‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 7 sur 50 · IV. Habitation, Régime, Costume des Génomans · texte numérisé non relu

IV. Habitation, Régime, Costume des Génomans

Dans notre province, dans le Bas-Maine surtout, les conditions hygiéniques des habitants n'accusaient pas encore d'utiles progrès au point de vue général de l'existence matérielle ; et nous ne craignons pas d'avancer que l'ignorance, le désordre, l'incurie, la négligence qui s'y faisaient remarquer, étaient les

principales causes des épidémies et des épizooties qui dépeuplaient alors trop souvent les campagnes et même les villes.

1° Habitations. — Il suffit d'examiner, même encore aujourd'hui, presque toutes les maisons des anciens quartiers de nos vieilles cités, pour comprendre ce qu'elles offraient d'insalubre et de peu confortable. Ordinairement étroites, humides, froides; souvent privées d'air, de lumière, elles auraient exposé leurs habitants à des maladies bien plus fréquentes, si la force de leur constitution et l'activité de leur genre de vie n'étaient devenues, pour eux, des préservatifs essentiels.

Mais c'est dans les habitations rurales surtout que se rencontraient, en quelque sorte réunis, tous les genres d'insalubrité pour les hommes, pour les animaux ; particulièrement au bord des rivières, des étangs, des marais, etc. Vices de situation, d'arrangement, de construction de toute nature; défaut d'étage, d'ouvertures, d'écoulement pour les eaux, le purin du bétail ; d'où résultent, dans les étables et les écuries, les toits à porcs, les maisons habitées, les cours et fossés environnants, des cloaques infects ; d'où s'exhalent continuellement des miasmes putrides, que l'on semble prendre encore soin d'augmenter par le dépôt des fumiers à la porte des communs, souvent même de l'habitation principale, etc. Telles étaient les conditions funestes des exploitations rurales; et nous n'avons pas la consolation d'ajouter qu'elles ont subi d'importantes améliorations. Il faut dire aussi que des écrivains beaucoup plus hasardeux en théorie qu'expérimentés en pratique, ont assez négligé l'observation et ses tristes résultats, pour nier les pernicieux effets de ces influences destructives, en favorisant, chez les gens de la campagne, ces habitudes invétérées de négligence et d'incurie si nuisibles à leurs intérêts matériels, à ceux même de leur propre conservation. Espérons que les progrès d'une hygiène publique et privée mieux entendue amèneront, dans les habitations des villes et des campagnes, et cela par autorité supérieure, en attendant que chacun puisse mieux comprendre ses propres intérêts, des réformes profondes aussi fructueuses que véritablement nécessaires.

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II0 Régime. — Il n'était pas, en général, bien confortable,

dans noire province, particulièrement chez les artisans et chez les agriculteurs. Un pain fait avec Forge, le seigle et quelquefois un peu de froment de basse qualité, mal confectionné, mal cuit, en formait la base ; des soupes, des légumes, pommes de terre, fromage, beurre salé, fruits, etc.; du cidre ou le petit vin du cru pour boisson, en complétaient ordinairement l'ensemble. Chez les gros fermiers, on trouvait de plus, au saloir, un morceau de lard pour le dimanche et les jours fériés.

Le Haut-Maine, plus riche en céréales, en légumes, etc., se trouvait en général mieux nourri ; aux fêtes patronales, aux noces, aux principales cérémonies, on ne manquait jamais d'y voir figurer sur la table un mets exceptionnel : la traditionnelle millée, espèce de bouillie faite avec le millet, le lait, et sur laquelle on apercevait, dans les grandes occasions, quelques traces légères de cassonade.

Le Bas-Maine, plus chichement repu , n'en présentait pas moins aussi, dans les circonstances mémorables, son mets privilégié : la fameuse galette au blé noir, dernière expression des festins du pays.

111° Costume. — Il était encore assez original, assez uniforme dans la première phase des temps modernes. Mais, depuis la révolution, dans le Haut-Maine surtout, il s'est modifié, diversifié de manière à ne plus offrir un type nettement caractérisé.

