II. Arrondissement de Chateau-Gontier
Comprenant à peu près le quart du département de la Mayenne, à son extrémité sud, l'arrondissement de Chateau- Gontier, offrant la forme d'un parallélogramme, dont le grand diamètre se dirige de l'est à l'ouest, se divise en six cantons : 1° Château-Gonlier; 2° Bierné; 3° Cossé-le-Vivien ; 4° Craon ; 5° Grez-en-Bouère ; 6° Saint-Aignan. Moins éprouvée peutêtre par les guerres du moyen-âge, en raison de son éloignement de l'Angleterre et de la Normandie, cette partie du Bas- Maine le fut davantage par celles de la Vendée, de l'Ouest, en
conséquence de son voisinage du Haut-Anjou, de la Bretagne, des forets de Concise, du Pcrtre, etc. Deux villes de cet arrondissement fixeront un instant notre attention : Graon et Ghâteau-Gontier.
GiiATEAU-GoisTiEit. — Sous-préfecture du département de ia Mayenne, sur la rivière de ce nom, à 30 kilomètres sud de Laval, avec tribunal de première instance, collège, hôpital, église ancienne assez remarquable, offrant actuellement une population de 8,203 habitants, Châleau-Gontier, ainsi que le plus grand nombre des villes de son temps et de ce pays, dut son origine à celle d'une forteresse. Le château Gontier, castrum Gontherii, fut, disent les vieilles chroniques, bâti vers 1037, par Foulques III, dit Nerra, ou le Noir, comte d'Anjou, mort en 1040; et la cité qui, progressivement, se construisit autour, d'abord simple baronnie sous Henri IV, auquel, comme Sainte-Suzanne, elle appartenait en propre, fut, dans la suite, érigée en marquisat par Louis XIV.
Dans ces dernières années, Ghâteau-Gontier semble avoir subi une véritable métamorphose : un beau pont en granit a remplacé l'ancien, qui tombait en ruine; un grand nombre de ses maisons vieilles, incommodes, malsaines, ont été transformées en habitations salubres, jolies et confortables ; ses rues se sont redressées, élargies, nivelées ; un port assez avantageux; une petite poissonnerie; un abattoir, une école primaire s'y trouvent nouvellement établis ; l'hôtel-Dieu de Saint-Julien, dont la fondation était presque aussi ancienne que celle de la ville, puisqu'il avait été, en 1216, édifié par les soins généreux d'un sieur Allard de Château -Gontier, quatrième du nom; détruit, en 1593, par les ordres du maréchal Bois-Dauphin, auquel cet acte de vandalisme avait été suggéré par la terreur d'une surprise des ennemis postés de ce côté , vient d'être beaucoup mieux reconstruit, avec une salle d'asile dans les nouveaux bâtiments. Des ravins ont été comblés, nivelés, pour y disposer un champ de foire; une jolie promenade s'y voit depuis quelque temps sous le nom de Bout-du- Monde, qu'elle doit sans doute à sa disposition, etc.
Il existe, à Château-Gontier, des sources minérales ferrugineuses, assez abondantes pour fournir 1,700 litres par 24 heures ; assez riches en principes ferrigineux pour qu'on les ait comparées à celles de Pougues, de Spa, etc.; pour qu'en 1850 un établissement ait été fondé, avec quelques succès, dans la cité même ; offrant une position agréable sur la rive droite de la Mayenne, à proximité des hôtels et des promenades, avec facilité pour les voyageurs : cette ville étant une des stations du chemin de fer de Paris à Rennes. L'Académie de médecine, dans sa séance du 9 juillet 1850, a fait un rapport favorable sur les eaux ferrugineuses naturelles deGhâteau-Gontier. Elles offrent en effet de l'efficacité dans le traitement des maladies lymphatiques, de la chlorose, etc.
Craon. — Chef-lieu du 4e canton de l'arrondissement de Château-Gontier, département de la Mayenne, sur l'Oudon, à 20 kilomètres ouest de Château-Gontier, avec une population actuelle de 3,162 habitants, Craon est une ancienne et célèbre baronnie possédée, à ce titre, de temps à peu près immémorial par la noble famille du même nom; et dont l'origine remonte à peu près à la même époque du moyen-âge que celle de Laval : on admet assez généralement que Lambert, comte de Nantes, devint le fondateur de la ville et de la seigneurie de Craon.
Lambert, en communauté d'opérations militaires avec le duc de Bretagne, Nomenoé, quelquefois même avec^es pirates du nord, établis sur les rives de la Loire, obtint, comme fruit de ses courses, le pays qui remontait vers les sources de l'Oudon, et bâtit alors Craon, sur les bords de cette rivière; s'y établit, après avoir été dépouillé de son comté de Nantes ; eut à soutenir, pour la conservation de son nouveau domaine, des guerres incessantes avec tous ses voisins ; fit si bien, par sa valeur et par sa prudence, que le territoire de Craon devint, au milieu des Français, des Bretons et des pirates, une sorte de pays neutre et respecté de tous, où les opprimés trouvaient asile et protection.
Cent cinquante ans après, le comte d'Anjou confisqua la
baronnie de Craon, dont la première maison noble fut éteinte, pour se reconstituer par une alliance qui réunit les intérêts des anciens et des nouveaux possesseurs; comme celle d'Amaury de Craon et d'Isaure de Laval rapprocha ces deux villes, pendant longtemps rivales : sujet plein d'intérêt, qui fait le fond du joli roman de La Porte des Bûcherons.
La ville de Craon surtout fut éprouvée pendant les guerres de religion : en 1592, les royalistes y furent vaincus par le duc de Mercœur; Henri IV en fit plus tard détruire les fortifications et l'ancien château; le nouveau fut édifié au xvme siècle.