui s'élevaient au tiers de ce modique produit; sans compter celui de la gabelle qui pesait lourdement sur ces contrées, et qui présentait comme résultat, plus fâcheux peut-être, celui d'avoir créé l'industrie des faux-sauniers, que leur existence aventureuse et vagabonde rendait souvent dangereux au pays.

Les marbres les plus anciennement exploités dans le Bas- Maine étaient ceux de Saint-Berthevin, à une lieue de Laval. Ils sont d'un rouge jaspé; plusieurs colonnes du Louvre et de la Sorbonne en ont été faites. Depuis quelques années, d'autres se trouvent tirés des carrières d'Argentré, à deux lieues du chef-lieu. Ils sont d'un beau noir, ou d'un blanc sale jaspé de noir, ou bien enfin bleu et blanc, d'un grain très-fin.

Ce département est arrosé par la Mayenne, ses affluents, un grand nombre de petites rivières et de ruisseaux qui font tourner des moulins, à blé surtout, et vont alimenter la plupart des étangs qui s'y rencontrent.

La Mayenne, seule rivière importante que présente le département, auquel cette rivière donne son nom, prend sa source dans celui de l'Orne, près de Saint-Martin-des-Landes; entre

dans le département de la Mayenne à Lignières; coule de Test à l'ouest; ensuite, presque directement du nord au sud; traverse tout ce département dans son milieu , suivant le plus grand diamètre ; passe par ses trois principales villes : Mayenne, Laval, Chateau-Gonthier; sort du département à Daon ; entre dans celui de Maine-et-Loire; s'unit à la Sarthe, pour former la Maine, près de Cantenay, à 6 kilom. nord d'Angers, après un parcours de 186 kilom. dont au moins 100 pour le département de la Mayenne, et 94 flottables.

Les principaux affluents de la Mayenne sont : La Varenne, qui prend sa source dans le département de l'Orne, passe à Ambrières, et vient ensuite se jeter dans la Mayenne. L'Ernée, qui prend sa source entre Saint-Berthevin et Goron ; passe à Ernée, près de Ghailland, et va se rendre dans la Mayenne, au-dessous du bourg de Saint-Jean. VOuette, qui prend sa source près d'Assé-le-Bérenger, passe à Monlsûrs, Argentré, et se jette dans la Mayenne, au-dessous d'Entrammes. Le Vicoin, qui prend sa source entre Saint-Hilaire-des-Landes et la Baconnière, traverse les étangs du Bourgneuf, de la Brulatte, longe la forêt de Concise, passe à Saint-Berthevin, Nuillé, bourg au-dessous duquel cette petite rivière se rend dans la Mayenne.

D'après la nouvelle organisation de 1790, le département de la Mayenne était divisé en sept districts, en cantons et communes. Il est aujourdhui partagé en trois arrondissements : 1° Laval, 2° Château-Gontier, 3° Mayenne. 27 cantons ; 274 communes.

Dans tous les temps, comme nous l'avons déjà vu, cette partie du Maine se fit remarquer par le caractère plus profond et plus sérieux de ses principes religieux et monarchiques. Ce caractère survécut aux bouleversements révolutionnaires ; aussi, dans ces derniers temps, y vit-on s'effectuer les établissements religieux les plus austères dans leurs statuts; ceux qui témoignaient le plus ostensiblement d'une mort anticipée à toutes les habitudes, à toutes les joies du monde. Dans le but surtout de constater ce fait, nous dirons quelques mots de

rétablissement des Trappistes dans la Mayenne, où se trouvent quatre communautés d'hommes et douze de femmes.

Port du Salut : sa fondation. — M. Leclerc de la Roussière avait, sous l'empire, acheté dans la commune d'Entrammes, à 2 lieues sud de Laval, Mayenne, un vieux couvent de Génovéfains, nommé le Port-Reingeard, avec l'intention d'y rétablir une communauté de moines. L'occasion se présenta naturellement.

Dom Eugène, trappiste d'Arfeld, cherchait un lieu convenable pour s'établir avec des religieux de son ordre; M. Leclerc lui proposa le Port-Reingeard, qu'il fit convenablement réparer, en assurant la subsistance des moines pendant un an, après lequel ils pourraient vivre du produit de leur travail. Pendant que les réparations s'effectuaient, il logea les moines dans sa maison de campagne. La communauté réparée prit le nom de Port-du-Salut.

Le 18 février 1815, eut lieu l'installation des Trappistes, qui se rendirent processionnellement de leur habitation provisoire à leur couvent définitif, accompagnés d'un clergé nombreux, et de 25 à 30,000 fidèles. On avait offert au Père Bernard une escorte militaire, qu'il refusa, plein de confiance dans les principes religieux des populations. Tout se passa dans l'ordre le plus parfait. Le Port-du-Salut adopta les constitutions de l'abbé de Rancé; fut érigé en abbaye le 10 décembre 1816, par Pie VIL Dom Bernard de Girmont, son fondateur, en fut le premier abbé.

Des Trappistines du même ordre vinrent ensuite fonder à Grenoux, près Laval, la Trappe de Sainte-Catherine, sous la juridiction de l'abbé du Port-du-Salut.

On compte actuellement, dans le département de la Mayenne, avons-nous dit, environ 16 communautés :

Hommes, 4 : — 1° De la Trappe, à Entrammes, sur les bords de la Mayenne. — 2° Des Jésuites, à Laval; à la maison de Saint-Michel, destinés aux missions. — 3° Des frères de la Doctrine chrétienne, à Laval, et dans plusieurs autres villes, employés à l'enseignement. — 4° Des frères de Saint -Joseph,

répartis dans plusieurs communes, avec obligation d'instruire les enfants, pauvres surtout.

Femmes. — 12 : 1° De V Adoration-Perpétuelle , à Grenoux, près Laval, dans la maison dite de Haute-Folie ; ordre des dames du Sacré-Cœur de Jésus et de Marie, dont la maison centrale est à Picpus, près Paris. — 2° Hospitalières, à Sainte-Catherine, commune de Grenoux, de l'ordre de Cîteaux. — 3° De V Adoration-Perpétuelle du Saint-Sacrement, à Craon, vouées à l'enseignement. — 4° Visitandines, à Mayenne : même destination. — 5° Ursulines , à Château-Gontier, idem. — 6° Hospitalières de la Miséricorde , à Château-Gontier ; employées au service de l'hôpital. — 7° Hospitalières de Saint- Joseph, à Laval; desservant l'hôpital Saint-Julien depuis 200 ans, et se livrant à l'instruction. — 8° A Ernée; idem. — 9° Du Sacré-Cœur de Jésus, commune d'Avesnières, près Laval ; pensionnat de jeunes demoiselles. — 10° De Notre-Dame-du- Refuge, à Laval ; maison de repentir. — 11° De Saint-Vincentde-Paul, h Javron; s'occupant du soin des malades et de l'éducation des jeunes enfants. — 12° De la Charité d'Évron; l'une des plus belles institutions de ce genre; offrant, comme nous l'avons dit, plus de 1,000 sœurs, établies dans un grand nombre de départements, et destinées : au service des hôpitaux, au soulagement des malades, à l'instruction des jeunes filles,

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