Chez les habitants de la campagne, où ce type n'est pas entièrement détruit, on observait : pour les hommes, cheveux taillés en rond, à la hauteur du collet ; chapeau rond, à forme basse, à larges bords ; pour la petite tenue : blouse presque toujours bleue, quelquefois grise, plus ou moins brodée en fils de couleur au collet, aux manches. Autrefois on la portait d'une longueur excessive ; elle est aujourd'hui raccourcie d'une manière tout au plus décente. Pour la tenue de cérémonie : vêtements en étoffes du pays où le bleu domine encore, et qui se façonnent tantôt en gilet-rond, veste longue ; tantôt pour les grands jours, et chez les vieillards surtout, en habit large,

carré, garni d'énormes boutons; dans les jours de travail: gros sabots en bois de noyer, etc. Pour les jours de fête, souliers ferrés ; aujourd'hui quelques fermiers, plusieurs domestiques, môme, ont élevé les prétentions de la chaussure jusqu'au luxe onéreux des bottes. Pour les femmes, les cheveux étaient relevés en arrière en formant une saillie lisse, bien peignée, qu'on nommait chignon: le tout recouvert d'un serretête noir ou blanc, par-dessus lequel se plaçait une coiffe particulière, plus ou moins grande; variant du reste pour la forme, la décoration, les ornements, suivant la fortune, et, plus souvent encore, suivant les contrées. Le corsage, la robe, le tablier à bavette, faits de tissus plus ou moins simples, dont le plus luxueux était celui d'incarnat, sans doute ainsi nommé de sa teinte complètement rouge. Des sabots façonnés, des bas ordinairement bleus, des souliers larges, un peu grossiers, formaient l'ensemble du costume.

Pour le Bas-Maine , on trouvait dans la mise ordinaire quelque chose de plus caractéristique et de plus original encore. Ainsi, pour les hommes, cheveux longs, flottants jusque sur les épaules ; chapeau à forme ronde, basse, à très-larges bords non relevés; culottes courtes, guêtres en toile, à boutons ou bien à ligatures ; veste large, longue, à basques entièrement garnies de deux énormes poches latérales : partie de l'habillement qui se trouvait alors tellement identifiée aux hommes de cette contrée, qu'en style vulgaire du pays on les désigna sous le nom de Bas-vestiers. Dans une partie de cette région, ils se couvrent d'une espèce de surtout en peau de chèvre ornée de ses poils, ce qui leur donne assez l'aspect du fabuleux Robinson Grusoé. Pour les femmes : coiffes, nommées bonnettes, variant pour la forme, les ornements ; juste-au-corps, jupon court, fichu à pointes, sans plis, tombant plus ou moins bas en arrière, et se trouvant enfermé, par devant, dans la bavette assez vaste du tablier.

Dans le Haut, comme dans le Bas-Maine, les costumes n'offrent déjà plus aujourd'hui rien de bien original. Dans les villes, dans celles d'un ordre secondaire surtout, en voulant

suivre, avec prétention, les modes parisiennes, on les exagère, on les travestit souvent de manière à n'en représenter que la charge plus ou moins grotesque: ainsi qu'on le voit, aujourd'hui, par la manière d'y porter les manches pagodes, le chapeau sans visière, la crinoline, etc. Les artisans, les simples ouvriers, les domestiques non travestis sous une livrée, sont couverts du chapeau de soie, vêtus deThabit, du pantalon en drap noir; ils ont absolument le costume du riche bourgeois, du grand seigneur, et ne se feront bientôt plus reconnaître qu'à la manière de le porter.

Dans nos campagnes, les fermières cossues, et môme quelquefois les servantes piaffeuses , ont la coifte ou le bonnet plus ou moins bizarrement orné de rubans, fleurs, dentelles, etc.; le juste-au-corps bordé de velours, avec la robe de soie, de drap fin, etc., suivant la saison. Les hommes, tondus à la Titus, portent le chapeau haute forme, remplaçant le chapeau traditionnel du Bas-Maine et de la Bretagne ; le vaste pantalon au lieu de la culotte courte et des guêtres; l'habit étriqué, la blouse étrangement écourtée, à la place de la blouse décente, du gilet rond, de la veste longue ; de telle sorte que l'originalité locale, naturelle, se trouve à peu près absorbée dans la variété commune et d'imitation. Est-ce véritablement un progrès, comme plusieurs semblent chercher à le faire admettre? L'avenir décidera. Poursuivons le cours de notre histoire.

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